Sainte Kateri,

le Lys des Mohawks

 

32 - St

Catherine Tekakwitha

 par Raphaël Ponce

Dans l'article "Vanessa - trésor vivant des États-Unis - aime l'Occitanie" du 23 septembre 2017, j'apprends que Vanessa Jennings est secrétaire du cercle Kateri de Kahnawake. Je me suis intéressé à l'histoire de Kateri Tekakwitha quand, dans les années 1990, je me suis retrouvé épisodiquement au Canada, à Montréal. C'est justement à cette période où j'ai commencé à étudier la culture des Amérindiens, en découvrant celle des Premières Nations du Québec.

Le tombeau de Kateri Tekakwitha se trouve à l'église St. Francis Xavier de Kahnawake, la réserve des Iroquois mohawk toute proche de Montréal, où je me suis rendu. Par la suite, j'ai trouvé une vieille édition de 1927 du livre "Une vierge iroquoise - Catherine Tekakwitha - Le lis des bords de la Mohawk et du St-Laurent" (P. Édouard Lecompte), parmi les bouquinistes de la rue St-Denis à Montréal. Ce livre est très intéressant, parce qu'au travers de l'histoire de Kateri, on y trouve beaucoup d'informations sur le contexte de l'époque (Nouvelle France, guerres iroquoises) et sur le quotidien des Iroquois (habitat, mode de vie, coutumes etc.). Par exemple, dès la première page du livre, on peut y lire une hypothèse sur l'origine de l’appellation "Iroquois" : alors qu'ils se nomment eux-mêmes "Haudenosaunee", ce nom leur fut donné par les Français, parce que les Iroquois terminaient tous leurs discours par le mot "Hiro" (j'ai dit), en ajoutant le mot "koué", cri de joie ou de tristesse, selon qu'il était prononcé long ou court. [Deux autres hypothèses existent aujourd’hui dont l'une, très vraisemblable, indique que l’appellation dériverait du pidgin basco-algonquin, une langue véhiculaire simplifiée utilisée par des baleiniers basques pour communiquer avec les tribus de langues algonquines, lorsqu'ils venaient pêcher dans le Golfe du Saint-Laurent].

 

1 - Livre

 
   

Bien qu'il existe de nombreux ouvrages sur Kateri Tekakwitha, il m'a paru intéressant de faire un résumé de ce livre qui, à ma connaissance, n'a pas été réédité depuis 1930. Tout en relatant la brève existence de la sainte iroquoise, j'ai essayé de retranscrire sommairement le contexte de l'époque en rapportant quelques informations et détails qui ne figurent pas toujours ailleurs, ou qui apparaissent parfois déformés, voire erronés autre part. J'ai également ajouté des éléments qui ne sont pas mentionnés dans le livre, ainsi que quelques réflexions personnelles. Même si la vie de Kateri Tekakwitha fut très courte, son parcours est prétexte à rendre compte de tout un ensemble de choses relatives à sa culture d'origine, à la christianisation des Amérindiens, à la naissance de lieux existants encore aujourd'hui et à l'histoire du premier empire colonial français, la Nouvelle France, dont la capitale était Québec.

 2 - Novae Franciae accurata delineatio , carte illustrée de 1657

"Description soignée de la Nouvelle-France" datée de 1657 par le jésuite François-Joseph Bressani (1612-1672)

Cette carte est un résumé iconographique de sa relation abrégée, composé d'une carte principale, d'un encadré plus précis sur la Huronie

et d'une multitude de dessins représentant des scènes de vie, des Indiens, des animaux et la scène du martyre de Jean Brébeuf.

 Naissance de Tekakwitha en Iroquoisie

C'est lors d'une incursion des Iroquois chez les Algonquins, leurs ennemis héréditaires, que la future mère de Kateri est emmenée comme captive par celui qui la prend ensuite pour femme. Cette conduite n'est pas rare parmi les Iroquois, les prisonniers sont souvent incorporés à la nation dont ils adoptent les mœurs et les coutumes. Leur sort dépend de leur attitude, de l'humeur de leurs ravisseurs et des besoins de la tribu. Ils sont souvent amenés à remplacer un mari, un frère, un fils disparu. On adopte de préférence des jeunes, des enfants, des filles surtout, réputées plus facile à assimiler et aptes à accroître le capital de fertilité. C'est ainsi que Tekakwitha naît en 1656 d'un père iroquois "païen" et d'une mère algonquine chrétienne, à Ossernenon, village Iroquois des Mohawks du clan de la Tortue, situé en Iroquoisie. Les Mohawks sont l'une des cinq nations qui constituent la ligue iroquoise à cette époque (six nations aujourd'hui), une confédération qui fut formée vers 1570. Les Français les nomment les Agniers et les Anglais les Mohawks (dont la signification est « mangeur d'homme » dans la langue des Algonquins), mais leur nom d'origine est Kanien'kehá:ka, qui signifie, selon le contexte, « peuple de la lumière », « hommes éclairs », « peuple des silex » ou encore « enfants des étoiles ». Le territoire des Agniers se situe au sud du lac Champlain, entre la rivière Hudson et le fleuve Saint-Laurent, jouxtant celui des Onnéiuots (Oneida), et les territoires des autres nations de la ligue se suivent ainsi successivement jusqu'au sud du lac Ontario pour constituer l'Iroquoisie. L'Iroquoisie sera détruite durant la guerre d'indépendance des États-Unis.

 

3 - Les Cinq Nations iroquoises (1650)

Guerres iroquoises

La mère de Tekakwitha avait été instruite et baptisée par les Jésuites dans la ville de Trois-Rivières, qui fut l'un des premiers postes de traite de l'Amérique du nord, implanté sur un site déjà fréquenté depuis fort longtemps par les Amérindiens (principalement les Algonquins), pour y effectuer des échanges commerciaux. Située sur la rive-nord du fleuve Saint-Laurent, à mi-chemin entre Québec et Montréal, Trois-Rivières est la deuxième plus ancienne ville du Québec. Elle fut fondée en 1634 et les missionnaires étaient déjà présents sur le site dès 1617. Les jésuites dirigeaient leurs missions vers les Hurons et les Algonquins entre 1634 et 1650 et vers les Iroquois à partir de 1654, après que ces derniers eurent décimé les Hurons en guerre. Les Iroquois étaient déjà en guerre contre eux depuis une cinquantaine d'années avant l'arrivée des Français. Les Français s'étaient alliés aux Hurons et aux Algonquins et les Iroquois dévastaient la colonie pour détourner le commerce des fourrures des Hurons et des Outaouaisavec la Nouvelle-France (Outaouais = tribu des Ottawas - Outaouaks = Cheveux relevés); afin d'avoir le monopole de ce commerce en tant qu'intermédiaires avec la colonie hollandaise, puis britannique (Fort orange - Albany).

 4 - Iroquois Canadian Warrior (based on a detail from Benjamin West's painting

Guerrier iroquois, d'après un détail de la peinture "La Mort du général Wolfe" (1770), de Benjamin West

 Les Hurons Wendats appartiennent à la famille linguistique des Iroquois et, avant qu'ils ne soient massacrés et anéantis par les Iroquois dans les années 1640 et surtout à partir de 1649, ils constituaient comme eux une confédération de cinq tribus distinctes. En plus des épidémies et de la famine, la guerre iroquoise a eu pour effet de mener à la destruction de leur vaste territoire, la Huronie, en raison de la dispersion des survivants. Parmi eux, un grand nombre ont été capturés par les Iroquois, dont certains rejoignirent la tribu par adoption, tandis que les autres furent tués après avoir été torturés. D'autre part, une grande majorité des rescapés hurons se sont réfugiés chez les Tionontatis (les Pétuns, "Peuple du Petun" ou "Peuple du Tabac"), qui avaient les mêmes mœurs et la même langue. 

 5 - Captives huronnes
Les captives ramenées au village iroquois, comme ces Huronnes, n'étaient jamais violées puisqu'elles étaient susceptibles de devenir des sœurs adoptives

En 1651, des rescapés hurons arrivent dans les environs de Québec et les jésuites français de la mission Notre-Dame-de-Foy leur concèdent une seigneurie qui leur est réservée comme refuge, avec l'intention de les assimiler au christianisme. C’est ainsi que naît la petite population des Hurons de Lorette, désignés aujourd’hui comme les Hurons-Wendat de Wendake. « Wendake » signifie « chez les Wendats ». Alors qu'ils habitaient dans la région des Grands Lacs, les Hurons étaient appelés Wendats, ce qui signifie « les habitants de l'île ou de la péninsule ».

 6 - Huronne et Huron, vers 1750-1770,

 

 Huronne et Huron, vers 1750-1770.

