Discours de Thomas Jefferson

3ème président des Etats-Unis

aux chefs de sept tribus indiennes

(dont le chef des Osages : Pawhuska)

Capt_140528_H174933_001

Thomas Jefferson (1743-1826) fut le troisième président des Etats-Unis (de 1801 à 1809). Il est l'un des co-auteurs de la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis qui fut approuvée le 4 juillet 1776 (fête nationale célébrée chaque année). Anti-esclavagiste, il avait fait interdire la traite des Noirs en 1778 (qu'il ne faut pas confondre avec l'abolition de l'esclavage. C'est seulement le commerce des esclaves qui était interdit). Jefferson était polyglotte (latin, grec ancien, français, espagnol, italien, vieil anglais) et tout particulièrement francophile. Il était ami de La Fayette et devint ambassadeur des Etats-Unis en France de mai 1785 à août 1789.

Il s'était beaucoup intéressé aux langues amérindiennes dont il élabora la première classification. En 1803, après l'achat de la Louisane à la France (gouvernée alors par le Premier Consul Bonaparte) il prit l'initiative d'envoyer une mission d'exploration du nouveau territoire des Etats-Unis jusqu'au Pacifique. Ce fut l'expédition de Lewis et Clark, partie de Saint Louis en 1804 et de retour en 1806. Elle avait entre autres missions, celle de prendre contact avec les nouvelles tribus rencontrées et de leur délivrer un message de paix, d'amitié et de collaboration avec " le Grand-père de Washington".

C'est dans cet esprit que Jefferson prit l'initiative d'inviter à Washington les chefs de sept tribus : Osage, Missouri, Kansas, Otoe, Pawnee, Iowa, Sioux. Pour s'adresser à eux, il utilisa la langue française qu'il maîtrisait ; ce qui donne à penser que les Indiens comprenaient notre langue.

Nous avons une copie des six pages de ce discours écrites de la main de Thomas Jesserson que notre ami, l'historien osage Louis Burns, a eu l'amabilité de nous faire parvenir. Voici, ci-dessous, une copie de la première des six pages manuscrites suivie de la totalité du discours.

Jefferson1Mes amis et enfants,

 Chefs des Osages, des Missouris, des Kansas, des Pawnees, des Iowas et des Sioux

Je vous prends par la main de l’amitié et du fond de mon cœur, je vous assure que vous êtes très bienvenus au siège du Gouvernement des États-Unis. Le voyage que vous avez entrepris pour visiter vos pères sur ce côté de notre île, est long, et en l’entreprenant vous nous avez donné une preuve que vous désirez faire connaissance avec nous. Je remercie le Grand Esprit de vous avoir protégés pendant le voyage et de vous avoir amenés en sûreté à la résidence de vos amis, et j’espère qu’il vous aura constamment sous sa protection et vous restaurera en bonne santé à la résidence de vos amis et vos familles.

 Mes amis et enfants, nous sommes descendus des vieilles nations qui vivent de l’autre côté de la grande eau, mais nous et nos ancêtres ont été si longtemps ici que nous paraissons comme vous être sortis de cette terre ; nous ne nous considérons plus comme venant des vieilles nations de l’autre côté de la grande eau mais comme unis en familles avec nos frères rouges ; les Français, les Anglais, les Espagnols ont maintenant consenti avec nous de se retirer de tout le pays que nous et vous tenons entre le Canada et le Mexique et de ne jamais y retourner, et ressouvenez vous des paroles que je vous parle maintenant, mes enfants, ils ne doivent jamais y retourner ; nous sommes devenus aussi nombreux que les feuilles des arbres et quoique nous ne nous vantions pas, nous ne craignons aucune nation ; nous sommes maintenant vos pères et vous ne perdiez pas au change, aussitôt que l’Espagne eut consenti de se retirer de toutes les eaux du Missouri et du Mississippi j’ai ressenti le désir de faire connaissance avec tous mes enfants rouges de l’autre côté du Mississippi et de les unir avec nous comme nous avons fait (avec) ceux de ce côté-ci de cette rivière dans les liens de la paix et de l’amitié ; j’ai désiré savoir ce que nous pouvons faire pour leur être utiles, en leur fournissant les choses nécessaires dont ils ont besoin en échange de leurs fourrures et de leurs peaux ; c’est pourquoi j’ai envoyé notre homme bien aimé Capitaine Lewis, un de ma famille pour remonter le Mississippi afin de faire connaissance avec toutes les nations indiennes dans les environs de cette rivière, afin qu’il leur donne la main, leur délivre mes discours et nous dise de quelle manière nous pouvions leur être utile. Quelques-uns de vous qui êtes ici l’ont vu et entendu ses paroles, vous l’avez pris par la main et l’avez traité en amis, mes enfants je vous remercie des services que vous lui avez rendus et de votre attention à ses paroles quand il reviendra et nous dira où il faut établir des comptoirs qui nous soient à tous commodes et ce qu’il faut y envoyer, en établissant un commerce avec vous, nous ne désirons faire aucun profit ; nous ne vous demanderons que ce que chaque chose nous coûte, et nous vous donnerons pour vos fourrures et vos peaux tout ce qu’elles pourront nous rapporter. Soyez assurés que vous trouverez votre avantage au change de vos amis il vous faudra quelque temps pour être prêts à pourvoir à vos besoins, mais dans l’intervalle et jusqu’à ce que le Capitaine Lewis revienne, les commerçants qui vous ont fourni jusqu’à présent, continueront à le faire.

