06 juillet 2009
Racisme ordinaire :
Tuez les tous...
" Le seul bon Indien, c'est un Indien mort. " D'après Dee Brown, cette expression serait due au général Sheridan qui avait répondu : " Les seuls bons Indiens que j'ai vus étaient morts ", au chef comanche Towasi qui était venu se rendre à Fort Cobb en 1868 et qui s'était présenté en disant qu'il était un bon indien.
Selon d'autres, la phrase remonterait à la guerre de Pontiac ou aurait été prononcée par James Cavanaugh, représentant du Montana au Congrès (1)
" Les larves font la vermine ". Ce slogan est dû au gouverneur britannique Henry Hamilton et c'est John Brown qui l'a révélé. En 1872, à Detroit, Hamilton donnait ses instructions à ses amis indiens : " Tuez tous les Longs Couteaux ". Shinga, chef des Delawares, demanda : "Les hommes en armes, pas les femmes et les enfants ?" - " Si, tuez les tous, les larves font la vermine " , répondit le gouverneur.
" Dieu reconnaîtra les siens ". La légende raconte que Simon de Montfort se préparant avec son armée à la mise à sac de Béziers aurait répondu à l'un de ses lieutenants qui s'inquiétait de savoir comment reconnaître les bons chrétiens des hérétiques cathares : " Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ". Peu importe que l'anecdote soit authentique, seul compte le résultat : 20 000 citoyens de Béziers furent passés au fil de l'épée en l'an 1209.
Ces trois anecdotes sanglantes posent le même problème : celui d'un tri entre les êtres humains selon des critères d'appartenance raciale ou religieuse qui finissent d'ailleurs par se confondre.

Albert Jacquard
La science moderne a révélé l'erreur du concept de race. " Il n'y a pas plus de différence entre un africain noir et moi qu'entre moi et mon frère " (Albert Jacquard, généticien (2). Les races n'existent pas, contrairement aux évidences. Mais méfions nous des évidences comme celle qui nous ferait croire que c'est le soleil qui tourne autour de la terre. Les hommes sont tous semblables, les seules différences visibles telles que la couleur de la peau, la forme des yeux, la frisure des cheveux, etc, ne concernent que des détails d'apparence qui demeurent insignifiants devant le patrimoine génétique commun à tous. Oser affirmer l'inégalité des races est donc à la fois une énormité et une injustice. C'est aussi une théorie dont la mise en application a toujours abouti à des génocides sur les cinq continents. Il y a pourtant une arme absolue contre les génocides. A nous tous de la distribuer sans retenue. Elle tient en quelques mots de la langue lakota : Mitakuye Oyasin (nous sommes tous apparentés)

Sitting Bull
___________________________________________________________
1. Jean Pictet - " L'épopée des Peaux Rouges " p.19 - Favre 1988
2. Albert Jacquard était l'invité en 1987 d'une radio collégienne de Montauban. Pour écouter le débat sur le racisme à l'école, cliquer ici

29 avril 2009
De Montségur à Wounded Knee (1/4)
De Montségur à Wounded Knee
Deux sites tragiques s’interpellent et se répondent par-delà les siècles, les mers et les continents. Deux lieux de hautes civilisations anéanties par le désir de conquête, la volonté de dominer, la force brutale.
Montségur, Wounded Knee, deux massacres que nous mettrons en parallèle avec respect, pour les commémorer ensemble d’abord, mais aussi pour que cette mémoire commune serve de base de départ aux Guerriers de l’Arc-en-Ciel.
Aujourd’hui Morris Bull Bear, Sioux-Lakota-Oglala, évoque le massacre qui signe en lettres de sang la fin des guerres indiennes et le début de la politique des réserves. Dans le prochain article il nous livrera ses impressions personnelles sur Wounded Knee, hier et aujourd’hui. Il est traduit par Claudine Bull Bear, son épouse, Occitane de Leucate.
Dans l'article suivant, la tragédie de Montségur sera rappelée par Jean-François Laffont.
C'était il y a 119 ans :
Le massacre de
Wounded Knee
par Morris Bull Bear (traduction : Claudine Bull Bear)

Morris Bull Bear
Le massacre de
Wounded Knee1 fut commis le 29 décembre 1890 près du village de Pine Ridge2
au sud-ouest de l’actuel État du Sud Dakota où le vieux chef Big Foot3 et
sa bande composée de trois cents Indiens, femmes, enfants et vieillards s’étaient
rendus pacifiquement.

le chef Big Foot jeune
Après le massacre des bisons par les hommes blancs la nourriture manquait. La faim et le froid terrible de cet interminable hiver avaient épuisé les vieillards, les femmes et les enfants. Aussi, étaient-ils venus se rendre.


