17 avril 2009
Souvenirs d'OK-OC (3)
Invité chez les Kiowas


Ceux qui ont rencontré ces dernières années Vanessa Jennings, à Montauban ou ailleurs en Occitanie, se souviennent sans doute de cette personne attachante. Elle était identifiable à sa tenue traditionnelle. Le port des nattes, d'une robe indienne, des leggings et des mocassins perlés est un signal fort qui marque une volonté d'introduire les valeurs traditionnelles dans le monde moderne.
A y regarder de près on se rend compte que mocassins et téléphone peuvent coexister sans inconvénient et que les nattes parées de perles ne nuisent en rien au pianotage sur ordinateur.
J'ai retrouvé Vanessa sur sa terre dans la région de Fort Cobb, quelque part entre Anadarko et Carnegie, au cœur de l'Oklahoma profond. J'étais loin de me douter que chez les Kiowas j'allais faire, par dessus les siècles, le plus formidable grand écart de mon existence.

Vanessa conduit sa grosse et puissante voiture comme n'importe quelle américaine : sagement. Nous quittons la route peu après Fort Cobb pour emprunter un chemin de terre défoncé. Derrière nous la poussière rouge flotte longtemps au-dessus de la prairie immobile et apparemment déserte. Quatre ou cinq kilomètres de ce parcours cahoteux nous emmènent chez Vanessa. La voiture s'arrête à deux cents mètres de la maison. Nous n'y entrerons pas. Nous sommes face à un imposant dôme de terre et d'herbe sèche qui émerge du sol. Au trou rond qui s'ouvre au sommet du dôme pour l'évacuation d'une fumée je reconnais le toit d'une vaste cabane à-demi enterrée. L'entrée est à l'ombre, le soleil est déjà bas sur l'horizon, très loin à l'ouest.

Longue d'une dizaine de mètres, l'étroite galerie de branches, de terre et de paille descend en pente douce vers l'intérieur de la cabane souterraine. Une agréable odeur d'herbe sèche m'envahit comme j'avance vers la lueur qui scintille au fond du refuge. Une ampoule électrique éclaire faiblement la vaste pièce ronde. Le sol est en terre battue, une argile craquelée par la sècheresse. Au centre, les tisons, les cendres et les grosses pierres noircies indiquent une présence.

Plusieurs personnes, assises sur des chaises pliantes, sont en discussion sous la lumière, près de la paroi. Vanessa me conduit vers le groupe en contournant le foyer par la gauche. Avec déférence elle me présente à son oncle Gus Palmer, chef de la société des guerriers aux jambières noires. Il me serre la main. Une seule fois, à la manière indienne. Un autre homme âgé, coiffé d'un Stetson blanc, puis un troisième plus jeune, me saluent de la même manière. Vient ensuite le tour des femmes, les épouses des deux homme âgés. Je suis invité à m'asseoir sur une banquette recouverte d'une couverture disposée au fond d'une alcôve creusée dans la terre de la paroi, face à l'entrée. C'est la place d'honneur. On m'y laisse seul, sans plus de façons. La conversation reprend à quelques mètres de moi sans que je sois invité à y prendre part. Je mets à profit ce moment de solitude pour mieux observer le décor.

Quatre gros piliers ronds de bois sombre soutiennent la charpente carrée de laquelle partent les poutres porteuses du toit. Nous sommes dans un puits rond d'une douzaine de mètres de diamètre rehaussé d'une construction faite d'un hachis de branchages, de terre et d'herbe qui s'élève d'une égale hauteur au dessus du niveau du sol. L'avantage d'un tel habitat est évident : il y règne une relative fraîcheur qui repose de la canicule extérieure. Dans la paroi de terre sont creusées, à intervalles réguliers, des alcôves avec banquette à couverture indienne, semblables à celle où je me trouve. Divers objets sont accrochés au mur : lances et arcs, bâtons à coups, boucliers, grandes coiffes de plumes d'aigles, clubs de stick-ball. Je ne suis pourtant pas dans un musée ; ces objets appartiennent à des Kiowas bien vivants qui les utilisent lors des cérémonies. La discussion continue tranquillement, à quelques mètres. J'observe le petit groupe à la dérobée, du moins c'est ce que je pense. Les visages ridés disent le grand âge, mais l'œil demeure vif et la chevelure noire. Le plus jeune, un homme d'une quarantaine d'années, porte les cheveux longs et libres dans le dos. Je risque un regard vers lui, en vain. Tous feignent de m'ignorer. Attendons...
Vanessa m'a abandonné pour s'occuper de son fourneau, près de la paroi, à droite de l'entrée. Elle m'apporte ensuite un repas dans un plateau compartimenté. Un gobelet en plastique contient la soupe : des cubes de viande bouillie et de pomme de terre. A côté, trois lames de viande séchée accompagnées d'une poignée de chips. Dans le creux voisin une salade de fruits.. Une petite boule de pain et un grand verre d'eau fraîche complètent le menu. En ma qualité d'invité j'ai été servi le premier. Les autres personnes sont servies ensuite en commençant par "Uncle Gus", puis les hommes dans l'ordre d'un âge décroissant et enfin les femmes. Pendant que nous mangeons en silence, Vanessa attend près du fourneau à gaz. Dès que j'ai terminé elle me prend le plateau et me propose un autre verre d'eau. Puis elle dessert les autres invités selon le même protocole et se retire dans son espace cuisine. Je suis ici depuis une heure et, mis à part l'intermède du repas silencieux, il ne s'est encore rien passé. Ma patience va être récompensée.
L'Indien au chapeau blanc se lève, prend son siège et vient s'installer à côté de moi. J'attends qu'il m'adresse la parole. La conversation s'engage sur le temps, exceptionnellement agréable cet été en Oklahoma. Je réponds en décrivant les étés montalbanais et la suite s'enchaîne naturellement. Lui me parle de la deuxième guerre mondiale qu'il a faite en Europe après le débarquement (j'apprendrai le lendemain à ma grande surprise qu'il était lieutenant-colonel de l'infanterie américaine). Je lui parle de "la mienne", la guerre d'Algérie et de la paix vers laquelle il faudrait aller aujourd'hui pour la sécurité de la planète.

