Le cirque Tartarin

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Tartarin de l'Iowa (lire notre précédent article), alias William F. Cody, alias Buffalo Bill, après maintes aventures dans les Prairies du Far-West, s'était lancé dans le business du chapiteau itinérant entraînant avec lui cowboys, Indiens et intrépides cavaliers. En 1905, trois trains spéciaux convoyaient ce fabuleux équipage de ville en ville. Celles de la France occitane faisaient partie de l'itinéraire : de Marseille à Toulouse en passant par ... Montauban.

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Nous ne raconterons pas toute l'histoire de ce show à l'américaine. Nous nous contenterons ici de relater son passage à Montauban. C'était le 12 octobre 1905, une date anniversaire... Vous avez trouvé ? 12 octobre 1492 : les trois caravelles de Christophe Colomb mouillent en vue des côtes d'Hispaniola (aujourd'hui Haïti et Saint Domingue). C'est cette date que l'on commémore chaque année aux Etats-Unis sous le nom de "Colombus Day". Les Indiens organisent ce même jour des contre-manifestations discrètes et pacifiques comme l'indique cette affiche :

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La ville de Montauban, donc, recevait ce jour-là le Grand Cirque Tartarin. C'était un bon jour pour le tourisme local.

 

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La publicité annonce « 100 braves Peaux-rouges produisant un saisissant spectacle historique de guerre sauvage : la bataille de Little Big Horn ». L’immense déplacement comprenait aussi des Indiens de la Cordillère des Andes, des Arabes, des Japonais, des Cosaques, etc. Au total 1300 participants !

Tous les journaux montalbanais évoquèrent l’événement et il me paraît utile de revenir sur l’analyse produite par Édouard Forestié dans le journal royaliste : le Ralliement : « Après Barnum, le colonel Cody est venu nous donner un échantillon de ce que peut faire le génie américain pour soutirer de l’argent aux populations ». Le colonel Cody  en donna tout de même un petit peu (d’argent) et en particulier au journal Le Ralliement à travers d’immenses publicités, coutume inconnue à l’époque à Montauban pour un événement "culturel" !»Tout l’article  insistera sur cette dimension financière : « Durant toute la matinée le public a été admis à circuler dans le village improvisé : il y régnait une animation, un mouvement, une vie dont nous, Français, nous ne nous faisons pas une idée, étant plutôt poètes et artistes que businessman ». Bref, 5 à 6 000 personnes purent voir les Peaux-rouges "peints et couverts de plumes" et, à travers eux, une civilisation en marche, pas celle amérindienne mais la nord-américaine.

On peut s’interroger sur le rôle de ce spectacle de Buffalo Bill quant à la diffusion, ensuite, des clichés cinématographiques de l’Indien sur son cheval. Une chose me paraît certaine, la pénétration des USA en Europe a été culturelle avant d’être économique, ce qui prouve que l’enjeu des combats culturels est considérable quant à l’établissement des rapports de force économiques. » (Jean-Paul Damaggio)

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à Marseille aussi on aime bien les Tartarins

Voici pour terminer sur l'actualité montalbanaise ce qu'écrivait le journal La Dépêche du Midi du 12 octobre 1905 : « C'est aujourd'hui jeudi que le Colonel Cody arrivera à Montauban avec son immense exhibition. Il s'installera à la Prairie verte, à côté du Pré Doumerc et donnera deux représentations : l'une à 2H de l'après midi, l'autre à 8H du soir. Dans ces deux représentations paraîtront tous les "rough riders", les Cosaques aux bonnets d'Astrakan, cow-boys, vaqueros, cavaliers nègres, indiens, arabes, japonais, etc. Buffalo Bill aura très certainement un très grand succès dans notre ville. »

 

buffalo bill 03Sitting Bull et Buffalo Bill

 Et ce fut, assurément, un grand succès. A Montauban, on a toujours aimé les Tartarins ! Le lendemain, le cirque pliait son chapiteau, embarquait matériel, artistes et animaux dans ses trois trains spéciaux et se rendait à Toulouse pour deux jours de représentation. Il laissait un grand vide à la Prairie verte et dans le cœur des Montalbanais.

La suite au prochain numéro. (Jean-Claude Drouilhet)