Seattle avait raison

 

Seattle

On cite souvent des prophéties amérindiennes en invoquant la sagesse admirable de ces lanceurs d’alertes. En fait ces hommes n’étaient pas des devins, au sens magique du terme. Ils étaient simplement clairvoyants car bons observateurs de tous les phénomènes vivants ou inertes dont ils étaient témoins. Et ils savaient raisonner aussi bien – sinon  mieux dans certains domaines – que nous, les humains du XXIème  siècle. Nos ancêtres les Néandertaliens et les Sapiens d’Europe ou d’Asie avaient certainement les mêmes capacités prémonitoires que les Amérindiens, pour les mêmes raisons. Mais nous avons perdu leur contact.

 Voici ce que déclarait, en 1854, Seattle, chef de la tribu Duwamish en réponse au représentant du président des États-Unis qui lui proposait d’acheter sa terre (extrait)

Seattle

" Qu’est-ce que l’homme sans les bêtes ?

" Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait d’une grande solitude de l’esprit. Car ce qui arrive aux bêtes arrive bientôt à l’homme.

" Toutes les choses se tiennent.

"Enseignez à vos enfants ce que nous avons toujours enseigné aux nôtres : que la terre est notre mère. Et que tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre.

" Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

" Nous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme, l’homme appartient à la terre."

 

genese

Dieu dit à Adam et Eve : « Croissez, multipliez, emplissez la terre et soumettez la »

(Genèse 1 :28)

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Bingo ! C’est gagné ! L’homme pense avoir soumis la terre. Ce qui est certain c’est qu’il l’a complètement transformée. Il est devenu le pire des phénomènes géologiques de toute sa longue histoire.

Mais l'injonction biblique n'a qu'une faible part de responsabilité dans ce désastre. Une autre religion a amplifié dans un rapport gigantesque l'action dévastatrice de l'activité humaine. Il s'agit de l'économie moderne mondialisée et financiarisée.

Nous vivons à l’anthropocène. Pour combien de temps encore ? La planète n'est pas en danger... Le problème n'est pas là. Elle en a vu d'autres. Depuis que la vie existe sur la terre, notre planète bleue a vu se succéder cinq extinctions massives des espèces vivantes. Elle s'en est toujours remise.

La première hécatombe s'est produite à l'ère primaire, voici 445 millions d'années. 95% des espèces vivantes ont disparu pour toujours. Et la vie est repartie avec les 5% restants

Faisons un bond dans le temps de 380 millions d'années, jusqu'au T Rex.

La cinquième extinction massive des espèces vivantes (on aimerait dire enfin)  est survenue voici 66 millions d'années. Elle a vu s'éteindre toute cette faune des « terribles lézards » qu'étaient les dinosaures. Les plus petits nous sont restés : heureusement nous avons les poules... et les oiseaux.

Archéopteryx, l'ancêtre

Les oiseaux justement, parlons-en. Où sont passées les hirondelles, les gros-becs, les chardonnerets et tant d'autres ? Et les insectes : cétoines, carabes dorés, hoplies, hannetons, etc ? D'une année à la suivante les espèces disparaissent. La sixième hécatombe est largement commencée et, comme le disait le chef Seattle, " ce qui arrive aux bêtes arrive bientôt à l’homme.Toutes les choses se tiennent. "

Entre cette sixième extinction et les précédentes il existe une grande différence. Celle-ci est beaucoup plus rapide : quelques dizaines d'années seulement. Et nous en sommes les grands responsables par notre activité délirante d'hyperconsommation et de gaspillage, pour la partie la plus riche de l'humanité fortement incitée jusqu'à la folie par une économie financiarisée.

Au village de Lafrançaise, dans le Tarn-et-Garonne à une vingtaine de km de Montauban, une petite collégienne de troisième a entrepris une grêve scolaire : "J'irai à l'école mais je ne travaillerai plus" a déclaré cette élève brillante. Elle entend ainsi protester contre l'inertie des adultes face au dérèglement climatique.  Tranquillement, depuis son petit village d'Occitanie, comme chef Seattle depuis sa modeste tribu indienne.

La sagesse n'a pas d'âge. La sottise non plus.

Gardons nous cependant d'idéaliser les Indiens d'Amérique. Ils ont été, eux aussi, la cause de la disparition de plusieurs espèces qui vivaient avant eux sur leur territoire de chasse. Le mammouth est l'exemple le plus connu. C'est que, tout simplement, les Amérindiens sont des Homo Sapiens ni meilleurs ni pires que les autres. La différence tient à l'économie : dans leur cas une économie de chasse et de cueillette, dans le nôtre une économie industrielle et commerciale mondialisée et financiarisée. Entre les deux, la pression prédatrice est sans commune mesure. Quant au rapport au temps il est celui de plusieurs millénaires au dixième de seconde.