Alors que tous les guerriers avaient été désarmés, les soldats ouvrirent le feu à cause d’un geste mal interprété de Big Foot. Le chef avait lancé en l’air une poignée de terre afin de signifier symboliquement la perte de liberté qu’impliquait l’enfermement dans une réserve.




le 7ème régiment de cavalerie
En 1868 les sept bandes du peuple Sioux avaient signé un traité avec le gouvernement des États-Unis. Ce traité garantissait la protection des colons, venus s’installer et bâtir leurs maisons sur le Territoire Indien, sans notre permission. Les Indiens devaient être rassemblés dans des parcelles – les réserves – choisies par le gouvernement qui pensait ainsi agir pour leur bien. Il prenait notre terre, le bien que nous considérions comme le plus important avec les bisons et maintenant il s’en prenait à nous, à notre spiritualité et à nos valeurs traditionnelles. Il voulait nous imposer l’apprentissage du métier de fermier afin de nous rendre civilisés. Les jeunes étaient forcés de quitter leur famille et leur milieu de vie pour aller à l’école des Blancs. Là, il ne leur était plus permis de parler leur propre langue, de suivre leur tradition, faute de quoi ils étaient cruellement punis4. Ainsi, dans tous les domaines, nous étions forcés d’abandonner tout ce que nous avions et ce que nous étions, les valeurs qui déterminaient notre mode de vie : le respect, la générosité, la sagesse, les rites sacrés et nos traditions. Nous abandonnions tous nos biens, allant vivre où le gouvernement nous disait de vivre, apprenant ce que l’homme blanc nous enseignait pour devenir « civilisés ». (à suivre) M.B.B.

La dépouille du chef Big Foot rigidifiée par le froid au matin du 30 décembre 1890

La fosse commune de Wounded Knee
_______________________________
1. Genou blessé
- 2. La Crête des pins
- 3. Grand Pied
4. Il faut savoir que ce peuple vivait libre dans les Plaines du Sud Dakota et, pour les jeunes, c’était une terrible épreuve que de se retrouver ainsi enfermés dans une école pendant des mois sans revoir leur famille – alors que la relation familiale est primordiale – ou, pire encore, être mis au cachot pour avoir transgressé les règles des Blancs, dont la principale était l’interdiction de parler la langue. S’ils désobéissaient, les enfants étaient obligés de manger du savon. Les garçons, comme les filles étaient habillés à la mode des Blancs, leurs nattes étaient coupées sans ménagement. Ils enduraient une vraie torture morale et physique. Tout était mis en œuvre pour leur faire oublier et perdre leurs racine (NdT : C.B.B)
09 mars 2009
12 octobre 1992 :
Nous sommes tous
des
STANDINGBEARICAINS

Sean StandingBear, géant de 2 m, et Roger Ladevèze à la mairie de Montauban
Sean Standing Bear est un Osage-Lakota, descendant du célèbre chef sioux Luther Standing Bear. rarement un " Ours-Debout " aura laissé d'aussi belles traces et récolté autant de beaux fruits en Midi-Pyrénées. Souvenirs...

12 octobre 1992, 8h35. Le Boeing 747 de l'American Airlines en provenance de Dallas, Texas se pose à Roissy-CDG. Sean Standing Bear détache sa ceinture, se lève et déclare solennellement devant les autres passagers stupéfaits : " Au nom de ma Nation Osage, je revendique la possession de ce nouveau monde que je viens d'atteindre et que je suis venu découvrir. Il s'appellera désormais STANDINGBEARICA et ses indigènes seront les sujets soumis à l'autorité des chefs de ma tribu. "

