Spiritualité osage

par Marie-Claude Strigler

 

John Red EagleEn juillet 2013, les Osages ont accueilli une délégation d’OK-OC, dans une atmosphère amicale et chaleureuse. Les événements en leur honneur se sont succédés de façon ininterrompue, dont une conférence de John Red Eagle, organisée spécialement à leur intention.

John Red Eagle a été élu chef principal de la nation osage en 2010. Lors de la conférence, il nous a parlé de sa vie et de la Native American Church, l’Église des premiers Américains, ou Église du peyotl, dont il a déjà été question dans le blog.

Au fil du temps, les Osages ont été très métissés, si bien que peu de membres sont de pure souche. Or, les deux parents de John Red Eagle sont des Osages de pure souche. Sa mère, née en 1912, était originaire de Hominy et appartenait au clan de Wa Tian Ka. Un Ancien de sa famille fit un rêve au cours duquel il vit une substance noire sortir de la terre du Territoire indien, devenu depuis l’Oklahoma. Il prédit que cette substance serait un jour bénéfique pour son peuple, mais qu’il ne savait pas comment. Aussi conseilla-t-il à la tribu d’y acheter de la terre. On ne peut nier que son rêve a été prémonitoire.

Son père, originaire de Pawhuska, était né en 1918 et appartenait au clan de l’Aigle. Éleveur et agriculteur, il avait une ferme à Barnsdall, la parcelle originelle attribuée au grand-père lors de la loi de lotissement général de 1887, et appliquée aux Osages en 1906.

Le père de John Red Eagle fut également chef principal en 1970, le premier chef principal de pure souche depuis son oncle Paul Pitts, qui fut chef principal de 1954 à 1970, jusqu’à sa mort.

On parlait couramment la langue osage dans la famille, qui avait adhéré à la religion  du peyotl, et qui assistait régulièrement à des réunions de l’Église des premiers Américains (Native American Church, ou NAC). Il raconte qu’il a grandi dans cette atmosphère. Il a reçu un premier nom lors d’une cérémonie de la NAC quand il n’avait que quelques jours puis, à 18 ans, quand il devient adulte, il reçoit son nom adulte pendant les danses de In’lonshka. Personne d’autre n’aurait été plus à même que lui de nous parler de la spiritualité osage et de l’Église des premiers Américains.

Peyote meeting Une religion panthéiste

Autrefois, la religion osage était panthéiste. Toutes les formes de vie et tous les changements qui se produisaient dans l’univers résultaient d’une seule force vitale mystérieuse qui s’appelait Wa-kon-tah. Les hommes n’étaient qu’une manifestation de Wa-kon-tah. Les clans étaient totémiques, c’est-à-dire que les membres d’un clan étaient liés à une manifestation de Wa-kon-tah plus étroitement qu’à n’importe quelle autre. Les Osages n’ont jamais prétendu comprendre cette force vitale. L’univers était habité par des esprits, avec qui les Osages communiquaient grâce à des visions. Ils pouvaient leur demander de l’aide en cas de besoin. Le pouvoir qui provenait d’un savoir surnaturel ne relevait ni du « bien », ni du « mal », deux notions qui leur étaient étrangères.

 

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Les « Vieux-petits-hommes » (the Little-Old-Men) étaient autrefois des prêtres initiés. Chaque cérémonie était constituée de prières et de pratiques au cours desquelles étaient utilisés des objets particuliers. Les cérémonies comprenaient 24 parties, une pour chaque clan et seul, le « Vieux-petit-homme » d’un clan était habilité à accomplir la partie du rituel qui relevait son clan. Le dernier des Vieux-petits-hommes décéda au début de 1970.

Ce que nous savons des rites concerne des cérémonies ponctuelles ; l’attribution d’un nom à un enfant, un deuil, une guerre, la paix, l’initiation d’un nouveau praticien… Au printemps, un rituel avait lieu pour purifier le village et préparer les plantations et, à la fin de l’été, on célébrait le maïs vert. Ils entretenaient aussi des feux sacrés.

