Oklahoma-Occitania

Echanges culturels entre les Occitans de France et les Indiens d'Amérique (USA, Canada) : tribus Osage, Kiowa, Comanche, Cherokee, Pawnee, Choctaw, (Oklahoma), Lakota (Sud Dakota), Innu (Canada), etc.

31 août 2009

Les chefs indiens qui ont été les invités d'OK-OC (3/3) :

Le chef des Montagnais du Lac Saint Jean


Clifford Moar


z1


z3Clifford Moar est né en 1957 dans la communauté montagnaise de Mashteuiatsh. Avec une formation en gestion, en communication et en marketing, il a d’abord œuvré comme administrateur au sein de la communauté notamment pour le Conseil de la Police Amérindienne, le Musée Amérindien et pour l’administration du Conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean. Dans ce dernier cas, il a développé principalement une aptitude pour travailler à la défense des droits ancestraux autochtones et surtout à la mise en valeur du patrimoine et de la culture autochtone. Ayant été membre du Conseil de bande comme conseiller de 1991 à 1994, il a été élu Chef aux dernières élections du 26 mai 1997

Source : http://forumforetfaune.qc.ca/composants/cvconf.html

z9z6z2

Les Innus

Les Innus 1 sont des autochtones du territoire qu'ils nomment Nitassinan, qui comprend l'Est du Québec et le Labrador. En 2003, leur population s'élevait à environ 18000. Les Innus ont vécu en tant que chasseurs-cueilleurs pendant plusieurs millénaires dans cette région, habitant des tentes faites de peaux d'animaux. Leurs activités de subsistance étaient axées sur la chasse du caribou, de l'orignal, du cerf de Virginie et du gibier. Leur langue , l'innu-ainum, est parlé dans tout Nitassinan, avec quelques différences de dialecte. l'innu-ainum fait partie de la même famille linguistique que la langue parlé par les Cris de la baie James au Québec et en Ontario.

_________

1. Les êtres humains, dans leur langue. Ils ont été également nommés Montagnais par les Français

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Naskapis

Clifford Moar

 invité aux guerriers de l’arc-en-ciel en 2001

S’il est un autochtone américain du Québec acquis à la culture occitane, c’est bien lui. Clifford Moar, Chef du Conseil de Bande des Innus de Mashteuiash (Pointe Bleue), est déjà venu deux fois en Occitanie et il était en France le mois dernier avec une délégation officielle du Québec. Sa dernière visite en Occitanie remonte à mai 1998. C’est à Andébu, commune d’Alzen, dans l’Ariège, qu’il y prenait solennelement possession de la “terre indienne” dédiée au peuple Innu (que l’on désignait jusqu’ici sous le nom de “Montagnais” donné par les Français).

z5

Une cérémonie y a été célébrée le 25 juin 2001 avec les Guerriers de l’Arc-en-Ciel amérindiens et occitans

Le 25 juin est une date infernale pour les maîtres de l’intolérance que furent Simon de Montfort et George Custer, tous deux renvoyés un 25 juin par leurs victimes à leurs démons.  (25 juin 1218, Simon de Montfort tué par une pierre lancée par une femme depuis les remparts de Toulouse - 25 juin 1876, George A. Custer tué à la bataille de la Little Big Horn) Nous étions tous là pour nous en souvenir. Devant la plaque marquant l’emplacement de la fin de Montfort, Maurice Andrieu déclama avec vigueur et éloquence la « Canson de la crosada », pendant que les chevaux piaffaient. Les chevaliers de la Flamme Cathare, menés par Bertran de La Farge, avaient apporté symboliquement la flamme de Montségur à Toulouse. Elle fit, avec la vingtaine de cavaliers qui l’escortaient et toutes les voitures qui suivaient drapeaux au vent, une forte impression dans les rues principales de Toulouse. L’enfer urbain était à son paroxysme. Au Capitole, lieu de convergence s’il en est, les bannières se déployèrent de nouveau, les Indiens étaient en grande tenue et le cortège arc-en-ciel entra solennellement dans la cour Henry IV. Là, sur la plaque dédiée au duc de Montmorency, décapité pour avoir été fidèle à sa parole, un hommage bouleversant était rendu par Jean-François Laffont et le poète Serge Peyt. Le grand drapeau arc-en-ciel embrassait la foule compacte.

Guerriers_de_l_Arc_en_Ciel__juin_2000_


13 juillet 2009

Les gens du bois...

