Les tribus disent

" non à la peine de mort "

Ashline

veillée aux chandelles pour Ashlynne

FLAGSTAFF, ARIZONA – Dans le cadre d’une odieuse affaire survenue au sein de la Nation Navajo, une fillette de 11 ans a été attirée dans une camionnette, avant de subir une agression sexuelle et d’être assassinée. La tribu a rejeté la condamnation à mort de l’homme qui vient d’avouer le meurtre.

Depuis plusieurs décennies, les tribus d’Indiens d’Amérique ont la possibilité d’indiquer aux procureurs fédéraux s’ils souhaitent que la peine de mort soit ou non envisagée pour certains crimes commis sur leurs terres. Presque toutes ont rejeté cette possibilité.

Les tribus comme les experts juridiques expliquent que cette décision renvoie à des questions de culture et de tradition, à la façon dont les Indiens d’Amérique ont été traités par le passé, et à la question de la justice rendue par le système judiciaire.

Robert Anderson" La plupart des tribus indiennes ont été maltraitées par les Etats-Unis dans le cadre des politiques fédérales passées, et un traumatisme trouvant ses racines dans l’histoire peut surgir d’affaires liées à l’exécution d’autochtones ", explique Robert Anderson, professeur de droit à l’Université de Washington et membre du sous-groupe « Bois Forte » de la Tribu Chippewa du Minnesota. " Cela permet aux tribus de décider dans ces quelques rares cas, au moins, quand la peine de mort issue du droit fédéral peut s’appliquer ou non. "

Dans l’affaire qui a touché la tribu des Navajo, le corps d’Ashlynne Mike n’a été retrouvé que le lendemain. Son décès, en mai 2016, a rouvert les discussions sur la peine capitale au sein de cette tribu.

ThedaCela fait des années que Theda New Breast constate les conséquences de la violence domestique, de la dépendance aux drogues et de la pauvreté sur sa Réserve Blackfeet du Montana. Cette guérisseuse soigne ceux qui souffrent des traumatismes liés à ces maux.  Cependant, quelle que soit la nature du crime, cette femme de 61 ans est farouchement opposée à la peine capitale.

" Selon nos croyances, telles qu’elles m’ont façonnée, nul n’a le droit de prendre une vie, sauf le Créateur. Point à la ligne, explique Theda New Breast. Fin de la discussion."

Le Congrès a allongé la liste des crimes passibles de la peine de mort au milieu des années quatre-vingt-dix et a autorisé les tribus à décider de soumettre ou non leurs concitoyens à la peine de mort. Les experts judiciaires précisent qu’ils ne connaissent qu’une tribu, la « Sac and Fox Nation » d’Oklahoma, qui ait dit oui à la peine de mort.

 

 

exécution

1862 - pendaison de trente-huit Indiens Dakota

Laura-harris (à gauche) ; La Donna Harris (droite)

Laura Harris, directrice générale de “Americans for Indian Opportunity” et membre de la Nation Comanche, indique que sa tribu perçoit l’exclusion comme une peine bien pire que la mort, la personne se voyant alors privée de toute possibilité de faire partie de la communauté.

Elle explique que les tribus se souviennent aussi de la façon dont on a pu avoir recours à la peine de mort contre eux. En décembre 1862, par exemple, trente-huit membres de la tribu Dakota en guerre contre les colons dans le Minnesota ont été pendus lors de la plus grande exécution de masse des Etats-Unis.

 Une parade à cheval se tient chaque année pour rendre hommage à ces hommes. Cette parade prend fin au site où ont eu lieu les pendaisons dans ce qui est aujourd’hui le « Reconciliation Park ».

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 Source: Miami Herald, Associated Press, Felicia Fonseca & Russell Contreras, 21 août 2017. Felicia Fonseca et Russell Contreras sont membres de l’équipe Questions raciales et ethnicité de “The Associated Press”. Russel Contreras a enquêté à Albuquerque, dans le Nouveau Mexique.