Journal de Rouen

Lundi 13 août 1827

Pour alimenter ce blog, nous n'avons pas l'habitude d'aller fureter dans les archives départementales de la Seine-maritime (anciennement Seine-inférieure). Une fois n'est pas coutume. Les Osages sont de nouveau présents à Rouen en ce mois d'octobre 2017 en la personne de Joe Don Brave. Alors, il fallait un peu revenir sur l'histoire du passage des ancêtres dans cette bonne ville de Rouen. Voici donc un article de la page 4 que nous avons le plaisir de reproduire ici avec quelques illustrations qui, bien sûr, ne figuraient pas dans les pages de ce journal dont la sobre présentation nous paraît quelque peu austère. 

Journal de Rouen

LES OSAGES

 

Les Six Indiens osages arrivés du Missouri au Havre le 27 juillet 1827 et à Paris le 13 août 1827

Ces étrangers qui pendant cinq jours n’ont pas cessé d’être l’objet d’empressement de curiosité sans exemple, nous ont quitté hier à dix heures du soir pour se rendre à Paris.

Samedi, à cinq heures du matin, on leur a fait visiter l’église cathédrale dont la vaste dimension a paru les étonner. Ils sont montés dans la tour où sont placées les cloches qui ont fixé leur attention d’une manière toute particulière. Un incident est venu là montrer la supériorité de résolution que les femmes possèdent dans le caractère. On a voulu les faire passer par dessus le pont de planches qui conduit aux galeries extérieures, d’où l’on jouit d’un magnifique panorama de la ville : les hommes n’ont jamais pu se résoudre à la franchir, à l’exception d’Esprit Noir que l’exemple des deux femmes a fini par entraîner.

Cathédrale Rouen

 

 

Hôtel-Dieu RouenDans la journée ils sont allés voir l’Hôtel-Dieu qu’ils ont visité dans tout son ensemble. La supérieure des dames qui desservent cet hospice, dont l’âge est très avancé, est devenue l’objet particulier de leur respectueuse attention. Ils ont, à son égard, exprimé l’idée qu’elle devait avoir de bien grands mérites pour que l’Être-Suprême  eût permis qu’elle parvint à un aussi grand âge.

Il paraît que les Osages ont une grande vénération pour les vieillards ; car déjà ils avaient eu l’occasion de rencontrer sur leur route un pauvre mendiant dont les cheveux blanchis et la barbe longue donnent à sa physionomie un air patriarcal. A son aspect, ces étrangers se sont levés  tout spontanément dans leurs voitures, et n’ont cessé de lui adresser, par leurs démonstrations, des marques de respect, jusqu’à ce qu’ils l’eussent entièrement perdu de vue. On sait que la vie des Osages est généralement beaucoup plus bornée que celles des Européens.

palais justice rouenDans l’après-midi ils ont visité le Palais de Justice, et se sont rendus ensuite dans le magasin de M. Baudouin, l’un des plus forts marchands de glaces et de meubles de cette ville. L’éclat qui les environnait de toutes parts a semblé leur plaire beaucoup ; mais ce qui les a flattés par dessus tout, ce sont de petites sonnettes de bureau qu’on leur a données et qu’ils n’ont cessé d’agiter jusqu’à leur retour à leur hôtel.

 

château Quevillon

Duchesse_de_Fitz-James_(née_de_Thiard_de_Bissy)

Hier matin, ils sont partis pour le château de Quevillon, où réside en ce moment Mme la duchesse de Fitz-James. Là, tous les agréments possibles leur ont été procurés : le bain, la danse, l’équitation, etc. Ils y ont pris une part fort active et ont paru enchantés de se trouver dans ce séjour.

Revenus en ville ils se sont rendus au spectacle où les attendait une foule aussi considérable que le premier jour. Avant le troisième acte de Paul et Virginie, le chef s’est levé et a adressé au public un discours de remerciement et d’adieux, dont nous n’avons pas assez bien entendu la traduction pour la reproduire ici.