Les Montagnais et les mangeurs de bois


montagnaissm

C'est à la rencontre avec Jacques Cartier, à Tadoussac en 1534, que se rapporte la première anecdote de la vision montagnaise de l'homme blanc. Les Montagnais (1) du temps de Cartier habitaient des tentes fabriquées d'écorce de bouleau, leur moyen de transport étant le canot d'écorce, leurs objets d'utilité courante, comme les vases, plats et récipients étaient aussi en écorce et on enterrait les morts dans un linceul d'écorce de bouleau. On peut qualifier, en ce sens, le peuple montagnais de "civilisation de l'écorce"

C'étaient des nomades qui, pour des raisons d'efficacité et de compétence, avaient fait le choix de la "légèreté".

Les Montagnais voyaient, depuis des années déjà, circuler des pêcheurs basques, bretons ou normands dans l'estuaire du Saint-Laurent. Ils savaient donc que les "Européens" naviguaient dans des bateaux de bois, qu'ils habitaient des maisons de bois, qu'ils enterraient leurs morts dans des boîtes en bois, mais ils furent étonnés de constater qu'ils mangeaient aussi du bois.

En effet, Jacques Cartier avait fait porter aux montagnais de Tadoussac, en guise de cadeaux, du vin et des biscuits secs (et durs) de marins. Les Montagnais ont jeté ces produits à la mer car c'en était trop : ces hommes à peau blanche buvaient aussi du sang et mangeaient du bois.

Depuis ce temps, les Montagnais ont appelé ces hommes à peau blanche mishtikussat, "les gens du bois" et plusieurs communautés montagnaises utilisent encore cette appellation.

(d'après Mashteuiatsh, une brochure de l'Institut culturel et éducatif montagnais. Texte de René Boudreault)

z5

_________________________________

1. Ce terme de Montagnais a été attribué au peuple Innu par les Français. Aujourd'hui il préfère être désigné sous son propre nom : Innu

Clifford Moar représentait le peuple Innu lors des manifestations d'OK-OC sur le thème des Guerriers de l'Arc-en-ciel en 2002

Posté par okoc à 10:00 - divers - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

19 février 2009

Une voix du Nitassinan :

Réflexion d’un Innu

 

Claude_Boivin_et_2_Kevin
(de g.à d.) Kevin Dust (Crow) ; Kevin Mustus (Stoney) ; Claude Boivin (Innu)

« Quand je pense à la voie que nos ancêtres ont tracée pour nous, chargés de leurs canots et de poches de nourriture sur les chemins de portages, je ne peux me faire à l’idée que leurs traces de pas soient englouties par de grands lacs artificiels. J’ai peine à croire qu’une large partie de moi se retrouve au fond d’un lac. Il n’y a pas que nos terre qui sont inondées, mon cœur est lui aussi noyé de pleurs parce que la vie que menait nos ancêtres a disparu avec la montée des eaux.

Auparavant nous avions le choix d’aller et de venir quand et nous voulions. La montée des eaux a changé notre façon de penser, de dire et faire les choses. Nous ne pouvons plus faire nos choix nous-mêmes. Nous devons payer ou demander la permission pour suivre la trace de nos ancêtres là ou c’est encore possible de le faire.

Innu3Innu1

Je vois les enfants d’aujourd’hui, j’entends leurs voix et leurs cris. Je sais qu’ils vivent une grande détresse même si celle ci n’est pas visible. J’ai entendu dire, durant des années, que l’an 2000 amènerait de grandes réalisations. Pour nos enfants le troisième millénaire signifie la vie dans la ville au lieu de la forêt et la voix des professeurs au lieu des anciens. On valorise la vie urbaine et l’oubli des valeurs traditionnelles. Je ne veux pas oublier mes origines, mon nomadisme, la nature et les animaux parce que je ne fais qu’un avec tous ces éléments. Je ne suis rien sans eux et ils ne sont rien sans moi. Ces éléments sont essentiels pour ma culture, ils sont toute ma richesse. Et mon amour pour la nature de même que mon amour-propre sont ma dignité et ma fierté d’être INNU. Je sais dans mon cœur que les traces de nos ancêtres sont aussi celles de l’avenir ».

cercle_de_vie

  Jean Pilot, Vashat

(texte trouvé sur le site http://vitrail.no-ip.com/ par Francine Monesma

  photo de titre : Michel Monesma (Printemps Indien 2008)

09 novembre 2008

Chez nos amis de la Belle Province (9)

PLUME BLANCHE


plumeblanche2


Une fois sorti de la réserve innu de Mashteuiasth, vous traversez la petite ville de Roberval et, vous empruntez la longue route et ses lignes droites qui, en direction de l’ouest, vous ramènent encore et toujours vers la forêt.

