Tous parents, tous différents

 

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 Diversité et Mondialisation

I – Tous parents :

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 1 -- « Mitakuye Oyasin », nous sommes tous apparentés, tous membres d’une seule et même famille. C’est ce que proclament, depuis des temps immémoriaux, les Sioux Lakota au cours de leurs cérémonies traditionnelles.

L’origine commune de tous les êtres humains est aujourd’hui scientifiquement établie. Nous faisons tous partie de la même famille humaine.

Malgré les différences d’apparence, nous sommes les descendants des quelque 2000 êtres humains qui existaient sur la planète il y a de cela environ 750 000 ans. En d’autres termes, nous sommes tous cousins !

Cette affirmation semble être contredite par les apparences. En fait, encore de nos jours, bien des gens classent les 6 milliards 700 millions d’humains en des « races » qu’ils supposent plus ou moins supérieures ou inférieures. Les théories racistes ont encore malheureusement du succès. Elles ont servi de bases théoriques à chaque entreprise de colonisation, à l’oppression et aux nombreuses guerres qui ont secoué notre monde et compromis notre futur.

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« Mitakuye Oyasin » : quand ils utilisent cette expression, nous sommes tous apparentés, les Lakota non seulement incluent tous les êtres humains, mais également les animaux et les espèces végétales qui existent sur la terre, la mère de tous. C’est le concept de Terre-Mère

 2 – En France, nos paysans et nos poètes, font de temps à autre référence à la Terre Nourricière que nos ancêtres nous ont léguée.

 

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Terre-Mère, Terre-Nourricière, ces deux concepts ont clairement une même origine. Cependant ils ne sauraient être confondus. On ne peut assimiler le second au premier car dans chacun de ces deux cas, l’attitude humaine est différente. Pour les Indiens, l’Espèce humaine, comme les autres espèces vivantes appartient à un Cercle de Vie. Elle n’est ni plus ni moins importante qu’une autre espèce animale ou végétale. La Terre est leur mère à toutes. Toutes obéissent à ses lois.

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 Dans la civilisation dite occidentale, l’homme occupe une situation privilégiée. La terre est censée le nourrir. Il éprouve constamment le besoin de la dominer, de l’exploiter afin d’obtenir le meilleur rendement. Il veut soumettre la nature. « Croissez, multipliez, emplissez la Terre et soumettez la » est-il recommandé dans les Ecritures (Genèse 1 :28).

Nous, les Occidentaux, nous avons inventé la notion d’environnement. En France il y a même un ministre pour cela et des agences environnementales. Voilà où réside l’origine de ce concept anthropocentrique : nous sommes au centre de l’Univers !

 

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Nous sommes les seuls à parler d’environnement et de la nécessité de sa protection. Les peuples traditionnels, n’ont jamais senti le besoin de protéger la nature car le respect qu’ils lui manifestent et leur vie en parfaite harmonie avec elle les éloignent de l’envie de détruire.

 

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Le chef lakota Luther Standing Bear écrivait en 1830 : « Le peuple lakota était rempli d’amour et de compassion pour la nature, c’est pourquoi les anciens Lakota se tenaient proches du sol plutôt que de se séparer des forces de la vie. Cette habitude de s’asseoir ou de s’étendre sur le sol leur permettait de penser plus intensément, de se sentir plus vivants ; ils contemplaient avec la plus grande clairvoyance, les mystères de la vie et se sentaient plus proches de toutes les forces de la nature qui les entouraient. L’ancien Lakota était un sage, il savait que, séparé de la nature, le cœur de l’homme s’endurcit ; il savait que l’oubli du respect des choses qui croissent et qui vivent, le conduisent à ne plus respecter l’homme.»

 II – Tous différents :

Il y a 100 000 ans, nos ancêtres étaient tout au plus quelques dizaines de milliers. Ils entreprirent de longues migrations en diverses directions et colonisèrent la planète entière. 18 000 ans avant notre ère, les humains étaient partout, ils appartenaient à la même espèce avec cependant de grandes différences d’un groupe à l’autre.

