Quand les Niglo

 

*°*°* font la fête *°*°*

 

avec les Gadgé

 

 Photo_056

 

Le niglo, c'est ce petit animal sympa qui maraude la nuit dans les jardins et qui parfois se fait écraser sur les routes en allant voir si les limaçons sont meilleurs de l'autre côté.

 

NigloNigloNigloNigloNiglo

 

C'est aussi l'animal fétiche (et le symbole) des Tsiganes dont on prétend qu'ils en sont de grands chasseurs-consommateurs (mais allez donc nourrir une famille nombreuse avec un hérisson ou deux !) Quant aux Gadjé, ce sont tous les autres.

Alors, qui le premier prononça la phrase fatidique " Pas de Niglo pour les Gadjé " ? Il aurait été mieux inspiré de venir passer la nuit du 14 juillet 2011 chez Alain Daumas, président de l'UFAT (Union française des associations tsiganes), route de Corbarieu à Montauban. Il aurait compris que les Niglo et les Gadjé sont faits pour d'entendre, comme des frères, se comprendre, se respecter et s'estimer pour peu qu'on ne les dresse pas les uns contre les autres. (Menacé, le niglo se hérisse de piquants ; le Niglo aussi)

rom1

Le drapeau du peuple tsigane (Rom, Manouche, Gitan, Sinti)

 Mais au fait, qu'est-ce que cela a à voir avec OK-OC, notre association dont on aurait pu penser qu'elle ne s'intéresserait qu'aux Amérindiens et aux Occitans ? Remontons aux origines...

 

okoc

 Née en septembre 1989, l'association Oklahoma-Occitania invitait en septembre 1990 quarante-trois Indiens Osages sur ses terres pendant près de trois semaines. Dès le début de ces rencontres, la communauté des gens du voyage (GDV) y fut associée. Pourquoi ? Tout simplement parce que le projet d'OK-OC a été depuis toujours de rassembler les cultures et les gens d'origines diverses dans la perspective des guerriers de l'Arc-en-ciel. Le trinome Indiens-Tsiganes-Occitans nous semblait bien correspondre parfaitement à cette idée. Elle est restée, depuis plus de vingt ans, au cœur de nos activités.

 manouches1

 Maria (Manouche), Clifford (Indien Innu), Alain (Manouche), Kevin (Indien Stoney), JC (Occitan), Jessy (Manouche), José (Manouche)

 manouches2

 Occitans, Indiens et Manouches chez Alain Daumas, "roi des Niglo"

 Avant nous, le marquis Folco de Baroncelli avait exploré le même sentier de la paix, en Provence, au début du 20ème siècle. Sans le savoir, nous avancions sur ses traces.

 Jacob_White_Eyes  Jacob White Eyes et Folco de Baroncelli

 

Baroncelli1 Le marquis provençal Folco de Baroncelli était un grand ami de Frédéric Mistral, comme lui défenseur de la langue et de la culture occitane de Provence mais aussi soucieux de faire connaître au monde et respecter la culture guardiane.

 Baroncelli était un poète, un auteur provençal et un humaniste. Il se lia d'amitié avec des Indiens Lakota du cirque Buffalo Bill lors de son passage en France en 1905. Il fut aussi l'un des initiateurs et facilitateur du grand rassemblement gitan des Saintes Maries de la mer. Il est aujourd'hui encore très connu et respecté des Roms, Gitans, Manouches, Sintis et autres Tsiganes.

 croix_des_gardians_pendentifs_16826482La croix des guardians

Mais revenons à présent chez Alain Daumas, route de Corbarieu à Montauban

 La Nuit des Gitans : Montauban 14 juillet 2011

 Cette année les Gens du Voyage ont voulu célébrer à leur manière la fête nationale. " Nous voulons manifester ainsi notre appartenance à la communauté nationale " a déclaré en préambule Alain Daumas, président de l'Union Française des Associations Tsiganes (UFAT). Il poursuit : " Français, nous le sommes depuis des siècles, ce dont certains ne semblent pas encore avoir bien pris conscience dans notre pays. Alors, pour le 14 juillet, nous voulons faire la fête avec les Gadjé. "

 

Photo_054

Alain Daumas au micro

Et ils sont venus, de partout. Des Roms, Manouches, Gitans, Sintis dont certains avaient traversé la France en diagonale. Environ cent soixante personnes avec leurs caravanes et une nuée d'enfants, d'adolescents, une belle jeunesse, joyeuse et exubérante. Autant de Gadjé, des Montalbanais pour la plupart mais aussi des Toulousains, des Occitans quoi.

Alain continue au micro : " Nous sommes citoyens français depuis le quinzième siècle. Depuis six cents ans nous avons subi toutes les humiliations, les déportations, les galères, l'exclusion, la discrimination, l'internement et, pour finir, l'extermination pendant la période sombre de notre histoire de France. En ce moment les choses n'ont guère avancé et le constat est très alarmant. Liberté, Égalité, Fraternité, qu'est-ce que cela veut bien dire à nous, Tsiganes ? Tous ces mots ont-ils réellement un sens ? Au fil des siècles, de Louis XIV à nos jours, les lois n'ont cessé de se multiplier à l'encontre de notre communauté.