 

 

Enfance de Tekakwitha

 

Entre 1660 à 1663, une épidémie de variole frappe la région. Les parents et le jeune frère de Tekakwitha, ainsi que la plupart des habitants de son village, sont décimés par la maladie. Tekakwitha a tout juste quatre ans et survit à l'épidémie, mais la maladie laisse sur son visage d’importantes cicatrices en plus d’affecter sa vue. Ce dernier trait est capital dans la vie de Tekakwitha. Ses yeux ne peuvent plus supporter la pleine lumière du jour et, après avoir été recueillie par son oncle et ses tantes, elle passe son temps dans leur cabane sombre. Aujourd'hui appelées "longues-maisons", ces habitations iroquoises longues et larges sont en forme de tonnelle; leur structure est recouverte d'écorces d'orme ou d'érable et elles peuvent mesurer plus de 60 mètres de long. Jusqu'à vingt familles peuvent y résider en même temps, divisées en groupe de quatre : deux de chaque côtés de la cabane, participant à un foyer commun placé au centre du long corridor et ainsi des autres groupes. Il y a des espaces où sont stockées les provisions (maïs), quand elles ne sont pas suspendues à des pièces de bois, de même que pour les vêtements. Au-dessus de chaque feu, il y a une ouverture dans le toit par où sort la fumée et entre la lumière. La cabane n'en reste pas moins enfumée et sombre. Par nécessité d'abord à cause de sa vue très sensible, Tekakwitha mène une vie retirée dans la cabane, confinée aux travaux de l'intérieur. Après l'épidémie, le village a été déplacé un peu plus haut, sur la même rive de la rivière des Hollandais (aujourd'hui rivière Mohawk), à l'angle sud-ouest formé par la rivière et le ruisseau Auries; il a été rebaptise Gandaouagué (c'est aujourd'hui Auriesville, un hameau de Glen dans le comté de Montgomery de l'État de New York).

 7 - Maison-longue

Longue-maison iroquoise

 À cette époque, beaucoup de peuples amérindiens sont des sociétés matriarcales. Chez les Iroquoiens, le rôle des femmes est tout aussi important et valorisé, sinon plus, que celui des chasseurs et des guerriers. Tout ce qui est lié à la naissance, à la santé, à la mort, au mariage, relève exclusivement des femmes. Les plus âgées choisissent les chefs et les chamanes, les autres sont responsables des travaux agricoles et horticoles d'été. Elles font les cueillettes (baies, fruits sauvages, œufs d'oiseaux etc.), déterrent les racines, chassent le petit gibier, ramassent le bois de chauffage, préparent les aliments, entretiennent les habitations et s'occupent des enfants. Tekakwitha assume son rôle avec un caractère remarquable; elle est patiente, douce et sage. Elle exécute les travaux ménagers avec empressement et beaucoup d'ardeur, mais elle est aussi très habile et douée pour tous les ouvrages d'art qui ornent chaque chose du quotidien et les vêtements (sac à tabac, jambières, mocassins, berceaux, ceintures, colliers et bracelets etc.). Elle sait teindre en rouge les peaux d'anguilles et les filaments de racines ou d'écorces si souvent en usage chez les tribus du nord-est. Elle pratique aussi la broderie au poil d'orignal et aux piquants de porc-épic, après les avoir divisés en filets très déliés et teints de diverses couleurs. Quand elle sort, elle se protège de l'intensité de la lumière avec une couverture. C'est à cette période que le nom Tekakwitha lui aurait été donné et l'orthographe a varié au fil du temps. Les premiers historiens l'écrivent Tegakouita ou Tegakouitha, puis ce fut Tegahkouita, Tehgakouita, Tekakouita et enfin Tekakwitha. Sa signification n'est pas moins indécise : ce pourrait être "Celle qui met les choses en ordre", ou peut-être aussi "Celle qui s'avance, qui meut quelque chose devant elle" (comme une personne qui s'avance dans les ténèbres, les bras tendus en avant, exprimant ainsi la démarche hésitante de l'enfant aux yeux affectés par la maladie). 

 

Il est de coutume chez les familles iroquoises de nouer des liens d'amitié en s'offrant mutuellement un petit garçon ou une petite fille et cette rencontre est considérée comme une sorte de gage pour un futur mariage. C'est ainsi que Tekakwitha est présentée à un garçonnet, alors qu'elle n'est âgée que de huit ans, mais elle considère la chose comme un jeu d'enfant et cette première rencontre demeure sans suite. Tekakwitha passe ainsi son enfance et elle s’accommode de cette existence retirée du fait de son caractère marqué par une pudeur presque ombrageuse, quasi innée chez elle, qui contraste avec les mœurstrès libres de ses compagnes de la longue-maison. Cependant, Tekakwitha est devenue nubile et il n'est pas bien vu qu'une jeune femme demeure célibataire chez les Iroquois, surtout parce qu'en se mariant et en ayant des enfants, les femmes assurent la survie du clan. Mais Tekakwitha s'oppose aux propositions de mariage imposées par le chef et par ses parents adoptifs. Malgré l'obstination et les pressions de son entourage à la contraindre au mariage, Tekakwitha demeure inflexible, tout en restant toujours aussi assidue et appliquée à ses tâches, sans exprimer la moindre contestation. Elle n'a pas oublié le peu de souvenirs qu'elle a de sa mère et l'enseignement qu'elle lui avait transmis; elle exprime alors le vif désir de devenir chrétienne, d'être baptisée.

Paix de 1666 et missionnaires en Iroquoisie

 Après être devenue une province de France en 1663, une ère nouvelle a commencé au Canada (gouvernement royal instauré par Louis XIV et Colbert). La vallée du Saint-Laurent comprend une population d'environ 3000 Européens qui est en pleine croissance (6 700 âmes en 1672). En 1665, des renforts militaires arrivent à Québec afin de libérer la colonie française des Iroquois. Le régiment de Carignan, composé de douze à treize cents hommes d'élite alliés aux Algonquins, impressionne les Iroquois qui implorent la paix, après avoir fui leurs villages et vu leurs bourgades brûlées, avec toutes leurs provisions de maïs, de fèves et de fruits entièrement consumées. Lors de la destruction de son village, Tekakwitha, ses proches et tous les autres habitants s'étaient réfugiés et cachés dans la forêt. Les traités sont signés et la paix de 1666 commence (officiellement établie en mars 1667, elle durera vingt ans). Pour preuve de loyauté, les Iroquois réclament la présence des Robes-Noires; c'est ainsi qu'ils nomment les missionnaires. Dès lors, la seconde phase et la plus féconde des missions iroquoises commence.

 8 - Arrivée du missionnaire

En 1668 (1667?), trois premiers missionnaires arrivent à Gandaouagué, qui avait été rebâti sur la rive opposée de la rivière Mohawk aussitôt la paix établie. Les missionnaires sont providentiellement assignés à la cabane où réside Tekakwitha. Tout en évangélisant, ils reçoivent les malades, baptisent les enfants et visitent les captifs hurons et algonquins, dont les conditions de vie s'apparentent à l'esclavage. Les captifs sont très favorables aux enseignements des Jésuites, parce que ça les libère du système de croyance des Iroquois qui n'est pas avantageux pour eux : contrairement aux Iroquois qui proposent la reproduction de leur statut social dans l'au-delà, disant que les âmes de leurs esclaves seraient encore leurs esclaves au pays des âmes, les jésuites professent un renversement complet au ciel : les derniers seraient les premiers. Le discours théologique chrétien répond certainement aux aspirations des captifs qui, en outre, font de leur adhésion au catholicisme une manière de se distinguer symboliquement de leurs maîtres. Tekakwitha est très attentive aux enseignements des missionnaires mais, curieusement, peut-être par timidité, elle ne leur fait pas part de son désir de baptême. Après trois jours, les missionnaires repartent, d'après l'ordre qu'ils avaient reçu de visiter successivement les trois villages des Agniers. Notons qu'ils sont triomphalement accueillis à Tionontoguen, la capitale du pays des Mohawks, où deux cents guerriers se portent à leur rencontre, suivis des chefs et des anciens. Cet accueil démonstratif des Iroquois en faveur des missionnaires est sincère, permettant à cinq missions de s'établir sur tout le territoire de la confédération iroquoise, une dans chaque canton. La mission Sainte-Marie est établie dans le canton de Tionnontoguen où se trouve le village de Tekakwitha et un missionnaire y est envoyé pour y résider. C'est la mission Saint-Pierre, conduite par le P. Pierron qui ne sait pas parler la langue iroquoise. Comme il avait pratiqué la peinture, il diffuse son enseignement avec des images et des symboles représentés sur ses toiles et aussi par des jeux, car les Iroquois aiment passionnément le jeu.

 

9 - Bague jésuite

Bague de jésuite, cuivre, années 1600 ou début 1700 [collection R. Ponce].

À l'origine, ces bagues étaient offertes aux autochtones lorsqu’ils franchissaient une nouvelle étape menant à leur conversion au catholicisme. Elles servaient aussi de monnaie d'échange et finirent par être davantage associées à la traite qu'aux activités missionnaires. Les Amérindiens avaient coutume de les enfiler sur un collier. D'après la distorsion de l'anneau qui épouse parfaitement la courbure du petit doigt de la main gauche lorsqu'on l'enfile, on peut dire que celle-ci a été portée de manière conventionnelle. Elle a été collectée dans l'état de New York, probablement sur un ancien site iroquois. La plupart de ces reliques proviennent de la région des grands lacs, comme les bagues jésuites retrouvées sur le site Brown, dans le comté de Vernon au Wisconsin, qui fut occupé par les Osages entre 1675 et 1777.

