La Danse de Guerre

des Osages

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 Pawhuska (Oklahoma), juin 2006

La guerre ?

Je suis en Oklahoma, précisément à Pawhuska, la capitale des Indiens Osages. J’ai été invité chez nos amis dont trois ancêtres séjournèrent quelques jours chez nous, à Montauban. C’était en novembre 1829. Les Osages, perdus et abandonnés de tous, furent accueillis, réconfortés et, grâce à la générosité des Montalbanais, retournèrent dans leur village au Kansas. Les Osages n’ont pas oublié. Ils n’oublient jamais rien...

 

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Chaque année, au mois de juin, la tribu se rassemble en Oklahoma pour les danses I’n-Lo’n-Schka : la danse de guerre.

 

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Je demande : « à quoi pensez-vous quand vous dansez ? » Petit-Chef me répond : « pas à la guerre évidemment, mais à l’esprit de la guerre. Pour nous ce mot évoque à la fois le combat pour défendre notre peuple, ou pour le nourrir ; le mot guerre désigne aussi la chasse où le guerrier risque sa vie. Ce sont ces valeurs de courage, de solidarité, d’esprit de sacrifice, en un mot l’honneur de notre peuple que nous retrouvons ensemble chaque année. »

Les guerriers osages ont revêtu leur grande tenue de cérémonie. Ici la danse n’est pas un spectacle. Aucun touriste ; pas le moindre marchand d’artisanat indien ; interdiction de filmer, photographier ni enregistrer les sons. Nous sommes dans l’intimité de l’âme indienne.

Les danses ont lieu au centre du village indien, sous une halle au sol en terre battue. « C’est pour garder le contact avec la terre-mère, m’explique Couteau-Rouge. Nos mocassins ont de fines semelles et la terre vibre sous nos pieds. » Elle entre en résonance avec les battements du tambour placé au centre de l’aire de danse. Une vingtaine de chanteurs et chanteuses traditionnels l’entourent. « Le tambour, c’est le c­­oeur de la tribu, m’explique Oiseau-Noir. Lorsque nous dansons autour de lui, nous formons une unité vivante dont il rythme l’existence. C’est un grand honneur dans la tribu d’être le gardien du tambour. »

 

I_n_Lo_n_Schka

Danseurs osages

 

La danse en cercle de plus de deux cents guerriers osages est un moment à la fois impressionnant et émouvant. Elle tourne dans le sens de rotation de la terre. C’est le cercle sacré. « Le cercle de vie figure l’unité et l’harmonie de la Création. Nous ne sommes que l’un des ses éléments, ni plus ni moins important que le petit insecte ou le brin d’herbe de la prairie. Ici, nous apprenons l’humilité », me dit Nuage-Qui-Marche.

 

Ki_He_Kah_Steh : Grand_Chef en langue osage

 

Un temps fort de culture et d’éducation. Les enfants et les jeunes sont nombreux parmi les danseurs et danseuses. « Ils sont l’avenir et l’espoir de la tribu, affirme Celui-Qui-Parle-Au-Grand-Esprit. Avec eux nous pouvons voir loin… Jusqu’à la septième génération. » Ainsi les danses transmettent la culture et les valeurs philosophiques. La langue osage, hélas ! ne peut plus les véhiculer : le nombre de leurs locuteurs naturels se compte sur les doigts d’une seule main et les nouveaux locuteurs ont encore des progrès à faire.

Le kaléidoscope de la danse de guerre tourne inlassablement dans un bruit de grelots que les danseurs portent attachés au niveau des genoux. Ces grelots que les trappeurs français, au 18ème siècle offraient aux Osages en gage d’amitié. Les Osages ne les ont pas oubliés. Les patronymes français sont encore présents dans la tribu : Clavier, Boulanger, de Noya, Lombard, Revard, Chouteau, Sans-Souci. Les Osages parlèrent français avant de parler anglais.

 

Osage_110Les femmes. Lorsqu’on les voit, on comprend l’attirance qu’elles exercèrent sur nos ancêtres les trappeurs gascons. Leur teint cuivré, leurs longs cheveux noirs, leurs pommettes hautes et leurs yeux légèrement étirés leur donnent une beauté exotique que vient mettre en valeur la somptuosité de leurs costumes de cérémonie. Elles dansent en groupe serré, modestes dans leurs mouvements, balançant en cadence les franges de leurs châles ravissants. Leur attitude contraste avec celle des danseurs de guerre. Elle symbolise la paix.

Les Osages, aujourd’hui, marchent sur le sentier de la paix.

Jean-Claude Drouilhet