Le rappel répété en de nombreuses occasions de cette anecdote authentique a beaucoup fait sourire, chacun appréciant l'humour renversant de notre visiteur. En poursuivant l'inversion de la situation nous comprenions mieux ce qu'avaient pu ressentir, jour pour jour cinq siècles plus tôt*, ceux qui accueillirent les barbus casqués et armés de fer : une grande surprise et un énorme sentiment de dérision. Une vaste rigolade qui allait très mal tourner mais cela, ils ne le savaient pas.
Lorsque en 1683, Cavelier de La Salle descendant le Mississippi rencontra les Osages pour la première fois, il réédita l'exploit de son illustre prédécesseur, comme pour en célébrer, à neuf ans près, le bicentenaire. Il décréta annexer à la couronne de France le territoire qu'il venait de " découvrir " ainsi que toutes choses végétales, animales, Indiens compris, qui l'habitaient. Ce pays sans nom s'appellerait désormais LOUISIANE et ses habitants devraient obéissance au roi de France Louis XIV.

Le dernier trophée
C'est surtout contre cette frénésie de possession - de spoliation serait plus juste - que Standing Bear s'est prononcé tout au long de ces trois semaines passées en Tarn-et-Garonne. Au cours des cinq conférences qu'il y a données ainsi qu'à l'occasion des multiples rencontres avec les jeunes dans les établissements scolaires, il a souligné cette vérité toute simple : la terre n'appartient à personne, c'est l'homme qui appartient à la terre. L'association OK-OC peut être fière de la modeste part qu'elle a prise à la diffusion de cette idée en Occitanie. Merci à Sean Standing Bear d'être venu nous la rappeler ; nous sommes très honorés d'avoir été par lui " découverts " et d'être ainsi devenus les premiers Standingbearicains.
" Vous serez tenus de payer un tribut à mon peuple " a-t-il conclu, " le pain, le vin et le fromage !" C'est ce dont nous nous acquittons scrupuleusement depuis dix-huit ans sans jamais nous lasser.

Pour toi c'est " Monsieur Sauvage ", mon pote !
* 12 octobre 1492 : Christophe Colomb "découvre l'Amérique"
27 décembre 2008
Soigner le Monde (2/4)
Soigner la société
Lorsque les liens sociaux se distendent et que, l’harmonie détruite, l’agressivité se répand, il devient urgent de retrouver les équilibres. Les peuples originaires d’Amérique ont une longue expérience de rapports sociaux harmonieux basés sur le respect, la simple politesse, la courtoisie et l’honneur.
Ce sont ces valeurs amérindiennes que nos invités indiens pratiquent depuis toujours et qu’ils sont disposés à nous faire partager.

Lakota-Oglala à Montauban
Soigner l’économie
Les grands déséquilibres entre les économies des pays de l’hémisphère nord et ceux de l’hémisphère sud menacent gravement la paix dans le monde. Il est urgent d’en comprendre les causes.
La sagesse légendaire et l’expérience des Indiens peut nous aider à éclaircir certaines zones d’ombre.

Evo Morales, président de la Bolivie
Soigner la nature
Malade de pollution, de surexploitation, d’excès en tous genres, la nature ne doit plus être seulement considérée comme un fonds inépuisable, un espace de loisir, un lieu de repos et de ressourcement.
Elle forme un univers dont l’être humain n’est qu’un élément parmi les autres, ni plus ni moins important que le moindre petit insecte ou l’herbe la plus modeste. Le cercle de vie des Indiens d’Amérique nous invite à reconsidérer avec modestie notre position dans cet univers.

Le cercle de vie des Indiens d'Amérique
nous invite à reconsidérer avec modestie
notre position dans l'univers
27 septembre 2008
La promesse tenue !
RED CLOUD
![]()

" Ils nous ont fait beaucoup de promesses, plus que je ne puis me
rappeler, mais ils n'en ont jamais tenu qu'une : ils avaient
promis de prendre notre terre, et ils l'ont prise. "
(Red Cloud, Lakota Oglala)
Red Cloud est né en 1821 dans le Nebraska, près de la ville actuelle de North Platte, d'une mère Oglala et d'un père Brule.
Dans sa jeunesse il combattit les Pawnee et les Crow gagnant ainsi une solide expérience de guerrier.
Sa vie fut une longue suite de batailles et de combats des Sioux Lakota qu'il dirigea le plus souvent dans les Etats actuels du Montana et du Wyoming contre l'armée des Etats-Unis. La bataille la plus sanglante fut celle connue sous l'appellation de "bataille des 100 héros" au cours de laquelle un détachement entier du 81ème régiment de cavalerie et d'infanterie fut anéanti. En 1868 le traité de Fort Laramie mettait un terme à cette guerre en reconnaissant la victoire des Lakota et en acceptant le retrait total de l'armée du territoire lakota. On sait ce qu'il advint de ce traité...