Au bout de quelques kilomètres, un chemin de terre vous conduira vers cet endroit que le propriétaire a dénommé Plume Blanche. L’occupant de ces lieux, c’est Claude BOIVIN, notre invité Innu du dernier printemps indien.

Claudeboivin

Certes le chemin est un peu cabossé et les hivers du Québec y ont laissé des traces que les véhicules tout terrain ont transformé en profondes ornières ; mais quand vous êtes sur ce lieu, vous y êtes bien !

 

Une petite cuvette s’offre à votre vue, avec au fonds deux petits étangs dans lequel viennent nager et s’ébrouer les canards sauvages. Les petites collines qui entourent le site regorgent de framboises et de bleuets qui s’offrent à vous et qui ne demandent qu’à être dégustés.

DSCF0630

La végétation naturelle faite de grands arbres, bouleaux et érables, se conjugue avec les sapins et les épinettes traditionnelles. On sent que le maître de ces lieux a un profond respect pour ces éléments de la nature qui l’entourent.

DSCF0628

 

La maison dans ce vallon naturel n’a pas de caractère particulier, reprenant le style de ces maisons québécoises de nombreuses fois rencontrées aux alentours ; ce qui marque le plus et attire tout de suite l’attention, c’est ce qu’il y a autour, dispersé sur le terrain de manière très étudiée.

DSCF0629

DSCF0626

  Quatre tipis sont dressés, un peu à l’écart, formant avec la végétation qui leur est proche le cercle sacré. Plus loin une tente de toile, façon maison longue ou tente prospecteur, se dissimule sous les sapins. Plus loin encore, on peut distinguer le hutte de sudation réservée, nous dit notre hôte, aux cérémonies, sous réserve que les visiteurs puissent en comprendre tout le sens.


DSCF0633

Enfin, une autre tente est destinée à recevoir les groupes, jeunes, visiteurs, invités qui veulent bien écouter et partager la culture et la spiritualité innu. C’est là, assis sur un lit de branches d’épinettes et de coussins, que Claude évoque l’histoire, la culture, la spiritualité de son peuple ; il dit ses expériences personnelles, ses galères et ses espoirs. Il a des messages simples à faire passer ; il mérite d’être écouté.

DSCF0627

 

Ce lieu, c’est Plume Blanche, un site qui allie calme, simplicité, beauté et qui permet de « rentrer » dans la culture des Pekuakamiulnuatsh.

 

Ainsi se termine le récit de notre voyage dans la Belle Province et les rencontres que nous avons pu faire sur cette terre avec des gens profondément accueillants. (fin)

Gérard Massip

 

28 octobre 2008

Chez nos amis de la Belle Province (7)

LA NEGOCIATION GLOBALE



KurtnessSébastien KURTNESS, le vice-chef, nous a beaucoup parlé de la négociation globale en cours depuis 25 ans et pas encore aboutie ; mais qu’est-ce que cette négociation globale ?

Les Pekuakamiulnuatsh, ou Montagnais du Lac Saint-Jean ont entamé des négociations territoriales globales avec les gouvernements du Canada et du Québec il y a 25 ans. En 2004, une entente globale de principe d’ordre général a été signée par les trois parties et se poursuit maintenant dans une négociation plus précise qui aura valeur de Traité.

Cette entente est la première au Canada à prévoir la reconnaissance des droits ancestraux des autochtones.

mashteuiatsh

C’est parce que les Montagnais forment une communauté organisée, qu’ils étaient présents sur le territoire avant l’arrivée des Européens, qu’ils n’ont jamais été conquis et qu’ils n’ont jamais renoncé à leurs droits sur le territoire, dont celui de se gouverner eux-mêmes, que ces négociations ont pu être engagées.

montagnais

Depuis plusieurs années, la Cour Suprême du Canada a émis des jugements à propos des droits ancestraux des autochtones et a rappelé aux gouvernements leur existence et l’importance de négocier pour convenir de la nature et de la portée de ces droits.

Les droits ancestraux correspondent aux pratiques, coutumes et traditions faisant partie intégrante de la culture d’une nation ; si ces droits existaient avant le contact avec les Européens, ils sont reconnus et protégés à l’intérieur de la constitution canadienne.