 Mes amis et enfants, j’ai maintenant un avis important à vous donner. Je vous ai déjà dit que vous étiez tous mes enfants et je désire que vous viviez tous en paix et amitié les uns avec les autres comme les frères d’une même famille doivent faire ; il vaut beaucoup mieux entre voisins de se secourir les uns les autres que de se nuire les uns aux autres ; combien plus heureux cela ne les rend il pas ? Si vous voulez cesser de vous faire la guerre les uns aux autres, si vous vivez en amitié avec toute l’espèce humaine, vous pouvez employer tout votre temps à  pourvoir de la nourriture et des vêtements pour vous mêmes et vos familles, vos hommes ne seront pas détruits à la guerre et vos femmes et vos enfants s’endormiront dans leurs cabanes sans crainte d’être surpris par leurs ennemis et tués ou emmenés ; votre nombre augmentera au lieu de diminuer et vous vivrez en paix et repos. Mes enfants j’ai donné cet avis à tous vos frères rouges de ce côté-ci du Mississippi, ils le suivent et ils croissent en nombre, ils apprennent à se vêtir et à pourvoir à leurs familles comme nous. Vous en voyez les preuves par ceux que vous avez rencontrés ici. Mes enfants nous sommes forts, nous sommes nombreux comme les étoiles dans le ciel et nous sommes tous hommes à fusil, cependant nous vivons en paix avec toutes les nations et toutes les nations nous estiment et nous honorent parce que nous sommes sensibles et justes. Soyez vous aussi paisibles et justes, prenez vous les uns les autres par la main et tenez la ferme. Si jamais des hommes méchants parmi vos voisins vous faisaient tort et qu’ils vous refusassent justice, adressez vous à l’homme bien aimé que nous placerons près de vous. Il ira chez la nation qui aura offensé et tâchera d’obtenir réparation, et de préserver la paix. Si jamais des hommes méchants parmi vous mêmes faisaient tort à vos voisins, soyez toujours prêts à rendre justice ; il est toujours honorable à ceux qui n’ont commis aucun tort de l’avouer et de faire réparation ; ce n’est que de cette manière qu’on peut maintenir la paix parmi les hommes. Ressouvenez vous donc de mon avis, mes enfants, portez le à vos peuples et dites leur que depuis l’instant que nous sommes devenus les pères de vous tous, nous désirons comme un bon père doit le faire, que nous puissions vivre tous ensemble, comme une famille, et avant qu’on ne se frappe, on doit aller trouver son père afin qu’il tâche de finir la dispute.