Ils se différenciaient car les gènes inclus dans les cellules de ces groupes migrateurs n’étaient pas exactement semblables à ceux de la population originelle. Bien que chaque individu possède le patrimoine génétique de l’espèce il n’en est pas moins unique. Il a son propre équipement génétique qui lui vient de ses parents. En d’autres termes chaque migration est équivalente au tirage au sort d’une poignée de gènes prélevés dans le stock commun. Des gènes qui étaient rares à l’origine avaient peu de chances d’être représentés dans l’échantillon considéré ; sans aucun doute, les plus communs étaient présents mais pas dans les mêmes proportions qu’à l’origine. En se dispersant, les populations émigrantes emportaient en elles un lot de caractères génétiques qui ne correspondaient pas exactement à ceux de la communauté d’origine. Ainsi, peu à peu, au fil des générations, elles se différenciaient des populations ancestrales d’où elles étaient issues.

Outre cette différenciation il faut aussi tenir compte de l’influence du milieu environnant, du climat, des conditions d’existence qui par le jeu de la sélection et de l’adaptation modifient l’apparence physique : la couleur de la peau, la taille, les caractéristiques corporelles, les traits du visage, etc.

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Nous sommes donc ainsi tous différents et tous uniques. Il y a actuellement 7,3 milliards d’êtres humains sur la terre. A l’exception du cas des jumeaux homozygotes, nous sommes tous différents. Encore plus étonnant : depuis le début de l’humanité, on a calculé que l’effectif total avoisinait les 81 milliards d’humains ayant jamais existé et chacun de nous, n’ayant pas de vrai jumeau, peut se dire qu’il n’y a jamais eu et qu’il n’y aura jamais d’être humain identique à lui-même. « Je suis unique ! »

 

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III – Diversité et mondialisation :

 Caractères ethniques :

L’espèce humaine est un ensemble de cas individuels.

La mondialisation n’est pas un phénomène récent. Elle a commencé avec les grandes migrations de groupes humains cherchant de nouveaux territoires.

Après un processus de différenciation résumé ci-dessus, nous assistons à de nouvelles migrations liées cette fois à la colonisation, aux échanges commerciaux et plus généralement à l’économie qui, progressivement, se globalise.

Nous pouvons nous attendre dès lors à ce que les métissages se généralisent et que les différences d’aspect disparaissent (tout le monde ayant par exemple une peau couleur « chocolat au lait ») Cela serait peut-être vrai pour la première génération, mais, quelque gigantesque brassage nous pourrions voir apparaître des personnes présentant des traits ancestraux bizarrement associés : des Noirs aux yeux bridés, des Blancs à cheveux crépus, etc. C’est bien ce que l’on observe dans l’île de La Réunion et au Brésil.

 

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Langues et cultures :

 Les linguistes s’accordent à penser qu’il y avait au commencement une seule langue qui donna naissance à l’extrême diversité des langues du monde.

Nous savons que chaque langue est intimement liée à une culture, une façon de penser, une conception du monde.

La grande diversité des langues et des cultures a été une richesse considérable dont nous commençons seulement à mesurer l’importance. Pourtant, chaque année, des dizaines de langues meurent et, avec elles, les connaissances qui leur sont associées, les savoir-faire, et des millénaires d’expérience accumulée. C’est là une perte irremplaçable et une lourde dette envers les générations futures.

 

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Aujourd’hui il suffit pour voyager de connaître quelques langues. L’anglais, le chinois, le russe, l’arabe vont se trouver d’autant plus en concurrence qu’augmente le besoin de communiquer avec un grand nombre de peuples dans le monde. Nous remarquerons que notre diversité culturelle est bien plus menacée que notre diversité biologique. En nous contentant de constater la disparition des langues nous nous rendons complices de la tendance à une standardisation des modes de vie, des cultures, des traditions gastronomiques et conviviales, des loisirs, des modes vestimentaires et, de manière plus générale, des comportements.

Le grande question qui se pose est : doit-on modifier cette évolution et, dans l’affirmative, est-il possible de le faire ? En d’autres termes, se contenter de gémir sur la perte de la diversité, n’est-ce pas un luxe d’Occidentaux ?

L’accès au confort, à la sécurité sanitaire, aux progrès de la médecine doivent-ils continuer à être réservés à certains peuples tandis que d’autres en seraient tenus à l’écart au prétexte du respect de leurs traditions et de la diversité culturelle ?