Visite du chef Kryn, "Le Grand Agnier"

 En 1669, Gandaouagué est assiégé par les Algonquins de la tribu des Loups (Mohican; en anglais Mahican). C'est au cours de cet assaut que le chef Togoniron (ou Togouiroui) s'illustre par sa bravoure. On l'appelle Le Grand Agnier ou le chef Kryn (ou Cryn, Athasata ou adhasatah). En 1672, à la suite d’un différend avec sa femme, il s’éloigne de sa bourgade et, au cours de la chasse hivernale, près de Chambly, rencontre une Amérindienne chrétienne et son mari, un catéchumène de la mission Saint-François-Xavier de la Prairie-de-la-Magdelaine fondée deux ans plus tôt, lorsque les premiers colons et les Jésuites vinrent s'y installer. Gagné par leur exemple et leurs conversations, le chef Kryn entre avec eux au printemps à la mission et demande à se faire chrétien. Le père Jacques Frémin, jésuite, l’oblige auparavant à retourner à Gandaouagué chercher son épouse. Il revient à la mission de la Prairie vers la fin de juin 1673, accompagné de sa femme et d’une quarantaine d’amis pour s'y installer définitivement. Par la suite, le chef Kryn continue de retourner à son village pour des visites annuelles et il en revient à chaque fois accompagné d'autres Iroquois qui souhaitent comme lui vivre à la mission Saint-François-Xavier. L’appellation iroquoise du site est Kentake, qui signifie « à la prairie » et on le nomme parfois "mission de la Prairie", "Laprairie", ou "mission du Sault" (en raison du Sault Saint-Louis, qu'on appelle aujourd'hui les rapides de Lachine, situées entre le lac Saint-Louis et le bassin de La Prairie, à la hauteur de l’île de Montréal - Sault, en ancien français, désigne des rapides ou des chutes d'eau). À ce moment, Kentake est situé au confluent du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Saint-Jacques, sur la Rive-Sud de Ville-Marie, bourgade qui compte plus de 600 habitants. Ville-Marie fut fondée en 1642 sur un ancien site d'un village iroquoien appelé Hochelaga et, en quelques années, la ville naissante est devenue le point de rencontre diplomatique des nations indiennes du nord-est de l'Amérique en même temps qu'un comptoir commercial. Au début du XVIIIe siècle, le nom de Ville-Marie sera remplacé peu à peu par celui de Montréal.

 10 - Savage warrior taking leave of his family c1760 - Benjamin West

"Savage warrior taking leave of his family"

Peinture de Benjamin West, vers 1760

En 1673, le village de Tekakwitha compte environ quatre cents âmes et a été rebaptisé Kahnawake (peut-être suite à des reconstructions après l'attaque des Loups?). Kahnawake signifie "au rapide" (modifié plus tard en Caughnawaga, c'est aujourd'hui la petite ville de Fonda). Après le remplacement du P. Pierron par le P. François Boniface, qui parle l'Iroquois, l'enseignement devient plus conventionnel, mais il suscite tout autant l'intérêt des Iroquois qui aiment les chants et les cérémonies et Tekakwitha suit toutes ces activités avec une ferveur croissante. Les conversions se multiplient, surtout depuis les visites annuelles du chef Kryn, admiré non seulement des siens, mais aussi des Français et respecté de tous. Il ramène toujours beaucoup de compatriotes convertis avec lui à chacun de ses voyages. De plus, Le père Boniface avait déjà conduit une expédition à Kentake pour y conduire une quarantaine de néophytes qui lui avaient demandé de partir à la mission Saint-François-Xavier, afin d'y pratiquer en paix leur nouvelle religion. Certains Iroquois du village, dont la famille de Tekakwitha, voient d'un mauvais œil ce courant établi entre Kahnawake et la mission de la Prairie, redoutant l'appauvrissement du village et le début de la ruine de leur nation. Cependant, les missions ont le mérite de préserver les Iroquois convertis de l'alcoolisme, car le trafic de l'eau-de-vie est très florissant. Même si l'état second obtenu par l'alcool est perçu par les Iroquois comme une porte ouverte sur l'univers des esprits, l'ivrognerie continuelle est un fléau qui entraîne la violence et le désordre général dans la société iroquoise. Celle-ci a déjà subi des transformations avec l'intégration plus ou moins forcée d'un grand nombre de captifs de guerre, afin de palier à la dépopulation causée par les épidémies. La nation iroquoise est ainsi devenue très cosmopolite et ce manque de cohésion favorise également les conversions. En outre, les Iroquois chrétiens qui s'installent à Kentake peuvent bénéficier de toute la région autour du village pour la chasse et, en se rapprochant de Ville-Marie, ils sont privilégiés pour le commerce et le troc. Ainsi, les conversions se traduisent par ces migrations qui, même si elles sont issues de mobiles religieux, sont aussi fortement associées à des mobiles sociaux et économiques.

 11 - Arrivée des Iroquois à la Prairie

"Les sauvages vont s'établir à la prairie de la magdeleine avec le françois"

Dessin du Père Cauchetière

Narration annuelle de la Mission du Sault depuis la fondation jusqu'à l'an 1686.

[Archives Départementales de la Gironde, Bordeaux]

Baptême de Tekakwitha

 En 1674, le père Boniface décède et il est remplacé par le P. Jacques de Lamberville. Au printemps 1675, la culture réclame tous les bras et la plupart des hommes et des femmes désertent le village pour préparer la récolte du blé d'Inde (maïs), laissant le P. de Lamberville sans occupation. Il entreprend alors de visiter les malades et les vieillards restés seuls dans les cabanes. C'est à cette occasion qu'il rencontre Tekakwitha qui n'avait pas pu aller aux champs, retenue par une blessure au pied. Il y a longtemps qu'elle souhaitait rencontrer le missionnaire afin de lui confier son désir de se faire baptiser et de consacrer sa vie au Seigneur. Lorsqu'elle lui raconte son histoire et lui confie sa foi avec un air tout à la fois modeste et résolu, il est surpris de cette confidence inattendue de la part d'une Amérindienne et objecte avec douceur, lui rappelant l'opposition qu'elle risque de rencontrer dans sa famille. Cependant, il comprend qu'il se trouve en présence d'une âme peu commune et la laisse avec quelques paroles d'espoir et d'encouragement. Il faut savoir que les premiers missionnaires de la Nouvelle-France n'admettaient pas trop facilement les candidats adultes au baptême, par crainte de leur inconstance, voire de leur duplicité. Ils prenaient donc soin d'éprouver leurs catéchumènes par une période où ils observaient leur conduite. Ainsi, après un certain temps, le  P. de Lamberville, qui estime de plus en plus les qualités rares et les solides vertus de Tekakwitha, lui annonce qu'il donnera une solennité particulière à son baptême en le lui conférant le jour de Pâques. En conséquence, ses tantes s'accordent à exécuter son souhait de se faire baptiser.

Après un catéchuménat de six mois, Tekakwitha est baptisée par ce même prêtre le jour de Pâques, le 18 avril 1676. Une grande foule est présente pour la cérémonie, attirée par la nouveauté du spectacle et l'intérêt qu'il porte à la jeune orpheline. Tekakwitha reçoit du père Lamberville le nom de Catherine (en iroquois Kateri), en l'honneur de Catherine de Sienne, une mystique italienne du XIVe siècle; elle est alors âgée de vingt ans. 

 Kateri s'évade de son village

À la suite de son baptême, la ferveur religieuse de Kateri s'accroît : exercice fréquent et prolongé de l'oraison, actes d'humilité, de charité, de mortification, esprit de sacrifice et de dévouement. Sa prière devient continuelle, à la chapelle ou dans sa cabane, tout en continuant à servir les besoins du ménage, des bois ou des champs. Dans un premier temps, elle suscite l'admiration de ses proches qui, par la suite, finissent par critiquer son temps libre qu'elle consacre à la prière, en étant sans pitié pour sa faiblesse physique et ses infirmités. Puis, les Iroquois du village qui désapprouvent la christianisation se mettent à l'affliger. Les railleries font place aux insultes, puis ce sont des jets de pierres sur son passage, des calomnies et même des menaces de mort. On finit par oublier son propre nom pour ne plus l'appeler que "la Chrétienne". Kateri ne se décourage pas et, au contraire, considère ces persécutions comme des épreuves qui renforce sa résistance et raffermissent sa foi. Cependant, elle envie le sort de ses compatriotes chrétiens qui, en nombre toujours croissant, partent s'installer à Kentake, la mission de la Prairie, sur les bords du Saint-Laurent. Elle projette de partir les rejoindre et sa décision est approuvée par le P. de Lamberville, mais l'entreprise est difficile à envisager et périlleuse, car elle doit se faire à l'insu de la famille de Kateri. Par chance, ou peut-être est-ce là un signe de la providence, un chef de la tribu des Onneyout (Onneiout ou, en anglais, Oneida), arrive au village. Il s'agit de Okenratarihen (Cendre-Chaude), qui fut autrefois parmi l'un des bourreaux du missionnaire Jean De Brébeuf [fondateur de mission jésuite, par ailleurs ethnographe et écrivain. Ayant vécu quinze ans chez les Hurons, il contribua de précieuses données à l'ethnographie amérindienne. Capturé par les Iroquois en 1649, il fut torturé, puis brûlé vif ]. Okenratarihen s'est converti depuis peu, suite à un concours de circonstances qui l'avait conduit à visiter quelques-uns de ses amis établis à la mission du Sault (Kentake). La nouvelle de son baptême fut grand bruit et de nombreux Onneyout vinrent le rejoindre à Kentake. Baptisé Louis (le capitaine Louis), le chef Onneyout avait une telle ferveur qu'il devint un ardent propagateur de sa nouvelle religion et son talent inné pour la parole grandissait son influence. Il entreprit donc de prêcher la foi dans son pays; d'autres Iroquois l'imitèrent et leurs initiatives enchantaient les missionnaires.

