08 mai 2009
De Montségur à Wounded Knee (4/4)
De Montségur à Wounded Knee
Montségur, Wounded Knee, deux massacres que nous mettons en parallèle, avec respect, pour les commémorer ensemble, afin que cette mémoire serve de point de départ aux Guerriers de l’Arc-en-Ciel. Ce mois-ci, quatrième et dernière partie, Jean-François Laffont raconte la tragédie cathare et le massacre de Montségur...
MONTSEGUR!..ségur i setz darrier l’azur !
(Montségur : c’est sûr vous êtes là, derrière l’azur - Marti)
Il fallut alors 35
années d’une guerre effroyable commencée par l’horrible massacre de la
totalité de la population de Béziers (Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens !)
pour anéantir une civilisation, rejeter une religion dans l’oubli et annexer une
nation… !

Tout fut consommé ou presque par la chute de Montségur le 16 Mars 1244, jour de deuil pour tous les Occitans, où, tout comme à Wounded Knee plusieurs siècles plus tard (cf les trois derniers articles), les agresseurs massacrèrent plusieurs centaines de personnes innocentes, hommes, vieillards, femmes et enfants qui s’étaient rendues pacifiquement !
Cette année-là, en effet, il y avait déjà plusieurs mois que les armées du roi de France, 6000 hommes dirigés par Pierre Amiel sénéchal de Carcassonne et Hugues des Arcis archevêque de Narbonne faisaient le siège de la « citadelle du vertige » de Montségur, où tous les dignitaires de l’église Cathare étaient réfugiés.
A la faveur d’une opération commando menée par des traîtres basques, les français ont pu prendre pied sur le “pog” à son extrêmité est et s’approchent enfin des murailles pour les pilonner avec leurs machines de guerre.
Mais devant le manque de vivres, les blessures, les maladies, la garnison qui s’était vaillamment défendue doit composer et après 15 jours de trêve, les portes du château de Montségur livreront passage à une longue et déchirante colonne de 215 « parfaits » cathares qui vont aller périr au sein d’un bûcher dressé au pied de la montagne.

C’est en chantant que ces héros vont périr, certains ayant même embrassé la religion Cathare quelques heures auparavant afin de prendre part à ce sacrifice suprême…
Pendant ce temps les hommes de France la croix sur le ventre et la main sur le cœur entonnaient le «Veni Créator» espérant comme le dit une vieille chronique que les Cathares passeraient ainsi des flammes du bûcher dans celles de l’enfer !
Depuis ce jour tragique les « corbeaux venus du nord » ont tout fait en 750 ans pour tenter de détruire, après cette religion qui était devenue un peu la nôtre, notre identité et notre langue.
Ils ont presque réussi avec l’aide de Jules Ferry à nous faire croire que cette belle langue, celle des premiers poètes d’Occident, n’était qu’un vulgaire « patois » réservé aux incultes et aux paysans.
Ils ont occulté dans les livres d’histoire jusqu’à l’existence même de notre culture et de notre civilisation…Ils ont nié la guerre et nié les massacres !

Château de Villerouge-Termenes où fut brûlé Bélibaste
Seulement, le dernier Cathare qui s’appelait “ Bélibaste ” martyrisé au 14ème siècle s’éteindra sur une prophétie : « Dans sept siècles le Laurier reverdira », disait-il… Nous sommes aujourd’hui entrés dans ce 21ème siècle qui verra donc, et nous le sentons tous, pour nous et nos enfants, le reconnaissance de nos droits sur notre propre histoire, la reconnaissance de notre identité, de notre langue et de notre nation !
Nous en sommes tous
responsables car garants de la « darniera brasa » (la dernière braise),
Que dans sept générations nos descendants ne nous jugent pas et qu’ils puissent , dans leur langue, chanter ce Laurier !
ADIUSIATZ !
Jean-François Laffont
Jean-François Laffont est l’actuel président de CONVERGENCIA OCCITANA (qui rassemble 60 associations Occitanes.)
Pour terminer voici un reportage de France3 sur "Les Guerriers de l'Arc-en-ciel", le thème que nous avions choisi pour notre Printemps Indien 2001. Dans la dernière minute on y voit un hommage aux martyrs occitans, les derniers cathares qui furent brûlés à Montségur. Nous y chantons "Lo Boier" et nos amis Osage (Archie Mason) et Innu (Clifford Moar) y répondent à leur manière
ARC EN CIEL
envoyé par okoc-82
05 mai 2009
De Montségur à Wounded Knee (3/4)
De Montségur à Wounded Knee
Montségur, Wounded Knee, deux massacres que nous mettons en parallèle, avec respect, pour les commémorer ensemble, afin que cette mémoire serve de point de départ aux Guerriers de l’Arc-en-Ciel. Ce mois-ci, et le mois prochain, Jean-François Laffont raconte la tragédie cathare et le massacre de Montségur...

