La plume d'aigle

Clifford Moar, chef des Montagnais (Innus) du Lac Saint Jean (Québec) à Albias (82) en septembre 2006

En septembre 2006, lors des interventions en milieu scolaire, aussi bien en maternelle qu’à l’école élémentaire ou au collège, les représentants d’OK-OC accompagnés de Clifford Moar de la nation Innu ont abondamment usé du rite de la plume d’aigle tel que nous l’avait enseigné Clifford voici déjà une dizaine d’années. De quoi s’agit-il ?

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Au sein de la tribu Montagnais, lors des assemblées, le porteur de la plume d’aigle a la parole. Les autres participants on le devoir de l’écouter de leur mieux et de ne pas l’interrompre. Chacun peut parler à son tour. Il lui suffit de demander la plume d’aigle.

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Il y avait donc une plume d’aigle dans ces rencontres scolaires. Tout un rituel entourait son extraction de la boite en cèdre dans laquelle elle avait été conservée, ceci dans le silence le plus complet d’une assistance comptant parfois plus de soixante enfants ou adolescents. Nous leur expliquions alors que l’aigle est l’oiseau le plus vénéré des Indiens d’Amérique et que sa plume est digne du plus profond respect. Elle doit être tenue par le tuyau et surtout ne pas être touchée au niveau des barbes, à plus forte raison ne pas choir sur le sol.

Il fallait voir ces enfants s’adressant au groupe, plume dressée à bout de bras, dans un silence total (« on pouvait entendre les fourmis marcher ») L’enfant à la plume est sacré, comme la plume qu’il porte, et unanimement respecté de ses pairs.

Plusieurs enseignants, impressionnés, nous ont dit vouloir introduire le rite de la plume dans leurs classes. A mon avis ce n’est pas une bonne idée. Le rite de la plume fonctionnait parfaitement dans le contexte des cultures indiennes où nous nous trouvions ce jour-là. Mais séparée de son contexte la plume d’aigle perd son « pouvoir », sa « médecine ». En fait ce qui fonctionne c’est le sens du sacré dont chacun éprouve le besoin sans l’avoir toujours bien ressenti. Il faut donc trouver ce qui demeure encore sacré dans le monde où nous vivons. Dans les écoles religieuses la réponse est facile. Il n’en va pas de même dans les écoles laïques. Il faut retrouver une spiritualité non religieuse qui soit unanimement partagée. Le champ est vaste, à chacun de l’explorer : la planète terre, la vie, les valeurs de la République avec sa belle devise « Liberté, Egalité, Fraternité », etc. Il faut chercher…

On peut s’interroger sur ce qui pousse quelques jeunes à la dérive vers des actes délictueux ou criminels. Et si justement il s’agissait de la perte du sens du sacré, cette absence de repères dont tout le monde parle. Le débat est ouvert.

J-C. D.

g>d : Kevin Mustus & Clifford Moar à Albias (82)