Des Houmas à la COP21

 

Houma seal

COP21

Marie-Claude Strigler *

Voilà, la COP21 est terminée, personne n’est parti en claquant la porte, un accord a été signé, qui devra être revu régulièrement. Il reste à espérer que certains pays iront plus loin que leurs engagements. En même temps que les négociations, l’UNESCO a souhaité que des représentants des peuples autochtones viennent en France témoigner de leur expérience et faire part de leurs solutions pour remédier à certains problèmes environnementaux et climatiques. En Amérique, le nord et le sud ont eu des délégués qui ont eu l’occasion de s’exprimer.

Les tribus / nations amérindiennes des États-Unis dont on parle le plus souvent, sont surtout des tribus reconnues par le gouvernement fédéral, mais toutes ne le sont pas, et luttent jusqu’à aujourd’hui pour obtenir cette reconnaissance, qui crée des  obligations du gouvernement fédéral envers elles, que ce soit des subventions, des aides en cas de catastrophe naturelle, l’éducation ou la santé.

 

Thomas Dardar Jr. chef de la Nation unie Houma

Ainsi, les Houmas de Louisiane, en dépit de demandes répétées, ne sont pas encore reconnus par le  gouvernement fédéral, seulement par l’État de  Louisiane. Ce sont les seuls Amérindiens encore francophones aux États-Unis, qui parlent un « français houma ». La présence française se fait toujours sentir, ne serait-ce que dans la toponymie, avec des villages comme Grand Caillou, Petit Caillou, Terrebonne ou Grand Bois. Ces Indiens ont été d’autant plus facilement spoliés qu’ils ont été scolarisés très tard, et qu’ils parlaient  peu ou pas l’anglais. La génération des jeunes adultes parlent anglais et sont mieux armés pour demander la reconnaissance fédérale : il faut « prouver » qu’il y a eu une continuité géographique et tribale au fil des siècles, alors  qu’ils ont été obligés de se déplacer pour survivre.

Monique VerdinUne jeune femme houma,  Monique Verdin (un nom bien français), a fait du « crowd-funding » (financement participatif grâce à Internet) pour financer sa venue lors de la COP21.. Elle est née en Louisiane, au sein de la communauté houma et est allée vivre en Floride avec sa mère après le divorce de ses parents. Elle s’était toujours promis de retourner en Louisiane dès que possible. À 18 ans, elle est effectivement retournée dans sa communauté, vivre avec sa grand-mère, Mâtine Verdin, qui se qualifie de « Indienne française ». Monique s’est employée à noter les histoires que lui raconte sa grand-mère,  prendre des photos et filmer un monde qu’elle craint de voir disparaître.

Mâtine Verdin , grand-mère de Monique VerdinLes Houmas étaient autrefois des cultivateurs, puis ont été repoussés petit à petit vers le delta, là où ils ne pouvaient plus cultiver ; ils ont alors vécu de la pêche, de la chasse et de la trappe. L’écrevisse a été adoptée  comme emblème de la tribu. La découverte  de pétrole ne leur a rien apporté : ils n’ont pas de réserve, donc pas de base territoriale, pas de reconnaissance, c’est-à-dire aucune protection, mais aucun avantage financier non plus. Plus les compagnies creusent, plus la terre des bayous, où vivent la majorité des quelque 17 000 Houmas, s’enfonce.

 

Clarice FrilouxUne cousine de Monique, Clarice Friloux, a entrepris de lutter contre les compagnies pétrolières, entre autre contre les puits creusés pour entreposer les déchets pétroliers toxiques. En outre, la tribu a été durement frappée par l’explosion de la plateforme pétrolière BP dans le golfe du Mexique, et la marée noire qu’elle a provoquée : paradoxalement, les familles de pêcheurs doivent souvent travailler pour les compagnies pétrolières, seuls emplois disponibles. Il ne faut pas oublier, non plus, les dégâts provoqués par les ouragans Katrina et Rita : ce sont surtout les quartiers pauvres qui ont été touchés. La maison de la grand-mère a été totalement détruite. Les habitants ont été recueillis dans de vastes entrepôts, où des centaines de lits de camp étaient alignés les uns à côté des  autres. On voit dans le documentaire Monique parcourir les allées à la recherche de sa grand-mère.

La langue traditionnelle, qui s’apparentait à la langue choctaw, est perdue, la plupart des mythes, également. Certains Houmas font des recherches dans les archives des Jésuites, à la recherche de bribes de leur culture. Leur culture est comme la terre des bayous  dans lesquels  ils vivent : l’érosion les fait disparaître petit à petit.

Cela n’a pas empêché Monique Verdin de faire un documentaire autobiographique sans amertume, qui est une déclaration d’amour à la Louisiane. D’ailleurs, le  titre en est : « My Louisiana love ». (Si vous avez 6 mn, pour le voir c'est ici qu'il faut "cliquer"). Un dernier détail à signaler, qui montre la résilience de Mâtine Verdin : elle a perdu sa maison, vit dans un préfabriqué, vient d’avoir 100 ans, et on la voit planter « une » pomme-de-terre.

 

French Consulate

 

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* Marie-Claude Strigler est maître de conférences honoraire de l'université Paris III Sorbonne-nouvelle. Elle est auteure de plusieurs ouvrages sur les Indiens des Etats-Unis dont une histoire des Osages à paraître en février 2016 aux éditions Nuage Rouge.