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MONSEGUR !... ségur i setz darrier l'azur !
(Montségur : c’est sûr vous êtes là, derrière l’azur - Marti)
Originaire de Montségur et de ses environs (ma grand-mère est née à Serrelongue, tout contre le “ pog ”, qui signifie “ la montagne ” ou le “ pech ” en occitan), j’ai passé ma jeunesse à parcourir ces montagnes et ces forêts dans l’espoir de retrouver le fameux trésor des cathares : mon oncle était berger et mes jeunes années sont marquées par les longues marches et la contemplation de ce site unique au son des sonnailles de nos brebis….
Naturellement j’ai eu le bonheur d’y apprendre l’occitan et je me souviens qu’un blasphème très employé à Montségur était : « qué le fòc del cel te créme » (que le feu du ciel te brûle), et c’est vrai qu’il y a de quoi craindre le feu du ciel quand on vit à Montségur !
Jean-François Laffont
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Ariège-Pyrénées

De ces belles montagnes du Saint-Barthélemy qui attirent la foudre, aux sombres reliefs du “ pog ” qui attira celle des français et de l’Eglise catholique, tout ici nous transporte vers cette époque terrible où l’Occitanie perdit son indépendance et où notre terre fut souillée et meurtrie par les plus intolérants des intégristes-terroristes : ceux qui se faisaient appeler les croisés de l’armée du Christ !
Car il faut dire qu’en Occitanie, au 13ème siècle, une flamboyante civilisation s’épanouissait, empreinte de tolérance, de culture et de poésie – nous sommes encore aujourd’hui les gardiens de ces trésors méconnus par le plus grand nombre – et parmi les Troubadours qui chantaient l’amour courtois de la femme idéale et les seigneurs qui se réclamaient du “ Parage ” (c’est à dire de l’égalité parfaite des hommes et de leur reconnaissance selon leur seul mérite), une partie du peuple fut conquise par une certaine vision de la religion chrétienne qu’on appela le catharisme. Ces hommes et ces femmes, chrétiens, ne désiraient qu’une seule chose : qu’on les laisse prier Dieu à leur façon, convaincus, comme disait le Christ lui-même, que « mon royaume n’est pas de ce monde », ils pensaient que seul l’esprit était l’œuvre de Dieu et que tout en ce bas monde était souillé par l’empreinte du mal…
Et ils jouissaient au sein de cette civilisation des mêmes droits que les catholiques ou même que les juifs ou les musulmans, fréquemment reçus dans les cours seigneuriales, et invités à débattre librement de leurs différents points de vue…
Les seigneurs, pour la plupart restés catholiques, ne jugeaient pas et admettaient simplement le principe de la liberté religieuse… Si cela pouvait être vrai aujourd’hui de par le monde !
Il n’y eut donc jamais de “châteaux cathares” ni de “chevaliers cathares”, mais seulement des hommes et des femmes libres de penser ce qu’ils voulaient et dûment protégés par la noblesse occitane car tel était son devoir.