Uncle Gus, jusque là, n'avait paru prêter aucune attention à notre conversation mais je savais qu'il m'observait depuis le début. Lorsque je commençai à parler de l'avenir de la terre, des générations futures et de notre responsabilité à leur égard, il vint installer sa chaise pliante près de nous, suivi aussitôt de l'Indien aux cheveux longs. Les femmes s'étaient retirées avec leur chaise près de l'entrée. Seule, Vanessa se tenait discrètement à l'écart, debout à quelques mètres derrière les hommes.
Vanessa avait tenu à cette rencontre. Elle me l'avait dit juste avant son départ de Montauban, deux semaines plus tôt. On savait donc que j'allais venir, que j'étais Français et Occitan. C'est bien de cette dernière identité-là que j'étais venu parler et je sentais que la question suscitait quelques attentes. Je m'engageai donc, d'abord prudemment puis avec enthousiasme au fur et à mesure que je voyais croître l'intérêt, vers une tentative de définition de la culture occitane, résumant à grands traits son histoire, agrémentant de quelques anecdotes et parlant des traditions, mélangeant tout : la langue, les valeurs, l'humour. Que les puristes, les érudits et les félibres me pardonnent : j'ai bien dû laisser passer quelques erreurs et parfois me laisser emporter par mon élan. Je parlais avec le cœur, j'aime ça et les Indiens aussi.
Je leur ai dit alors notre inquiétude devant le risque d'assimilation , et de disparition de notre culture occitane. A son tour, Uncle Gus m'a fait part de la sienne, non moins vive et m'a parlé des efforts qui étaient faits pour sauver ou ranimer tout ce qui pouvait l'être. Notre présence ici-même, en cet endroit hors du temps, ne portait elle pas témoignage d'une volonté de préserver la tradition ? Alors, fallait-il revenir à la chasse à l'arc et à la traction animale ? Pouvait-on sérieusement envisager une régression ? Sans que la question ne fut posée, mes interlocuteurs y répondirent.

La tradition était un trésor de connaissances accumulées au cours des âges et aussi l'un des moyens de communiquer avec les ancêtres. Nul peuple ne pouvait s'en passer sous peine d'être condamné à disparaître après s'être perdu dans le dédale d'une société moderne de plus en plus complexe. La sagesse des anciens devait nous permettre de traiter le nouveau avant de l'intégrer ou de le rejeter s'il était jugé dangereux pour les générations à venir. L'art, sous ses formes antiques aussi bien que modernes, pouvait également aider à se situer et se reconnaître. J'appris ainsi, ou plutôt je crus comprendre au détour d'une phrase, que le plus jeune des trois hommes était un artiste dont certaines œuvres avaient été commandées par un musée de New York.
Ne posez jamais directement à un Indien une question d'ordre personnel ; c'est impoli. J'annonçai donc, en regardant par terre, mon intention d'offrir un cadeau à un artiste s'il y en avait un dans l'assistance. Sherman Chaddlesone se leva alors sans croiser mon regard. Je lui offris une croix occitane qu'il accepta en me serrant la main, une fois. Les autres personnes reçurent le même présent. J'en expliquai les symboles et tous m'écoutèrent attentivement et apparemment avec grand intérêt.

Avec des phrases lentes d'une grande éloquence, entrecoupées de silences mesurés et soulignées de gestes du langage des signes, Uncle Gus m'assura que je serais toujours le bienvenu ainsi que les autres Occitans qui souhaiteraient parler aux Kiowas. " Nous préservons notre culture, me dit-il, vous avez le même souci, alors nous pouvons nous comprendre et nous entraider. "
La nuit était tombée depuis longtemps sur la prairie. Les deux grosses voitures s'éloignèrent rapidement emportant les Kiowas vers un autre rendez-vous, à une centaine de kilomètres, au Texas. Un pow-wow était organisé chez les Comanches. Les Black Leggings Kiowa Warriors y étaient invités. Une heure plus tard j'étais dans ma chambre de motel à Anadarko, rédigeant le compte-rendu de cette soirée.
A la télé CNN diffusait des images d'horreur. La guerre faisait rage en Yougoslavie.
13 septembre 1992 - Anadarko, Oklahoma - Jean-Claude Drouilhet
12 mars 2009
Souvenirs d'OK-OC (2)
Les amis de Ponca City
La raffinerie. On la sent dès qu'on arrive à Ponca City à l'ouest de la réserve osage en Oklahoma. Ici règne la Phillips Petroleum 66 au cœur de son palais de citernes, de boules argentées et de tuyaux.

Une autre déesse, ici, est la "femme du pionnier". Planté au beau milieu de la ville un bronze monumental la représente, son jeune garçon dans ses jupes, marchant hardiment vers un avenir incertain mais prometteur. Evocation de la conquête de l'Ouest, hommage rendu au "courage indomptable de la femme américaine"... Et les Indiens dans tout cela ?

Ponca City, comme son nom l'indique, est la capitale de la Nation Ponca. C'est ici que la tribu a son quartier général et que vivent la plupart de ses membres. Une minorité (à peine 7,5% de la population). En plein "territoire indien", les Indiens passent aujourd'hui quasiment inaperçus, aussi discrets que des immigrés sans papiers. Un comble !
En fait les Poncas ne sont ici, dans le nord de l'Oklahoma, à quelques dizaines de miles du Kansas, que depuis 1876. Jadis ils vivaient dans les Black Hills, au Sud-Dakota et dans le Minnesota. Cousins éloignés des Sioux Oglalas, leurs voisins de jadis, ils en étaient aussi les ennemis irréductibles. Cousins germains des Osages, leurs voisins d'aujourd'hui, ils en sont toujours les amis.