Il mourut en 1909 à l'âge de 87 ans dans la réserve de Pine Ridge (Sud Dakota) où il est enterré.
En 2003, l'association Oklahoma-Occitania eut le privilège d'accueillir parmi ses invités du Printemps Indien Ed Young Man Afraid Of His Horses dont le trisaïeul avait combattu aux côtés de Red Cloud. Lorsqu'il revêtait sa tenue de cérémonie, Ed avait accroché sur son flanc droit un cor de cavalerie, un trophée conquis par son ancêtre lors de la "bataille des 100 héros"
Ed Young Man Afraid Of His Horses
En 2000, alors que je séjournais avec des amis à Pine Ridge, je fus invité à accompagner l'un de mes hôtes pour aller nous recueillir sur la tombe de Red Cloud. Mon ami prononça quelques mots en lakota et ensemble nous déposâmes une offrande de tabac sur la pierre tombale.
J-C.D.

La tombe de Red Cloud à Pine Ridge

07 août 2008
Histoire vraie...
Le corbeau blanc

![]()
Le soleil venait d’apparaître derrière la colline. Tout en finissant de tresser ses nattes, Nuage-Qui-Marche sortit sur la terrasse pour contempler les premiers rayons de l’aurore. Ensuite il adresserait sa prière à Grand-père Soleil et de grosses larmes couleraient des yeux de ce géant des plaines d’Amérique. C’était un rituel auquel il m’avait habitué depuis qu’il séjournait chez nous. Il faisait partie d’une délégation d’Indiens de la nation Osage venue d’Oklahoma afin de participer aux manifestations du Printemps Indien en Occitanie.
Comme je le rejoignais, il me montra un gros oiseau blanc et me lança, incrédule :
─ Regarde, je crois que c’est un corbeau !
─ En effet, c’est bien un corbeau, lui répondis-je et je complétai : c’est un corbeau blanc qui ne se sépare jamais de ses quatre congénères noirs. Il est toujours le premier à se poser et le premier à s’envoler. Je pense qu’il est leur chef.
Longtemps nous suivîmes les évolutions de la bande dont les furieux croassements s’efforçaient de chasser un groupe de pies de l’espace que les corbeaux ne semblaient pas disposés à leur céder. Des années durant, les Osages avaient dû, eux aussi, combattre pour défendre leurs territoires de chasse contre les Cherokee venus de l’est. Nuage-Qui-Marche m’avait raconté l’histoire tragique de son peuple osage, déplacé d’une réserve à une autre, toujours plus à l’ouest, jusqu’au Kansas puis en Oklahoma. Les fiers Osage avaient fini par céder devant la puissante cavalerie américaine, mais face aux Cherokee ils avaient résisté. « Cinq siècles de Résistance », tel était le thème que l’association Oklahoma-Occitania avait choisi pour ses manifestations de cette année 1992 alors qu’ailleurs d’autres commémoraient les cinq cents ans de la « Découverte de l’Amérique » par Christophe Colomb. Indiens et Occitans avaient connu des destins différents mais, d’une certaine manière, les deux peuples avaient livré un même combat : Montségur faisait écho à Wounded Knee.
Depuis plusieurs années, tout le quartier connaissait ce corbeau albinos et, passé le premier effet de surprise, plus personne ne s’en étonnait. D’ailleurs, n’y avait-il pas déjà un merle blanc dans la collection ornithologique du musée d’Histoire Naturelle de la ville ? Récemment, j’avais lu dans un journal de la presse indienne qu’un bison blanc était né au sein du troupeau de bisons sauvages de la grande prairie à Pawhuska, en Oklahoma, au pays des Osage. L’albinisme n’était qu’une particularité génétique parmi d’autres, apportant une réponse rationnelle à ce corbeau blanc que nous considérions ici comme une curiosité de la nature.