Mais le pape Innocent III de l’entendait pas de cette oreille, et aidé par le roi de France qui lorgnait vers ces territoires indépendants et forts riches, il déclencha ce que l’on nommera plus tard, en 1209, la "croisade des albigeois". (à suivre)
J-F.L.
15 décembre 2008
Para(t)ge 3/3
Le Parage, âme de l’Occitanie
(3ème et dernière partie)

Président-fondateur des Chevaliers
de la Flamme Cathare et ancien président de Convergencia Occitana (groupement de
cinquante-cinq associations) , Bertran de La Farge revient sur ces vertus cathares qui
font partie de l’identité occitane.
Une recherche constante de la Perfection dans sa Voie.

Les habitants de Carcassonne expulsés en 1209
Le Parage ainsi pratiqué, débouche, sur la Joie suprême, l'Allégresse, la Récompense, le Joyau, la Révélation, l'Illumination, le Graal. Le Compagnon entre alors pleinement dans le cœur du Parage : il est devenu Chevalier, à l'égal de ses autres Compagnons de Parage. Ainsi, le Parage est-il aussi le cadre social, spirituel et idéaliste dans lequel peut s'insérer toute personne qui décide d’adhérer à cette éthique. Aucune restriction ne lui sera opposée du fait de sa naissance, de son sexe ou de ses origines. Chacun se trouvera à égalité (par) avec les autres participants, ses Compagnons, qu'ils soient Princes, Parfaits, Troubadours, écuyers, Marchands, évêques ou “ Vilains ”. Chacun trouvera sa voie au sein du Parage, qu'elle soit brillante ou humble, chacun s'efforcera d'y atteindre la Perfection en améliorant sans cesse sa valeur personnelle, avec humilité, par la pratique constante de l'Amour et des vertus de droiture, de justice, de vérité, de solidarité, de loyauté, de fidélité, de générosité et de courage. Après une première apogée, dès 1100, lors des Croisades en Palestine, la Croisade contre les Albigeois fut la triste circonstance pendant laquelle l'idéal du Parage a fulguré, a brillé à son firmament. Des plus humbles personnes, aux plus anciennes familles aristocratiques, tous firent l'union sacrée au sein du Parage, face à la barbarie, face aux pogroms, face aux bûchers.
Les Faydits

Les chevaliers rebelles à l’envahisseur et tous les résistants furent excommuniés, dépossédés, déclarés proscrits et hors la loi : ils furent appelés, en occitan, faydits. Les chevaliers occitans arborèrent fièrement l’épithète malveillante de faydits et en firent un titre de gloire comme le feront quelques siècles plus tard leurs descendants camisards. Prônant l’idéal du Parage au côté des Bonshommes occitans qu’ils protégèrent l’épée à la main et la rage au cœur, pendant des dizaines d’années ; entrés dans la clandestinité, traqués ou retranchés dans leurs nids d’aigles, ils menèrent avec acharnement et vaillance la Résistance occitane. Mais n’a-t-on pas dit qu’au bout de 700 ans le laurier reverdirait ?
Al cap dels sèt cent ans, verdejara lo laurèl. Les 700 ans sont
écoulés et le Parage est de retour...
Bertran de La Farge

Château de Montségur
09 décembre 2008
Para(t)ge 2/3
Le Parage, âme de l'Occitanie

Ancien président de Convergencia Occitana (groupement de cinquante-cinq associations occitanes) et président des Chevaliers de la Flamme Cathare, Bertran de La Farge revendique l'héritage cathare lorsqu'il déclare : « Cathare je suis, cathare je reste et cathare j'ai essayé d'être, et rien d'autre que cela, en m'efforçant de mettre en pratique [...] les mots-clés très actuels du christianisme cathare : Justice, Vérité, Tolérance, Solidarité, Liberté, Egalité-Parage, Fraternité. [...] Ces vertus cathares qui font partie de notre identité occitane. » (extrait du rapport moral qu'il a présenté le 21 novembre 2000 à l'assemblée générale de Convergencia Occitana).

