LES DONS DE TERRE FAITS EN 1992

    En juillet 1992, lors de l'Estiu indian '92 organisé par l'association Oklahoma-Occitania, plusieurs municipalités de la région ont accepté de donner une parcelle de leur territoire communal à une tribu d'Indiens d'Amérique. Ce sont les villes de Montauban, Lafrançaise, Albias, Saint Nicolas-de-la-Grave en Tarn-et-Garonne; Beauville dans le Lot-et-Garonne et Lisle-sur-Tarn dans le Tarn.

    Les nations indiennes bénéficiaires de ces dons ont été les suivantes: Osage, Cherokee, Ponca, Navajo, Pawnee, Seminole, Kiowa, et Chickasaw.

    Il ne s'agit-là, bien entendu, que de dons symboliques n'ayant donné lieu à l'établissement d'un quelconque acte officiel. Seule compte la parole donnée sur l'engagement de considérer et faire considérer cette terre, par la population locale ainsi que par les visiteurs, comme étant désormais une terre indienne.

    A cet effet, plusieurs communes ont jugé opportun d'ériger une stèle commémorative ou un monument dédié à la tribu ainsi parrainée.

    Par exemple à Montauban, le "Rond des Osages", situé à proximité de la rocade (sortie sur Sapiac) est orné de trois structures métalliques tubulaires peintes en bleu, jaune et rouge, représentant les motifs symboliques osages.

    Une autre terre indienne, donnée aux Osages et aux Cherokees par la ville de Montauban est une petite parcelle du Jardin des Plantes sur la rive gauche du Tescou. Une stèle y a été dressée sur laquelle on peut lire :

 

« En novembre       1829, trois Indiens d'Amérique de la Nation Osage furent abandonnés en Europe et       recueillis à Montauban. Ils retournèrent dans leur pays grâce à la générosité des       Montalbanais. En souvenir de cette émouvante histoire, et en signe de gratitude pour       l'hospitalité généreuse que les Indiens d'Amérique ont toujours prodiguée à leurs       premiers visiteurs français des siècles passés, le 22 juillet 1992, la ville de       Montauban représentée par son Maire, Hubert Gouze, a donné cette parcelle de terre aux       tribus Osage et Cherokee. Amis visiteurs, vous êtes ici devant une terre indienne.       Respectez-la autant que les Indiens d'Amérique qui, de tous temps, ont respecté la       Terre-Mère.

 

"La terre       n'appartient pas à l'homme, l'homme appartient à la terre "

 
( Chef Seattle ) »

   
 

    De plus, un Séquoïa a été planté ce jour-là par la jeune représentante de la Nation Cherokee (Sequoyah était le nom d'un chef célèbre dans l'histoire des Cherokees).

    Ces dons de terre semblent avoir été bien acceptés par les populations concernées et la fréquentation des stèles commémoratives par les gens de passage comme par les citadins accompagnés de leurs amis en visite, dénote un intérêt certain du public pour une initiative amenant à s'interroger sur le respect de la terre. Enfin, la fonction éducative d'une telle dédicace, s'appuyant sur l'intérêt des enfants pour les Indiens d'Amérique, semble évidente.

 

Don de terre à Castelnau-Montratier (Lot) par Gérard Massip

    Castelnau-Montratier, vendredi 10 avril 1998, 10 heures.

    Jack Hoden a bien fait les choses: le café est fumant et les gâteaux nous attendent. Il fait beau mais le soleil a du mal à réchauffer le campagne lotoise. Nous sommes rassemblés sur un bout de terre caussenarde, terre aride du causse blanc, bien collante aux semelles de nos mocassins. En ce printemps les genévriers, poussés par les ans, ont gagné quelques épines; l’herbe encore verte mais rabougrie s’offre à quelques rongeurs affamés.

    On devine une terre laborieuse mais authentique, caussenarde à souhait. Ni désherbée, ni engraissée. Une terre nature.

    Sur cette terre une simple pierre pour dire qu’elle est maintenant terre kiowa. Jack Aigle Siffleur l’a acceptée au nom des siens; il lui a parlé, l’a touchée et caressée; il a chanté et remercié.

    La brume s’est rapprochée, l’ondée a menacé et nous avons partagé le café.

 

Don de terre à Alzen (Ariège)

    Hameau d’Andebu, commune d’Alzen (Ariège), samedi 23 mai 1998.

    Ce jour-là, une terre devait être dédiée au peuple Montagnais au cours d’une émouvante cérémonie.

    Nichée au cœur d’une forêt de la montagne ariégeoise, une clairière parfaitement circulaire creusée comme un puits à la paroi de pierres sèches dans laquelle ont été aménagés deux abris également construits en pierre, attendait sans doute depuis des millénaires cette consécration. Loin de toute habitation de la période historique, l’endroit fut peut-être un lieu sacré de nos ancêtres néolithiques. La transmission de cet espace, d’une lignée autochtone européenne à une autre américaine, prenait ainsi valeur de puissant symbole: celui du partage équitable de la gestion de la planète. On était en plein Nikan.

