2016, une année essentielle

Marie-Claude Strigler

Ted TurnerD’abord, c’est le dixième anniversaire de leur Constitution. Au mois de janvier, un autre événement provoque une émotion et une agitation générales : Ted Turner, le magnat de la TV,  l’un des hommes les plus riches et l’un des plus grands propriétaires terriens des États-Unis, vend son Bluestem ranch, 17 000 hectares qu’il avait achetés en 2001 pour quelque 15 millions de dollars. Ils seraient ajoutés aux 801 000 hectares qu’il avait déjà. Son but était d’y élever des bisons pour peupler ses autres ranches.

 

Bluestem ranch

 

Le quatrième Congrès de la nation osage est en effervescence ; ses membres vont-ils voter une proposition d’achat, qui donnerait à la communauté l’occasion de retrouver une partie de son ancien territoire ? Et bien, oui ! 11 des 12 membres ont voté en ce sens.  Encore fallait-il que Ted Turner donnât la préférence à la nation osage sur les autres propositions. C’est bien l’offre osage qui a été retenue !

Geoffrey Standing Bear, chef principal de la Nation Osage

Son choix a peut-être été influencé par les arguments que le chef principal Geoffrey Standing Bear a exposés dans une lettre adressée au magnat de la TV le 21 janvier (parue dans Facebook) : les ancêtres des Osages habitaient ces terres et y chassaient les bisons, dont c’était le domaine. La prairie des hautes herbes était l’un des plus importants écosystèmes d’Amérique du nord. Les Indiens l’entretenaient par des feux périodiques et partiels qu’ils provoquaient quand les orages ne s’en chargeaient pas.

Comme pour les autres Indiens des Plaines, le bison revêtait une importance aussi bien matérielle que spirituelle : il fournissait tout le nécessaire : la nourriture, les vêtements, les abris, les outils, preuve qu’il est l’instrument du Sacré.

 

Loi Dawes : des terres indiennes mises en venteGeoffrey Standing Bear mit l’accent sur les retombées de la loi Dawes, ou loi de morcellement général des terres indiennes. En 1887, dans le but, une fois de plus, de « régler le problème indien », le Congrès vota cette loi qui prévoyait d’attribuer en toute propriété à chaque membre d’une tribu, une parcelle de 65 hectares et d’ouvrir aux colons la surface restante de la réserve, ce qui libérait le gouvernement fédéral de ses obligations fiduciaires envers les Indiens. C’est ainsi que les Indiens perdirent des millions d’hectares de terre.

Les Osages réussirent à retarder l’application de la loi Dawes  jusqu’en 1906 et, fait exceptionnel, les 2 229 membres inscrits sur les listes tribales se partagèrent la totalité de la surface de la réserve : il n’y eut pas de terre en surplus pour les colons.

Cette réussite ne fut cependant pas totale car, entre les propriétaires qui vendirent leur parcelle, les spoliations, les fraudes et une certain nombre d’assassinats de leur  épouse par des conjoints non osages pour hériter d’une parcelle, 5 % seulement de l’ancienne réserve est encore entre des mains osages, en parcelles éparpillées.

C’est le cas du ranch de Ted Turner. Mais il ne faut pas s’imaginer qu’il est le plus grand propriétaire terrien du comté osage : l’Église des Saints du dernier jour se trouve en possession de 27 500 hectares, gérés par la Sooner Cattle Company.

 

Tallgrass2

 

 Les Osages, quant à eux, sont très fiers de leur Tallgrass Prairie Preserve, gérée par la Nature Conservancy Sa création a répondu à leur volonté de recréer une partie de la Prairie ancienne. Les 300 bisons introduits lors de sa création en 1989 sont désormais 3000.

 

TallGrass1

 

À propos de la possibilité d’achat, Geoffrey Standing Bear a déclaré : « Ces plaines font partie du territoire traditionnel des Osages. Nous avons enfin l’occasion de rentrer en possession d’une grande surface de terre d’un seul tenant. Avec l’achat du Bluestem ranch à Ted Turner, qui viendra s’ajouter à la Tallgrass Preserve, la nation osage devient le plus grand propriétaire terrien du comté osage. De plus, grâce à la politique de protection de l’environnement de Ted Turner, c’est une terre riche en diversité de flore et de faune. Les cervidés, les dindes sauvages et les colins de Virginie (une espèce de cailles) y abondent.

Quant au chef principal adjoint, Raymond Red Corn, il a déclaré que les Osages étaient heureux d’inverser deux siècles de pertes de leurs terres.

 

Le congrès de la nation Osage

 

Lors de sa dernière réunion, le Congrès a voté des fonds pour faire une demande de fiducie fédérale de ces terres, qui sera examinée par le Bureau des Affaires indiennes. Une fois encore, au cours de leur histoire, les Osages font preuve d’une grande prudence : il est du devoir du BIA de s’assurer que le bien en fiducie est consacré à l’usage exclusif de la tribu ; il échappe à la règle de « l’imminent domain », qui est le pouvoir du gouvernement fédéral ou du gouvernement d’un État de se l’approprier pour un usage public. Le bien ne peut être vendu ou hypothéqué sans l’autorisation du BIA, ce qui avait été trop souvent le cas lors de la loi générale de morcellement des terres de la réserve. Enfin, et ce n’est pas négligeable, cette partie du territoire osage ne sera soumise ni aux impôts locaux, ni aux impôts fédéraux.

La signature de l’acte définitif d’achat est imminente.

Après plusieurs essais de constitution, la constitution de 2006 semble solide et bien fonctionner ; les membres du congrès sont des personnes responsables. Les Osages retrouvent une partie d’un seul de leur territoire traditionnel, un domaine riche d’une faune et d’une flore variées, en contact direct avec leurs racines. 2016 devrait décidemment être une bonne année.