Les symboles du Rond des Osages

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Le voyageur qui arrive à Montauban par l’autoroute ne peut manquer de remarquer, à la sortie « Sapiac », un étonnant rond-point : trois structures métalliques tubulaires allongées en forme de rectangles ajourés d’inégales hauteurs, sont plantées parmi de jeunes pins. Ces monuments, l’un rouge, l’autre jaune, le troisième bleu, découpent sur le ciel d’étranges symboles géométriques. Pour renforcer l’énigme, une plaque émaillée annonce, au ras de la pelouse : « Rond des Osages ». De nombreux Montalbanais ont pris l’habitude d'appeler cet endroit « les totems ».

 

Michel Batlle

 

 Cette œuvre a été conçue par Michel Battle et réalisée par les services municipaux de la ville de Montauban en 1992.

 Dédié à la Nation Osage, cet anneau de circulation a été inauguré le 14 juillet 1992 par monsieur Roland Garrigues, premier adjoint au maire de Montauban en présence des délégués de huit nations indiennes de l’Oklahoma (USA)*.

Contrairement à l’interprétation qui souvent en est faite, ces trois structures tubulaires ne représentent pas des totems. Les mâts totémiques n’appartiennent en effet ni à la culture osage ni à celle de la plupart des tribus amérindiennes. Seules certaines tribus de la côte du Pacifique en érigeaient autrefois dans leurs villages et c’est abusivement que les Européens les attribuèrent aux autres nations indiennes.

Le cercle est déjà un puissant symbole : c’est le cercle sacré. Il représente l’union cosmique de l’homme avec la nature et la divinité (Wa-kon-dah chez les Osages). On y retrouve l’horizon, la voûte céleste, la course du soleil et la ronde des saisons.

 

dessin de Michel Batlle

 

Symbole toujours : l’arbre de vie que l’on rencontre dans maintes civilisations à travers le monde. Ce sont des arbres à feuillage permanent — des pins — qui ont été plantés à l’intérieur du cercle.

 

osages montauban

 

 

Si les structures en tube sont au nombre de trois, ce n’est pas par hasard. Elles représentent les trois Indiens Osages, deux hommes et une femme, qui furent accueillis et réconfortés par les Montalbanais et novembre 1829 après une errance de plus de deux ans en France et en Europe.. Les couleurs choisies sont elles-mêmes signifiantes : le rouge pour le feu, l’été et l’amour ; le bleu pour l’air, l’eau, le printemps et l’esprit, le jaune pour la terre et le soleil.

 

ribbon works

 

Les motifs ornementaux sont ceux que l’on peut voir encore aujourd’hui dans les larges rubans appliqués sur les vêtements traditionnels osages, les jambières des guerriers comme les robes des femmes. Les formes géométriques de ces motifs sont caractéristiques des Indiens des Plaines. On y reconnaît une ligne brisée en escalier et refermée sur elle-même et le losange. La première symbolise le tonnerre, puissance terrifiante qui régit le monde et le soumet à sa loi. Le losange est représentatif des « mondes superposés », autrement dit des quatre niveaux d’organisation de la matière : le chaos initial, le monde minéral, le monde vivant et enfin l’humanité. Ainsi le message codé dans l’édifice bleu s’éclaircit : les harmonies universelles sont fragiles, menacées à tout instant par une force supérieure que l’on doit respecter.

L’édifice jeune, celui du milieu, est orné du motif le plus fréquent de l’art sacré des Indiens d’Amérique : la flèche. Symboles de protection et de chasse, les flèches assignent aux hommes le devoir d’agir pour défendre leur vie et assurter leur subsistance.

L’édifice rouge enfin est un rappel des précédents motifs.. On y reconnaît les flèches, le tonnerre, les mondes superposés réunis en une synthèse ayant valeur de message : « Respectons, préservons et protégeons la terre, notre mère, dont les équilibres sont fragiles. »

On retrouve là un discours très actuel qui nous rappelle la sagesse de ces peuples amérindiens humiliés et bafoués dans leur relation la plus sacrée à la terre-mère. L’intérêt qui se manifeste depuis quelque temps dans les pays européens pour les Indiens d’Amérique s’explique peut-être par cette redécouverte de l’humain dans son rapport à la nature.

Si seulement ces symboles qui ornent l’une des entrées de notre ville pouvaient introduire à une réflexion, alors les Osages perdus de 1829 auraient laissé une trace durable de leur passage à Montauban voici 178 ans. Une piste que nous pourrions suivre…

J-C.D.

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14 juillet 1992 : inauguration du "Rond des Osages"

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* Vanessa Williams (Cherokee) ; Vanessa Jennings (Kiowa) ; Lillian Williams (Pawnee) ; Louis Burns (Osage) ; Charley Jones (Choctaw) ; John Williams (Ponca) ; Jim Burgess (Seminole) ; Raymond Theis (Osage) ; Nizhoni Bemore (Navajo) ; ..... (Chickasaw)