    La plume d’aigle devait en cette occasion revenir au premier plan. Le chef Clifford Moar l’utilisait pour dédier la prière montant avec la fumée de sauge aux quatre directions, au zénith et à la Terre-Mère. Union encore des symboles: la plume d’aigle, la sauge, la couverture sur laquelle se tenait la cérémonie venaient d’Amérique; le récipient dans lequel se consumait la sauge était une tuile gallo-romaine présente sur cette terre depuis plus de 2000 ans.

    Le public rassemblé en surplomb autour de la clairière suivit dans une silence respectueux l’émouvante cérémonie à l’issue de laquelle un feu de bois devait être allumé. Dressé au centre du cercle, un bûcher attendait l’ignition. Celle-ci devait lui être communiquée par les braises de la sauge presque entièrement consumée. Il fallut ventiler patiemment avec la plume d’aigle et attendre longtemps avant qu’une petite flamme s’élevât timidement d’abord, puis vigoureusement jusqu’à l’embrasement.

    Fallait-il y voir, là aussi un symbole ?

 

le rond des osages à Montauban

   
Rond des Osages à Montauban    Dédié à la nation Osage, ce rond-point a été inauguré le 14 juillet 1992 par Monsieur Roland Garrigues, Député-Maire de Montauban, en présence des délégués de neuf nations indiennes de l’Oklahoma.

    Contrairement à l’interprétation qui en est souvent faite, ces trois structures tubulaires ne représentent pas des totems. Les mâts totémiques, en effet, n’appartiennent ni à la culture osage ni à celle de la plupart des peuples autochtones d’Amérique. Seules, certaines tribus de la côte ouest en érigeaient autrefois dans leurs villages.

    A lui seul, le cercle sacré est déjà un puissant symbole. Il représente l’union cosmique de l’homme avec la nature et la divinité (Wah-kon-dah chez les Osages). On y retrouve l’horizon, la voûte céleste, la course du soleil et la ronde des saisons.

    Symbole toujours: l’arbre de vie que l’on retrouve dans maintes civilisations à travers le monde. Ce sont des arbres à feuillage persistant – des pins – ont été plantés à l’intérieur du cercle.

    Les trois structures en tubes représentent les trois Osages, deux hommes et une femme, qui furent accueillis et réconfortés par les Montalbanais en hiver 1829 après une errance de plus de deux ans en France et en Europe.. Les couleurs choisies sont elles-mêmes chargées de sens: le rouge pour le feu, l’été et l’amour; le bleu pour l’air, l’eau, le printemps et l’esprit; le jaune pour la terre et le soleil.

    Les motifs ornementaux sont ceux que l’on peut voir encore aujourd’hui dans les larges rubans appliqués sur les vêtements traditionnels des cérémonies osages, les jambières des guerriers comme les robes des femmes.

    Les formes géométriques de ces motifs sont caractéristiques des Indiens des Plaines. On y reconnaît une ligne brisée en escalier, refermée sur elle-même et le losange.

    La première symbolise le tonnerre, puissance terrifiante qui régit le monde. Le losange est représentatif des « mondes superposés », autrement dit des quatre niveaux d’organisation de la matière: le chaos initial, le monde minéral, le monde vivant et enfin l’humanité. Ainsi le message codé dans l’édifice bleu s’explique: les harmonies universelles sont en équilibre fragile, menacé à tout instant par des forces supérieures que l’on doit respecter.

    L’édifice jaune, celui du milieu, est orné du motif le plus répandu: la flèche. A la fois arme de guerre et de chasse la flèche protège la famille et assure sa subsistance.

    L’édifice rouge enfin est un rappel des motifs précédents (flèches, tonnerre, mondes superposés) réunis en synthèse: « Respectons, préservons et protégeons la Terre notre mère dont les équilibres sont fragiles ». On reconnaît là un discours très actuel qui nous rappelle la sagesse de ces peuples amérindiens, humiliés et bafoués dans leur relation la plus sacrée à la Terre-Mère. L’intérêt qui se manifeste depuis quelque temps dans les pays européens pour les Indiens d’Amérique réside peut-être en cette redécouverte de l’humain dans son rapport à la nature.

    Si ces symboles qui ornent maintenant l’une des entrées de notre ville pouvaient introduire une réflexion, alors les Osages perdus auraient laissé une trace durable de leur passage à Montauban, voici 170 ans. Une piste que nous pourrions suivre.

La plaque de la terre indienne de Lauzerte (1er octobre 2006)

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