 12 - Représentation d'Iroquois (XVIIIe siècle)

"Iroquois allant ala Decouverte"

Représentation d'Iroquois (XVIIIe siècle)

 C'est ainsi que, en cette année 1677, l'expédition apostolique du capitaine Louis arrive à Kahnawake en canoë. Parmi ses compatriotes, il y a un Huron de Lorette et un parent de Kateri, son beau-frère, tous deux animés du même zèle. La nouvelle de leur présence au village se répand rapidement et, très vite, la foule se rassemble pour entendre les visiteurs. Louis leur témoigne de l'existence paisible qu'on mène à Kentake, tout en vantant les mérites de la nouvelle religion avec ses fêtes et ses belles cérémonies qui sont les seules coutumes qu'ils adoptent des colons car, pour tout le reste, il leur est permis de continuer de vivre "à l'indienne". [Notons que lors de ses discours, Louis nomme Dieu par l’appellation "le Grand Esprit", ce qui laisse penser qu'il a assimilé le christianisme à ses propres croyances, que sa conversion est davantage une évolution conséquente à une prise de conscience, plutôt qu'un changement radical de religion]. Les gens du village l'écoute avidement, mais plus que tout autre Kateri Tekakwitha. Elle prend rapidement la décision de repartir avec eux et reçoit l'approbation du P. de Lamberville. Profitant des circonstances favorables car son oncle est absent ces jours-là, elle embarque dans un canoë conduit par son beau-frère et le Huron. L'évasion de Kateri est très mal perçue par les Iroquois non convertis du village et surtout par son oncle qui a en a aussitôt été averti. Il se met immédiatement à leur poursuite, en remontant la rivière Mohawk dans son canoë, avec son fusil chargé. L'oncle parvient à les rattraper mais, par chance, les fuyards ont compris le danger à temps et ils réussissent à lui échapper sans mal. Kateri pense à sa mère : après plus de trente ans, elle refaisait, dans une direction opposée, l'itinéraire que l'Algonquine captive avait suivi. Ils arrivent à Kentake à l'automne de l'année 1667, après un long voyage de plus de 300 kilomètres.

 La mission Saint-François-Xavier : de Kentake à Kahnawake

 C'est en 1643, que deux missionnaires de Ville-Marie (Montréal) remarquèrent près du fleuve St-Laurent un endroit avec de riches pâturages qu'ils trouvèrent favorables à des habitations françaises, à cause des prairies et des possibilités de pêche et de chasse. De ce fait, on nomma l'endroit "Laprairie" et ce fut la première mission iroquoise en terre de Nouvelle-France, officiellement établie en 1667. C'est par un concours de circonstances que les premiers Amérindiens sont venus s'y installer quelques temps après : Tonsahoten, un ancien guerrier huron incorporé chez les Onneyout, souffrait de maux de jambes que les guérisseurs de sa tribu n'avaient pas pu soigner. Comme la paix de 1666 venait d'être établie, il résolut d'en profiter pour se rendre dans la colonie française dans l'espoir d'une guérison. Tonsahoten avait pour épouse Ganneaktena, une captive de la nation des Ériés récemment anéantie par les Iroquois, qui l'accompagna après avoir décidé sa mère, son beau-père et cinq autres de leurs amis à les suivre. Après avoir reçu des soins à Ville-Marie, Tonsahoten et sa famille furent conduits au village de la mission Saint-François Xavier où ils purent dresser leur tente. Là, durant tout l'hiver, ils bénéficièrent des services et de l'instruction du Père Raffeix qui parlait l'Iroquois.

 
   

13 - Onneyout arrivant à la mission de de Laprairie


  Les premiers Iroquois onneyout arrivant à la mission de de Laprairie. Dessin du Père Cauchetière

Narration annuelle de la Mission du Sault depuis la fondation jusqu'à l'an 1686.

[Archives Départementales de la Gironde, Bordeaux]

Au printemps de 1668, le père Raffeix devait se rendre à Québec et il proposa à Tonsahoten et à sa famille de l'accompagner. Ils visitèrent les Hurons de Lorette, qui avaient autrefois trouvés refuge chez les jésuites de Notre-Dame de Foy, près de Québec. Ceux-ci étaient devenus de fervents chrétiens et ils leur firent un accueil chaleureux. La femme de Tonsahoten demanda le baptême qui lui fut accordé. Entre-temps, Tonsahoten avait guéri de son mal et, après le séjour chez les Hurons, ils songea à retourner dans son pays, mais sa femme réussit de le convaincre à rester à Laprairie. Ils furent rejoints par douze autres Iroquois et, peu à peu, par un nombre croissant de néophytes. Par la suite, la mission fut déplacée non loin de là, au lieu appelé le Sault, parce que le voisinage des Français avait eu quelques graves inconvénients pour les Amérindiens et, de plus, l'humidité du sol ne permettait guère la culture du maïs, leur principale ressource. Le missionnaire et ses ouailles s'y installèrent au cours de l'année 1676. Le nouveau site prit le nom de Saint-François-Xavier du Sault Saint-Louis, tandis que les Iroquois l'appelaient Kahnawake (au rapide), à cause de la proximité des rapides et en mémoire du Kahnawake des bords de la Mohawk. C'est ici même et en cette année 1676, que les Hurons de Lorette envoyèrent leur wampun, pour commémorer la visite de Tonsahoten et de ses proches. La ferveur de la mission de Laprairie ne fit que croître à Kahnawake, dans un climat de joie, de partage et de paix qui faisait une impression profonde sur les Amérindiens étrangers et les incitait à s'y installer. Outre les Iroquois des cinq nations, ce fut bientôt des Amérindiens de toutes les régions alentours qui cohabitaient pacifiquement à Kahnawake. On y rencontrait des Hurons, des Algonquins, des Outaouais, des Ériés, des Neutres, mais aussi quelques Français qui se joignaient à eux lors des cérémonies, charmés par la fraternité qui unissait ces populations issues de tribus souvent ennemies. Les autorités coloniales étaient très favorables et accueillantes envers tous ces Amérindiens, parce que leur présence constituait une barrière contre d'éventuelles attaques de la ligue iroquoise, protégeant ainsi la colonie. Pour cette même raison, un groupe de convertis (principalement des captifs hurons) fut déplacé sur l'île, aux abords de Ville-Marie, dès l'année 1676. Ils seront à nouveau déplacés plus tard et même divisés en d'autres communautés. Ce sont aujourd'hui les réserves mohawks d'Oka, de Kanesatake et d'Akwesane, situées aux alentours de Montréal.

 14 - Missions iroquoises

Kateri arrive à Kahnawake

 C'est donc dans ces conditions, à l'automne de cette année 1677, que Catherine Tekakwitha arrive à la mission de Saint-François-Xavier du Sault Saint-Louis, sous la conduite du Huron et de son beau-frère. Celui-ci l'accueille tout naturellement dans sa maisonnée. Dans cette même cabane où elle vient de s'installer, Kateri rencontre Anastasie, une des premières chrétiennes baptisées chez les Iroquois, qui avait connue sa mère. Anastasie la prend sous son aile et c'est une période de soulagement et de ravissement pour Kateri. Anastasie est comme une seconde mère pour Kateri; elle peut enfin respirer dans cet environnement paisible et tranquille, qui contraste tellement avec le Kahnawake des bords de la Mohawk. D'autre part, elle peut exprimer ici pleinement sa ferveur religieuse et contenter sa dévotion. Kateri assiste à tous les hospices avec assiduité, tout en continuant à aller au bois et aux champs, avec pour seule amie Anastasie. Elles sont tout le temps ensemble, mais Kateri se ménage quelques espaces de solitude en se retirant pour communier dans la nature, par exemple quand elle va chercher de l'eau au petit ruisseau situé dans un endroit un peu à l'écart. Elle a aussi repris les travaux ménagers, la broderie des colliers, la préparation des fourrures pour les vêtements ou le commerce, la confection des écorces pour les cabanes et les canoës, et bien d'autres choses. Elle ne mange pas beaucoup et ajoute même un peu de cendre aux viandes et à la sagamité qu'on lui sert, afin de ne point en consommer trop pour elle-même (la sagamité est une sorte de bouillie faite de farine de maïs, agrémentée d'autres ingrédients selon leur disponibilité). Cette humilité extrême caractérise Kateri et c'est le début de bon nombre de mortifications qui vont s'intensifier au cours des dernières années de sa courte existence.

15 - Vie de C

"La vie de Catherine Tegakouita"

par le P. C. Cauchetière, 1680

[Archives Collège Sainte-Marie de Montréal]

 Communions de Kateri

 La conduite exemplaire de Kateri est remarquée par les missionnaires et on lui annonce qu'elle pourra faire sa première communion à la prochaine fête de Noël, ce qui la remplit de joie. Le moment venu, pour montrer leur estime à Kateri, ses compatriotes iroquois donnent à la cérémonie une solennité extraordinaire en décorant magnifiquement la chapelle pour l'occasion. Puis, l'année 1678 commence et c'est le temps de la longue chasse d'hiver à laquelle Kateri participe; seuls les vieillards, les enfants et quelques femmes restent au village. Chaussés de raquettes, les chasseurs s'aventurent dans la grande forêt par petits groupes à la poursuite des animaux sauvages, armés d'arcs et de fusils, tandis que les femmes s'occupent du campement à chaque halte. Quand elle a un peu de temps libre, Kateri en profite pour tailler des petites croix de bois qu'elle accroche aux arbres pour se souvenir de prier.
 