Une noblesse que chacun peut acquérir
Pour ces Occitans adeptes du Parage, les Hommes sont pairs, égaux. Précisément, en occitan, parage, a pour étymologie le mot de langue d'oc, par qui veut dire égal, pareil, compagnon, pair et qui indique la qualité personnelle. Le Parage désigne l'égalité et la solidarité. Le Parage est une éthique, un idéal de vie, auxquels toute personne, homme ou femme, quelles que soient sa naissance, son origine, sa qualité et ses occupations, a la liberté d'adhérer sans contrainte et qui la font accéder – parmi des Compagnons qui sont dés lors ses pairs, ses égaux – à une Chevalerie et à une Noblesse véritables fondées sur les actes de leur vie et non sur les hasards de la naissance. Les Compagnons du Parage n'en deviendront pas plus riches pour autant. Le but n'est pas de s'enrichir mais de participer à une société solidaire. Il ne s'agit pas d'être forcément un Chevalier revêtu de mailles d'acier, brandissant une épée et poussant des cris de guerre. Il y a mille façons d'être un Chevalier, ne serait-ce qu'en étant celui qui écoute et qui respecte les autres.

Mais il y eut cette sinistre invasion que les livres d'Histoire de France appellent la Croisade contre les Albigeois. Alors il a bien fallu prendre les armes, à contre-cœur, et résister, se défendre, contre-attaquer, reconquérir, et finalement tout perdre jusqu'à aujourd'hui.

On s'aperçoit que l'idéal de la Chevalerie occitane est véritablement né et s'est forgé au fil des siècles dans un monde subtil occitan issu du mélange progressif de plusieurs civilisations qui se sont succédées dans ce creuset que les Romains appelaient Provincial : Ligures, Ibères, Phéniciens, Celtes, Grecs, Romains, Wisigoths, Burgondes, etc. L'éthique de cette Chevalerie profonde – proche de celles des autres traditions et synthèse des idéaux majeurs ayant animé ces civilisations successives et enchevêtrées peut se caractériser par une série de signaux chers au trouvez la clé ! (trobar clau) des Troubadours, des mots-clés, qui forment l'ethos, l'idéal de vie des Compagnons du Parage : l'Amour, qui, sous diverses formes, préside à toutes les actions ; la Justice et la Vérité, vertus essentiellement cathares; le Mérite personnel, la valeur individuelle, la volonté de s'améliorer avec détermination et constance ; le Désintéressement ; la Droiture, la Solidarité, la Tolérance ; la Convivialité; la Courtoisie, bien sûr, base de l'amour courtois des Troubadours ; la Jeunesse, non pas celle des veines, mais celle de l'esprit et du comportement ; la Générosité et bien d'autres encore. Le Parage n'a-t-il pas montré la voie de : Liberté, Egalité, Fraternité ? (à suivre)...
Bertran de La
Farge
03 décembre 2008
Para(t)ge 1/3
Le Parage, âme de l'Occitanie

Signe de
ralliement de l’Occitanie méridionale, le croix occitane est aussi le symbole
d’une certaine conception de la vie, d’un éthos original qui a été forgé au
fil de plusieurs millénaires de civilisation. En l’An 2000, Marseille et Ensérune
ont 2600 ans, Toulouse et Agde, 2350 ans, Aix-en-Provence, 2122 ans, Narbonne, 2118 ans,
la plupart des villes et métropoles occitanes ont au moins 2000 ans. Plus de 2000 ans de
présence, de constance, de création. On peut dire que les Occitans ont eu le temps de
méditer et d’imaginer. Ils ne s’en sont pas privé. Leur état d’âme, les
Occitans avaient fini par lui donner un nom, au Moyen âge, quelques décennies avant que
ne déferlent les armées conquérantes venues du Nord. Après cela tout le monde semblait
se satisfaire de l'idée qu’il n’y avait plus besoin de retrouver le nom oublié
de l'état d’âme occitan perdu puisque précisément il n’existait plus et que
les Méridionaux et autres « Gens du Sud-Ouest » n’en avaient plus besoin.