Le premier Osage à l’avoir observé s’appelait Ours-Debout. C’était en 1990 et nous connaissions l’existence de notre corbeau blanc depuis deux ans déjà. Bien qu’il ait été baptisé dans la religion catholique, Ours-Debout n’avait jamais cessé de prier Wa-Kon-Dah, le Grand-Mystère, Créateur de toutes choses, qu’avaient de tous temps vénéré ses ancêtres. Pour Ours Debout, la présence d’un corbeau blanc chez nous était un signe évident de Wa-Kon-Dah, celui d’une bénédiction sur ce coin de campagne aux portes de la ville. « Il vous protège », m’avait-il assuré.
C’est Bison-Ours, un Sioux-Lakota de la réserve de Pine Ridge dans le Sud Dakota qui m’a ouvert les yeux lors de son séjour chez nous de nombreuses années plus tard. Après m’avoir fait signe de m’asseoir, il m’a demandé :
─ Sais-tu pourquoi les corbeaux sont noirs ?
─ Parce que c’est un caractère génétique de leur espèce.
─ Et le blanc, comment l’expliques-tu ?
─ Par une anomalie génétique.
─ Le peuple Lakota-Oglala a une autre explication. Veux-tu la connaître ?
─ Bien sûr.
─ Autrefois, tous les corbeaux étaient blancs. Ils venaient souvent se poser à proximité des camps du peuple Sioux et disputaient aux chiens les restes de nourriture. Chaque année, en automne, ils émigraient vers le sud à la recherche d’un climat moins rigoureux. Tu dois savoir qu’au Sud-Dakota la température peut descendre jusqu’à 40 degrés au-dessous de zéro et que les chutes de neige sont importantes chaque hiver.
Une année l’un des chefs corbeaux réunit sa tribu et proposa de passer l’hiver sur place ; cela permettrait d’éviter la grande fatigue du voyage, les assurait-il. Ils n’auraient rien à craindre : de la neige ils avaient déjà la couleur qui leur permettrait de se fondre dans le paysage. Et enfin, n’étaient-ils pas parmi les plus intelligents de tous les êtres qui volent ? Ils n’auraient aucune difficulté à se nourrir.
Ce chef corbeau manquait de modestie (il se prenait pour un aigle) et il manquait aussi de courage (il préférait économiser ses forces). Il n’aurait jamais dû être chef. Peut-être l’était-il parce qu’il était beau parleur. Pour son malheur, la tribu Corbeau accepta de tenter l’expérience.
L’hiver arriva et avec lui, le blizzard la neige et le froid glacial. Les corbeaux, transis, n’eurent d’autre solution pour se réchauffer que d’aller se poser sur les perches au sommet des tipis afin de profiter de la chaleur du feu. Et comme il n’y a guère de feu sans fumée ni de fumée sans suie…

─ Voilà, conclut Bison Ours, la véritable raison pour laquelle les corbeaux sont noirs de nos jours.
─ Et le corbeau blanc ?
─ C’est à toi de trouver l’explication, me dit-il.
Mon interprétation génétique de l’albinisme venait, comme on dit, « d’en prendre un sacré coup dans l’aile ». La fraîcheur poétique du récit de Bison-Ours me fit l’effet d’une douche. Mais oui, bien sûr, telle était la bonne explication : le corbeau blanc était un chef. L’un de ces chefs qui disent non et entrent en résistance lorsque leur peuple suit aveuglément les discours fanatiques.
Bientôt je répondrai à Bison-Ours ce que je pense être la vérité. Le corbeau blanc de mon quartier est un vestige, un survivant, l’un des rares représentants dans le monde de ce qu’était autrefois la gent des corvidés. Il porte en lui la sagesse et la tradition de son peuple et les partage avec ses semblables.
Le jour viendra où tous les corbeaux retrouveront leur blancheur d’origine et la sagesse régnera enfin en ce monde qui est devenu si noir.
JCD. Montauban - 12 septembre 2001

