06 juin 2014

70ème anniversaire du débarquement

D Day ?

Les Indiens aussi !

 

Indiens_D_Day

 

GIAujourd'hui, 6 juin 2014, les chefs d'Etat et autres officiels commémorent le soixante-dixième anniversaire du débarquement allié en Normandie. On parierait que tous ignoreront comme d'habitude la part importante qu'y prirent les autochtones d'Amérique, qu'ils soient citoyens des Etats-Unis ou du Canada. Il est vrai qu'ils furent peu nombreux par rapport aux autres combattants. Mais si on compare leur effectif à celui de la population de leur minorité on s'aperçoit qu'ils constituent, en pourcentage, la minorité la plus largement représentée (et décorée) de toutes les autres composantes des troupes alliées

 

Les Comanches, par exemple, ont joué un rôle crucial et pourtant méconnu. Lors du débarquement allié ils ont permis de transmettre dans leur langue des informations cruciales sans que les Allemands ne puissent les intercepter.

http://basse-normandie.france3.fr/2013/10/05/debarquement-hommage-aux-oublies-comanches-331953.html

Comment expliquer cette participation relativement importante des guerriers amérindiens dans les combats du débarquement et de Normandie ? Christian Klesper apporte quelques éléments de réponse : «Prendre une part aux guerres des Etats-Unis permettait à certains de perpétuer la tradition guerrière, de faire leurs preuves au sein de leur tribu, d'honorer la mémoire de leurs ancêtres, de prouver aux anciens qu'ils étaient toujours dignes du courage de leurs aïeux, de reconquérir leur statut de guerrier, de faire valoir leur bravoure aux yeux des jeunes filles, de faire connaître le nom de leur tribu»

Le sujet de ce long article, aujourd'hui, sera un hommage à ces vaillants combattants oubliés (sauf des leurs) au travers de trois histoires qui nous touchent de près. L'une concerne un combattant de la tribu Kiowa, tombé dans la bataille des Ardennes et enterré en Lorraine, l'autre est l'histoire d'un parachutiste de la tribu Lakota, la troisième est celle d'un GI blanc marié à l'une de nos amies de la tribu Osage.

Hommage à Lindreth Palmer

 

Les frères Palmer (Lindreth en médaillon)

VanessaS’il est parmi les Kiowa une famille qui mérite respect et reconnaissance, c’est bien la famille Palmer. Ils furent sept frères à servir dans l’armée américaine lors de la deuxième guerre mondiale. Trois d’entre eux sont encore en vie : George, Gus et Dixon Palmer. Tous sont les oncles de notre amie Vanessa Jennings.

 Lindreth, le plus jeune participait au débarquement en Normandie, avec la 10ème division blindée dans laquelle il s’était engagé. Le 5 décembre 1944, alors qu’il commandait une unité de char du 22ème bataillon, il fut tué au combat en Lorraine.

 Il est enterré au cimetière américain de Saint-Avold. Nos amis de l’association “Terre rouge” que préside Christian Klesper entretiennent et fleurissent régulièrement la tombe de ce guerrier Kiowa. A plusieurs reprises des délégations de Kiowa ont fait le pélerinage de Saint-Avold pour rendre hommage à leur parent enterré en France.

 

Voici pourquoi je m’appelle Marcel

 

 

(gàd) Marcel et Moriss Bull BearJean-Claude Drouilhet : Une rencontre avec Marcel Bull Bear est de celles que l’on n’oublie pas. Ce privilège m’a été donné l’été 2001 dans la réserve lakota au pow-wow de Pine Ridge (Sud Dakota). Le peuple lakota s’y retrouve par familles entières, fraternellement mêlé aux autres nations indiennes venues en amies. Marcel Bull Bear est à la tête de cette formidable organisation. En d’autres lieux, cela supposerait agitation, coups de gueule et autres signes d’énervement. Ici, rien de tel. Marcel Bull Bear est un calme. Il semble n’avoir rien de mieux à faire que venir me parler à la demande de son frère cadet Morris Bull Bear. "Je porte un prénom français et vous êtes français, peut-être aimeriez-vous connaître la raison pour laquelle je m’appelle Marcel ?", m’a-t-il gentiment proposé.