Horse Chief Eagle :
le dernier chef héréditaire de la tribu Ponca. Il succéda à son père, White Eagle en 1914


La tribu Ponca est l'une des cinq tribus : Ponca, Omaha, Osage, Kaw (Kansas), Quapaw (Arkansas) qui constituent la branche des Sioux Deghiha. Les langues de ces tribus sont aussi proches les unes des autres que le sont entre elles les variétés dialectales de la langue occitane, telles le languedocien, le gascon, le limousin, le béarnais, le provençal. Quant au lakota, la langue des "Sioux", il a avec le groupe linguistique deghiha à peu près le même degré de parenté que le catalan et l'occitan. Cela suffit pour en déduire une lointaine origine commune entre ces peuples qui, probablement à cause de conflits avec les Iroquois, émigrèrent voici plusieurs siècles à l'ouest du Mississippi. Inutile de chercher ce genre d'information dans les manuels scolaires, les Indiens n'y occupent qu'une place dérisoire : quelques lignes tout au plus. C'est exactement la même situation pour ce qui concerne la culture occitane dans l'histoire de France ; bien malin sera l'adolescent qui saura tout seul la déceler. Logique lorsqu'on considère qu'en Amérique, avant les Européens, il n'y avait rien - tout au plus quelques "sauvages" - et que chez nous, en Occitanie, avant la France, ce n'était guère évolué. C'est bien cette logique-là qui nous énerve, ici comme là-bas, à Ponca City. Nous étions faits pour nous entendre.

Quand John Williams est venu, l'été 92 à Montauban, représenter la tribu Ponca, il a commencé à comprendre que nous étions les héritiers d'une culture millénaire, menacée mais bien vivante. Lorsque nous l'avons rencontré à Anadarko le mois suivant, il a vu que nous n'étions pas des touristes curieux de folklore ou en quête d'exotisme. La sobriété caractérise le langage du cœur et, plus que les mots, les regards sont éloquents. John nous recommanda de rendre visite à sa famille à Ponca City le dimanche suivant. Nous y serions attendus aux grandes fêtes annuelles de la tribu. Nous connaissions les réticences des Poncas à inviter des étrangers à la tribu et nous étions d'autant plus sensibles à ce témoignage d'amitié.



A quelques kilomètres au sud de Ponca City on arrive sur un terrain ombragé dont l'accès est encombré de voitures, de pick-ups et de camping-cars. Nous sommes ici au parc White Eagle où se tient chaque année depuis cent vingt ans le rassemblement des Poncas. Ils sont venus du comté de Kay dans lequel nous sommes, mais aussi d'Oklahoma City, de Tulsa et du Nebraska où vit une partie de la tribu. Nous pénétrons sur le terrain sans difficulté, à vrai dire il n'y a ni entrée ni contrôle. Partout des toiles, tipis ou modernes tentes de camping, des abris bâchés sous lesquels les gens sont attablés. On mange, on parle, les enfants jouent ou se promènent autour de l'installation familiale. Des feux ici et là cuisent le repas du soir. Au centre du terrain un espace dégagé est occupé par un grand tambour autour duquel sont assis les chanteurs que nous entendons depuis notre arrivée. Nous croisons quelques Blancs, assez rares pour qu'on les remarque. Retrouver notre famille amie dans cette foule n'est pas trop difficile ; tout le monde se connaît.

Ils nous ont reconnus sans peine, avant même que nous soyons arrivés jusqu'à leur camp. Aucune excitation cependant. On nous accueille dans le calme et nous nous présentons, Norbert Sabatié (No-Bear) et moi-même ainsi que la douzaine de collégiens montalbanais qui ne mesurent peut-être pas la chance qui leur est offerte.. C'est Ceasar, le fils aîné de John Williams qui nous introduit sous l'abri de toile et nous présente la famille : sa femme, des belles-sœurs et leur mari, les grands parents et les enfants. Tous nous attendaient.

Nous nous mettons à table. Le repas indien cuisiné par l'équipe des belles-sœurs est excellent. Après le repas nous parlons un peu de nous, de l'association de nos activités occitanes et des raisons de notre visite. Nous sommes écoutés avec beaucoup d'attention et d'intérêt. Nous procédons ensuite à échange des cadeaux. Brêve séance photo devant le tipi familial, échange d'adresses, puis nous nous dirigeons vers l'aire des danses.
Déjà le tambour résonne, les voix aigües appellent les danseurs. Les étoffes ont des reflets chatoyants sous la lumière du couchant. De nombreux danseurs ont pris place, d'autres arrivent dans un tintement de grelots. Les éventails de plumes sont doucement agités et les franges des châles dessinent de belles ondes. Nous avons pris place sue les gradins au milieu de la foule. Le maître de cérémonie annonce la grande entrée mais auparavant fait les présentations. A l'appel de notre groupe nous nous levons en déployant le drapeau à la croix occitane. Applaudissements. Merci les amis.