NB) – Ce récit n’est pas un conte ; le corbeau blanc est toujours en vie, les faits rapportés sont authentiques et les personnages existent réellement. Seuls leurs noms ont été changés.
22 janvier 2008
polémique chez les Sioux...
La
controverse des Lakota
Dans un précédent article daté du 8 janvier (lire ci-après)
nous avons reproduit une dépêche de l’AFP (du 2 janvier) annonçant le retrait
des Lakota de l’union fédérale des Etats-Unis d’Amérique.
Nous sommes allé vérifier cette information auprès de nos
correspondants de la réserve de Pine Ridge (Sud Dakota) qui nous ont fait part
de leur étonnement en nous affirmant que personne de leur entourage ni de leur
voisinage n’était au courant de cette affaire. Peu après nous avons reçu
d’autres informations, notamment publiées dans le journal Lakota Country Times
(du 10-16 janvier 2008 en page 1 et A2) et dans un blog dont voici l’adresse : http://topinambours.over-blog.com/categorie-1009452.html
Le croisement de ces diverses sources fait ressortir une
virulente polémique de laquelle nous nous tiendrons évidemment à l’écart mais
qui rappelle la querelle historique entre les irréductibles guerriers et
les Indiens qui-traînent-autour-du-fort (comprenez : les collabos)
Rappel des faits :
(Lakota Country Times) Le 19
décembre 2007 un groupe de quatre personnes se dénommant La Délégation pour la
Liberté Lakota a tenu une conférence de presse à l’église de la congrégation de
Plymouth à Washington, DC au cours de laquelle ils ont annoncé un plan de
retrait de tous les traités signés par les tribus indiennes avec les
Etats-Unis. Russel Means, Duane Martin, un activiste de longue date, Phyllis
Young et d’autres membres de La délégation pour la Liberté Lakota ont remis un
document au ministère de l’Intérieur proclamant la naissance d’une nouvelle
nation nommée Lakotah qui revendique un
territoire dans cinq Etats dont tout l’ouest du Sud-Dakota.

Dans un communiqué de presse,
Rodney Bordeaux, président de la tribu Sioux de Rosebud, déclare
ne pas être d’accord avec le point de vue de Russel Means favorable a un
retrait des tribus sioux des traités de 1851 et 1868. « Nos grands-pères
ont combattu et sont morts pour ces traités ; ils sont la colonne
vertébrale des relations entre les tribus sioux et le gouvernement des Etats-Unis.
Ils protègent les terres qui nous restent, notre eau, nos ressources, nos
droits et notre souveraineté. »
Rodney
Bordeaux, s'empresse de rappeler que Means et ses comparses « n'agissent qu'en leurs noms propres. Ils ne sont pas venus
au conseil des Rosebud
pour
chercher notre soutien et nous ne les soutenons pas. Les Rosebud vivent
sur 360 000 hectares qui restent des 1,45 millions originaux de leur réserve. Les traités n'ont pas été respectés mais cela reste une
base sur laquelle nous nous appuyons. L'initiative de Means pourrait ruiner les efforts
des Indiens légalistes. »
Topinambours.over-blog.com : Des collabos, d'après l'activiste (Russel
Means) qui ne mâche pas ses mots à l'égard des chefs de la Nation Sioux :
« Je ne représente pas les indiens
qui-traînent-autour-du-fort, les collaborateurs d'un système qui perpétue notre
pauvreté, notre misère et nos maladies, en un mot, notre génocide. Ils en sont
les acteurs et les premières victimes. Le moindre de mes soucis est l'opinion des vendus! » Il rappelle que la République Lakotah est légale
conformément à l'article 6 de la constitution américaine ainsi qu'à la
déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples indigènes, notamment.
« Il y a assez de vent sur notre terre pour
produire de l'électricité pour toutes les villes américaines,
s'enthousiasme Means, Nous sommes en négociation avec des investisseurs qui
veulent mettre en place des éoliennes et développer le solaire, car le soleil
brille 300 jours par an sur le Dakota. »

