Le système de culture associée

des ethnies amérindiennes

d'Amérique du Nord et d'Amérique centrale


Les Trois Sœurs

 

Sculpture iroquoise en stéatite

Sculpture iroquoise en stéatite

par Raphaël Ponce

L’association du maïs, de la courge et du haricot n’est pas innocente et trouve son origine dans les mythologies amérindiennes. La méthode des « trois sœurs » ou du « jardin Iroquois » qui consiste à cultiver simultanément maïs, fèves ou haricots grimpants et courges (ou encore potirons, calebasses,courgettes, pastèques etc.), est une technique agricole ancestrale de culture associée pratiquée par les Amérindiens d’Amérique du Nord ou Centrale depuis plus de 6000 ans. Très utilisée chez les Iroquois, il s'agit pour eux d'une trinité divine qui a jailli de la tombe de la Terre Mère, morte d'avoir  enfanté les jumeaux Bien et Mal. Cette technique des « trois sœurs », qui est particulièrement adaptée aux climats tempérés ou secs, connaît depuis quelques années un regain d’intérêt important chez ceux qui pratiquent la permaculture (mode d'agriculture qui prend en considération la biodiversité de chaque écosystème pour une production agricole durable, très économe en énergie et respectueuse des êtres vivants).

 

Seneca Iroquois corn husk masks


Masques iroquois en cosses de maïs de la Société des Husk Faces, ils interviennent le plus souvent en hiver lors de cérémonies de guérison, pour l'abondance des récoltes et la bienvenue des enfants. Réalisés par les femmes, ils sont uniquement portés par des hommes. Ils sont un élément important dans la vie des Iroquois.

Provenance des masques (de gauche à droite) :
réserve sénéca Cattaraugus, New York - Réserve sénéca Allegany, New York - Réserve sénéca, Oklahoma.


D’un point de vue botanique, ces trois plantes se complètent harmonieusement et bénéficient l’une de l’autre tout en conservant la fertilité du sol d’année en année. Les plants de maïs jouent le rôle de tuteur pour les haricots grimpants. Les plants de haricots fixent dans le sol l’azote dont les autres plantes ont besoin. Quant aux courges, elles fournissent avec leur feuillage abondant une couverture qui aide à la fois à conserver un taux d’humidité constant dans le sol et à réduire la prolifération des mauvaises herbes. En fin de saison, les déchets résiduels de chaque plante constituent la base d’un compost riche qui peut être réincorporé au sol. D’un point de vue nutritif, la culture des trois plantes génère une alimentation tout à fait équilibrée. Riche en glucides et en protéines, le maïs est un aliment énergétique qui contribue toujours à l’équilibre alimentaire de nombreuses sociétés. Les haricots secs sont riches en protéines et contiennent même les acides aminés qui manquent au maïs.
Finalement, les courges (et leurs graines) sont sources de vitamines et de lipides.

 

Culture associée des Trois Soeurs


On peut supposer que les premiers à pratiquer la méthode des « trois sœurs » furent les Mayas, puisque le maïs est originaire du Mexique où il est cultivé depuis plus de 9000 ans (le Popol Vuh, livre sacré des Mayas Quichés sur la mythologie et la cosmologie de ce peuple, fait référence à cette triade agricole et alimentaire). Ils ont appelé cette technique « milpa » (appellation issue de "Nahuatl mil-pa" signifiant "Ce qui est semé dans les champs") et les Mexicains utilisent encore aujourd'hui ce terme pour désigner la méthode des « trois sœurs ».

 

Yum Kaxx (dieu maya du maïs)

Yum Kaxx (dieu maya du maïs)


Plante divine chez les Mayas et les Aztèques, le maïs est associé à l'astre roi, le Soleil, symbole de la vie et de la résurrection. Selon le Popol Vhu, l'être humain aurait été façonné par les dieux avec du maïs, de l'eau et du sang de serpent. Des grains de maïs sont placés dans la bouche des morts lors des rituels funéraires. Le dieu du maïs (Hun Hunahpu ou Yum Kaxx ) était représenté comme un jeune homme, dont la tête était ornée d'un épi de maïs. L'hiéroglyphe de son nom est sa propre tête, surmontée de la représentation d'un épi de maïs fortement stylisée et couvert de feuillage.