Mais chassez le naturel il revient au galop! Alors le naturel est revenu. L'état d’âme aussi. Certains ont retrouvé son nom jadis évanoui. D’autres ont même retrouvé ce que cela voulait dire. Ils l’ont expliqué. Et aujourd’hui, les Occitans qui redécouvrent leur état d’âme trouvent qu’il leur va décidément comme un gant. Aussi l’ont-il ressorti des vitrines et des étagères où l’Histoire avait cru pouvoir le ranger définitivement entre la mâchoire d’un homme de Cro-Magnon et une boucle de ceinture mérovingienne en bronze doré.

Alors ce mot bizarre ? Eh bien c’est Parage ! Littré nous livre une première définition assez réelle : le parage c’est l'égalité de naissance, de rang, une égalité à laquelle chacun peut accéder ! (à suivre)
Bertrand de la Farge

Bertran de La Farge. De formation scientifique (il est
Docteur-ingénieur, Ingénieur ESAP, Licencié-ès-Sciences et Consultant
en Environnement). Son intérêt pour l’histoire et les sources
culturelles européennes est devenu son activité principale. En
particulier il est depuis toujours apologiste et défenseur actif tant
de l’historique diversité culturelle française que de cette identité
majeure de la France qu’est la culture occitane, tant en Limousin où il
est né, qu’en Provence où il a vécu et en Languedoc et en Midi-Pyrénées
où il vit. Il est l’un des instigateurs et l’un des fondateurs de la
Fédération Convergéncia Occitana dont il fut le premier Président de
1997 à 2001 et qui regroupe, en 2008, cinquante quatre associations. Il
est aussi l’un des initiateurs et des créateurs de la Maison de
l’Occitanie, l’Ostal d’Occitània, à Toulouse, où il est Président de
l’association Carrefours cathares membre de Convergéncia Occitana. De
2001 à 2008, il a été nommé au cabinet du maire de Toulouse, chargé de
mission pour le développement et le rayonnement de la culture occitane.
Passionné d’histoire médiévale, il est l’auteur de plusieurs ouvrages
sur l’Occitanie, les comtes de Toulouse et le Catharisme.
20 juillet 2008
Vivaldi vs. Montfort
Les crimes contre l’humanité
sont indélébiles (2)
Epilogue favorable à la requête de Bertran de La Farge, au nom de "Carrefours Cathares", de modifier la dénomination d'un projet immobilier d'Auterive (lire le précédent article du 17 juillet). En voici l'annonce faite par l'auteur de la démarche :

Chers amis,
Le promoteur du programme immobilier "Le Monfort" à Auterive vient de nous répondre.
Le nom du programme est changé en "Les Quatre saisons"....
Ce qui est beaucoup plus bucolique et pacifique !
Merci Vivaldi.
Amistats,
Bertran de La Farge
17 juillet 2008
Tragédie cathare :
Les crimes contre l’humanité
sont indélébiles
Le temps n'efface pas tout. Le souvenir de la tragique croisade contre les Albigeois demeure encore, au cœur du pays occitan, une souffrance que huit siècles n'ont pas anéantie. En témoigne cette réaction, polie mais ferme, de Bertran de La Farge au projet de donner à une future résidence d'Auterive (31) un nom qui résonne douloureusement aux oreilles occitanes : " Le Monfort " .
Deux lettres ont été adressées successivement au président de la société immobilière dont nous publions ici une synthèse