Ces droits peuvent s’exercer soit n’importe où lorsqu’il s’agit de pratiques religieuses ou spirituelles, soit sur un territoire donné pour certains types de chasse, de pêche ou de cueillette.

tradInnu

Contrairement à d’autres nations autochtones, les Pekuakamiulnuatsh sont dans une situation particulière étant donné qu’ils cohabitent sur un territoire ou il y a une forte présence de non autochtones et où celui-ci est fortement urbanisé.

raquettes

Les principaux enjeux sont le territoire (libre circulation sur les routes et les voies d’eau, la protection des habitats fauniques, le maintien de la qualité des eaux, la gestion des impacts environnementaux, les activités traditionnelles de pêche, de chasse, de piégeage et de cueillette), l’autonomie gouvernementale (création d’un gouvernement Innu à la place du Conseil de bande), le développement socio-économique (contrats de coupes forestières, développement de petites centrales hydroélectriques) et les aspects financiers ( correspondant au règlement de différents passés).

Le but ultime recherché par les Pekuakamiulnuatsh réside dans une cohabitation harmonieuse et pacifique avec les autres habitants, sur un même territoire, dans un respect des spécificités communes. (à suivre)

Gérard Massip

Innu3

16 octobre 2008

Chez nos amis de la Belle Province (5)

Mashteuiatsh, une réserve innu

Notre périple au Québec nous conduisit ensuite au lac Saint-Jean, celui que les Innu appellent Pekuakami et prêt duquel est installée la communauté Innu de Mashteuiatsh.

DSCF0598

Les membres d’Ok-Oc sont maintenant des familiers de la culture innu que leur ont fait connaître nos divers invités lors des printemps indiens ; pour notre part, c’est la troisième fois que nous rendons visite à cette communauté fixée sur l’emplacement de la réserve actuelle depuis 1856.

 

Mashteuiastsh, qui signifie «là où il y a une pointe » (il s’agit d’une étroite avancée de terre dans le lac), se présente aujourd’hui comme bien d’autres villages québécois de cette région avec ses maisons alignées le long de la rue principale, à l’arrière de petits espaces verts ou surélevées sur une petite butte de terre. Les commerces attirent cependant l’attention par les enseignes vantant les produits qu’ils proposent : mocassins, bijoux en stéatite et en os, fabrique de tambours, etc. Les boutiques portent des noms pour nous imprononçables : Teuehikan, Mashkuss, Kapatakan, Shakahikan…

DSCF0599

2014 personnes ont été recensées comme population résidante regroupée pour la plupart dans la partie habitée de la réserve portant le nom de Pointe Bleue.

 

Le site est essentiellement marqué par la présence du lac Pekuakami qui attire tous les regards et qui offre sa vue depuis n’importe quel point de la réserve. Il est omniprésent dans le paysage et dans les esprits : tous les habitants parlent du lac mais n’apprécient pas forcément l’aménagement d’une partie de sa rive en esplanade où apparaissent quatre tipis…en béton !

DSCF0597

Les autres monuments marquants sont représentés par l’église installée sur le point haut et qui est dédiée à Kateri Tekakwitha et le musée de la culture et de l’histoire innu. On remarque aussi le grand et massif bâtiment de l’ancien pensionnat de triste réputation aujourd’hui transformé en école.

 

Mashteuiatsh, un village comme les autres situé au bord de cet immense lac Saint-Jean : sans attrait particulier, mais avec un riche passé chargé de beaucoup d’histoire.

 

Et puis, à deux pas, il y a « le territoire », la forêt, le bois, les lacs, les montagnes et les rivières; c’est avec beaucoup de nostalgie que certains en parlent et aussi avec un sentiment de révolte, parce qu’il a été accaparé par l’industrie du bois et ses grandes compagnies (Abitibi Consolidated) qui, elles, ne se posent pas beaucoup de questions avant d’exploiter massivement cette nature. (à suivre)

Gérard Massip

24 septembre 2008

Chez nos amis de la Belle Province (1)

Un été au Québec



SaintLaurent

A mi chemin ou presque de son parcours vers les grands lacs, le fleuve Saint-Laurent abandonne son aspect de bras de mer pour prendre une taille plus raisonnable, conforme à celle d’un grand fleuve; les deux rives se rapprochent, entourent l’île d’Orléans chère au poète Félix LECLERC, créant ainsi un point de passage stratégique à la fois pour pénétrer dans les terres et pour surveiller la navigation sur ce fleuve.algonquins

 



Ce lieu, est appelé Kébec, « là où la rivière se resserre » ou encore « là où les eaux se rétrécissent ». C’est ainsi que les premiers occupants amérindiens de ce territoire l’ont dénommé : Kébec est en effet un mot de la langue des Algonquins, habitants de ces lieux en 1608.