Les danses ont commencé après la grande entrée. Les hommes sont sur le cercle intérieur, près des chanteurs, les femmes sur le cercle extérieur. Les pas marquent gravement le rythme du chant. Les femmes, par de légères flexions des genoux, impriment aux franges de leurs châles de jolis balancements cadencés. C'est beau.
Au loin, sur l'horizon, montent les fumées de la raffinerie.
La femme du pionnier doit se hâter vers son destin.
Jean-Claude Drouilhet
29 janvier 2009
Souvenirs d'OK-OC :
Pow-Wow in Anadarko

61ème exposition annuelle des Indiens d'Amérique - Anadarko 17-22 août 1992
L'exposition annuelle des Indiens d'Amérique rassemble chaque année à la fin du mois d'août une quinzaine de tribus et des milliers de participants à Anadarko, dans le sud de l'Oklahoma. En 1992, John Williams, l'un des principaux organisateurs de la manifestation y avait invité Norbert Sabatié et moi-même ainsi que la douzaine de collégiens de Tarn-et-Garonne que nous encadrions.
Pow-Wow. Ce mot désigne un rassemblement inter tribal à l'occasion duquel les Indiens d'Amérique renouent pendant quelques jours avec leurs traditions. L'organisation de cette importante manifestation qui dure six jours incombe à un conseil de quinze "Directeurs tribaux", un pour chacune des tribus Apache, Arapaho, Caddo, Cheyenne, Comanche, Delaware, Fort Sill Apache, Iowa, Kiowa, Otoe, Osage, Pawnee, Ponca, Sac and Fox, Wichita. Le président de ce conseil était notre ami John Williams (aujourd'hui décédé, hélas) qui avait représenté sa tribu Ponca lors de L'ESTIU INDIAN '92 que nous avions organisé à Montauban en juillet de la même année. Il nous accueillit à bras ouverts.
Avant toute chose, en pays indien, on mange (ce qui ne nous change guère de nos habitudes occitanes). John nous conduit à l'Auberge des Indiens des Plaines du Sud où une longue table d'une vingtaine de couverts a été dressée. Nous sommes là, en effet, avec une douzaine d'adolescents de la région montalbanaise et quelques-uns de leurs correspondants américains. Nous sommes présentés à Rubie Williams aninsi qu'à Sammy Tonekei Whit
e qui officie au pow-wow en qualité de Maître de Cérémonie (MC). Le repas est bon et copieux, servi avec du thé glace à la mode américaine. A la fin du repas nous procédons à la
cérémonie d'échanges des cadeaux qui est pour nous l'occasion d'offrir quelques-unes des belles croix occitanes que nous avons apportées. L'une d'elles ira à Nathan Chasing Horse que l'on vient de nous présenter alors qu'il terminait son repas à une table voisine. Ce jeune homme de dix-sept ans est un acteur du cinéma américain que l'on a pu remarquer dans Danse avec les loups où il tenait le rôle de Smiles a lot (Il Sourit beaucoup), ce jeune garçon lakota qui essaie de voler le cheval du lieutenant Dunbar. Smiles a Lot ! il est très souriant dans la vie, comme à l'écran. Elu personnalité indienne de l'année, il est aussi invité au pow-wow où nous le retrouverons l'après-midi.
Nathan Chasing Horse (Smiles a Lot)
Le pow-wow commence traditionnellement par les honneurs rendus au drapeau des Etats-Unis. Un détachement de Marines en armes et tenue de combat avance lentement derrière le porte-drapeau. Mais il ne s'agit pas ici d'une banale cérémonie militaire : tous les soldats sont indiens et la musique qui rythme leurs pas est le célèbre chant osage dédié au drapeau. Les chanteurs indiens sont assis en cercle autour d'un grand tambour en bordure de l'aire de danse. A bonne distance derrière les soldats viennent les chefs. John Williams est à leur tête, revêtu de sa somptueuse tenue de parade et coiffé du grand bonnet de guerre à plumes d'aigle. A la suite des chefs chacune des tribus participantes est représentée par deux personnalités :
le directeur tribal et la princesse. Celle-ci est choisie chaque année parmi les jeunes filles de sa tribu. (Nous y rencontrerons Joyce Shield, princesse osage, qui sera invitée l'année suivante à Montauban). Derrière les officiels viennent les danseurs en costume de parade. Les couleurs, les plumes et les perles, les étoffes et le métal des bracelets, bijoux et parures de toutes sortes, les châles à franges des femmes, les couvertures multicolores des hommes : que de beauté et de dignité ! Certains "guerriers" ont peint leur visage et avancent gravement à la fin du groupe des danseurs. Viennent ensuite, pieds nus, en pagne et cheveux au vent, les équipes du Jeu de la Crosse, ancêtre à la fois du hockey et du rugby dont nous verrons une partie dans l'après-midi. Des cavaliers des Plaines, en costume de peau à franges, superbes avec leur grand bonnet de guerre, ferment le cortège.





Seul, au centre de l'aire de danse, John Williams adresse une prière à Wah-Kon-Dah afin de le remercier d'avoir permis la tenue de cette rencontre fraternelle. Sa voix monte dans le silence d'une foule debout et recueillie. Puis on s'assied. Autour de nous, sur les gradins, quelques Blancs, mais surtout beaucoup d'Indiens. Il en est venu de tout l'Oklahoma mais aussi du Texas voisin, du Nouveau-Mexique, d'Arizona. Il y a là des familles entières qui ont voyagé en pick-up, la fameuse camionnette tout terrain des fermiers américains. Les enfants sont d'une sagesse exemplaire. Ils fixent leur regard sur les danseurs et danseuses qui leur donnent à voir des éléments de leur culture traditionnelle pendant qu'ils sirotent tranquillement leur canette de Coke.
Les danses, annoncées par le Maître de Cérémonie, viennent de commencer. Ce sont d'abord les danses traditionnelles, véritables prières du corps : nous assistons bien à une cérémonie et non à un spectacle. Ensuite les danses prennent un caractère nettement plus explicite. Certaines évoquent la guerre, d'autres la chasse ou la cueillette. Qui sont-ils ces guerriers et ces chasseurs en temps ordinaire ? Fermiers ou cow-boys, avocats ou médecins, plombiers ou pompiers, chômeurs aussi... Aujourd'hui ils sont indiens et rien d'autre.

Les "singers" battent leur "drum" à coups redoublés de leur bâton et font monter leurs voix haut perchées dans le ciel bleu.