 

Rouen_-_rue_Grand_pont

la rue Grand-Pont au début du 20ème siècle

 

Rentrés à leur hôtel, ils se sont mis au balcon et ont renouvelé leurs adieux à la foule innombrable qui  se pressait dans toute la rue Grand-Pont et qui luttait des mains à leur vue. Enfin, à dix heures, ils se sont rendus en voiture à la barrière Saint-Paul, où ils sont montés dans le Vélocifère*, qui les a emportés pour la capitale.

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Journal of Rouen --- Monday, August 13, 1827

 

THE OSAGES

 These strangers, who for five days have not ceased to be the objects of unexampled curiosity, left us yesterday at ten o'clock in the evening to go to Paris. Saturday, at five o'clock in the morning, they were shown to the cathedral church, the vast size of which seemed to astonish them. They are mounted in the tower where are placed the bells that have fixed their attention in a special way. An incident came here to show the superiority of resolution that women possess in character. It was wanted to make them pass over the bridge of planks which leads to the outer galleries, from which one enjoys a magnificent panorama of the city: men have never been able to resolve to cross it, except for the Black Spirit whom the example of the two women eventually led to.

In the day they went to see the Hotel-Dieu which they visited in its whole. The superior of the ladies who serve this hospice, whose age is very advanced, has become the particular object of their respectful attention. They have expressed to her the idea that she must have great merits for the Supreme Being to have permitted her to attain so great an age.
It seems that the Osages have a great veneration for the aged; for they had already had occasion to meet on their way a poor beggar whose bleached hair and long beard give to his countenance a patriarchal air. At the sight of these strangers, they rose spontaneously in their carriages, and never ceased to address to him, by their demonstrations, signs of respect until they had entirely lost sight of it. We know that the life of the Osages is generally much more limited than that of the Europeans.

In the afternoon they visited the Palais de Justice, and then went to Mr. Baudouin's shop, one of the strongest mirrors and furniture merchants in that city. The splendor which surrounded them on all sides seemed to please them very much ; but what has flattered them above all, are small office bells that have been given to them and that they have not ceased to agitate until they return to their hotel.

Yesterday morning they set off for the castle of Quevillon, where the Duchess of Fitz-James now resides. There, all the possible amenities were provided: bathing, dancing, horseback riding, etc. They took a very active part in it and seemed delighted to find themselves in this place.
Returning to the city, they went to the spectacle, where a crowd as great as the first day awaited them. Before the third act of Paul et Virginie, the chief stood up and addressed to the public a speech of thanks and farewell, of which we do not sufficiently understand the translation to reproduce it here.

Returning to their hotel, they went to the balcony, and renewed their farewells to the innumerable crowd which pressed through the Rue Grand-Pont, and struggled with their hands at their sight. Finally, at 10 pm, they went by coach to the barrier of Saint-Paul, where they climbed into the Vélocifere *, which took them for the capital.

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Quelle trace reste-t-il de leur séjour à Rouen en 1827 ?

Aussi surprenant qu'il y paraisse, on peut aujourd'hui voir un témoignage de ce petit événement d'histoire locale rouennaise il s'agit de...

 

L'hôtel des Sauvages

 

" à l'angle du quai du Havre et du boulevard des Belges, se trouve l'hôtel des Sauvages, appellation due à la présence de têtes sculptées évoquant la présence des Indiens Osages à Rouen en 1827 .... bâtiment à l'architecture néoclassique .... cet immeuble fait partie d'un ensemble construit à l'emplacement du Vieux Palais, détruit pendant la révolution" (extrait du livre de  Jean Braunstein)

l'hôtel des sauvages à Rouenseuls les quatre hommes sont représentés. Les femmes n'ont plus qu'à y revenir et demander réparation

 

 

 



*  Le vélocifère est une ancienne voiture hippomobile publique, légère et rapide.