 


ChamplainLe 3 juillet de cette année 1608, Samuel de Champlain et son équipage débarquent sur cette pointe rétrécie du Saint-Laurent. L’endroit était loin d’être désert. « L’équipage français d’une trentaine d’hommes s’établissait alors au milieu d’une communauté estivale amérindienne d’environ 1 500 habitants, principalement Innus (ou Montagnais) dont c’était le territoire, Algonquins également, de même que Micmacs et Malécites » *

Innu1

 

Québec était né au monde occidental en ce 3 juillet 1608.

Innu2

Mais à l’arrivée de Champlain, Kébec avait déjà une longue histoire liée à sa position stratégique pour l’accès à l’intérieur du continent ; des traces de villages amérindiens ont été retrouvées sur cette rive nord du fleuve, mais, surtout, c’est un lieu de rassemblement saisonnier avant le départ pour la chasse hivernale.

 


Champlain2Les Français ont besoin des amérindiens pour asseoir leur présence sur le territoire ; ainsi Champlain et le chef montagnais Anadabidjou avaient scellé une alliance par laquelle les Français étaient autorisés à s’établir et à développer le commerce des fourrures en échange d’un appui militaire.

 

Ainsi est né Québec dans la Belle Province.

 

1608 : cette année marque donc la naissance de cet établissement français en Amérique du Nord et la création de la ville qui a 400 ans est célébrée tout au long de 2008.

 

Nous avions promis à nos amis québécois Ann et Raymond, Johanne et Jacques qu’OK-OC nous ont fait connaître en travaillant sur le projet Nikan (« Notre avenir » en langue innu) de revenir leur rendre visite en cette année anniversaire. Et nous avions aussi été invités par Claude BOIVIN, notre intervenant Innu de Mashteuiatsh lors du printemps indien de cette année.

DSCF0524

Nous voilà donc partis, Evy et moi, pour le Québec ce 22 juillet 2008. Arrivée à Montréal, transfert à Québec pour y séjourner plusieurs jours, puis départ pour le lac Saint-Jean et le lac Kénogami avec séjour trop rapide mais intense à Mashteuiatsh. Voilà tout un programme dans lequel l’hospitalité légendaire des québécois n’a pas été prise un seul moment en défaut !

DSCF0536

Quels ont été les moments de rencontres, de débats, de relations avec les amérindiens, c’est ce que je vais tenter de présenter. (à suivre)

Gérard Massip



10 juin 2008

Pensionnats indiens

Les excuses du Canada

aux autochtones

                               
                        10/06/2008 | Mise à jour : 08:01 |                
               

.

      

Lu dans Le Figaro du 10 juin 2008 :

Quelque 80.000 autochtones doivent recevoir demain des excuses longuement attendues du Canada pour avoir été les victimes de ce qu'un de leurs principaux leaders qualifie de "chapitre le plus sombre" de l'histoire du pays.

Le premier ministre Stephen Harper présentera solennellement devant le parlement les excuses du Canada aux anciens élèves encore en vie des "pensionnats autochtones", des établissements dans lesquels de jeunes autochtones ont été enrôlés de force pendant des dizaines d'années et coupés de leur culture pour les assimiler. Source: AFP

 

Rotation_deDSC_0220
Claude Boivin (Innu du Québec) et Ti'iwan Couchili (Teko de Guyane)

A l'issue de la cérémonie sur la terre dédiée à la nation Innu, le samedi 17 mai à Andébu (commune d'Alzen), Claude Boivin déclarait dans une interview recueillie par Virginie Sanchez pour La Dépêche du Midi : " De 6 à 12 ans, j'étais dans un pensionnat réservé uniquement aux autochtones. Dès notre arrivée on nous rasait la tête et nous infligeait des humiliations quotidiennes. Le but était de détruire notre identité."

cap048Enfants osages dans le pensionnat de Carlysle (Pensylvannie)

08 juin 2008

Les fils de la Terre à Alzen

Printemps Indien 2008 : LES FILS DE LA TERRE

Compte-rendu de la journée du
samedi 17 mai

ALZEN, Ariège

Le but de cette rencontre dans ce petit coin perdu de la montagne ariégeoise était de célébrer un anniversaire.

Résumé des chapitres précédents :

Depuis une douzaine d'années un groupe de Toulousains imaginatifs et entreprenants entretient avec la Nation Innu (Montagnais) des relations étroites et suivies. Le hameau d'Andebu (commune d'Azen, dans les premiers contreforts des Pyrénées) était abandonné et voyait s'écrouler les murs de ses petites maisons paysannes. C'est alors que des familles toulousaines vinrent investir les ruines et remonter les murs. Aujourd'hui le hameau a retrouvé goût à la vie avec des résidents permanents et intermittents.

