L’extraordinaire parcours



de l’oranger des Osages



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Oranger des Osages ("Bois d'arc")
Pawhuska, Oklahoma - Août 2006

Visionnez le diaporama "oranger des Osages"
(photos prises en juillet 2005 en pays osage à Pawhuska, Oklahoma)


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L’oranger des Osages est un arbre d’origine américaine appartenant à la famille des Moracées (à laquelle appartient le Mûrier : l’arbre des vers à soie). Le fruit qui a la grosseur et un peu la couleur d’une orange (d’où le nom commun d’oranger) n’est pas comestible. Il ne s’agit en aucun cas d’un arbre fruitier producteur d’agrumes.

L’histoire de sa découverte par les Européens et de son introduction en France vient d’être écrite sous la forme d’un conte par des collégiens de Roquemaure dans le Gard, guidés par leur professeur de Sciences naturelles, Claude Nova, en collaboration avec une classe de collège du Québec. Pendant toute l’année scolaire les collégiens français et canadiens ont échangé leurs informations par Internet et c’est en cherchant une documentation sur les Osages qu’ils sont tombés sur le site d’OK-OC. Notre association a notamment éclairé les jeunes chercheurs sur les raisons qui ont conduit à attribuer cet « oranger » aux Osages.

Fréquent dans les Etats méridionaux du Midwest (Missouri, Kansas, Oklahoma, Texas, Arkansas), cet arbre fournissait aux Osages le bois dont ils fabriquaient leurs arcs. D’où le surnom de « bois d’arc » donné à cette espèce par les Osages eux-mêmes. Ils utilisent d’ailleurs encore aujourd’hui cette appellation (qu’ils prononcent bodark) sans toujours connaître son sens en français. Le fait qu’ils aient adopté et retenu cette expression française témoigne de l’influence culturelle française dans l’ancienne Louisiane (divers auteurs indiquent que de nombreux Osages comprenaient et parlaient le français).

L’histoire de la « découverte » par les Européens de l’oranger des Osages remonte à 1673. Cette année-là, un père Jésuite, Jacques Marquette et un Français du Canada, Louis Jolliet, descendent en canoë le Mississippi à la recherche d’une voie navigable vers l’ouest. Leur but est d’atteindre l’océan Pacifique et, au passage, d’évangéliser les populations indigènes.

Marquette ne rencontra pas les Osages mais il en entendit beaucoup parler, notamment par les Illinois qui les présentaient comme de farouches guerriers, experts dans la fabrication d’arcs à partir du bois d’un arbre épineux que le père Jésuite avait déjà observé et esquissé sur son carnet de notes. Les Osages forment un peuple semi-nomade, les femmes et les enfants se consacrent à la cueillette et à l’agriculture tandis que la chasse est réservée aux hommes. Ceux-ci se confectionnent des arcs de plus de 1,80 mètre de long et d’autres plus courts pour le tir à cheval.

Marquette ne s’attarde pas chez ses nouveaux hôtes. L’expédition va jusqu’au confluent de l’Arkansas puis rentre en Nouvelle-France.

Une deuxième expédition conduite par Robert Cavelier de La Salle part de Nouvelle-France (Canada) en 1682. Elle s’engage dans la descente du Mississippi dont elle atteindra le delta et arrivera jusqu’au golfe du Mexique. C’est cette expédition qui prendra officiellement possession de la Louisiane et donnera son nom à la nouvelle colonie française. Les Osages, comme les autres Indiens du bassin du Mississippi sont devenus, sans s’en douter, des sujets de Louis XIV.

En 1803, le Premier Consul Bonaparte vend la Louisiane aux Etats-Unis. L’année suivante, le président Thomas Jefferson confie à deux officiers américains, Meriwether Lewis et William Clark, la mission d’explorer par la voie fluviale les nouveaux territoires et de trouver la route de l’ouest qui conduit au Pacifique. Passionné d’Histoire naturelle, Jefferson décide aussitôt d’en faire inventorier les richesses par son ami le capitaine William Clark. Ce sont deux membres de son expédition, Dunbar et Hunter qui mentionnent la présence du fameux « bois d’arc » et en ramènent les premiers plants à Baltimore. Le nom scientifique de Maclura aurantiaca lui est donné en l’honneur d’un grand géologue américain : William Maclure.

C’est à Baltimore, en 1806, qu’un ami de Clark d’origine française, Victor Leroy, botaniste amateur, s’efforce le premier de reproduire l’espèce, par semis et multiplication végétative. En 1823 il expédie quelques jeunes pieds de « bois d’arc » en France et en Angleterre. C’est de cette année que date l’introduction de l’espèce en Europe. Mais son extension va connaître un développement inattendu dans le sud de la France.

En 1832 le botaniste français Alire Raffeneau-Delile qui occupait la fonction de vice-consul de France en Caroline du Nord est nommé directeur du jardin des plantes de Montpellier. Il ramène avec lui deux pieds de Maclura qu’il plante au jardin de Montpellier où l’on peut encore les voir. En avril 1834, le botaniste Matthieu Bonafous, directeur du jardin royal d’agriculture de Turin est à Montpellier. Depuis 1824 il recherche une nourriture de substitution pour les vers à soie. En effet, cette année-là des gelées tardives de printemps ont grillé les feuilles de Mûrier blanc qui constituaient la seule nourriture des chenilles. Les feuilles du Maclura donnent un excellent résultat et Bonafous rédige un mémoire de ses recherches pour l’Académie des Sciences. Un mémoire qui tombe sous les yeux de l’un des membres de la docte académie : Adrien de Gasparin.gasparin145

Le comte de Gasparin est le directeur de l’institut agronomique de Versailles et également le maire d’Orange, une ville où la sériciculture est prospère. Sa famille cultive des mûriers afin d’en vendre les feuilles aux magnaneries. Adrien de Gasparin leur fournit des plants de Maclura ainsi qu’à ses administrés, tant et si bien qu’au bout de quelques années sa ville en est toute ceinturée. Trois fruits de cet arbre sont choisis pour figurer sur ses armoiries.

Telle est donc cette histoire, brièvement résumée, de la découverte et de l’introduction en France de l’oranger des Osages. L’association Oklahoma-Occitania s’est vue offrir par Claude Nova et ses collégiens dix-huit plants de cette espèce dont trois ont été confiés au service des parcs et jardins de la ville de Montauban en prévision d’une éventuelle visite de nos amis Osages, parmi lesquels peut-être le chef Jim Gray. Ces jeunes pieds d’oranger des Osages seront alors plantés par ceux qui lui ont valu ce nom. Ainsi les Osages pourront toujours venir à Montauban et, si besoin est, y fabriquer leurs arcs avec le « bois d’arc » de leurs ancêtres.

Merci à Claude Nova et à ses jeunes disciples desquels nous tenons une partie de ces informations.

Jean-Claude Drouilhet — 12 juillet 2004