Le cercle de vie des Indiens d'Amérique

 

Les nations autochtones ont une spiritualité bien vivante qui repose sur la communion profonde de l'humain avec la vie animale, la nature et la Terre. Cette spiritualité est une expérience millénaire dans laquelle tout est sacré, tant la vie que les liens avec la faune, la flore et l'environnement. Le point de départ de cette spiritualité est le grand cercle.

Le cercle représente l'élément de base de la spiritualité autochtone. Commun à de nombreuses sociétés traditionnelles des trois Amérique, le cercle constitue une approche globale de la compréhension de la vie et des êtres vivants. En vertu de cette approche circulaire, tout ce qui existe dans l'univers est redevable à une divinité suprême qui est à l'origine de la création et qui a engendré le mouvement circulaire de la vie.

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Dans le cercle, tous les éléments de la création, soit les humains, les animaux, les plantes, l'air, le feu, l'eau, la terre, les étoiles, etc., forment un tout indivisible. Il n'existe aucune suprématie d'un élément sur un autre. Tous sont sur un même pied et une chaîne infinie de relations unit tous ces éléments égalitaires.

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Dans la pensée circulaire, tous les éléments, tant les humains, les animaux, les monstres que les morts, vivent une constante interaction. Entre ces éléments, la recherche de l'équilibre et le maintien de l'harmonie deviennent des préoccupations de tous les instants qui orientent et conditionnent la vie et les actions de tous.

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Tout doit être mis en œuvre pour atteindre et conserver cet équilibre, car la survie et le bien-être de chacun en dépendent. Chacun est moralement responsable de l'autre et de son bien-être. Tous les éléments du cercle, étant issus de la grande volonté créatrice, sont formés de la même substance vitale. Il n'y a, par le fait même, aucune différence entre les éléments.

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Chaque être, chaque forme de vie, chaque élément du cercle possède une âme, ce qui place tout et tous sur un pied d'égalité. Dans ce contexte de recherche d'équilibre et d'harmonie, chacun doit manifester une solidarité sans faille avec les autres éléments du cercle, qu'ils soient humains ou non, à cause de cette responsabilité du bien-être de tous et de chacun.

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Les guerriers de l'Arc-en-ciel - Toulouse 25 juin 2000

Selon la tradition, les Autochtones estiment qu'ils doivent faire preuve de partage, de respect, d'humilité et d'honnêteté. Ces valeurs inhérentes au cercle ne peuvent être dissociées, car elles sont essentielles pour le maintien de l'équilibre et de l'harmonie. L'autochtone n'est pas sur Terre pour dominer la création, mais pour témoigner de l'infinie sagesse du créateur de l'univers et pour vivre en harmonie avec les êtres.

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Dans le cercle, l'Autochtone doit faire preuve de partage et d'une générosité peu commune avec les autres entités. C'est là un trait du mode de vie traditionnel des nations. Cette attitude de solidarité, de générosité et de respect sera perceptible envers le non-humain et envers l'environnement, pour qui l'humain fera preuve de beaucoup de vénération.

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Comme les autres êtres de la création contribuent au bonheur, à la subsistance, à l'éducation, et au bien-être de l'homme, celui-ci se doit de leur rendre hommage et de les remercier. Il le fait au moyen de rituels et d'offrandes généreuses pour les autres êtres du cercle. Ces festins, ces fêtes et ces jeux sont dictés par les âmes qui se manifestent par le biais des rêves et des visions. Dans les sociétés traditionnelles, les manifestations de l'âme ayant un caractère sacré, il devenait obligatoire de réaliser les rêves et les visions, question de maintenir l'équilibre et l'harmonie dans le cercle.

Les animaux

À l'intérieur du cercle, l'Homme reconnaît qu'il est sur un pied d'égalité avec les espèces animales et que tous, humains et animaux, partagent les mêmes contraintes biologiques. De plus, l'homme est conscient de la part importante des animaux dans son mode de vie et dans son alimentation. C'est pourquoi, il doit être humble face aux animaux et démontrer de la générosité et de la réciprocité dans ses relations avec ces mêmes espèces animales. C'est une question d'équilibre et d'harmonie avec les animaux et l'environnement.