Certains comportements inhumains tels que les mutilations sexuelles ou l’amputation de la main des voleurs, et au-delà, la peine de mort sont-ils respectables au nom de la diversité culturelle ?

Inversement, ne faut-il pas admettre la victoire et la suprématie d’une culture sur celles qu’elle élimine au nom du nivellement culturel qui poursuit son avancée ?

Ou bien devrions-nous chercher, dès à présent, les points communs et les passerelles entre les différentes cultures afin d’aller vers une culture commune avec ses lois et règlements sous une gouvernance internationale et un contrôle citoyen ?

 

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Culture et nature :

Pensons maintenant à ce que devraient être nos relations avec les autres habitants de la planète, c’est à dire tous  les êtres vivants qui n’appartiennent pas à notre espèce et que notre culture occidentale nous a toujours fait considérer avec condescendance, comme objets d’exploitation, de plaisir et à notre service.

Nous considérons encore trop souvent que le plus grand progrès, le plus juste et le plus généreux sera celui qui aboutira à la libération de l’homme. Il faut en finir avec cette conception étroite de la libération de l’homme et l’étendre à la totalité du monde vivant.

Les peuples traditionnels tiennent la clé de l’inversion de ces conceptions erronées des sociétés occidentales qui nous conduisent à un incroyable futur de souffrances et de destructions. Le dilemme est à la fois simple et cruel : soit la symbiose, soit la mort. C’est aux générations actuelles de décider, d’urgence !

 Vers la 7ème génération :

 Quelques sujets de débats

 -        Allons-nous vers une culture commune ? Comment ? ( ou comment l’éviter ?)

-         Pouvons-nous identifier les points communs entre des cultures différentes ?

-         La langue et la culture occitane sont-elles en voie de disparition ?

-         Le Néolithique se situe à l’origine de notre histoire. C’est le moment où l’homme est passé du monde naturel au monde artificiel. Le processus s’est accéléré au cours du dernier millénaire. Doit-on poursuivre dans cette voie, ralentir ou s’arrêter ?

-         Devons-nous revenir à l’état de nature ou au contraire nous en écarter pour vivre autrement : contrôler, décider, inventer un autre modèle de société ? Comment faire pour que ce choix soit durable et accessible à tous les habitants de la planète ?

-         Qu’est-ce qui pousse les humains à se combattre plutôt qu’à coopérer ? Comment remédier à cela ? Serait-ce là le grand projet de ce troisième millénaire ?

-         Nous sommes tous reliés à nos ancêtres (hérédité, comportements, croyances, ...), mais en avons-nous conscience ?

-         Quelle spiritualité peut-on envisager pour l’avenir ? Et d’abord est-ce important ?

-         La philosophie des Indiens d’Amérique est-elle plus importante / pertinente que la nôtre ?

-         Appartenir à la terre. La terre est-elle notre atout le plus précieux ? Est-elle vraiment un atout ?

-     Les concepts de « Terre Mère » (Amérindiens) et de « Terre nourricière » (Occidentaux) sont-ils identiques ? Sinon quelles différences et quelle conséquences ?

-         Soumettre la nature ou se soumettre à ses lois ?

-         Libération de l’homme ou libération du monde naturel dans son ensemble, de tous les êtres vivants ?

-     Progrès ou déclin ? Deux concepts : celui du déclin (paradis perdu), celui du progrès (des siècles de lumières). L’évolution de l’homme est-elle un progrès ?

-         Notre destin n’est-il pas paradoxal : chaque progrès entraîne une lourde facture

-       Mondialisation de l’économie, des services, des transactions financières (néolibéralisme) ou mondialisation par des échanges équitables, gouvernance planétaire, gestion commune et pacifique des ressources, de l’air, de l’eau ?

-         Quels messages les Amérindiens adressent-ils au monde ?

-         Tradition ou Modernisme, quel équilibre ?

-      Le concept de « la septième génération » et le « principe de précaution » ; serions-nous en train de « redécouvrir l’Amérique »

-         Quel monde voulons-nous laisser à nos enfants ?

Jean-Claude Drouilhet