16 - J

Dessin de J. Dubé

[Archives Centre Kateri, Kahnawake]

 En plus de la nourriture et des matériaux pour la confection des vêtements, la grande chasse d'hiver permet de ramener de riches pelleteries que les Amérindiens troquent aux européens pour des armes, des munitions et d'autres accessoires. La saison de chasse terminée, la maisonnée de Kateri rentre au village le jour des Rameaux, autrement dit le dimanche qui précède le dimanche de Pâques et qui marque l'entrée dans la semaine sainte. Elle doit encore subir des épreuves, en particulier de fausses accusations, mais elle résiste contre ses calomniateurs qui comprendront leur erreur par la suite. Kateri est exaltée par le fait qu'on lui ait annoncé qu'elle fera sa seconde communion le jour de Pâques. Elle se prépare pour la semaine sainte et assiste pour la première fois au sermon sur la Passion du Christ (Vendredi saint). Elle prend alors conscience de la crucifixion et des souffrances de Jésus et c'est pour elle comme une révélation. Notons que lorsque les guerriers iroquois font des prisonniers ou qu'ils sont faits prisonniers, ils sont la plupart du temps soumis à d'effroyables tortures avant d'être mis à mort. C'est un déshonneur absolu pour un condamné à mort de se lamenter ou d'exprimer la peur lors des tortures. En considérant ce contexte, on peut supposer que le Christ affrontant son supplice avec force et courage, sans jamais implorer la pitié ni exprimer la moindre faiblesse, tout en faisant don de sa vie pour l'humanité, sont des points forts qui ont du avoir une profonde résonance dans l'esprit et le cœur de Kateri, également aussi parmi d'autres Iroquois. Dès lors, Jésus devient pour Kateri le centre de son culte le plus ardent. Elle fait donc sa première communion en ces jours de Pâques de l'année 1678. En outre, malgré son jeune âge, on l’admet peu après dans la Confrérie de la Sainte-Famille, en raison de son extraordinaire pureté d’âme et de corps et d'une charité efficace à l’égard de tous.

 17 - Previous C10 - FR CLAUDE CHAUCHETIERE D - EV03N04 PG 8

Gravure ancienne

[Archives Centre Kateri, Kahnawake]

Marie-Thérèse, l'amie de Kateri

Après les fêtes de Pâques, suite à la mission de la Prairie qui s'était déplacée au Sault Saint-Louis deux ans plus tôt, on s'empresse de parachever la nouvelle chapelle. C'est à cette occasion que Kateri rencontre pour la première fois Tegaïnenta, Onneyout de nation (Oneida), baptisée dans son pays sous le nom de Marie-Thérèse et elles deviennent vite des amies très proches. Anastasie est comme une mère pour Kateri, mais son âge avancé ne lui permet plus d'être près d'elle tout au long de la journée, tandis que Marie-Thérèse est à peu près du même âge qu'elle et, surtout, elles partagent les mêmes vues et les mêmes sentiments concernant leur implication dans leur dévotion. Dès lors, elles sont inséparables et on les voit aller toujours ensemble au bois, aux champs et partout ailleurs. Leurs conversations sont  spirituelles et elles partagent les mortifications tout en s'encourageant mutuellement.

 Kateri et Marie-Thérèse ont l'occasion de se rendre à Ville-Marie, peut-être pour y troquer ou y vendre des pelleteries et de l'artisanat aux Français (?), car les autorités civiles et religieuses y avaient créé en 1663 une foire annuelle pour faciliter les activités de troc et, à chaque printemps, l’événement rassemble un grand nombre d'Amérindiens. C'est là que Kateri voit pour la première fois des religieuses. Ce sont les Sœurs hospitalières de la Congrégation Notre-Dame qui s'occupent des malades et des infirmes à l'Hôtel-Dieu, premier hôpital de Ville-Marie, où sont accueillis Français et Amérindiens. Ce sont sans doute elles qui ont soigné Tonsahoten, lorsqu'il est arrivé avec sa famille quelques temps plus tôt, avant qu'ils ne deviennent les premiers résidents de Kentake. Kateri est très impressionnée par l'hospitalité des Sœurs, leur charité, leur bonté et leur dévotion pour les malades et les plus démunis, mais elle ne manifeste aucun désir de la vie religieuse, car c'est le grand air libre de la nature qui convient le mieux à l'expression de sa spiritualité. Cependant, le fruit néanmoins de sa visite à Ville-Marie est de mener une vie plus parfaite en menant une existence plus retirée. Avec Marie-Thérèse et une autre amie, elle ont le projet de commencer une vie communautaire dans un endroit à l'écart, sur l'île au Héron, au pied des rapides du fleuve Saint-Laurent. Mais le Père de la mission les trouve trop jeunes pour fonder une communauté et l'île au Héron est un lieu où elles pourraient être sans cesse importunées par les gens qui vont et viennent en canot sur le fleuve.

 18 - Sainte Marie-Catherine de Saint Augustin soignant Amérindiens

 Marie-Catherine de Saint Augustin

soignant les Amérindiens à l'Hôtel-Dieu de Québec

 

La mortification

 La ferveur de Kateri ne cesse de croître; elle mène une vie de plus en plus austère, malgré sa déjà fragile condition physique. Elle ne ménage pas son corps et le traite durement en accomplissant ses tâches avec un zèle inouï, allant jusqu'au paroxysme des souffrances qu'elle peut endurer, ceci par identification à celles éprouvées par le Christ. Ces tendances excessives à la recherche de la souffrance au mépris du corps peuvent nous apparaître comme choquantes et malsaines aujourd'hui, mais il faut savoir qu'elles sont une constante dans de nombreuses religions. La mortification et les comportements ascétiques ont leurs antécédents à la fois chez les Iroquois et chez les catholiques. Dans l'Église catholique, la mortification est une nécessité reconnue, non sans nuances et accents divers, par tous les maîtres catholiques de vie spirituelle. On la trouve aussi sous diverses formes dans nombre d'autres cultures et religions et donc parmi celles des Amérindiens, parfois de manière très codifiées. Par exemple, la cérémonie de la danse « en regardant le soleil »  appelée bien souvent, à tort, la danse du soleil, comprend des jeûnes, des auto-flagellations et des auto-mutilations (percement et déchirement des chairs). C'est un rituel religieux très important et très spectaculaire chez les Indiens des Plaines. L'Okipa, rituel religieux des Mandans, comprend aussi la mise en œuvre de nombreuses tortures comparables, pour mettre à l'épreuve le courage des guerriers et obtenir l'approbation des esprits. Parmi les Amérindiens des régions du nord-est, c'est justement chez les Iroquois où ces types de comportements sont particulièrement virulents. À cette époque, à la suite d'une vision, il arrive souvent que certains s'infligent des brûlures ou s'exposent à demi nu d'une manière prolongée dans les froids les plus extrêmes du Canada, tandis que d'autres plongent dans les rivières et les étangs gelés après avoir brisé la glace avec leur hache.

 Ces comportement extrêmes causent parfois l'admiration de certains Jésuites, tandis que d'autres s'en trouvent choqués. Les Iroquois convertis ont ainsi souvent tendance à être excessifs en repoussant les limites d'endurance de leur corps, tout en éprouvant aussi les limites admissibles du clergé en la matière. Ces pratiques seront particulièrement florissantes à Kahnawake autour des années 1680, période suivant la mort de Kateri. Déjà, à son arrivée en 1677, Kateri trouva la pratique des plus rudes pénitences aussi bien chez les hommes que chez les femmes et elle les dépassa tous.

 "Elle a traité son corps, au Sault, avec tant de rigueur qu'il serait difficile de trouver ailleurs une si grande innocence avec une pénitence si austère; elle l'a tourmenté en toutes les manières qu'elle a pu s'aviser, par les travaux, par les veilles, par les jeûnes, par le froid, par le fer, par les ceintures armées de pointes, par les rudes disciplines avec lesquelles elle se déchirait les épaules plusieurs fois la semaine". "Un soir qu'elle était dans sa cabane et que tout le monde fut couché, elle passa un long moment à se brûler les jambes avec un tison, comme on faisait aux esclaves chez les Iroquois et sans doute qu'elle voulait ainsi se déclarer l'esclave de son Sauveur, le Christ" (op. cit.).

 19 - Dessin du P

 Portrait de Kateri, par le P. Camille Drolet S. J.

[Archives Centre Kateri, Kahnawake]

 « Qui est-ce qui m'apprendra ce qu'il y a de plus agréable à Dieu afin que je le fasse? »

(Devise de Kateri Tekakwitha)

Ces Iroquois chrétiens se préparaient-ils, plus ou moins consciemment, à subir les tortures qui les attendaient dans leurs pays si un jour ils étaient faits prisonniers ? Peut-être, mais il faut comprendre aussi que, chez les Iroquois, la torture est comme un rite initiatique, un rite de passage et d'initiation. Elle a pour but de provoquer un changement d'identité afin de "convertir" la victime. La torture est une marque de respect qui donne au supplicié l'occasion de manifester son courage, sa force, sa bravoure. En ayant été fait prisonnier, le guerrier a été mis en état d'infériorité et la torture lui donne une chance de se revaloriser à ses propres yeux et aux yeux de ses conquérants. C'est d'ailleurs presque toujours en chantant la gloire de son peuple, que le guerrier endure les souffrances imposées par ses tortionnaires. Après avoir été torturé et avoir prouvé qu'on ne pouvait briser son moral ou lui tirer un cri de douleur, on pouvait lui offrir l'adoption et, s'il l'acceptait, il devenait un membre à part entière de la tribu. Ce contexte sociologique pourrait se transposer dans la psychologie de Kateri, dans sa tendance à atteindre un dédain total de la douleur, qui confère ainsi une certaine logique à son attitude mortifère. Quand on sait que les torturés qui sont exécutés sont ensuite mangés, que le cannibalisme chez les Iroquois est un processus d'intégration sociale dans le sens où la consommation du supplicié permet à la communauté de refaire ses forces, de posséder son âme et de dissiper ses peurs, on peut imaginer combien la célébration de l'eucharistie a pu trouver une résonance profonde chez Kateri et d'autres Iroquois convertis. Le fait de croire en la présence réelle du Christ dans l'hostie qui est consommée au cours de l'eucharistie, établit un parallèle évident avec ces éléments antropophagiques de leur propre culture, mais sous une forme tellement plus douce et symbolique, que cela a probablement facilité et motivé l'adhésion des mentalités iroquoises au christianisme.