Les danses sont devenues virevoltantes et tourbillonnantes. Ce sont des jeunes, adolescents et enfants qui s'affrontent en un pacifique concours de "fancy dances", les danses profanes. Ici, le sens, la spiritualité importent peu. On montre son agilité, son sens du rythme et son imagination dans l'improvisation gestuelle. Les couleurs des vêtements, des plumes et des ornements ont une grande importance. Les rythmes des grelots, portés autour des jambes, ajoutent à l'excitation des concurrents. Le public applaudit à la démonstration.
Tout comme il apprécie le jeu de la Crosse. Il s'agit d'un jeu très ancien, remontant à plusieurs siècles et qui ne fut pas inventé pour les âmes sensibles ni les échines fragiles tant pleuvent, un peu partout et pas seulement sur la balle, les coups de crosse.
Une course de chevaux, quoi de plus normal, nous sommes chez les Indiens. Et ici il chevauchent à cru, toutes crinières et cheveux au vent. Dans le public, on parie, on joue à une sorte de tiercé dont je comprends mal les règles. Ils recommencent avec des lévriers et moi, je commence à m'endormir sur mon banc dans la torpeur des 40°C de l'été d'Oklahoma.
Je me réveille juste à temps pour ne pas manquer le défi des cavaliers au bâton à coups. C'est une sorte de tournoi ou chacun s'efforce de toucher son adversaire sans le blesser, une évocation des défis entre guerriers au cours des combats d'autrefois où il était plus glorieux de toucher l'ennemi avec son bâton plutôt que de le tuer. Le Brave risquait sa vie pour l'honneur. Le vainqueur y gagnait une plume d'aigle !
Dans notre société occidentale moderne, il faut en faire beaucoup moins pour gagner la Légion d'honneur !
Jean-Claude Drouilhet



26 janvier 2009
OK-OC en Oklahoma :
Rencontre avec Wilma Mankiller

Wilma Mankiller a été pendant des années la chef très respectée et hautement compétente des Cherokees d'Oklahoma. Notre ami Henry Van Loenen l'a rencontrée lors d'un séjour qu'il fit en Oklahoma en juin 2000 avec ses amis kiowas de la famille Anquoe de Tulsa. Il nous livre ici ses impressions à la suite de cette rencontre.
Pour la
troisième fois consécutive, je suis allé à Tulsa (Oklahoma) afin de participer au
Tulsa Pow-Wow au mois de Juin 2000.
Cette fois-ci, il s’agissait du cinquantième Pow-Wow et pour cette raison précise, Wilma Mankiller était l’invitée d’honneur. Pour cet événement, le président du Tulsa Pow-Wow Club Jack Anquoe m’a demandé de peindre le portrait de Wilma Mankiller. Ma décision avait déjà été prise auparavant ; je devais participer à ce Pow-Wow et j’avais donc l’opportunité d’offrir moi même le portrait à Wilma Mankiller.
Cela c’est passé le Samedi soir 24 juin 2000 pendant le Pow-Wow. Après un discours d’abord en français puis en anglais, je lui offrais la toile. Malgré sa maladie,Wilma a participé au Pow-Wow durant les trois jours. J’ai de ce fait eu l’occasion de discuter avec cet important personnage. Je tiens à vous parler de cette femme hors du commun.

Lors d’une
élection tribale en 1987 les membres de la “Cherokee Nation of Oklahoma” ont
élu pour la première fois une femme en tant que chef principale il s’agissait de
Wilma Mankiller. Elle a été réélue en 1991 à la majorité de 83%. En 1983, elle avait
été élue vice-chef et était également la première femme à avoir cette position.
Elle a même succédé au président chef en 1985 lors de la démission de celui ci.
Les racines de
Wilma Mankiller se trouvent dans la communauté rurale de “Rocky Moutain” à Adair (Oklahoma). Elle est née dans un hôpital indien à Tahlequah et a reçu une bonne
éducation dans la communauté rurale ou elle a grandi. A 11 ans,sa famille a déménagé
pour s’installer en Californie car ils faisaient partis du “Bureau of Indian
Affairs Relocation Program”. En 1969, lorsque des partisans de la défense des
Indiens Américains occupaient “Alcatraz Island”afin de dénoncer
l’injustice que leur peuple avait subi, elle se sentit appelée
et avait enfin trouvé sa vocation. A côté de sa participation aux combats des Indiens,
Wilma Mankiller travaillait bénévolement parmi les Américains Natifs en Californie. En
1974, elle et ses deux enfants, Felicia et Gina, retournaient en Oklahoma. Le travail
initial de Wilma Mankiller incluait le recrutement de jeunes natifs américains pour
l’université et la science de l’environnement. En 1979, elle a obtenu un
diplôme scolaire, ensuite elle est allée à l’université d’Arkansas pour
continuer ses études. Un jour en allant à la faculté elle eut un accident de voiture qui
lui fut presque fatal. Pour guérir de ses blessures, elle adopta un esprit positif pour
rattraper ce qui avait dérapé et revenir sur la bonne voie et, ainsi, sa guérison fut
rapide. Au travers de son implication pour le développement de la communauté rurale,
elle accepta diverses propositions de poursuites de projets d’éducation et de
santé. Elle était la directrice du “Cherokees Nation Community Development
Department” qu’elle avait elle même fondé. Lorsqu’elle était à la tête
de cette association, cette dernière tripla de volume et le nombre de membres tribaux
augmenta. Le plus remarquable, fut l’expansion des services pour la santé et les
enfants. Wilma Mankiller qui quitta le service en 1995 est le co-auteur du livre : “
MANKILLER : a chief and her people”.

