Un chapitre sombre de

l’histoire des Osages

par Marie-Claude Strigler

Les lecteurs du blog d’OK-OC savent beaucoup de choses sur les Osages, leur histoire, leur culture, leurs liens historiques et affectifs avec la France. Les visites de Français en Oklahoma et d’Osages en France sont fréquentes et entretiennent notre amitié.

Originaires du Missouri, puis déplacés au Kansas et enfin installés en Oklahoma sur des terres apparemment ingrates qu’ils ont achetées aux Cherokees, Les Osages pensaient qu’on les laisserait tranquilles, puisque les blancs ne convoitaient pas ces terres.

Ils conservaient leur mode de vie traditionnel, en grande partie axé sur l’élevage, favorisé par les hautes herbes de la prairie. Ils avaient bien remarqué qu’un liquide visqueux et noir affleurait parfois, dont ils se servaient pour graisser leurs machines agricoles.

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Or avec l’avènement du moteur à explosion et la multiplication des voitures, les réserves d’un pétrole facile à exploiter apportèrent une richesse soudaine à la tribu. « L’or noir » fit des Osages « les gens les plus riches du monde », titraient les journaux du début des années 1920, suscitant jalousie, racisme et convoitise, non seulement en Oklahoma, mais dans tous les États-Unis. Ils n’étaient néanmoins pas libres de disposer à leur guise de cette manne inattendue. Censés ne pas être capables de gérer leur fortune, la majorité étaient placés sous la responsabilité de tuteurs plus ou moins honnêtes, dont certains avaient même des antécédents criminels.

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Les histoires les plus folles circulaient jusqu’à la côte Est sur les nouveaux riches qui laissaient des pianos à queue sous la pluie, (de toute façon ils ne savaient pas en jouer), ou qui abandonnaient leur voiture quand le réservoir était vide.

En 1923, le pétrole rapportait plus de 23 millions de dollars, à partager entre les 2 000 personnes inscrites sur les listes tribales. Cette somme représenterait aujourd’hui quelque 400 millions de dollars. Bien que les Osages soient loin d’être pauvres, ils ont néanmoins été dépouillés d’une grande partie de leur fortune.

Mais bientôt allait commencer « le règne de la terreur ». Une conversation en tête à tête avec un Osage va inévitablement amener ce sujet, tant il est présent à tous les esprits. Dans les années 1920, des morts mystérieuses se multiplièrent. Au moins soixante riches Osages de pure souche furent assassinés entre 1921 et 1925, par arme blanche ou arme à feu, empoisonnement ou noyade. Chaque fois qu’un cadavre était découvert, les Osages se demandaient qui serait le suivant.

Mollie Burkhart (d), sa sœur Anna (g), leur mère Lizzie (c)

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Les assassins, blancs, étaient souvent mariés à des Osages qui leur faisaient confiance. Les autorités se souciaient assez peu de rechercher les coupables, partant du principe que, les victimes étant indiennes, le jury blanc ne condamnerait pas l’assassin.

Dans une région qui était peut-être le dernier bastion de l’Ouest sauvage,  certains Osages finirent par faire appel au gouvernement fédéral, et le scandale devint national.

Ce chapitre dramatique de l’histoire des Osages est resté longtemps dans l’ombre, mais depuis quelques années, il a inspiré plusieurs ouvrages historiques ou de fiction, dont le plus récent est celui d’un écrivain et journaliste du New Yorker, David Grann, Killers of the Flower Moon. Le livre connaît un immense succès aux États-Unis (parmi les quatre meilleures ventes). La traduction française paraît le 7 mars, sous le même titre.

David Grann a fait une enquête minutieuse au cours de rencontres et d’interviews, de nombreux Osages directement concernés  lui ont confié des documents de famille; il a eu en outre accès aux archives du FBI, 3 500 pages réparties en 65 dossiers, couvrant la période de 1920 à 1935.

Au cours de son enquête, on rencontre des voleurs, des assassins, des aventuriers, des hommes d’affaires véreux. Quelques blancs amis (véritables) des Osages, riches propriétaires ou avocats, ont également été assassinés. Ce n’est pas de la fiction : nous avons tous les noms.

Edgar Hoover

Nous voyons le jeune E. Hoover, alors âgé de 29 ans, qui prend la tête de BOI (Bureau of investigation), l’ancêtre du FBI, qui s’emploie à moderniser les méthodes de recherche, et qui va effectivement faire arrêter un certain nombre de criminels. D’autres ont toujours échappé à la justice. Une conséquence est bien réelle : aujourd’hui, un non-Osage ne peut hériter d’un époux (ou d’une épouse) osage. La tentation est neutralisée !

Le fait que cet épisode de l’histoire des Osages soit désormais connu de tous, va peut-être contribuer à la cicatrisation de cette profonde blessure.

Le livre de David Grann* se lit comme un roman policier  dont tous les personnages seraient connus. Il a inspiré Martin Scorcese pour un film avec, entre autres, Robert de Niro, qui sortira en 2019. On n’a pas fini d’entendre parler des Osages…

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* Killers of the flower moon, David Gann, traduit de l'anglais par Cyril Gray, éd. Globe, 366 pages, 22€ (en librairie deuis le 7 mars)