Dans le courant des années 1990, l'un de ces explorateurs découvrait au milieu de la forêt voisine un grand puits circulaire d'une douzaine de mètres de diamètre, profond de trois à quatre mètres. Les parois maçonnées de grosses pierres sèches ne laissaient aucun doute sur l'intervention humaine. Il s'agissait vraisemblablement d'un site néolithique à vocation spirituelle.

En mai 1998, une délégation composée d'Amérindiens du Québec -- dont Clifford Moar, chef des Montagnais -- et de responsables de la Région Laboratoire de Développement Durable du Lac St Jean (Québec) séjournait en Midi-Pyrénées afin d'étudier avec un groupe de Toulousains et de Montalbanais la possibilité d'organiser dans les années suivantes un congrès international des applications territoriales du développement durable. C'est en cette occasion qu'une rencontre à Alzen et Andébu fut organisée. La décision fut prise à ce moment-là de dédier le site néolithique de la forêt à la Nation Montagnaise. Une émouvante cérémonie dirigée par Clifford Moar eut lieu sur la nouvelle terre indienne en Occitanie, en présence de la population du village. C'était le 21 mai 1998.

DSC_0031

Deux représentantes de l'association "Devenirs" assistaient aux diverses manifestations de cette journée. Nous laissons à l'une d'elles, Françoise Lafargue-Mitterrand, le soin de nous en rendre compte.

 


Invitées par l’association OKLAHOMA OCCITANIA, Cathy mon amie secrétaire de l’association et moi même, sommes venues rencontrer à Alzen à l’occasion du « Printemps Indien » qu’ils organisent chaque année, Danette Daniels de la Tribu Osage (Oklahoma), Ti’wan Couchili du peuple Teko (communauté de Guyane française), Claude Boivin de la Nation Innu (Montagnais du Québec), Kevin Dust (Tribu Crow du Montana) et Kevin Mustus (tribu Stoney de l’Alberta).

15 heures à l’école d’Alzen.

Nous ne connaissions personne, ni les représentants Amérindiens ni les organisateurs et pourtant alors que je communique depuis quelques mois par internet et par téléphone avec Jean Claude Drouilhet, fondateur de l’association OK-OC et son épouse Monique, j’ai le sentiment au-delà des causes que nous soutenons, que quelque chose de plus profond nous unit. Quelque chose qui ne se définit pas, qui est là et qui s’accomplit naturellement dans une mutuelle perception.

Il est 15 heures, l’école est vide.
Nous sommes surprises Cathy et moi-même de ne pas trouver les enfants où un quelconque signe annonçant leur rencontre avec les Amérindiens. A défaut de cela, une affichette collée sur la porte de l’école, annonce la cérémonie à 17 heures sur la Terre d’Andébu. Nous questionnons une dame qui avait l’air de venir pour la cérémonie ; c’était bien le cas mais elle n’avait pas plus d’informations que nous.

Alors que nous étions toujours près de l’école, nous apercevons Michèle, une amie membre de notre association qui vit dans un petit hameau à quelques pommiers de là. Elle n’avait pas d’informations et comptait sur nous pour lui en donner ! Je sentais monter la déception chez Cathy quant j’aperçois la directrice de l’école avec deux petites filles. Elles étaient suivies de l’équipe de l’organisation et des Amérindiens.

DSC_0013

Après de sommaires présentations, Catherine la directrice nous dirige vers le lieu où est prévu l’échange avec les enfants de l’école. Elle nous annonce qu’elle n’a pas eu le temps de préparer les enfants à cette rencontre.

Quel dommage ! J’ai le sentiment personnel qu’aucun livre d’histoire, aucune connaissance que nous recevons de l’extérieur ne peut mieux nous enseigner sur la diversité de la vie, que la vie elle-même. Et la vie est là ! D’Oklahoma, du Montana, de Guyane, d’Alberta, du Canada, de Gascogne ou d’Occitan, elle est là. Disponible, ouverte à l’expérience directe de la rencontre. N’est ce pas la meilleure façon de ressentir au-delà de toutes théories, les liens uniques et subtils, qui nous relient, nous façonnent, nous nourrissent ? Ces liens qui sont les fondements de la fraternité et que les petits enfants ressentent mieux que nous.

DSC_0017

Après une présentation plus approfondie des Amérindiens, nous nous dirigeâmes vers Andébu.

17 heures sur la terre d’Andébu.

En 1992 l’association OK-OC a initié des « dons de terre » symboliques de manière à rendre hommage aux peuples victimes des plus grands génocides de l’humanité.

