Seattle, Vanessa et nous...


Vanessa Jennings est une amie d'OK-OC depuis dix-huit ans. Elle appartient à la tribu Kiowa du sud de l'Oklahoma. Vanessa est venue plusieurs fois à Montauban et en Lorraine avec des membres de sa famille.

Nous sommes plusieurs à avoir reçu de Vanessa Jennings un émouvant e-mail. Voici ce qu’elle nous écrit :

Vanessa5« j’ai trouvé ce qui suit dans un livre que [ma fille] Summer a rapporté de l’université indienne Haskel » :

Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu’ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu’ils respectent, la terre, dites à vos enfants qu’elle est enrichie par les vies de nos parents.

Enseignez à vos enfants ce que nous avons toujours enseigné aux nôtres : que la terre est notre mère. Et que tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre.

Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre.

Cela nous le savons.

Toutes les choses se tiennent, comme le sang qui unit une même famille.

Toutes les choses se tiennent et tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre.

Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil.

Tout ce qu’il fait à cette trame, il le fait à lui-même.

Il s’agit d’un extrait des Paroles de Seattle, chef des Indiens Duwamish prononcées en 1854 en réponse au président des États-Unis qui proposait à la tribu d’acheter ses terres des plaines du nord-ouest.

Voici le commentaire de Vanessa à la suite de cette citation :vanessa1

« Ces paroles nous unissent à vous comme à nos nombreux autres frères et sœurs inconnus, d’ici, en pays indien, à l’autre côté de l’océan, en France. J’ai été surprise d’apprendre que ces paroles profondes avaient été un sujet de discussion à l’université indienne. Elles exercent une forte impression sur mon pauvre cœur malade parce que sur chacun de vos visages j’ai vu vos sourires et j’ai entendu vos rires. J’ai pensé que je devais partager cela avec vous. »

Un grand merci à Vanessa qui tenait à nous faire partager son émotion. C’est pour cette raison que son texte a été traduit et publié ici.

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Notre mère la Terre

Je rappellerai à l’occasion que la phrase de Seattle « La terre n’appartient pas à l’homme, l’homme appartient à la terre » est inscrite sur la stèle qui identifie la terre indienne du Jardin des Plantes de Montauban depuis 1992.

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Lors d’un récent repas festif comme on sait les organiser dans nos villages, l’un des convives qui me faisait face m’a interpellé à propos de la fameuse phrase. « Vous comprenez, me dit-il, moi je suis paysan et je sais le mal que je me suis donné pour l’avoir cette terre. Alors elle m’appartient bien et cette histoire de l’homme qui appartient à la terre c’est encore une idée de gens de la ville… »

Difficile de répondre à ça dans une ambiance bruyante et peu propice aux conversations sérieuses. J’ai quand même réussi à lui dire que la terre dont il s’agissait-là devait être comprise au sens de planète et que nous devions, en tant qu’humains, nous comporter en êtres responsables, solidaires des autres vivants, humbles et respectueux, bref, ce que nous apprennent les Indiens, à nous qui avons oublié l’enseignement de nos ancêtres qui eux aussi appartenaient à la terre, comme les Indiens du temps de Seattle et ceux du temps de Vanessa.

J-Claude Drouilhet