tête de gondole

 

eyes

Big brother is watching you

« Le Grand frère vous regarde »

 

« Il n’y avait pas moyen, bien sûr, de savoir si on était surveillé ou non à un quelconque moment. »

Ces lignes sont extraites de "1984", un roman de l’écrivain britannique George Orwell dans lequel ce dernier imagine une société d’où toute vie privée a été bannie. Nous y allons tout droit...

 

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L’œil glauque des caméras, suspendues au plafond, balaie les linéaires. Malheur à celui qui a une tête de gondole (patibulaire... mais presque ! comme disait Coluche).

Salle de surveillance

surveillance

Le mur d’écrans, tel l’œil à facettes d’une mouche, renvoie les images volées entre les rayons de la grande surface. Deux vigiles font leur métier: ils regardent l’Œil.

Zoom avant sur le suspect. Gros plan sur ses mains. L’homme manipule, examine mais ne vole pas. Il dépose l’article dans le caddie®. C’est bon pour cette fois.

On me demande ce que je viens faire dans la salle de surveillance. Simplement récupérer une cassette de chants indiens qui ont sonorisé le grand hall pendant que dansaient les Kiowas.

« Belle affluence! me confie l’un des agents de sécurité, on a rarement vu ça un mercredi »

 

Jack Anquoe, Kiowa, des Gray Horse Singers

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Jack Anquoe et Gabe Morgan, Kiowa

 

En Conseil d’administration, nous nous étions posé la question: l’idée-même de présenter des chants et des danses indiennes dans ce temple de la consommation n’était-elle pas incongrue? La promesse verbale – hélas, non-écrite – d’une appréciable participation financière avait suffi à convaincre notre naïveté collective. Ils devaient être trois partenaires commerciaux dans cette affaire: la direction du Très Grand hypermarché, l’association des commerçants de la galerie marchande, et un restaurant MACrophagique rapide. Aucun papier n’avait été signé (nous fonctionnons toujours à la parole donnée) mais, en revanche, on nous avait demandé de décrire  "l’animation" sous la forme d’un dossier suffisamment étayé et détaillé, ce que nous avions fait de bonne grâce. Des affiches, portant les logos de nos trois "partenaires", avaient été apposées dans toute la ville, jusque dans les tambours tournant aux entrées du Très Grand hypermarché. Une exposition indienne, avec interdiction formelle de vente – concurrence oblige –, avait mobilisé une trentaine de nos adhérents pendant 8 jours. Le groupe kiowa avait donné le meilleur de lui-même avec une grande conscience professionnelle, et attiré la grande foule.

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Au moment de passer à la caisse, ce fut la débandade.

Nous gratifiant de son regard oblique, le gérant du magasin d’optique, responsable des commerçants de la galerie – et de l’imbroglio – voulut bien régler un tiers de la facture. Mais rien des deux autres. Même pas une réponse du MAChin-Chouette, trop occupé sans doute à MAChouiller sa pâtée pour chats. Quant au patron du Grandiose Hyper, il ne se souvenait pas d’avoir passé de contrat (ce qui est exact, au sens papier du terme), il n’avait rien su, rien vu, rien entendu.

C’est le boulot des vigiles. Et les vigiles, ils ne voient que les voleurs.

Les petits, pas les "Géants".

 

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