Ce livre contient l’histoire de la nation
Cherokee qui est l’une des plus importantes nations tribales. Elle est également la
co-éditrice de: “THE READERS COMPANION TO THE HISTORY OF WOMEN IN THE U S A”.
Elle a également offert ses services à Dartmouth college pendant l’hiver 1996. En
Janvier 1998 elle a reçu la médaille de la paix des mains du Président Clinton.
Aujourd'hui, elle vit à Rocky Mountain Community of Adair County, Oklahoma, comme dans sa
jeunesse.
Henry Van Loenen

de gauche à droite : Wilma Mankiller, Henry Van Loenen, Jack Anquoe

09 novembre 2008
Chez nos amis de la Belle Province (9)
PLUME BLANCHE

Une fois sorti de la réserve innu de Mashteuiasth, vous traversez la petite ville de Roberval et, vous empruntez la longue route et ses lignes droites qui, en direction de l’ouest, vous ramènent encore et toujours vers la forêt.
Au bout de quelques kilomètres, un chemin de terre vous conduira vers cet endroit que le propriétaire a dénommé Plume Blanche. L’occupant de ces lieux, c’est Claude BOIVIN, notre invité Innu du dernier printemps indien.

Certes le chemin est un peu cabossé et les hivers du Québec y ont laissé des traces que les véhicules tout terrain ont transformé en profondes ornières ; mais quand vous êtes sur ce lieu, vous y êtes bien !
Une petite cuvette s’offre à votre vue, avec au fonds deux petits étangs dans lequel viennent nager et s’ébrouer les canards sauvages. Les petites collines qui entourent le site regorgent de framboises et de bleuets qui s’offrent à vous et qui ne demandent qu’à être dégustés.

La végétation naturelle faite de grands arbres, bouleaux et érables, se conjugue avec les sapins et les épinettes traditionnelles. On sent que le maître de ces lieux a un profond respect pour ces éléments de la nature qui l’entourent.

La maison dans ce vallon naturel n’a pas de caractère particulier, reprenant le style de ces maisons québécoises de nombreuses fois rencontrées aux alentours ; ce qui marque le plus et attire tout de suite l’attention, c’est ce qu’il y a autour, dispersé sur le terrain de manière très étudiée.


Quatre tipis sont dressés, un peu à l’écart, formant avec la
végétation qui leur est proche le cercle sacré. Plus loin une tente de toile,
façon maison longue ou tente prospecteur, se dissimule sous les sapins. Plus loin encore, on peut
distinguer le hutte de sudation réservée, nous dit notre hôte, aux cérémonies,
sous réserve que les visiteurs puissent en comprendre tout le sens.

Enfin, une autre tente est destinée à recevoir les groupes, jeunes, visiteurs, invités qui veulent bien écouter et partager la culture et la spiritualité innu. C’est là, assis sur un lit de branches d’épinettes et de coussins, que Claude évoque l’histoire, la culture, la spiritualité de son peuple ; il dit ses expériences personnelles, ses galères et ses espoirs. Il a des messages simples à faire passer ; il mérite d’être écouté.

Ce lieu, c’est Plume Blanche, un site qui allie calme, simplicité, beauté et qui permet de « rentrer » dans la culture des Pekuakamiulnuatsh.
Ainsi se termine le récit de notre voyage dans la Belle Province et les rencontres que nous avons pu faire sur cette terre avec des gens profondément accueillants. (fin)
Gérard Massip
03 novembre 2008
Chez nos amis de la Belle Province (8)
Ashuapmushuan
En ce jour ensoleillé, le pick-up est de sortie pour nous amener, sous la conduite experte de Claude Boivin, dans un lieu impressionnant : la chute de la Chaudière. Nous traversons sur plusieurs dizaine de kilomètres le territoire innu dans lequel s’étend à perte de vue la forêt d’épinettes. Ce bois, exploité pour la pâte à papier, pousse naturellement dans cette région et occupe une grande partie de l’espace.

épinettes (une espèce d'épicéa)
Mais nous entendons souvent notre chauffeur
évoquer les coupes à blanc pratiquées par les compagnies forestières au
détriment de toute la biodiversité et des lieux chargés d’histoire.

Il le fait lorsque nous croisons les gros
engins de transport chargés de bois et roulant à toute vitesse sur la route
principale ; Claude nous montre également la technique particulière des
forestiers qui laissent une bande non exploitée en bordure de la route et
coupent systématiquement toute la partie arrière.

Mais une fois abandonnée la route principale
et emprunté les chemins boueux et troués, l’atmosphère se détend et nous nous
attardons sur les crottes d’ours noirs laissées en plein milieu du
chemin ; ou sur les bleuets qui ont bien mûri et dont la couleur orne les
bas cotés ; ou encore, nous observons les très nombreux lacs parsemés à travers une alternance de collines
ondulées et de terres basses.

Puis tout à coup, le pick-up s’arrête et nous
terminons à pied : nous arrivons au bord de la rivière Ashuapmushuan, là
où elle constitue la chute de la Chaudière.

Impressionnant ! La rivière est
majestueuse et sauvage et lâche des gerbes d’eau qui montent à plusieurs mètres
de hauteur ; ce sont d’immenses tourbillons d’eau, de brumes qui s’offrent
en spectacle. Les eaux de la rivière s’insinuent entre les rochers, dévalent
les chutes de plusieurs centaines de mètres de long, se cognent contre les
berges, rebondissent contre d’autres énormes blocs de pierre ; le tout
multiplié en plusieurs endroits et avec un grondement sourd qui nous donne
l’impression d’être bien petits à côté de cette nature pleine d’énergie.

Cette énergie a permis de creuser la roche
dans tous les sens et ainsi, de vastes rochers troués dont on ne devine même pas le fonds, parsème les bords de
la rivière ; l’eau y pénètre par le bas et ressort par le haut, écumante,
faisant penser à de vastes chaudières.

Gérard Massip et Claude Boivin
L’Ashuapmushuan, c’est en langue innu « là où on guette l’orignal ». Autrefois utilisée dans les expéditions de la route des fourrures reliant la baie d’Hudson à Tadoussac, la rivière représente une valeur patrimoniale importante pour les Innus qui la fréquentaient depuis longtemps ainsi que les coureurs des bois pour se rendre dans les régions où les animaux à fourrure pullulaient.

l'orignal ou élan du Canada
Mais cette énergie de la dernière rivière sauvage du Québec est convoitée ; des projets de barrage sont de temps en temps mis en débat ; jusqu’ici, la pression populaire des québécois, et pas seulement des Innus, a fait reculer les promoteurs de ces projets. Mais le débat reste ouvert, y compris au sein du conseil de bande de Mashteuiasth, du moins nous a t-il semblé.