La mort était quelque chose de naturel, car tout doit mourir. En revanche, la mort prématurée d’un enfant ou d’un jeune adulte est redoutable. La religion osage traditionnelle se préoccupait de la vie, non de la mort, associée à la nuit. Il n’existait pas de concept précis de ce qui pouvait arriver après la mort. En revanche, la religion du peyotl expliquait ce qui arrivait après la mort, ce qui était peut-être une partie de son attrait.

 La religion du peyotl

La religion du peyotl parvint chez les Osages dès les années 1890. Autant les tribus indiennes avaient résisté à la christianisation, autant elles accueillirent relativement facilement cette nouvelle religion, syncrétisme entre valeurs traditionnelles et christianisme qui rejetait les rites anciens, si bien qu’ils avaient totalement disparu dès 1910. Les tribus réorganisent le passé pour l’adapter au présent, selon un raisonnement logique :

1)     les rites anciens se sont avérés inefficaces et doivent être abandonnés ;

2)     un nouveau mode de vie est nécessaire pour éviter les maladies ;

3)     Dieu veut que les Indiens demeurent distincts des conquérants physiquement et spirituellement ;

4)     certaines caractéristiques des conquérants peuvent s’harmoniser avec le nouveau mode de vie des Indiens.

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 Les Églises du peyotl se créaient sur la base de la famille étendue, et le chef de famille était en général le roadman de l’Église. Seuls quelques hommes avaient l’autorité nécessaire pour créer de nouvelles Églises et d’initier des roadmen, les praticiens. Chaque Église était affiliée à l’Église des premiers Américains par une charte. En 1936, on comptait 24 tribus liées par une charte, dont les Osages. Elle sont désormais toutes affiliées à la NAC. Ce rattachement stimula les contacts intertribaux et un sens de fraternité dans les tribus des Plaines et du Grand Bassin, ainsi que dans le Sud-ouest, surtout chez les Navajos. Des hommes sont allés de tribu en tribu prêcher la nouvelle religion.

La NAC fut fondée officiellement en Oklahoma en 1918. Religion monothéiste révérant le Grand Esprit, elle fut adoptée par diverses tribus, mais selon des rites différents. Ils ont en commun comme sacrement la consommation de boutons de peyotl, une variété de cactus légèrement hallucinogène. Les cérémonies, contrairement aux services religieux chrétiens, ne sont pas régulières, elles ont lieu lors d’occasions spéciales, en tant que rites guérisseurs. Les rites se déroulent en général dans des tipis, autour d’un feu,  durent toute la nuit, pendant le week-end. Le peyotl étant stimulant, les participants restent bien éveillés et peuvent ainsi profiter du petit déjeuner qui clôt la cérémonie.

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Pour accomplir la cérémonie, le roadman  utilise des bâtons de prière, une calebasse ornée de perles et de plumes, du cèdre, une plume d’aigle et un petit tambour. Il est secondé par un chef du tambour, un chef du feu qui s’assure que le feu brûle toute la nuit, et une femme de l’eau qui humidifie en permanence le sable qui entoure le feu. Théoriquement, le roadman n’est qu’un catalyseur. Quand on a besoin de lui, il montre le chemin, comme le peyotl mène au Créateur.

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Le peyotl étant hallucinogène, il est considéré comme une drogue par le gouvernement fédéral ; les adeptes de la NAC durent avoir recours à la loi sur la liberté de religion des Indiens de 1978 (AIRFA) pour pouvoir consommer le bouton de peyotl comme sacrement, à condition d’avoir une carte attestant de leur appartenance à cette Église. À noter que certains roadmen dans le passé, ont essayé sans succès d’obtenir l’autorisation d’utiliser le LSD et la marijuana.

Il semblerait que la religion du peyotl soit en perte de vitesse. La majorité des Osages aujourd’hui appartiennent à l’une des principales religions chrétiennes : catholique, baptiste, quaker.