Photo_055

" Depuis 1969, nous sommes soumis au port d'un carnet de circulation avec des sanctions très sévères quand la date de contrôle par la police est dépassée. Ce carnet n'a aucune valeur de pièce d'identité et nous interdit de traverser les frontières ou de faire un emprunt dans une banque. Par le biais de ce carnet, l'Etat contrôle les faits et gestes des Tsiganes ; il fait de nous des citoyens de deuxième zone. Nous revendiquons notre citoyenneté à part entière, nous en avons payé le prix par le sang versé que nos anciens ont versé dans les guerres et dans les camps. "

Cette revendication citoyenne les Roms la portent au niveau du plus haut sommet de l'Etat par le biais de leurs associations avec au premier plan l'UFAT dont Alain est le président national. En outre - et c'est là une démarche nouvelle - depuis quelque temps ils agissent par la base. La rencontre festive des Roms et des Gadjé autour du symbole de la fête nationale en est l'une des formes originales.

Préparée à la va-vite, quasiment improvisée en quelques jours, la fête a connu un magnifique succès. Une fête citoyenne, sans personnalités officielles ni institutions ni protocole. Un 14-juillet sans uniformes. Seulement des gens heureux d'être ensemble.

Negrita_feu01 

Photo : André Geder / Journal Les Nouvelles de Tarn-et-Garonne

 Le feu avait été allumé de bonne heure afin de respecter la tradition tsigane. Il a brûlé toute la nuit, chauffant les plus frileux, éclairant toute l'assistance, Gadjé, Roms et artistes lancés dans des discussions interminables. Des artistes, justement, il y en avait. La plus connue était sans aucun doute Negrita, la chanteuse gitane professionnelle.

NEGRITANegrita02

 Negrita01

Photo : André Geder / Journal Les Nouvelles de Tarn-et-Garonne

La voix rocailleuse, la langue gitane et le ton chaleureux ont fait merveille dans le public, Niglo et Gadgé confondus. Et quand elle chante en français, elle dit ce qu'elle pense de ces " Gadjé qui voudraient nous remettre dans les camps ". Personne ne se vexe, on a tous compris de quels Gadjé elle voulait parler. Negrita est une chanteuse engagée, une militante ; elle est par ailleurs la vice-présidente de l'association Romnies (femmes tsiganes) dont Jessy, la fille aînée d'Alain, est la présidente.

jessy3

Jessy, présidente de Romnies est, ce soir, à la vente des sandwiches

Pendant que chante Negrita des couples de danseurs aux pieds nus évoluent dans l'herbe rase. Près du podium improvisé, une belle grand-mère manouche se remarque par ses gestes et attitudes inimitables. C'est vraiment la fiesta gitana !

Photo_052

Avant Negrita, un duo de guitaristes s'était installé sur le podium. L'un à la "pompe manouche", l'autre à l'impro. C'était le quart d'heure de jazz manouche. L'ombre de Django Reinhart dansait à la lueur du feu de camp.

Photo_053

Midway et Norway à la manœuvre

Negrita_feu02

 

Photo : André Geder / Journal Les Nouvelles de Tarn-et-Garonne

 

Et tandis que la nuit tombait les flammes et des gerbes d'étincelles montaient jusqu'aux étoiles. Une autre étoilé montante nous fut révélée ce soir-là, présentée par Negrita qui est sa productrice et sa conseillère. Elle chante d'une voix suave et veloutée. Elle a à peine 16 ans. Retenez bien son nom : elle s'appelle Ashley.

Pendant les trois jours qui ont suivi s'est installé sur le terrain prêté aux gens du voyage un original marché tsigane. On y trouve des articles qu'ils sont sans doute les seuls à utiliser tels ces volumineux édredons qui font le confort des caravanes en hiver.

Photo_060

Il faut bien vivre. Le commerce itinérant, l'artisanat vendu sur les marchés de plein vent sont des activités professionnelles auxquelles s'ajoutent la récupération, la remise en état de produits abîmés, et les travaux saisonniers.

Photo_057

Le Niglo poseur de fenêtres c'est Jérôme, le gendre d'Alain (06 07 81 22 29)

abo

Chers amis visiteurs

Si cet article vous a intéressé, peut-être pourriez-vous vous abonner au blog.

D'autre part il serait bien de laisser un commentaire ci-dessous ne serait-ce que pour encourager Alain Daumas qui fait un travail remarquable. Sa démarche humaniste et citoyenne mérite d'être reconnue et soutenue par toutes les personnes de bonne volonté. Il vous répondra.

 PICT0021

Alain Daumas