Ouananiche ou saumon du lac St Jean
Impétueuse et sauvage, l’Ashuapmushuan compte les plus importants sites de reproduction de la ouananiche, ce poisson endémique du Lac Saint-Jean, sorte de saumon-truite qui ne se trouve que là et qui a bien failli disparaître il y a de cela quelques années. ( à suivre)
Gérard Massip
28 octobre 2008
Chez nos amis de la Belle Province (7)
LA NEGOCIATION GLOBALE
Sébastien KURTNESS, le vice-chef, nous a beaucoup parlé de
la négociation globale en cours depuis 25 ans et pas encore aboutie ; mais
qu’est-ce que cette négociation globale ?
Les Pekuakamiulnuatsh, ou Montagnais du Lac Saint-Jean ont entamé des négociations territoriales globales avec les gouvernements du Canada et du Québec il y a 25 ans. En 2004, une entente globale de principe d’ordre général a été signée par les trois parties et se poursuit maintenant dans une négociation plus précise qui aura valeur de Traité.
Cette entente est la première au Canada à prévoir la reconnaissance des droits ancestraux des autochtones.

C’est parce que les Montagnais forment une communauté organisée, qu’ils étaient présents sur le territoire avant l’arrivée des Européens, qu’ils n’ont jamais été conquis et qu’ils n’ont jamais renoncé à leurs droits sur le territoire, dont celui de se gouverner eux-mêmes, que ces négociations ont pu être engagées.

Depuis plusieurs années, la Cour Suprême du Canada a émis des jugements à propos des droits ancestraux des autochtones et a rappelé aux gouvernements leur existence et l’importance de négocier pour convenir de la nature et de la portée de ces droits.
Les droits ancestraux correspondent aux pratiques, coutumes et traditions faisant partie intégrante de la culture d’une nation ; si ces droits existaient avant le contact avec les Européens, ils sont reconnus et protégés à l’intérieur de la constitution canadienne.
Ces droits peuvent s’exercer soit n’importe où lorsqu’il s’agit de pratiques religieuses ou spirituelles, soit sur un territoire donné pour certains types de chasse, de pêche ou de cueillette.

Contrairement à d’autres nations autochtones, les Pekuakamiulnuatsh sont dans une situation particulière étant donné qu’ils cohabitent sur un territoire ou il y a une forte présence de non autochtones et où celui-ci est fortement urbanisé.

Les principaux enjeux sont le territoire (libre circulation sur les routes et les voies d’eau, la protection des habitats fauniques, le maintien de la qualité des eaux, la gestion des impacts environnementaux, les activités traditionnelles de pêche, de chasse, de piégeage et de cueillette), l’autonomie gouvernementale (création d’un gouvernement Innu à la place du Conseil de bande), le développement socio-économique (contrats de coupes forestières, développement de petites centrales hydroélectriques) et les aspects financiers ( correspondant au règlement de différents passés).
Le but ultime recherché par les Pekuakamiulnuatsh réside dans une cohabitation harmonieuse et pacifique avec les autres habitants, sur un même territoire, dans un respect des spécificités communes. (à suivre)
Gérard Massip

22 octobre 2008
Chez nos amis de la Belle Province (6)
Les gens de Mashteuiatsh

Le guide du routard nous avertissait : le plus grand intérêt de cet endroit résidait , non pas dans l’éventuel charme du lieu, mais dans le rapport avec ses habitants, avec la richesse de leur culture et de leur philosophie axée sur la beauté et le respect de la nature. Mais dit aussi le routard, « les Montagnais ne se livrent pas au premier touriste venu ».

Et il est vrai que le contact avec l’homme de la rue n’est pas spontané ; quelques mots échangés avec l’employée de la boutique d’artisanat, les guides du musée ou les anciens qui confectionnent des objets dans leur salle de réunion.
Alors, il nous faut nous en remettre à nos vieilles connaissances, ce qui n’est déjà pas si mal !

Les Moar nous reçoivent dans leur maison de la rue principale, et autour du verre de l’amitié, nous entendons le rire toujours sonore et expressif de Clifford nous raconter quelques souvenirs qu’il a ramené de ses séjours en Occitanie ; et en particulier son séjour en 1998 à Alzen avec l’annonce qu’un don de terre allait lui être proposé au nom de sa communauté dont il était le chef. Devait-il accepter ou refuser cet étrange présent ?
Et de prolonger son récit en relatant le signe qui lui a
permis de dire oui.

Lorenne son épouse, Wendy et David ses enfants, tous venus chez nous à notre invitation, se mêlent à la conversation et évoquent aussi leurs séjours et les rencontres faites avec Ok-Oc.

Claude Boivin que nous avions reçu lors de notre récent printemps indien de 2008, nous a consacré quelques jours pour nous guider dans la réserve et nous montrer un peu de ce territoire innu qu’il apprécie tant. Son regard pétille lorsqu’il nous parle du Pekuakami, de son action auprès des jeunes, du renouveau du pow wow qui s’est déroulé cette année pour la deuxième année consécutive, renouveau auquel il a largement participé. Mais la colère gronde dans son for intérieur lorsque est évoqué le pensionnat ou la déforestation que pratique Abitibi-Consolidated.

Une tape amicale, un bonjour échangé au volant de sa voiture, une petite conversation au coin de la rue ne trompent pas : Claude est apprécié et populaire dans la communauté.
Sébastien Kurtness ( à gauche sur la photo) est l’adjoint au chef du conseil de bande ; il est l’héritier d’une lignée de Kurtness qui ont toujours exercé des responsabilités dans la communauté.