Le 21 mai 1998, un site néolithique dans la forêt du petit hameau d’Andébu de la commune d’Alzen, a été dédié à la Nation des Montagnais (Québec).

«  Nichée au cœur d’une forêt de la montagne ariégeoise, une clairière parfaitement circulaire creusée comme un puits à la paroi de pierres sèches dans laquelle ont été aménagés deux abris également construits en pierre, attendait sans doute depuis des millénaires cette consécration. Loin de toute habitation de la période historique, l’endroit fut peut-être un lieu sacré de nos ancêtres néolithiques. La transmission de cet espace, d’une lignée autochtone européenne à une autre américaine, prenait ainsi valeur de puissant symbole: celui du partage équitable de la gestion de la planète. On était en plein Nikan.

  La plume d’aigle devait en cette occasion revenir au premier plan. Le chef Clifford Moar l’utilisait pour dédier la prière montant avec la fumée de sauge aux quatre directions, au zénith et à la Terre-Mère. Union encore des symboles: la plume d’aigle, la sauge, la couverture sur laquelle se tenait la cérémonie venaient d’Amérique; le récipient dans lequel se consumait la sauge était une tuile gallo-romaine présente sur cette terre depuis plus de 2000 ans. »

Ce samedi 17 mai, à l’occasion des 10 ans d’anniversaire, une cérémonie initiée par Claude Boivin était dédiée au site, à la terre, aux peuples de la terre, à la pluie, au feu, à la plume d’aigle, à chacun d’entre nous et au souffle qui relie chacun à cet ensemble. Pendant cette cérémonie sacrée et dans une grande présence, Claude Boivin accompagné de ses frères amérindiens, rendait hommage avec humilité et générosité au présent, à ce cercle qui réunissait toutes sortes de "chacun". J’étais heureuse d’y retrouver Matias notre ami autochtone d’Andébu.

Il me plaisait à penser quand je regardais Christèle, une jolie femme enceinte, que ces "chacun" pouvait tous ensemble à ce moment là, aimer le monde avec les yeux du bébé qu’elle porte.

Claude Boivin dans son hommage a fait don de sa plume d’aigle, au lieu. Moment très émouvant qui nous a relié au chef Clifford Moar et à d’autres êtres qui, comme eux, transmettent que « la terre est notre mère et que tout ce qui lui arrive, arrive aux fils de la terre ».


DSC_0042

DSC_0045

Pour conclure la cérémonie après de beaux chants et hommages de la culture Occitane à la culture Amérindienne, Jean Claude Drouilhet rappelait ce que Martin Luther King disait sur l’importance « d’apprendre à être ensemble comme des frères plutôt que de périr comme des idiots ». Transformation que nous souhaitons tous voir pour notre monde - je préfère dire vivre car le monde n’est autre que nous – et qui se trouve là dans l’expérience de l’échange sans attentes. Sans savoir socialement qui est l’autre, ce qu’il vit. Juste pour l’accueillir, le reconnaître dans sa différence et si cet accueil lui permet d’être qui il est, alors partager la joie qu’on éprouve ensemble avec le reste du monde. Ce que je fais maintenant avec vous.

Dîner festif chez Jean François Laffont.

Nous avions l’intention avec Cathy de dormir sous la tente. Il pleuvait et ne faisait pas très chaud. Nous avons accepté la proposition de Jean Claude, l’hébergement au gîte et sommes très reconnaissantes à chacun de la spontanéité de leur invitation dans leur maison.

DSC_0076

Cette spontanéité sertie de générosité était présente dans tout ; l’accueil de l’équipe de l’association d’ Oklahoma Occitania, l’accueil et la fête chez les frères Laffont et leurs familles, le regard de leurs amis autour de la table, le service et la préparation  du Curanto ( plat traditionnel des Indiens Mapuche du Chili), les chansons que nous avons chantées ensemble dans les langues différentes mais d’une même voix, nos fous rires, la célébration des uns et des aux autres autour de la table ou qui n’y étaient pas (à ce propos, je fais une parenthèse pour dire que célébrer n’implique pas cautionner toutes les actions).

DSC_0153

Retour au gîte

Nous nous sommes endormies à 3 heures, la musique au cœur, et nous sommes réveillées de la même façon.

Avant notre départ, Claude Boivin me racontait un peu plus de son histoire, de celle de son peuple. Je termine ce témoignage par ce qu’il m’a fait partager qui le guide et qui résonne en moi. L’histoire d’un homme qui cherche par lui-même sa libération sans se laisser piéger par le poids de l’histoire, ni griser par le mystère. Sans s’en remettre à ce que pensent les autres. Juste en se fiant à sa propre expérience et au voyage intime qui transcende les frontières de son propre univers à la recherche du point tendre de son cœur et de celui de l’autre.