 Vœu de chasteté

 Ayant à nouveau eu à subir des pressions de mariage après son arrivée à Kentake, Kateri demande au missionnaire la faveur de consacrer sa personne à Jésus-Christ par un engagement irrévocable. C'est le Père Cholenec qui reçoit son vœu de renoncer pour toujours au mariage, agréablement surpris par le caractère inouï de cette situation inédite : Kateri est la première Amérindienne à s'engager dans le vœu de chasteté. Après avoir éprouvé quelques temps la néophyte et avoir examiné sa vie (noviciat), il prononce son vœu de virginité le 25 mars 1679, le jour de l'Annonciation. Pour Kateri, c'est le plus beau des jours de sa courte vie, car il ne lui reste désormais plus que quelques mois à vivre.

 20 - Carte postale c

 Carte postale Kateri Tekakwitha "Lily of the Mohawks"

éditée vers 1950 par Artvue Postcard Co., New York, U.S.A.

[Collection R. Ponce]

 

 Mort de Kateri

 Malgré sa vie vraiment austère, Kateri est très enjouée, toujours douce, aimable et prévenante. Elle demeure discrète quant à toutes les expiations qu'elle s'inflige et ne laisse rien paraître. Par humilité, elle se serait plutôt abstenue d'une mortification que de paraître mortifiée, mais ces pénitences répétées épuisent son corps, si bien qu'elle finit par tomber gravement malade. Peu à peu, elle recouvre la santé, si on peut appeler santé un état de faiblesse et d'infirmité continuel et, dès qu'elle est sur pied, elle reprend toutes ses activités autant ménagères que spirituelles avec un redoublement de ferveur. Mais sa faiblesse s'accentue et, au cours de l'hiver 1680, elle passe ses journées seule dans la cabane et à l'église, où elle a de plus en plus de peine à se rendre. Un missionnaire chargé des malades lui rend visite chaque jour et la trouve toujours souriante, malgré ses excessives souffrances. Il passe un moment avec elle, parfois accompagné de quelques enfants pour la divertir un peu, tout en les instruisant. La semaine sainte arrive et, pour faire pénitence, Kateri demande à ne rien prendre durant tout le jour; on lui répond que sa bonne volonté est largement suffisante. Le mardi saint au matin, elle est très faible... On annonce à Kateri qu'elle n'a plus longtemps à vivre et quelle va recevoir le Saint-Sacrement, ce qui la comble de bonheur. Pour ce faire, le coutume est d'étendre le malade sur une large écorce et, au risque de le voir mourir en chemin, on le porte à l'église où il reçoit la sainte communion. Après quelques hésitations, les Pères décident de passer outre à la coutume, car Kateri est trop faible pour être portée à l'église et tout le village accepte aussi : l'exception est justifiée à l'égard d'une si sainte personne.

 Tout le village se réunit pour assister au Saint Sacrement qui va être porté à la cabane de Catherine Tekakwitha. Après avoir reçu le viatique, beaucoup de personnes souhaitent se recommander à ses prières. Kateri accepte aimablement et, tout au long du jour, c'est un flux et un reflux continuel de monde qui défile auprès de sa natte. Le soir, après en avoir demandé la permission au Père, elle trouve encore la force d'aller à l'entrée du bois faire quelques pénitences. Ensuite, alors qu'on se dépêche de préparer l'Extrême-Onction, Kateri leur dit que rien ne presse et qu'ils peuvent attendre au lendemain. En effet, comme si Kateri connaissait parfaitement l'heure de sa mort, elle passe très bien la nuit. Le lendemain, c'est le Mercredi Saint, le 17 avril 1680, que Kateri s’éteint paisiblement dans l'après-midi, des suites de la tuberculose. Elle avait tout juste 24 ans.

 Un quart d'heure après sa mort, un changement se produit qui jette dans l'étonnement, puis dans l'admiration les missionnaires et tout le village : le visage de Catherine, qui avait était marqué par la petite vérole alors qu'elle avait quatre ans et que ses infirmités et mortifications avaient contribué à défigurer, vient de changer tout d'un coup! Les cicatrices ont disparu et son visage apparaît soudainement d'une blancheur éclatante, resplendissant et de toute beauté.

 21 - Camille Drolet

Dessin, par le P. Camille Drolet S. J.

[Archives Centre Kateri, Kahnawake]

  Funérailles de Kateri

 Les préparatifs pour les funérailles sont accomplies selon les coutumes iroquoises. Anastasie, Marie-Thérèse et sa sœur adoptive huilent ses cheveux avec soin, ainsi que son visage. Ils l'habillent et la chausse d'élégants mocassins neufs aux pieds. Cependant, alors que le défunt est d'ordinaire placé sur une grande écorce entouré seulement d'une couverture, un vrai cercueil a été fait par les deux Français de la Prairie. Le cercueil est laissé ouvert jusqu'à la fin du service, afin de permettre à la foule de satisfaire sa dévotion en contemplant la beauté de la défunte. Les funérailles ont lieu le Jeudi Saint, le 17 avril 1680, puis Kateri est mise au tombeau dans le cimetière sur les bords du fleuve, au pied de la grande croix. La mort de Catherine Tekakwitha entraîne un élan de piété et une grande ferveur parmi les populations. Sa réputation de sainteté s'amplifie parmi le peuple, autant amérindien que français, et la gloire qui auréolait déjà le nom de Catherine ne cesse de croître. Gens du villages, missionnaires, les habitants des bourgs voisins, puis ceux de Montréal et de Québec accourent pour se rendre sur sa tombe.

 Les apparitions et les premières guérisons

Le 6ème jour après sa mort, le lundi de Pâques, le Père Chauchetière assiste à une première apparition de Catherine. Sa vision dure deux heures et comprend des éléments qui s’avéreront prophétiques au niveau local quelques temps plus tard. Deux jours après, une seconde apparition se manifeste à Anastasie, celle que Catherine appelait sa mère, puis une troisième à Marie-Thérèse, sa meilleure amie. Au cours des deux années suivantes, le Père Chauchetière rapporte deux autres apparitions, au cours desquelles Catherine lui aurait demandé de réaliser des peintures, dont son portrait. Il s'exécute et réalise son portrait, ainsi que de nombreux dessins sur papier qui ont un pouvoir de guérison : il suffit de les poser sur la tête des malades pour que ceux-ci soient guéris. Il en est de même pour tous les objets que Catherine avait touchés et tout ce qui lui a servi opère également des guérisons. Ainsi, les guérisons miraculeuses de malades se multiplient. La plupart d'entre eux se rendent sur son tombeau par la remercier et la vénérer, d'autres pour bénéficier de son intercession. Ils emportent souvent avec eux un peu de poussière de la tombe, qui se révèle avoir des vertus curatives. Parmi eux, des personnalités de haut rang comme le capitaine du Luth, commandant du fort Frontenac, atteste de sa guérison par écrit afin de la consigner juridiquement [Daniel Greysolon, sieur du Luth, soldat et explorateur français qui donnera plus tard son nom à la ville américaine Duluth, située au bout du lac Supérieur]. Les guérisons miraculeuses deviennent si nombreuses qu'on cesse de les répertorier. On rapporte également des guérisons d'animaux (une vache, un bœuf).

 22 - Kateri Tekakwitha Peinture à l'huile par le père Claude Chauchetière (1690)

Portrait de Kateri Tekakwitha,

Peinture à l'huile du père Claude Chauchetière (1690)

 La guerre reprend

Colbert, l'un des principaux ministres de Louis XIV, souhaite passer de la fraternisation et des alliances politiques à une véritable fusion des races et des civilisations, idée qui se heurte à des réticences : les Canadiens craignent de perdre leurs privilèges, la toute-puissante Église trouve que ses fidèles ont déjà suffisamment adopté de mœurs indiennes et le Roi lui-même ne voit pas d'un bon œil que les « sauvages » deviennent des sujets à part entière. C'est pourquoi la guerre éclate en 1687, sur l'ordre des autorités françaises de mettre fin à « la paix honteuse avec les Iroquois » [sic] ! Aussitôt, les tribus iroquoises commencent à rallier leurs troupes et ils invitent leurs compatriotes de la mission à les rejoindre, leur promettant toute liberté de pratiquer leur nouvelle religion. Ils réfutent leurs sollicitations et les Iroquois chrétiens sont aussitôt déclarés ennemis de la patrie. Le 5 août 1689, environ 1500 guerriers iroquois, poussés dans leurs actions par les Anglais à nouveau en guerre contre les Français, s’abattent sur Lachine, le village des colons situé près des rapides du même nom, pas très loin de Kahnawake qui se trouve sur la rive opposée. Quelques Iroquois chrétiens, saisis et emmenés captifs, sont brûlés vifs, à petit feu. C'est la désolation dans la région et sur toute l'île de Montréal mais, malgré la perte d'une centaine d'hommes et les récoltes qui sont ravagées, la mission échappe à la ruine. Les Iroquois ennemis veulent en finir avec elle, mais "une main mystérieuse" rompt toujours leurs projets et cela se produit à plusieurs reprises lors de leurs incursions.