Monsieur,
Dans l'un de vos projets, à Auterive, vous avez fait un choix qui fait référence à l'une des pages les plus sanglantes et les plus douloureuses de l'histoire de l'Occitanie et qui ravive une blessure jamais guérie : vous avez choisi de nommer votre projet immobilier "Le Montfort".
Vous venez de vous placer ainsi délibérément au cœur de l'un des actes les plus tragiques de notre histoire qui, depuis neuf siècles, ne cesse de polluer les relations entre le Nord et le Sud de l'actuelle France. Et, sans doute involontairement, espérons-nous, vous prenez ainsi partie en faveur des responsables et des acteurs d'un sinistre épisode de notre histoire qui, en un siècle, a fait 1,5 million de victimes. Mais peut-être n'aviez-vous pas pensé faire référence à Simon de Montfort qui, le moins que l'on puisse dire, a marqué de la manière la plus sanglante et la plus indélébile l'histoire de ce qui constitue le berceau de la culture occitane, c'est-à-dire l'Occitanie.
illustration de Moretti sous les arcades de la place du Capitole à Toulouse
À partir de 1209, une armée d'invasion, forte de 250.000 hommes venus du "Nord", est venue s'emparer, par la force, de toute la partie de l'Occitanie comprise entre le Rhône et l'Agenais. Les premières actions d'éclat de ces envahisseurs furent le massacre prémédité de toute la population de Béziers (25.000 personnes) et la prise de Carcassonne après laquelle Simon de Montfort, venu des actuelles Yvelines, avec une centaine de ses compagnons, soldats de métier, fut nommé Chef de ce que l'on a appelé la "Croisade contre les Albigeois".
Simon de Montfort
Dès lors le "palmarès" de Simon de Montfort fut éloquent. Voici, entre autres : assassinat du vicomte de Carcassonne, Trencavel ; bûcher collectif de 160 cathares à Minerve (c'est-à-dire 160 personnes brûlées vives) ; les 100 défenseurs de la cité de Bram (Aude) ont le nez et les oreilles coupés et les yeux crevés ; leur chef est trainé vif par Simon de Montfort sur son cheval ; à Lavaur (81) 80 défenseurs sont égorgés par Simon de Montfort lui-même, Giraude de Lavaur est violentée et jetée dans un puits et 400 parfaits cathares sont brûlés vifs ; aux Cassès (81) 80 villageois sont brûlés vifs ; lors de la bataille de Muret, Simon de Montfort fait assassiner le roi d'Aragon, Pierre II, en violation des règles de la chevalerie ; au cours de cette bataille 35.000 toulousains, aragonais et catalans sont tués. Sans parler, à travers tout le pays, des pendaisons, empalements, bûchers, tortures, mutilations, spoliations, viols, etc.. À Pamiers, Simon de Montfort édicte des "Statuts" ordonnant, entre autres, la dépossession des biens et l'exil de tout opposant "mâle" et la restitution de ces biens aux épouses à condition qu'elles se remarient avec un "français" (aujourd'hui cela s'appelle "nettoyage ethnique") ; à Fanjeaux, il installe son état major en compagnie de Dominique de Guzman (le futur saint Dominique) en train de créer l'Inquisition qui traquera et brûlera vifs jusqu'au dernier (en 1321) les parfaits cathares et tous ceux qui les protègent. Il met le siège devant Toulouse où il est tué par des femmes du quartier Saint Sernin (la plaque commémorative est toujours visible à côté de l'entrée du théâtre Sorano, allées Jules Guesdes). L'action de Simon de Montfort conduira à l'attachement de cette partie de l'Occitanie à la France par le feu et par le sang.