(Lakota Country Times) : Moses
Brings Plenty, descendant de Crazy Horse, est un Lakota né à la réserve
de
Pine Ridge. Jeune leader spirituel, il porte en lui la voie de ses ancêtres
et se considère comme un guerrier du Grand Esprit. Sa priorité est de
promouvoir la culture Lakota et d'aider les jeunes. Selon lui, tous les enfants
sont précieux et la question ne doit plus être celle des races mais de l'égalité.
« Ce que disent ces personnes c’est ce que j’ai entendu autour de la
table familiale quand j’étais gamin. Mais ils ne représentent qu’eux-mêmes. Je
suis surpris de voir toute cette publicité qui est faite dans la presse autour
de cette initiative. »
Rodney Bordeaux ajoute : «
quatre individus n’ont pas le droit d’abuser le monde entier avec une
prétendue République indépendante du Lakotah qui obtiendrait la reconnaissance
des autres pays.»
Brings Plenty
D’une famille de la réserve de Pine Ridge : « Il faut savoir que Russel M. est un personnage assez coléreux et
ici il est vrai qu'il a bien essaye de lancer ce projet que personne n'a suivi évidemment, quand on sait que tant de
gens ont besoin de
toutes les aides proposées et dont les gens
jouissent ici et en ont vraiment besoin. Lui peut probablement faire
sans et a les moyens de s'en priver mais ici vous savez bien que beaucoup en dépendent....
son projet ne peut
aboutir et n'a rien donné. »
08 janvier 2008
Le retour de Crazy Horse
Les descendants de Sitting Bull réclament des terres
( Agence France-Presse Le mercredi 02 janvier 2008 )
Washington
Les représentants de la nouvelle République des indiens Lakota, véritable nom des Sioux, ont annoncé mercredi réclamer des terres au gouvernement américain, un peu plus de deux semaines après avoir rompu les traités signés par leurs ancêtres avec les États-Unis.
|
«Nous déposons aujourd'hui un recours contre la
propriété de terres par les États-Unis représentant approximativement
60 millions d'acres (24,3 millions d'hectares)», a indiqué à l'AFP
Russell Means, responsable du gouvernement provisoire du Lakota, joint
par téléphone à Rapid City, dans le Dakota du Sud (nord-ouest).
«Ce
recours empêchera de procéder à l'avenir à l'extraction, l'exploitation
du bois, le prélèvement de notre eau», a ajouté ce représentant des
indiens Lakota auxquels appartenaient notamment les grands chefs
Sitting Bull et Crazy Horse.
Cette revendication intervient
après que les indiens Lakota eurent rompu unilatéralement, le 19
décembre, les traités signés par leurs ancêtres avec les États-Unis il
y a plus de 150 ans et déclaré l'indépendance de leur nation.
Leur représentant avait précisé alors que des passeports et des permis de conduire seraient délivrés à tous les habitants du territoire s'ils renonçaient à leur nationalité américaine.
«Nous avons indiqué
dans notre message au département
d'État que s'ils n'agissaient pas de
bonne foi, nous allions mettre en oeuvre ce recours», a ajouté M. Means.
«Nous agissons ainsi parce qu'au bout de plus de deux semaines, personne (au sein du gouvernement) ne nous a contactés. Je sais que le président est en vacances, mais il est toujours en vacances», a-t-il lancé.
29 septembre 2007
Marcel Bull Bear
Voici pourquoi je m’appelle Marcel
(par Marcel Bull Bear)
Une rencontre
avec Marcel Bull Bear est de celles que l’on n’oublie pas. Ce privilège
m’a été donné l’été dernier dans la réserve lakota au pow-wow de Pine
Ridge (Sud Dakota). Le peuple lakota s’y retrouve par familles entières,
fraternellement mêlé aux autres nations indiennes venues en amies. Marcel Bull Bear est
à la tête de cette formidable organisation. En d’autres lieux, cela supposerait
agitation, coups de gueule et autres signes d’énervement. Ici, rien de tel. Marcel
Bull Bear est un calme. Il semble n’avoir rien de mieux à faire que venir me parler
à la demande de son frère cadet Morris Bull Bear. "Je porte un prénom français et
vous êtes français, peut-être aimeriez-vous connaître la raison pour laquelle je
m’appelle Marcel ?", m’a-t-il gentiment proposé.
Jean-Claude Drouilhet
Marcel (g) et Morris Bull Bear au pow-wow de Pine Ridge (Sud Dakota)
Marcel Bull Bear
« Mon nom est Marcel Bull Bear. C’est mon père qui a choisi mon prénom français, voici dans quelles circonstances :
Durant la deuxième guerre mondiale il fut incorporé dans les troupes aéroportées. C’est ainsi qu’en 1944 son unité fut parachutée de nuit au-dessus de la Normandie. Comme ils étaient mitraillés, les paras tiraient pour se défendre, mais beaucoup furent tués cette nuit-là. Le hasard voulut que mon père atterrisse dans un arbre où les cordages de son parachute s’emmêlèrent. Il avait tiré toutes ses cartouches et se trouvait dans une position très inconfortable, à court de munitions, donc très vulnérable. Au petit matin il était encore suspendu dans son arbre redoutant à chaque instant de voir arriver des soldats ennemis.
Dans l’après-midi deux hommes surgirent, avançant prudemment. Mon père comprit qu’il s’agissait de soldats de l’ombre, de maquisards français. Sans doute épuisés, ils s’allongèrent sous l’arbre et l’un d’eux s’endormit pendant que l’autre montait la garde. A bout de forces, mon père se résolut à appeler :
– Monsieur... Monsieur... Monsieur... , trois fois !
Le maquisard leva la tête et braqua son arme avant de se rendre compte qu’il s’agissait d’un G.I., d’un parachutiste américain.
– Je suis coincé, reprit-il, je n’ai plus de munitions, aidez-moi.
Les deux Français se regardèrent puis l’un d’eux entreprit de grimper dans l’arbre, coupa les branches et les liens qui emprisonnaient mon père. Descendu à terre celui-ci leur serra la main très chaleureusement et dit ensuite à son sauveur :
– Merci, mon ami, de m’avoir sauvé la vie. Quel est votre nom ?
– Marcel.
– Si je sors vivant de cette guerre, je promets de donner le prénom de Marcel au premier fils qui naîtra dans ma descendance.
A la fin de la guerre mon père rentra chez lui et je vins au monde. Il dit alors à ma mère : “Nous l’appellerons Marcel en souvenir de ce patriote français à qui il doit d’avoir un père en vie.”
C’est cette histoire que je désire faire connaître aux gens de chez vous. Pour moi, cette époque a un sens particulier, elle est gravée au plus profond de moi et me parle chaque jour comme le prénom qui m’habite et qui m’est cher. J’essaie de conserver les valeurs que mon père m’a inculquées : être un homme de bien, dévoué aux personnes et à la communauté. C’est ce que j’essaie d’être.
Je veux partager
cette histoire avec les lecteurs de votre journal et je leur dis “ Wopila”,
merci. »
Pow-wow de Pine Ridge - Eté 2001
23 septembre 2007
Le chef Bull Bear
L'origine du nom Bull Bear