 

Marcel (g) et Morris Bull Bear au pow-wow de Pine Ridge (Sud Dakota)

 

 Marcel Bull Bear

 

Marcel Bull Bear : « Mon nom est Marcel Bull Bear. C’est mon père qui a choisi mon prénom français, voici dans quelles circonstances :

Durant la deuxième guerre mondiale il fut incorporé dans les troupes aéroportées. C’est ainsi qu’en 1944 son unité fut parachutée de nuit au-dessus de la Normandie. Comme ils étaient mitraillés, les paras tiraient pour se défendre, mais beaucoup furent tués cette nuit-là. Le hasard voulut que mon père atterrisse dans un arbre où les cordages de son parachute s’emmêlèrent. Il avait tiré toutes ses cartouches et se trouvait dans une position très inconfortable, à court de munitions, donc très vulnérable. Au petit matin il était encore suspendu dans son arbre redoutant à chaque instant de voir arriver des soldats ennemis.

 Dans l’après-midi deux hommes surgirent, avançant prudemment. Mon père comprit qu’il s’agissait de soldats de l’ombre, de maquisards français. Sans doute épuisés, ils s’allongèrent sous l’arbre et l’un d’eux s’endormit pendant que l’autre montait la garde. A bout de forces, mon père se résolut à appeler :

 – Monsieur... Monsieur... Monsieur... , (trois fois !)

 Le maquisard leva la tête et braqua son arme avant de se rendre compte qu’il s’agissait d’un parachutiste américain.

 – Je suis coincé, reprit-il, je n’ai plus de munitions, aidez-moi.

 Les deux Français se regardèrent puis l’un d’eux entreprit de grimper dans l’arbre, coupa les branches et les liens qui emprisonnaient mon père. Descendu à terre celui-ci leur serra la main très chaleureusement et dit ensuite à son sauveur :

 – Merci, mon ami, de m’avoir sauvé la vie. Quel est votre nom ?

 – Marcel.

 – Si je sors vivant de cette guerre, je promets de donner le prénom de Marcel au premier fils qui naîtra dans ma descendance.

 A la fin de la guerre mon père rentra chez lui et je vins au monde. Il dit alors à ma mère : “ Nous l’appellerons Marcel en souvenir de ce patriote français à qui il doit d’avoir un père en vie.”

 C’est cette histoire que je désire faire connaître aux gens de chez vous. Pour moi, cette époque a un sens particulier, elle est gravée au plus profond de moi et me parle chaque jour comme le prénom qui m’habite et qui m’est cher. J’essaie de conserver les valeurs que mon père m’a inculquées : être un homme de bien, dévoué aux personnes et à la communauté. C’est ce que j’essaie d’être.

 Je veux partager cette histoire avec les lecteurs de votre site et je leur dis “ Wopila”, merci. »

Marcel3

Pow-wow de Pine Ridge - Eté 2001

 

 Le jour où on n'avait plus besoin de lui

Sergent Robinson

angela

Rendons hommage aujourd'hui à l’un de nos amis hélas récemment décédé : Wesley, le mari d’Angela Robinson notre présidente d’honneur (1). Le jour J (les Américains disent D-Day) le sergent Wesley Robinson débarquait à Utah-Beach sous un orage de fer et de feu. Il a participé à tous les combats jusqu’en Belgique et en Allemagne avec toutes les épreuves que l’on imagine. Fort heureusement Wesley est rentré dans son pays

 

wesley

Wesley sur la plage de Utah Beach pour le 60ème anniversaire

Lorsqu’il voulut, pour le cinquantième anniversaire du débarquement en Normandie, revenir comme des centaines d’autres vétérans sur la plage d’Utah Beach, afin de participer aux cérémonies commémoratives, il prit l’avion avec sa femme à Los Angeles et s’installa dans une chambre d’hôtel d’un village de Normandie. Hélas, les tribunes officielles et tout le périmètre du site des manifestations étaient bouclés sans aucune possibilité de s’approcher de la plage à moins d’un kilomètre. Wesley dut se résoudre à retourner à sa chambre d’hôtel d’où il put suivre, en direct à la télévision, les manifestations officielles.