En ce qui concerne plus directement Auterive, il faut savoir qu'Auterive servit de base arrière à Simon de Montfort pendant la bataille de Muret, ce qui n'empêcha pas que 13 ans plus tard, ordre fut donné par le roi, à l'occasion du traité de Meaux, de détruire et de raser ses remparts.
En 2009 sera commémoré, dans toute l'Occitanie, le huit centième anniversaire de la Croisade contre les Albigeois placée sous les ordres de Simon de Montfort. Le souvenir est toujours dense, lourd et vivant.
L’histoire de notre planète fourmille de tragédies, de massacres, de shoahs. La plupart du temps on évite de donner le nom des bourreaux aux agglomérations qui ont été victimes de ces bourreaux. Songeons, par exemple, pendant la deuxième guerre mondiale aux villes d’Oradour-sur-Glane et de Tulle où des centaines de personnes ont été pendues, brûlées vives, massacrées. Pensons, plus récemment au massacre des hommes de Srebrenica, en Bosnie. Et tant d’autres exemples. Nous comprenons tous qu’il n’est pas possible de faire honneur aux bourreaux de ces villes en donnant leurs noms à des quartiers de ces villes.
Les crimes contre l’humanité sont indélébiles. Ils restent éternellement des crimes contre l’humanité. Le temps qui passe ne les efface pas. Vous comprendrez sans doute, Monsieur, que nombre de vos concitoyens soient choqués et aient du mal à accepter que le nom de l’un des pires bourreaux de notre histoire soit honoré à Auterive par l’une de vos réalisations. Aussi je me joins au chœur de tous ceux qui viennent vous demander d’opter pour un autre nom qui, par exemple, pourrait plutôt être porteur d’un message de paix et de bonne entente entre citoyens.
Je vous prie de recevoir, Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués,
Bertran de La Farge,
Président de Carrefours Cathares
19 juin 2008
Des Amérindiens à Lavaur (2)
Printemps Indien 2008 : LES FILS DE LA TERRE
Compte-rendu de la journée du
dimanche 18 mai
Par la Société Archéologique de Lavaur
LAVAUR, Tarn
Nous venons de recevoir de Michel Roudet, président de la société archéologique de Lavaur, un compte-rendu illustré de la cérémonie du 18 mai que nous reproduisons ci-dessous.
Plus d’une centaine de participants étaient réunis
dès trois heures de l’après midi sur le Plô . La presse avait bien relayé l’invitation (Tarn Libre,
DDM, L’Echo du Tarn) (PJ)
Le matin nous étions une dizaine à préparer les
lieux : tables, chaises, sono, décoration aux couleurs occitanes sang et
or , écus des familles de l’époque : Laurac, Montréal, Trencavel,
armoiries de la ville ; bannière occitane flottant au vent, par les soins
du Cercle occitan. La météo était favorable, temps doux, brise légère, les
platanes du Plô nous protégeaient de leur ombre séculaire !
La cérémonie a commencé avec du retard, car nos
invités de la Fondacion Occitana de Toulouse et leurs amis amérindiens venant
de l’Ariège avaient eu une cérémonie la veille, et le réveil fut difficile… le
radioguidage par téléphone portable interposé les avait conduits en outre dans
les jardins de l’évêché…L’auditoire composé de plus d’une centaine de
participants patienta tant bien que mal avec des morceaux de musique prestement
interprétés au violon par Raphaëlle Roudet ; Jacqueline Bastié-Sigeac prit
le relais par le rappel historique du début de la croisade de 1208
Enfin arrivèrent nos invités, drapeau au vent, et la
cérémonie proprement dite put commencer par l’allocution de bienvenue du
président (PJ)
Une gerbe faite de palmes, de laurier, et de roses jaunes et rouges fut déposée par Zohra Krouk au pied de la stèle, avant la minute de silence traditionnelle

Ensuite Jean-François Laffont, président de la
Fondacion Occitana, rappela l’importance de de la langue occitane dans notre
culture (Frédéric Mistral reçut le prix Nobel de littérature le 10 décembre 1904), puis les
liens avec la délégation amérindienne, représentée par Jean-Claude Drouilhet : ce dernier retraça l’aventure de ces Indiens de
Louisiane égarés en Europe au début du XIXème s, puis leur retour au pays grâce
à l’hospitalité de Mgr Dubourg, évêque de Montauban ; depuis lors, les
liens sont retrouvés entre ce peuple autrefois français et leurs amis
montalbanais.

La délégation amérindienne se composait de Claude, du Québec, Danette, de l’Oklahoma, et Ti-Wan de Guyane. Claude fascina l’assitance par un rituel de purification : il alluma de la poudre de sauge dans une coquille (haliotide), pour encenser les participants indiens, puis la stèle, en ventilant la fumée avec une aile d’aigle ; ensuite il fit l’offrande de l’eau dans une coupe aux quatre points cardinaux, puis à la Terre-Mère, en commentant l’importance des éléments, qui sont notre cadre de vie indispensable. Les invités prirent tour à tour la parole pour évoquer la terre ancestrale, dont ils ont été spoliés : le parallèle avec les chevaliers faidits, dépossédés de leur terre par une guerre de conquête à prétexte religieux, s’imposait…