le chef Bull Bear
< Morris Bull Bear est un Indien
Sioux de la Nation Lakota, l’une des plus célèbres parmi les Indiens des
Plaines dont les chefs les plus connus étaient Crazy Horse et Sitting Bull.
Morris a vécu son enfance et sa
jeunesse dans la réserve lakota de Pine Ridge dans le Dakota du Sud. Il y a été
éduqué dans le respect de la tradition de ses ancêtres et la connaissance de
l’histoire de son peuple. C’est là qu’il a rencontré une jeune Française,
Claudine, qu’il a épousée en France.
Depuis quelques années le couple
vit dans le sud de la France où leur sont nées deux ravissantes fillettes : Wohpe
(Etoile Filante) et Océane
Morris Bull Bear nous a raconté l’histoire de son arrière arrière arrière-grand-père qui fut le premier de sa lignée paternelle à être nommé Bull Bear (littéralement Taureau Ours, en fait ce serait plutôt Bison Ours).
Bull
Bear était un chef de guerre sioux qui devint plus tard le grand chef des Sioux
Lakota-Oglala. Un voyageur allemand qui l’avait rencontré en 1839 le décrivit
comme étant « plutôt âgé, trapu, d’une stature épaisse […], bon ami des
Blancs, très apprécié et respecté des marchands ».
L’origine
de son nom mérite d’être connue.
On sait que les noms étaient traditionnellement
attribués en fonction d’événements marquants de l’histoire personnelle de
chaque individu. Un jour donc, alors qu’il était encore un jeune chasseur,
l’ancêtre fut le témoin d’un combat singulier entre un ours et un bison mâle.
Le taureau éventrait l’ours, lequel enserrait son adversaire dans ses terribles
griffes. Le jeune chasseur décocha une première flèche qui foudroya le bison.
L’ours entreprit alors de dévorer sa prise. Une seconde flèche interrompit le
dépeçage et l’ours s’effondra à son tour.
C’est ce splendide doublé au cours d’une partie de
chasse qui valut à son auteur ce nom prestigieux que portent aujourd’hui ses
descendants avec une fierté bien légitime.
Son influence grandissant au sein de la tribu, Bull Bear suscita la jalousie et bien des inimitiés dont l’une lui fut fatale : en novembre 1841 il mourut assassiné.

Whope Bull Bear