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L'animal ayant une âme, c'est en s'adressant à elle que se fera la communication de l'homme avec l'animal. L'homme peut entrer en contact avec les animaux et pénétrer leur âme par des moyens spirituels, tels le jeûne, les médecines et les rituels. Pour sa part, l'animal établit le contact avec l'homme par le moyen des rêves et des visions. L'homme aura ces rêves et ces visions en s'imposant des épreuves et des privations qui feront grandir sa spiritualité

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À la suite d'un rêve ou d'une vision présentant une signification personnelle ou sociale, il arrivait que les Autochtones mettaient tout en oeuvre pour accomplir le rêve dans ses moindres détails. De cette façon, l'âme ne demeurait pas insatisfaite et ne saurait être la cause de maladies ou de malchances à la chasse et à la guerre. Lors des cérémonies, des rituels et des festins, des villages entiers étaient parfois mis à contribution pour satisfaire un rêve commandé par l'âme d'un animal.

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La chasse et la pêche étaient des occasions privilégiées pour entretenir les relations avec les animaux. Pour maintenir des liens harmonieux, les chasseurs devaient poser des gestes de remerciement et mettre en oeuvre des rituels chargés de sens et de spiritualité. À travers ces rituels, les chasseurs devaient avant tout assurer l'animal que sa mort était nécessaire pour la survie des familles et de la communauté.

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Réunis autour du feu, les chasseurs jetaient du tabac sur les braises pour rendre hommage aux animaux. De plus, ils faisaient attention de ne pas jeter les os des carcasses d'animaux dans le feu, afin de ne pas insulter l'âme de ces animaux morts. Enfin, ils prenaient bien garde que la graisse de l'animal en train de cuire ne tombe pas dans le feu. De cette façon, les animaux vivants, mis au courant de ces faits par les âmes des animaux morts, n'exerceraient pas de représailles contre les chasseurs et se laisseraient attraper lors des prochaines expéditions de chasse.

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Les traditions et les rituels exigeaient aussi de faire attention de ne point jeter de nourriture et de récupérer toutes les parties de l'animal. Chez un cervidé, par exemple, la viande, les os, la peau, les poils, les nerfs, les sabots et le panache servaient à l'alimentation, l'habillement, la fabrication des outils, la décoration, etc. C'était une question de respect envers l'animal. Dans la tradition autochtone, la chasse représentait, et représente toujours, un exercice de spiritualité traduisant un profond respect des ressources naturelles.

Également dotés d'une âme, les poissons faisaient l'objet de rites sacrés. Avant une excursion de pêche, des offrandes de tabac étaient faites aux poissons et à l'âme de l'eau, pendant qu'un orateur exhortait les poissons à se laisser capturer dans les filets des pêcheurs. Lors des repas, le rituel conseillait de jeter les arêtes de poissons dans l'eau et non pas dans le feu, de façon qu'avec ce retour dans leur élément, les poissons mangés n'aient pas le sentiment de mourir.

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Règle générale, les offrandes et les remerciements adressés aux animaux, sur une base fréquente, les disposaient favorablement envers les humains. En contrepartie, les chasseurs et les pêcheurs pouvaient bénéficier de visions et de rêves plus clairs et plus explicites.

Outre la chasse et la pêche, les animaux sont aussi très présents dans l'imaginaire, dans les contes et dans la tradition orale des nations. Les animaux étaient également vénérés parce qu'ils étaient la source d'enseignements ,alors que leurs comportements et leurs attitudes étaient relevés, imités et cités comme modèle. Au niveau des valeurs, des exemples de vaillance, de courage, de détermination et de règles de conduite étaient puisés chez les animaux et servaient à l'éducation des plus jeunes au sein des communautés. Enfin des noms d'animaux étaient donnés aux clans qui formaient la structure sociale de plusieurs nations.

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Il a fallu des siècles, pour ne pas dire des millénaires, pour que se tissent ces liens privilégiés entre les Autochtones et les animaux. Ces relations homme-animal font partie intégrante de la spiritualité des nations et elles sont un éloquent témoignage de la culture ancestrale des Autochtones d'Amérique du Nord.