Vint le tour de Daniel Rifa, président du Cercle
occitan, qui rappela les enjeux actuels des langues régionales.
Michel Guipouy, maire adjoint à la culture, évoqua les réalisations de la Ville en fait d’infrastructures culturelles, médiathèque en particulier, et le projet de musée auquel nous sommes très attachés.
Texte et photos de Michel Roudet
17 juin 2008
Lavaur se souvient...
Printemps Indien 2008 : LES FILS DE LA TERRE
Compte-rendu de la journée du
dimanche 18 mai
Les Amérindiens à Lavaur
LAVAUR, Tarn

La Dépêche du Midi
Le rendez-vous nous avait été fixé au Dimanche 18 mai à 15 heures au Plô de Lavaur. Nous devions participer à la commémoration du sacrifice, en 1211, de Dame Guiraude et de 400 cathares coupables d'avoir voulu défendre leurs libertés. L'armée de Simon de Montfort avait été impitoyable. Elle menait une guerre de conquête sous prétexte de combattre une hérésie. La croisade dite "des Albigeois" signait le triomphe de la barbarie sur la civilisation occitane...
Nous sommes accueillis très gentiment par la vice-présidente de la société d'archéologie de Lavaur qui organise chaque année cette émouvante commémoration
Rappel historique :

Site primitif de l’histoire urbaine de Lavaur, la terrasse du Plô forme un éperon dominant l’Agout. Le lieu est choisi par les premiers seigneurs de Lavaur pour édifier un château (cité dès 1035) autour duquel va s’agréger un bourg castral. Il fut peut être le dernier refuge des cathares de Lavaur lors de la prise sanglante de la ville par les troupes de Simon de Montfort le 3 mai 1211 : dame Guiraude de Laurac, co-seigneuresse de Lavaur est jetée vivante dans un puits de la ville et 400 cathares sont brûlés sur le plus grand bûcher de la croisade. Après cet épisode tragique, la cité seigneuriale passe à la couronne de France et le château du Plô, en partie démantelé, servira de salle de justice et de prisons royales.
Quel rapport avec les Amérindiens ?
Les deux Kevin ont dû rentrer à Paris pour des raisons professionnelles. Nous arrivons donc avec Claude Boivin (délégué innu du Québec), Danette Daniels (déléguée osage d'Oklahoma) et Ti'iwan Couchili (déléguée teko de Guyane). La terrasse du Plô, où se déroule la célébration, est occupée par une centaine de personnes, peut-être davantage, assises sur des chaises de jardin. Quelqu'un évoque au micro le souvenir de Dame Guiraude, de ses chevaliers faidits et de ses protégés cathares. Très peu de jeunes gens. Dommage.
Après les présentations la parole est aux Amérindiens. Claude Boivin commence par une cérémonie de purification. Il a étalé ses objets sacrés devant lui sur un petit tapis rouge. A genoux, il fait brûler la sauge dont la fumée odorante s'enroule autour de la stèle à la colombe. Ensuite il évoque les malheurs de son peuple qui n'a jamais baissé la tête et continue à vivre selon ses coutumes dans le monde moderne. Ti'iwan dit aussi le génocide suivi de l'ethnocide subi par les siens qui encore aujourd'hui sont lentement empoisonnés par le mercure des orpailleurs. Danette enfin parle de la survivance de la langue osage dont la reconquête a été entreprise voici quatre ans par la tribu. Cet ensemble de témoignages porte un nom : civilisation !
Comme l'était la civilisation occitane étranglée puis écrasée par la force brutale. Mais toujours vivante et fière, après plus de sept siècles.

Ti'iwan Couchili (Teko), Claude Boivin (Innu), Danette Daniels (Osage)
"We are still alive" disent les Osages, Nous sommes encore là disent tous les Indiens d'Amérique ; nous n'avons pas disparu ; on ne nous a pas effacés des peuples de l'humanité.
Cinq siècles de résistance pour les uns, sept siècles pour les autres. La rencontre devait avoir lieu.
C'était à Lavaur, le dimanche 18 mai 2008.