23 - Guerrier iroquois

 

 
   

"Guerrier Iroquois"

Représentation d'Iroquois (XVIIIe siècle)

Notons le manque de réalisme du décor, avec les palmiers en arrière-plan

et la méthode de scalp totalement fantaisiste

 Notoriété croissante de Kateri

 Cette même année 1689, la mission est déplacée un peu plus haut, à Khanawakon (signifie "dans les rapides") et la raison en est, comme dans la migration précédente, l'épuisement du sol. Les restes de Catherine Tekakwitha sont exhumés et transférés au nouveau village, mais placés cette fois dans la chapelle. L'ancien poste appelé jusque là Kahnawake, prend le nom de Kateri tsi tkaiatat (là où Catherine fut inhumée). C'est aussi en son honneur que la région est nommée Côte Sainte-Catherine. [Ce n'est qu'en 1937 que l'édification de la municipalité de la paroisse de Sainte-Catherine de Laprairie marque vraiment le fondement d'une organisation territoriale. En 1973, suite a une explosion démographique, la paroisse obtient finalement le statut de ville et devient ainsi la ville de Sainte-Catherine].

 En 1695, la notoriété de Catherine est devenue très importante dans la Nouvelle-France. À Québec, la femme du chef civil de la colonie, l'intendant Jean Bochart de Champigny, fait graver un grand nombre d'images pour propager la dévotion à la sainte iroquoise. Elle en envoie même en France où des guérisons sont obtenues par l'entremise de la sainte, comme au Canada [à cette époque, le mot « Canada » désigne seulement la colonie et il ne sera adopté pour désigner le pays qu'en 1867]. On appelle Kateri Tekakwitha "Le Lis des Agniers ou des Mohawks" ou "La Geneviève de la Nouvelle-France" [Sainte-Geneviève, patronne de la ville de Paris, née à Nanterre vers 420, morte à Paris vers 500].

 La Grande Paix de Montréal

 En 1696, un troisième déplacement de la mission a lieu, toujours en remontant un peu le fleuve St-Laurent, et le village prend le nom de Kanatakwenke (signifie "d'où le village a été ôté") [une autre source nomme le village Kanatakwente "le village tel que laissé" et indique qu'il serait revenu à un emplacement proche de celui de 1676]. Les Iroquois, quant à eux, s'allient aux Outaouais (Ottawa) et, même si leurs effectifs ont été affaiblis au fil des conflits et par les épidémies, il n'en demeurent pas moins une menace sérieuse pour l'empire commercial des Français. Cependant, suite à la paix signée entre la France et l'Angleterre en 1697 (traité de Ryswick), des négociations sont entreprises entre Français et Iroquois et elles aboutissent en 1701 à la Grande Paix de Montréal. Trente neufs nations amérindiennes signent le traité de paix, le 4 août 1701.

24 - Signatures des Autochtones à la grande paix de Montréal en 1701

Extrait du traité de la Grande Paix de Montréal 1701

 Signatures des chefs autochtones (pictogrammes)

[Archives nationales d'outre-mer, Aix-en-Provence]

 Au niveau diplomatique, la paix de Montréal apparaît comme un fait unique dans toute l’histoire de l'Amérique. Détail étonnant, celui-ci est toujours valide et reconnu comme tel par les communautés amérindiennes. À l’inverse de la politique espagnole marquée par l’asservissement des indigènes, les Français choisirent au Canada la voie de la raison. Certes, les conflits avec les nations amérindiennes furent nombreux et sanglants et ils ne cessèrent pas après 1701, mais jamais ils ne s’inscrivirent dans les dérives de la politique espagnole. Au contraire, la culture amérindienne impressionna beaucoup les colons, comme en atteste la tradition des « coureurs des bois », intermédiaires dans le commerce des fourrures. De fait, de tous les colonisateurs d'Amérique, seuls les Français n'ont ni exterminé les autochtones, ni tenté de les réduire en esclavage ou de les repousser dans des réserves. On pourrait même arguer que la fonction « officielle » d'évangélisation des autochtones conférée à la Nouvelle-France constitue de la part des Français une admission tacite d'égalité entre les « blancs » et les autochtones, en les considérant « dignes » d'être évangélisés. Il ne faut toutefois pas oublier que l'économie de la colonie reposait presque uniquement sur la traite des fourrures et que les nations amérindiennes alliées à la France étaient un rouage essentiel de cette traite. Il était donc dans l'intérêt commercial bien senti des autorités françaises d'avoir de bonnes relations avec les autochtones, puisque c'étaient eux seuls qui étaient en mesure de fournir aux commerçants de Montréal les pelleteries.

 25 - Timbre commémoratif de la Grande Paix de Montréal (Postes Canada, 2001)

Le 3 août 2001, Postes Canada souligne le 300e anniversaire de la Grande Paix de Montréal

 par l'émission d'un timbre commémoratif imprimé au tarif du régime intérieur.

[Collection R. Ponce]

Dernière migration du village

 En 1716, une quatrième migration a lieu et le village se trouve ainsi placé au dessus des rapides en face de Lachine. C'est le site actuel, nommé Caughnawaga jusque dans les années 1970, puis qui a retrouvé son nom ancestral Kahnawake, à la suite d'une requête effectuée par le centre culturel mohawk auprès du gouvernement canadien. À l'époque, les Français l’appellent encore Sault St-Louis, tandis que pour les missionnaires c'est toujours la Mission Saint-François-Xavier. Une église plus permanente est construite en 1720, mais la mission fondée en 1668 est abandonnée en 1783 par manque de sujets, conséquences de la suppression de leur ordre (la Compagnie de Jésus a été dissoute en 1773). Des prêtres séculiers prennent le relais, rénovent l'église et l'agrandissent au fil des années.

26 - Gravure 1849 - Indiens des environs de Québec"Indiens des Environs de Québec" 

d'après les dessins de A.Vattermare

Gravure publiée en 1849 par Augustin François Lemaître

 [Collection R. Ponce]

 Le territoire de Caughnawaga cesse d'être la propriété des missions en 1830. En 1855, la mission est prise en charge par les Oblats pour une poignée d'années. Une première supplique pour demander la béatification de Catherine est envoyée au Saint-Siège en 1884. Un prêtre reprend la mission en 1892, qui revient finalement à la Compagnie de Jésus en 1903 (la Compagnie avait été rétablie en 1883). On n'a plus trace écrites de guérisons miraculeuses dans les années 1700, ni 1800, et ce n'est qu'en 1905 qu'une guérison subite est à nouveau répertoriée. Elle survient sur une Amérindienne de l'île Manitouline que les médecins et leurs remèdes n'avaient pas pu guérir.

 

27 - Caughnawaga, children in the street, 1910 Caughnawaga en 1910, carte postale éditée vers1915

par The Valentine & Sons Publishing Co., Ltd. Montreal and Toronto

[Collection R. Ponce]

 Tombeau de Kateri

 Les restes de Catherine, déposés dans un coffret, ont suivi le village dans ses diverses pérégrinations. Tous n'y sont pas: plusieurs parties des ossements ont été donnés à diverses époques et constituent les reliques de quelques églises encore aujourd'hui. Une partie fut enchâssée dans la grande croix en bois de son tombeau lors de sa restauration en 1843 (abattue par le vent, elle fut remplacée par une autre en 1884). En 1890, on a fait exécuter un beau monument en granit, plus approprié pour résister au temps. Le tombeau a été entouré d'une élégante clôture en fer, surmonté d'une toiture et d'une grande croix.

28 - Tombeau de Kateri en 1890Tombeau de Kateri en 1890

Plus tard, le tombeau a été déplacé à nouveau, cette fois dans l’église de Kahnawake, là où il se trouve encore aujourd'hui, sur le côté droit de l’autel. La tombe de Kateri, en marbre de Carrare, a été solennellement bénie par l’évêque G. M. Coderre le 17 décembre 1972 et on peut y lire l'inscription "La plus belle fleur épanouie au bord du Saint-Laurent" gravée en iroquois. La statue de Kateri derrière le tombeau a été créée en 1981 par le sculpteur québécois Léo Arbour.

 29 - Timbre avec statue JPrès de 12 millions d'exemplaires de ce timbre ont été mis en circulation le 24 avril 1981.  

On y voit une photographie d'une statue réalisée par Jean-Émile Brunet qui se trouve dans la chapelle de Kahnawake,

ainsi qu'un dessin de la tortue, symbole du clan de Kateri Tekakwitha

[Collection R. Ponce]

Le sanctuaire de Kateri Tekakwhita est ouvert au public et il faut donc se rendre dans la réserve des Mohawks à Kahnawake, au 1 River Road, pour le visiter. Il comprend un musée où sont exposés d’anciennes pièces historiques et religieuses, des statues, des peintures et des artefacts autochtones canadiens et européens datant du 17e au 20e siècle. Parmi les nombreuses représentations de Sainte Kateri Tekakwitha présentées, se trouve la peinture à l’huile réalisée par le Père Claude Chauchetière en 1690.

30 - Sanctuaire KSanctuaire Kateri Tekakwitha

Quelques pièces du musée

Sainte Kateri

La béatification de Kateri Tekakwitha a lieu le 22 juin 1980 sous le pontificat de Jean-Paul II. Sa fête figure au calendrier liturgique de l'Église catholique le 17 avril (jour de ses funérailles). Jean-Paul II a nommé Kateri Tekakwitha patronne de l’environnement et de l’écologie, après François d’Assise, à cause de son grand amour de la création. C'est surtout parce qu'elle a vécu dans un rapport étroit à la nature, comme tous les peuples premiers du continent avant la colonisation par les Européens, qu'elle établissait ainsi naturellement son lien avec le spirituel, sa communion avec le Créateur. Beaucoup d'écologistes américains reconnaissent en Kateri Tekakwitha leur patronne et ce point renforce fortement son actualité aujourd'hui, en raison des problèmes graves relatifs à l'environnement qui affectent la planète.

