Le mystérieux

homme de Kennewick

 

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Marie-Claude Strigler

Puisqu’il a récemment été question de Néandertaliens, évoquons d’autres ossements, bien que moins  anciens : Durant l’été de 1996, deux étudiants à Kennewick (dans l’État de Washington) trouvent un crâne alors qu’ils se promenaient le long de la rivière Columbia. Pensant qu’il s’agissait d’un meurtre, ils appellent la police qui juge bon de faire venir un archéologue local. Les fouilles permettent de trouver un squelette presque entier, fait exceptionnel dans la  région. Les ossements sont recueillis et envoyés au laboratoire du musée de Burke.

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Le crâne ne semble pas amérindien, mais « caucasoïde »

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. Les spécialistes pensent à un pionnier ou à un trappeur. Les dents, très usées, ne présentent aucune carie. Surprise : une pointe de lance est insérée dans l’os de la hanche. La datation au carbone 14 estime que le squelette a entre 8 500 et 9 000 ans.

Immédiatement, les ingénieurs du service du Génie de l’armée américaine déclarent que la loi fédérale leur donne juridiction sur les ossements. Ils les enferment dans le laboratoire national  du Nord-Ouest Pacific du ministère de l’énergie.

 Alors commence la polémique opposant certains paléontologues aux tribus indiennes. Celles-ci souhaitent pouvoir rendre le squelette à sa tribu d’origine, tandis que les chercheurs voulaient le conserver, arguant qu’il n’avait aucun lien avec les Indiens actuels.

Une coalition des tribus du bassin de la Columbia, réclame le squelette en vertu de NAGPRA pour lui redonner une sépulture. En effet, le Congrès américain a voté en 1990 la loi sur la protection et le rapatriement des restes humains et des  objets sacrés (Native American Grave Protection and Repatriation Act). Selon cette loi, les institutions recevant des subsides fédérales sont tenues de restituer ossements et objets sacrés aux tribus qui les réclament (à condition que ces dernières puissent prouver une affiliation culturelle).

 

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Dès 1996, le porte-parole  des Umatillas déclare que les scientifiques ont déterré et étudié les restes amérindiens pendant des dizaines d’années, contrairement à leurs croyances religieuses. « Les restes sont ceux d’un ancêtre direct. Selon notre tradition orale, nous sommes là depuis toujours. Nous ne  croyons pas que nous avons migré depuis un autre continent. Les ossements seront ré-enterés dans un lieu secret, inaccessible aux scientifiques. »

 Les tribus avaient raison de se méfier : au XIXème siècle, les anthropologues, les archéologues et les collectionneurs pillaient les tombes amérindiennes, extrayaient les cadavres et même décapitaient les cadavres indiens sur les champs de bataille et les envoyaient à Washington pour les étudier. Depuis l’adoption de NAGPRA, la Smithsonian et les autres musées restituent des  milliers de restes humains aux tribus.

 MAIS dans le cas  de l’homme de Kennewick, il n’y a pas de preuve irréfutable. Jusqu’en 2014, de procès en procès, les scientifiques l’emportent et les ossements restent stockés au Burke museum, dans de mauvaises  conditions. Certains fragments disparaissent.

 

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Ce n’est qu’à l’été 2016 que des analyses génétiques confirmaient la proximité de l’homme de Kennewick avec des Indiens du Nord-ouest américain (les Colville). La législation prévoit qu’il leur soit donc restitué pour en disposer selon la coutume. Reste à déterminer la tribu chargée de cette cérémonie.