Wesley, Angela et dix autres membres de leur famille sont revenus en Normandie pour le soixantième anniversaire. Cette fois, Wesley alla directement se faire recenser afin d'obtenir une invitation officielle. On lui demanda force papiers et justificatifs qu'il avait pris soin de ne pas oublier et qu'il présenta de bonne grâce. Quand ces formalités furent accomplies, Wes ne put s'empêcher de déclarer avec un petit sourire " La première fois que je suis venu sur cette plage, il y a soixante ans, on ne m'a demandé aucun papier..." Le comité d'accueil de l'époque avait d'autres manières, bien plus sévères.

Si vous visitez le mémorial du débarquement, à Caen, vous lirez sur le mur du souvenir le nom du sergent Wesley Robinson. Il était à Utah Beach sous un déluge de feu, le 6 juin 1944.

Le 6 juin 1994, on n’avait plus besoin de lui.

______________________________

1. Angela Robinson est membre de la nation Osage et la première correspondante d'OK-OC

 


Commentaires sur 70ème anniversaire du débarquement

  • Thank you for remembering my father.
    Ginger Rust

    Posté par Ginger, 07 juin 2014 à 19:05 | | Répondre
  • Thank you for remembering my father.
    Ginger Rust

    Posté par Ginger, 07 juin 2014 à 19:06 | | Répondre
  • You are welcome, Ginger. It was a pleasure for me to evoke the courage of your father at the same time a painful memory. We often speak of him and your family that we could meet on the landing beaches in Normandy 10 years ago for the sixtieth birthday. It was a great time to mark our memory forever. We express our very affectionate greetings to your entire family in California. Jean-Claude & Monique

    Posté par okoc, 09 juin 2014 à 11:03 | | Répondre
  • thank you

    Posté par clochette1305, 09 juin 2014 à 15:49 | | Répondre
  • Bonsoir ,
    Je suis inscrit chez vous depuis plusieurs années ,car un de mes "ancêtres"portant le nom de Laumet ,m'a finalement fait parvenir chez-vous.(je pratique un peu la généalogie).Mais ce qui m'amène à vous écrire ce soir ,c'est que étant responsable de l'Association des Vétérans des Essais Nucléaires (pour les Alpes-Maritimes),j'ai entrepris de contacter nos homologues étrangers.Les Vétérans Américains (NAAV), m'ont signalé l'existence d'un site de l'Université du Névada,consacré à l'histoire nucléaire de cet état à l'époque de la "Guerre Froide".Comme j'ai vu que les populations "Amérindiennes" ont été associée à ce travail ,j'ai pensé que je devais vous en faire part.voici le lien:
    digital.library.unlv.edu/ntsohp/
    Je cherche en vain ,l'université Française ,qui aurait fait le même travail.
    Louis Thiemonge

    Posté par Thiemonge, 12 juin 2014 à 21:24 | | Répondre
    • Merci de cette information Louis Thiémonge. J'encourage nos visiteurs à suivre le lien que vous indiquez : digital.library.unlv.edu/ntsohp/ , il vaut le détour. Quant à l'Université française, si elle voulait faire le même travail, elle se heurterait à de multiples obstacles dont celui du "secret-défense" n'est pas le moindre. Il y a de tels contentieux sur le sujet, notamment avec les habitants et les anciens militaires de Reggane et Mururoa, que cela soulèverait une indignation générale.
      Jean-Claude Drouilhet

      Posté par okoc, 13 juin 2014 à 16:05 | | Répondre
  • C'est un peu ce que nous espérons faire ,puisque rien n'aboutit.

    Posté par AVEN 06, 21 juin 2014 à 11:27 | | Répondre
Nouveau commentaire