 Mes enfants, vous êtes venus de l’autre côté de notre grande île, d’où le soleil se couche, pour voir à son lever vos nouveaux amis, vous êtes maintenant arrivés où les eaux se lèvent et tombent constamment tous les jours. Mais vous êtes encore loin de la mer. Je désire beaucoup que vous ne restiez pas ici, mais de continuer votre voyage et de voir vos frères aussi loin que le bord de la grande eau. Je suis persuadé que vous devez vous être aperçu que tout homme dans votre route vous a reçus comme ses frères, et a été prêt à vous rendre tous les services en son pouvoir, vous trouverez la même chose jusqu’au rivage de la mer, c’est pourquoi je désire que vous alliez visiter nos grandes villes dans ce quartier-là, pour voir combien d’amis et de frères vous y avez ; vous aurez alors voyagé un grand espace de l’ouest à l’est et si vous avez le temps d’aller du nord au sud depuis le Canada jusqu’à la Floride vous le trouveriez aussi long dans cette direction et tout le monde aussi sincèrement vos amis. Je désire, mes enfants, que vous voyez tout ce que vous pouvez et que vous disiez à vos peuples tout ce que vous voyez parce que je suis sûr que plus vous nous connaîtrez, plus vous serez nos bons amis. C’est pourquoi je vous invite à visiter Baltimore, Philadelphie, New York, et même les villes au delà.  Si vous voulez aller plus loin nous vous procurerons des voitures pour vous mener et une personne ira avec vous pour voir que vous ne manquez de rien. Quand vous reviendrez les neiges seront fondues sur les montagnes, la glace dans les rivières sera cassée et vous désirerez partir pour retourner chez vous. Mes enfants, il y a longtemps que je désirais vous voir, je vous ai ouvert mon cœur, que mes paroles s’impriment dans vos cœurs et qu’elles ne soient jamais oubliées. Si jamais des hommes menteurs ou des esprits mauvais élevaient des nuages entre nous, rappelez vous ce que je vous ai dit et ce que vous avez vu vous mêmes. Soyez sûrs qu’il y a des esprits menteurs entre nous. Rassemblons nous en amis et expliquons les uns aux autres les faux bruits et les malentendus ; les nuages s’évanouiront comme le brouillard du matin et le soleil de l’amitié paraîtra et reluira pour toujours, beau et clair entre nous.

 Mes enfants, il peut arriver que pendant que vous êtes ici il y aura occasion de parler de bien des choses que je ne mentionne pas particulièrement à présent. Le Secrétaire de la Guerre sera toujours prêt à parler avec vous et vous devez considérer tout ce qu’il vous dira comme si je le disais moi-même, il prendra aussi soin de vous et verra qu’on vous fournisse toutes vos aises ici.

 Thomas Jefferson

 4 janvier 1806

 

Un autre est le rapport de Jefferson à la langue d'Oc. Voici ce qu'il écrivait à son secrétaire depuis Aix-en-Provence : 

« Ce langage, sous diverses formes, occupe tout le pays au sud de la Loire. Jadis il a précédé le Français sous le nom de langue romane. Les ballades de ses Troubadours ont fait les délices des nombreuses cours d'Europe. Chaque lettre y est prononcée, l'articulation y est distincte, aucun son nasal ne le défigure, et dans l'ensemble il approche en beauté l'italien et l'espagnol. Tout compte fait, c'est à mon avis un malheur que les circonstances historiques aient finalement assuré la prédominance du Français eu lieu du Provençal. »

 

Chef_Pawhuska_habit_mariageEnfin, il faut signaler le fait que le chef des Osages qu'avait invité Jeffeson n'était autre que le célèbre Pawhuska. A la suite du discours des cadeaux furent offerts aux membres de la délégation, selon la coutume. Pawhuska, pour sa part, reçut une splendide vareuse militaire à brandebourgs et épaulettes. Qu'allait-il faire de ce présent ? Trop encombrant pour la chasse, la guerre ou la parade. Une idée géniale lui traversa l'esprit : pouquoi ne pas l'intégrer à la tenue de mariage d'une jeune promise ? Avec un chapeau haut-de-forme paré de plumes multicolores, une couverture indienne en guise de jupe et des leggings de cérémonie, cela ferait un magnifique costume de mariée. Ainsi fut fait et pendant des années jusqu'aux alentours des années 1970, on vit des mariées se présenter en cette tenue chamarée. Aujourd'hui ces costumes sont dans les musées mais parfois ils ressortent au grand air, pour évoquer cette belle histoire

Jeunes filles à marier

 

Mariage_Osage01

Mariage_Osage02

Mariage_Osage03

Mariage_Osage04

Mariage_Osage05

La dernière mariée en tenue traditionnelle de mariage

mariage osage dans les années 1950

 

Et enfin, la fausse mariée

 

Mariage_Osage07

Quand Monique, au musée tribal de Pawhuska, se rêvait en mariée osage