En 2006, Jake Fink-Bonner, un jeune garçon d'origine amérindienne et résidant à Sandy Point, une petite ville située près de Seattle (Washington), guérit miraculeusement de la fasciite nécrosante par l'intercession de Kateri, alors qu'il avait été déclaré incurable par les médecins spécialistes. Sa maladie rappelle celle de Kateri car, comme pour elle, elle défigurait son visage. Un décret portant sur ce nouveau miracle est signé en décembre 2011 et permet à Kateri d'être déclarée sainte par l'Église catholique. Elle devient ainsi la première autochtone d'Amérique du Nord à être canonisée lors d'une cérémonie qui s'est déroulée le 21 octobre 2012, présidée à Rome par le pape Benoît XVI, en présence de plusieurs délégations du Canada et des États-Unis et de nombreux représentants des Premières Nations. Kateri y a également reçu le titre de «protectrice du Canada».

 

31 - Jake FinkbonnerJake Finkbonner après sa guérison,

ici avec sa maman

 Pour les Amérindiens catholiques, cette reconnaissance au plus haut niveau fait figure de récompense, mais pour les autochtones plus traditionalistes qui ont depuis longtemps tourné le dos à la religion catholique, « l'événement » cache un visage beaucoup plus sombre : il rappelle la relation tourmentée qui dure depuis des siècles entre l'Église et les autochtones, qui va des conversions forcées au drame des écoles résidentielles survenus par la suite (150 000 enfants autochtones ont été placés par le gouvernement jusque dans les années 1970. Une entente accordant des compensations aux victimes du programme d'endoctrinement a été signée en 2006). Malgré tout, pour beaucoup d'entre eux, Kateri reste une source de fierté, peu importe l'allégeance spirituelle. Chez les Mohawks, plusieurs traditionalistes ont d'ailleurs fait le voyage à Rome pour assister à la canonisation. 

On pourrait penser que la canonisation de Kateri a une valeur stratégique, car l'Église catholique a encore bien des choses à se faire pardonner. Suivant l'initiative du gouvernement canadien, qui a offert ses excuses aux anciens élèves des pensionnats amérindiens en 2008, Benoît XVI avait exprimé des "regrets" en 2009, sans toutefois offrir d'excuses officielles. Quoi qu'il en soit, il vaut mieux en premier lieu considérer la portée de réconciliation que peut générer ce geste de la part de l'Église, sachant que le processus de canonisation avait déjà été enclenché par les jésuites dans les années 1880 et que, depuis cette époque, les conditions pour être admissible à la sainteté se sont grandement resserrées. D'autre part, la sainteté de Kateri est un symbole important pour notre époque où la planète est de plus en plus affectée par toutes sortes d'activités humaines irresponsables.

" La sainteté de Kateri, fille de la nature, élèvera les cœurs de ceux qui travaillent à l'écologie."

Mgr Stanislaus Brzana, évêque d'Ogdensburg (État de New York), 2015.

32 - StIcône de Sainte Kateri, par Elizabeth Stefanick Zelasko

St. Paul Mission Church, Hays, Montana, U.S.A.

Conclusion

La propagation du christianisme dans les peuples du Nouveau Monde servit avant tout à légitimer l'appropriation des terres, de même que les programmes d'assimilation mis en place par les missionnaires servirent directement ou indirectement les intérêts coloniaux. Mais porter un jugement général sur les missions chrétiennes serait une erreur. De nombreux facteurs doivent être pris en compte : les méandres de l'histoire, les efforts entrepris pour permettre à ces peuples "païens" d'obtenir la miséricorde divine et d'accéder à la civilisation. Tout cela répondait à un idéal humanitaire, comme aujourd'hui, le droit à la liberté religieuse et à la culture. Si les missionnaires ont participé malgré eux à la "mort culturelles des peuples", c'est essentiellement en raison du lien qui unissait leurs convictions religieuses et leur propre culture. La chrétienté et la "civilisation" formait alors une entité indivisible. Les missionnaires tentèrent d'imposer généralement leur idéal chrétien sans les inconvénients liés à cette civilisation, dans des colonies délimitées géographiquement qui avaient déjà été bien souvent largement submergées par l'expansion coloniale.

Aujourd'hui, on peut se rendre compte que, depuis les débuts de la colonisation, la plupart des groupes amérindiens ont su absorber des influences variées autant d'ordre religieux que des nouvelles connaissances et des technologies occidentales. Ces influences ne répondent pas tant à l'idée d'un syncrétisme subi, mais obéissent plutôt à une logique inclusive, chose qui est propre au chamanisme. Les influences étrangères ne sont pas incorporées de manière passive ou aléatoire, mais bien parce qu'elles ont une résonance dans leur propre cosmologie. En parallèle, la plupart des Amérindiens, qui se considèrent comme faisant partie intégrante d'un vaste écosystème englobant toute forme de vie, ont su préserver le lien qui les unit avec l'environnement. C'est pour eux la vraie source de sagesse et c'est ce qui fait défaut aux populations des pays industrialisés, car on peut se rendre compte aujourd'hui combien notre Terre Mère est affectée par cette inconscience, par l'irrespect et les abus et de tout ce qui constitue l'environnement. Cela résulte de beaucoup de choses, mais principalement d'une mauvaise mentalité. La culture occidentale a tendance à compartimenter la vie, à séparer, à instaurer des frontières dans un système économique basée sur la possession personnelle qui conduit trop souvent à l'égoïsme et à la cupidité. Pour les Indiens d'Amérique, au contraire, les hommes et leur milieu sont interconnectés à l'intérieur d'un cercle sacré où chaque chose participe à l'équilibre et à l'harmonie du tout (Mitakuye Oyasin - "Nous sommes tous liés ensemble"). L'esprit communautaire et solidaire découle naturellement de cette conception des choses et entraîne également cette fraternité loyale qui caractérisent les Amérindiens. En ce sens, beaucoup d'autochtones des Amériques sont à présent plus proches de l'idéal utopique chrétien que la plupart des autres populations. Ils portent les valeurs qui deviennent de plus en plus urgentes et nécessaires au monde d'aujourd'hui. L'idée du salut était la clef de voûte du christianisme apporté par les missionnaires et c'est autour de cette notion que s'est ordonnée l'intrusion spirituelle dans la vie des autochtones du monde entier. Ils ont affirmé la supériorité de l'homme sur la terre afin de l'exploiter, de la "mettre en valeur" mais, à présent, on peut se rendre compte des résultats catastrophiques qui découlent de cette mentalité. Aujourd'hui, les Amérindiens sont les défenseurs de l'environnement; ils sont les missionnaires de la survie, du maintien de l'équilibre entre l'homme et le reste de l'univers, notion fondamentale de leur spiritualité. C'est à présent au tour des populations et des dirigeants des pays industrialisés d'écouter leur parole, et il n'est plus seulement question du salut des âmes, mais du salut de la terre entière.

 33 - Sioux beaded bible or briviaryBible ou bréviaire sioux, 1931

[Collection F. Roelandt, Belgique]

 “Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible.”

Cette citation de Jomo Kenyatta (homme politique kényan, 1894-1978) avait été reprise par l'écrivain sioux Vine Deloria en 1969 pour dénoncer plus de quatre siècles d'endoctrinement en Amérique du Nord. Aujourd'hui, elle prend une autre dimension quand on réalise que, en fin de compte, ce sont ceux dont les terres ont été spoliées qui se révèlent être le plus en accord avec les textes religieux, principalement avec l'enseignement fondamental du Christ, quand il est dénué de toute liturgie et tradition. C'est une force non négligeable qui pourrait bien s'affirmer dans l'avenir. La canonisation de Kateri Tekakwitha, patronne de l’environnement et de l’écologie, est comme un signe pour toutes les institutions religieuses et pour tout le monde, afin que soient davantage considérées les valeurs essentielles du respect de tout ce qui est vivant sur notre Terre Mère en redonnant un sens plus juste au mot "catholique" qui, étymologiquement, signifie "universel".

 VIDEO

 Retrouvez l'histoire de Kateri Tekakwitha dans le récit très vivant de Jacques Gauthier, poète, essayiste et romancier canadien, lors d'une conférence qu'il a donnée à l'église Notre-Dame-de Lorette dans le village des Hurons de Wendake, juste avant la canonisation de le jeune amérindienne : https://youtu.be/Z0rdNGv0eZ4

Au travers de Kateri Tekakitha et ses célébrations, cette vidéo rend brièvement compte du catholicisme amérindien aux États-Unis : https://youtu.be/_YLHN7ebLz0  (vidéo en anglais, sous-titrage en français disponible après son activation dans les paramètres de visionnage de YouTube).

 Chant d'honneur par les Logan Alexis Singers de la nation sioux nakota d'Alexis (Stoney) : https://youtu.be/MP5qdavaVfc

 BIBLIOGRAPHIE 

 - Histoire des Indiens (Bernard Assiniwi).

 - Les Mohawks - Recherches amérindiennes au Québec, vol. XXI, N° 1-2.

 - L'étude de la religion au Québec. Bilan et prospective (Archives de sciences sociales des religions - Paul-André Turcotte, Jean-Marc Larouche, Guy            Ménard).

 - Indian Summer, les Premières Nations d'Amérique du Nord (Musées Royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles).

 - Sagesse indienne (Édition du Rocher.).

 - Les civilisations des Indiens d’Amérique du Nord (Christian F. Feest).