Lui, c’est un « politique » qui nous reçoit dans la salle où siège le conseil de bande et son propos est très rapidement orienté sur les problèmes créés par les diverses lois sur les Indiens adoptées par la constitution canadienne et qui ont bien failli faire disparaître définitivement la reconnaissance et le statut de peuple et de citoyen indien. Il nous parle aussi des négociations territoriales qui durent depuis plus de 25 ans et n’ont toujours pas abouti.

On le sent prêt à en découdre avec les représentants du gouvernement dans des négociations à venir ; il porte son peuple et ses revendications économiques, territoriales, culturelles, sociales. (à suivre)
Gérard Massip
16 octobre 2008
Chez nos amis de la Belle Province (5)
Mashteuiatsh, une réserve innu
Notre périple au Québec nous conduisit ensuite au lac Saint-Jean, celui que les Innu appellent Pekuakami et prêt duquel est installée la communauté Innu de Mashteuiatsh.

Les membres d’Ok-Oc sont maintenant des familiers de la culture innu que leur ont fait connaître nos divers invités lors des printemps indiens ; pour notre part, c’est la troisième fois que nous rendons visite à cette communauté fixée sur l’emplacement de la réserve actuelle depuis 1856.
Mashteuiastsh, qui signifie «là où il y a une pointe » (il s’agit d’une étroite avancée de terre dans le lac), se présente aujourd’hui comme bien d’autres villages québécois de cette région avec ses maisons alignées le long de la rue principale, à l’arrière de petits espaces verts ou surélevées sur une petite butte de terre. Les commerces attirent cependant l’attention par les enseignes vantant les produits qu’ils proposent : mocassins, bijoux en stéatite et en os, fabrique de tambours, etc. Les boutiques portent des noms pour nous imprononçables : Teuehikan, Mashkuss, Kapatakan, Shakahikan…

2014 personnes ont été recensées comme population résidante regroupée pour la plupart dans la partie habitée de la réserve portant le nom de Pointe Bleue.
Le site est essentiellement marqué par la présence du lac Pekuakami qui attire tous les regards et qui offre sa vue depuis n’importe quel point de la réserve. Il est omniprésent dans le paysage et dans les esprits : tous les habitants parlent du lac mais n’apprécient pas forcément l’aménagement d’une partie de sa rive en esplanade où apparaissent quatre tipis…en béton !

Les autres monuments marquants sont représentés par l’église installée sur le point haut et qui est dédiée à Kateri Tekakwitha et le musée de la culture et de l’histoire innu. On remarque aussi le grand et massif bâtiment de l’ancien pensionnat de triste réputation aujourd’hui transformé en école.
Mashteuiatsh, un village comme les autres situé au bord de cet immense lac Saint-Jean : sans attrait particulier, mais avec un riche passé chargé de beaucoup d’histoire.
Et puis, à deux pas, il y a « le territoire », la forêt, le bois, les lacs, les montagnes et les rivières; c’est avec beaucoup de nostalgie que certains en parlent et aussi avec un sentiment de révolte, parce qu’il a été accaparé par l’industrie du bois et ses grandes compagnies (Abitibi Consolidated) qui, elles, ne se posent pas beaucoup de questions avant d’exploiter massivement cette nature. (à suivre)
Gérard Massip
10 octobre 2008
Chez nos amis de la Belle Province (4)
Pow wow à Wendake
Après le brunch, direction le terrain de sports ; non
pas pour y pratiquer un quelconque exercice physique, mais pour y assister au
pow wow intertribal des Hurons de Wendake.
Trois jours de fête et de rencontres qui se terminent ce
dimanche après-midi.


Les pourtours du terrain accueillent pêle-mêle les stands
des artistes présentant leurs travaux d’orfèvrerie, de vêtements, ou encore
d’objets indiens divers : confection de canots, fabrication de raquettes,
de tambours ou de capteurs de rêves. Le public est au rendez-vous massé tout
autour du stade dans lequel évoluent les danseurs. Combien sont-ils, dans leurs
costumes de cérémonie ? Cinquante ? Quatre-vingt ? La diversité des couleurs et des costumes
illustre bien la diversité des participants; cette année, nous dit le
programme, les lakotas, les innus, les innuits, sont présents mais aussi des
spectacles plus contemporains comme de la musique des Andes, du folk micmac ou
un rappeur algonquin.
Et puis il y a tous les autres, venus pour danser, pour
simplement danser dans leur costumes traditionnels.
Samian, rappeur algonquin
Il y a enfin les tambours venant d’autres réserves : les Atikamekw de Manawan et de Wemotaci, ou encore les Mohawks de Kanesatake.

Les Atikamekw appelés autrefois« Tête de boule » à cause de leur coiffe ronde ont depuis les années 1970 repris leur nom d’origine qui signifie « poissons blancs » désignant aussi le corégone. Réputés comme spécialistes du travail de l’écorce, ils confectionnent des canots et des objets utilisés dans les maisons. Les trois communauté du Québec regroupent environ

4 000 membres, dans de grands espaces composés de montagnes et plaines aux milliers de lacs et aux immenses forêts.
logo de la Nation Mohawk 
Les Mohawks , membres de la « confédération des Cinq Nations iroquoises » formaient une nation puissante avec une organisation sociale très structurée. Aujourd’hui, la quasi totalité des 12 000 Mohawks du Québec est installée dans trois réserves de la périphérie de Montréal ; ils sont très urbanisés, conséquence de leur habitat traditionnel situé dans la plaine du Saint-Laurent.

Voici donc ces représentants des Premières Nations (j’ai bien retenu la leçon), réunis pour le pow wow de Wendake; les tambours peuvent commencer à donner la mesure, tout les participants son prêts…et nous avec, pour évoluer dans les danses sociales où tout le public est invité à participer. (à suivre)
Gérard Massip