DSC_0002

Nous avons repris le chemin d’Hossegor qui s’est élargi de toutes ces rencontres.

Nous remercions chacun chaleureusement et fraternellement.DSC_0176

Françoise et Cathy



Association DEVENIRS - 1058 avenue du Tour du Lac - 40150 Hossegor - Tel 05 58 43 43 26 / 06 10 11 51 43 - contact : Françoise Lafargue-Mitterrand

02 juin 2008

2ème jour du festival au lycée Capou

Printemps Indien 2008 : LES FILS DE LA TERRE

Mercredi 14 mai

2ème jour du festival au lycée Capou de Montauban

"LA TERRE N'APPARTIENT PAS A L'HOMME

L'HOMME APPARTIENT A LA TERRE"

Aujourd'hui Danette continue d'assurer la présentation de l'expo dédiée aux Fils de la Terre sous le tipi du festival. Elle recevra encore de nombreux groupes de lycéens très intéressés par la découverte qu'ils font de la réalité des Indiens d'Amérique, bien éloignée des stéréotypes qui leur ont été mis dans la tête. Non les Indiens ne vivent plus sous des tipis ou des wigwams mais dans des maisons modernes. Non ils ne chassent plus le bison pas plus qu'ils ne trappent le castor pour assurer leur subsistance. Ils exercent mes professions les plus diverses ou, comme chez nous, sont à la recherche d'un emploi. Oui les Osages retirent des bénéfices de l'exploitation des gisements pétroliers que Wah Kon Dah a mis dans le sous-sol de leur réserve. Non ces revenus ne sont pas utilisés à des fins personnelles mais pour des programmes collectifs de santé, d'éducation, d'infrastructures, de bien-être social. Oui, ils exploitent quatre casinos qui permettent d'employer les membres de la tribu et dont les revenus sont utilisés pour financer les projets de la tribu.

C'est ainsi que peu à peu, en anglais, émaillé de quelques mots et expressions de langue osage, se rétablit une vérité sur la vie moderne d'Indiens d'Amérique, ni plus ni moins heureux ou malheureux que d'autres.

DSC_0298

Pendant ce temps nos autres invités participent à une table ronde dans l'amphithéâtre du lycée. Claude Boivin, au nom du peuple Innu parle de la vie traditionnelle de ses ancêtres, ceux que l'on appelait il y a encore peu les Montagnais au Québec. Un peuple du groupe Algonquin, vivant de chasse, pêche et cueillette dans la forêt boréale. Aujourd'hui le village de Claude Boivin est au bord du lac Saint-Jean, il porte de nom de Mashteuiatsh (les Québécois allochtones disent plutôt "Pointe Bleure"). Mais régulièrement les chasseurs-pêcheurs-cueilleurs qui sommeillent au fond des cœurs de chaque Innu, se réveillent et repartent en forêt, non pas par nostalgie, mais bien parce que c'est là que se trouve l'âme du peuple, les connaissances ancestrales et que peut s'effectuer plus facilement la transmission des valeurs.

DSC_0299

Le stand des Manouches

Alain-Eugène Daumas et Joseph Simbach prendront ensuite la parole pour dire le rapport unique à la terre qu'entretiennent les gens du voyage, ceux que l'on désigne sous le terme générique de Tsiganes et qui se subdivisent en Manouches, Gitans et Roms, selon les hasards de leurs trajectoires migratoires depuis la vallée du Sint en Inde. Une migration qui remonte à cinq ou six siècles comme ils se plairont à le faire remarquer, ce qui signifie que les Manouches, de nationalité française, sont en réalité membres de notre communauté nationale depuis de bien plus nombreuses générations que beaucoup de nos compatriotes actuels. Le racisme et le rejet dont ils sont les victimes permanentes ont donc de fortes raisons de nous interroger, nous les gadgés...

Conclusion surprenante, Claude, l'Innu du Québec et Alain le Manouche de France, se retrouveront sur un même constat : Manouche en France, Innus au Québec, mêmes valeurs, mêmes mépris et rejet.

Le soir; grande fête. Elle était prévue autour du feu de camp que nos amis manouches avaient préparé. Hélas, l'orage est venu contrarier ce projet et tout le monde a dû se replier sous abri. La fête n'en fut pas moins réussie grâce notamment à un quartet de jazz Manouche : Jazz-Voyage dont Jérôme Soufflet a capturé sons et images qu'il nous restitue ici :

           


« Accueil  1  2   Page suivante »