 

Hun Hunahpu (dieu maya du maïs)

Hun Hunahpu (dieu maya du maïs)


La milpa est toujours pratiquée par les agriculteurs autochtones mexicains afin de préserver les diverses variétés de maïs traditionnelles de la contamination des semences par des OGM car, malheureusement, des études ont confirmé que des transgènes ont migré vers les cultures traditionnelles. La contamination de plusieurs lots de maïs mexicains s'est avérée et ces résultats sont d’autant plus graves parce que le Mexique, berceau de la culture du maïs, est considéré comme le centre de diversification génétique de cette céréale. Il ne faut pas que la lutte contre la faim serve de prétexte aux multinationales et autre lobbies afin d'augmenter les rendements et d'imposer leur dictat qui vise en premier le profit plutôt que le bien commun.

 

cuisiniers

Un cultivateur de maïs mexicain protestant contre Monsanto, à Mexico City en janvier 2013
[Source : Le cri d'alarme des cuisiniers contre l'autorisation de cultiver du maïs OGM (2015) >>> http://tinyurl.com/yyzw28pj]


Par contre, la milpa est une culture très productive au point que la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) considère que, lorsqu'elle est associée à la tenue d'un petit potager vivrier complémentaire (appelé au Mexique le "solar"), elle est une solution pour atteindre la souveraineté alimentaire dans les pays où elle est cultivée. À l'inverse, bien entendu, de la monoculture qui n'est pas recommandée sur le plan agronomique, tellement elle comporte d'aspects et effets négatifs (dégradation, appauvrissement et contamination des sols, baisse de la biodiversité,
perturbation des écosystèmes etc.).
Plus d'information sur la page web de GRAIN ici >>> http://tinyurl.com/y2q2n7h4 (GRAIN est une petite organisation internationale qui soutient la lutte des paysans et des mouvements sociaux pour renforcer le contrôle des communautés sur des systèmes alimentaires fondés sur la biodiversité).
Une espèce de maïs originaire du Mexique pourrait permettre une culture sans engrais >>> http://mapecology.ma/?p=96876
Voir aussi le documentaire "Vers d'autres mondes - Le mais mexicain, un grain de résistance" (2014) France 5 >>> http://tinyurl.com/y46ma2ar
Une série limitée de 1 dollar américain a été frappée en 2019 avec à l'avers une effigie de Sacagawea portant dans son dos son fils Jean-Baptiste Charbonneau et, au revers, une Amérindienne cultivant des courges, du maïs et des haricots selon la méthode « trois sœurs » [page web >>> http://tinyurl.com/y597c9ta]

 Dollar américain de 2009

 

Variantes de la méthode de culture des « trois sœurs »


Les Anasazis, ancêtres des Zunis et des Hopis du sud-ouest de l'Amérique du Nord, sont connus pour avoir adapté la technique des trois sœurs à leur environnement aride. Les Tewa (Indiens Pueblos) et autres tribus du sud-ouest ajoutent une quatrième sœur attirant les abeilles pour favoriser la pollinisation des haricots et des potirons. Elle est appelée « Plante à abeilles des montagnes Rocheuses », plus connue localement sous les termes de Rocky Mountain Beeweed, Rocky Mountain Beeplant, Bee Spiderflower, Stinking clover, Waa' en navajo ou encore Navajo
spinach.
En Chine, à la frontière entre le Yunnan et du Sichuan, sur les contreforts de l'Himalaya, l'ethnie matriarcale Moso du groupe Naxi, cultive elle aussi traditionnellement les trois sœurs, selon une technique identique à celle employée dans les Amériques.
En France, dans le Sud Ouest, on cultive les haricots de type tarbais avec le maïs. Les haricots produits ainsi sont appelés haricots « maïs » et sont réputés pour leur finesse attribuée au fait que ces haricots poussent à l'ombre du maïs et produisent donc moins d'amidon que les haricots poussant sans maïs.