18 mars 2009
Au temps de la Louisiane...
Quand les Osages parlaient français…
Après avoir évoqué, dans un précédent article, l’usage de la langue française au début du 19ème siècle, par de nombreux Osages, voici aujourd’hui d’autres éléments qui confirment cette pratique.
Voyons d’abord la toponymie. On se souvient peut-être de ce que le territoire des Osages recouvrait en partie les états actuels du Missouri, du Kansas, de l’Oklahoma et de l’Arkansas. C’est à l’est de ce territoire que se situaient leurs villages permanents. Les cartes actuelles montrent encore des traces de cette influence linguistique. Gasconade est le nom d’une rivière, d’une ville et d’un comté du Missouri.

une entrée de la petite ville de Gasconade (Missouri)

La rivière Gasconade
Tout près de là, à l’est, on trouve le village de Beaufort, et à l’ouest celui de Chamois. Au sud de Saint Louis on a Bonne Terre, Des Arc, Desloge ; au nord La Grange, La Belle ; au sud ouest Ozark (Aux Arcs ?), etc. Quant à la rivière Osage elle s’est longtemps appelée de son nom français de Marais des Cygnes.
Mais, c’est dans les patronymes qui sont passés dans l’histoire que l’on a les plus belles surprises. Evidemment, la plupart étaient des chefs, ceux qui signaient les traités notamment et dont le nom figure au bas des documents. En fait, ne connaissant pas l’écriture, les Osages « touchaient la plume », c’est à dire s’en servaient pour tracer leur marque.
Que penser
d’un chef nommé Sans Nerf, sinon qu’il devait en toutes circonstances
garder son sang-froid et contrôler ses émotions ?
Un autre chef, du nom de Sans Oreille, avait peut-être subi quelque mutilation guerrière, à moins qu’il fût sourd… ou fasse semblant de l’être.
Il y avait aussi le chef Jean Lafon. Voilà qui va faire plaisir à quelques Occitans qui nous lisent.
Il n’est pas jusqu’au célèbre chef Pawhuska qui ne soit quelquefois référencé sous la traduction française de son nom : Cheveux Blancs.
chef Pawhuska

Soldat du Chêne
Citons en vrac quelques noms de guerriers devenus célèbres : Soldat du Chêne, Grande Piste, La Vente, Petit Feu et le plus poétique de tous : Queue de Vache.
Enfin, mesdames, pour le dessert, je vous ai gardé les plus rigolos. Ils étaient chefs
et avaient noms Petit Oiseau et Belle Oiseau. De vrais chefs, vous
dis-je !
chef JC
21 septembre 2008
Un grand explorateur du Missouri :
Etienne Venyard de Bourgmont
et les Osages

Au début du 18ème siècle, les Français pensaient avoir bien choisi leurs alliés indiens. La tribu Osage occupait, sur la rivière Missouri, une position stratégique qui interdisait à d’autres toute exploration, tout commerce et expédition militaire. Les voies navigables étaient les seules qui permettaient de se déplacer à travers la nature sauvage aussi les Français fournissaient-ils les Osages en fusils à pierre et en chevaux en échange de la liberté de circulation sur la rivière.

Avec ces avantages, les Osages étaient
capables de dominer les autres tribus. La répétition des succès militaires et
l’insistant désir des Européens à commercer rendirent les Osages de plus en
plus agressifs dans leurs relations avec leurs voisins indiens et extrêmement
arrogants envers tout le monde, y compris leurs alliés français.
Les compagnies de fourrures envoyaient les coureurs des bois (trappeurs et négociants) dans des expéditions
commerciales vers les autres tribus. Les Osages, sûrs de leur propre pouvoir et
déterminés à empêcher les guerriers ennemis d’obtenir des fusils, attaquèrent
les expéditions françaises à diverses reprises. Ils s’emparèrent des mousquets
et des munitions des négociants qui n’avaient pas encore atteint leur
destination et des fourrures de ceux qui rentraient chez eux. Les protestations
outrées des Français ne produisaient que de molles dénégations des Osages qui
se rendaient compte que ces incidents seraient vite oubliés et passées en
pertes et profits afin de maintenir intacte la bonne volonté de la tribu.
En 1723, le roi de France envoya Etienne Veniard, Sieur de Bourgmont,
afin d’établir des alliances avec les autres tribus et maintenir les Osages en
respect. Le choix de cet homme fut excellent pour une tâche difficile.
Onze années plus tôt, alors qu’il commandait le Fort du Détroit (l’embryon de l’actuelle ville de Detroit), Bourgmont avait accueilli une bande de guerriers osages venus aider la garnison française alors qu’elle était assiégée par des tribus hostiles. Bourgmont avait été tellement impressionné avec ces redoutables guerriers géants qu’il alla leur rendre visite dans leurs villages après que Fort Detroit fut sauvé.

Il vécut parmi les tribus Osage et Missouri pendant trois ans et eut un
fils avec une femme de cette dernière tribu. Les Indiens respectaient et
aimaient Bourgmont. Il était plus grand que la plupart des Français et
possédait une personnalité remarquable. Il partit seulement quand il fut
rappelé en France afin d’y recevoir une décoration royale pour son action en
pays indien.
Quand Bourgmont revint en Amérique du Nord en 1723, son premier travail fut de superviser la construction de Fort Orléans. Cet été-là, il organisa et conduisit une expédition de 64 Osages et 100 Missouris à l’ouest, vers le territoire de la tribu Kansas. Quand plusieurs de Français, Bourgmont inclus, tombèrent malades avec une forte fièvre, les Osages, interprétant cela comme un mauvais présage, désertèrent l’aventure pour entreprendre leur chasse d’automne. Pas plus cette désertion que sa maladie ne purent dissuader Bourgmont de poursuivre sa mission. Il négocia une alliance avec les tribus Comanche, Missouri, Kansa, Otoe et Osage qui leur demandait de vivre en paix et en amitié. Il pavait ainsi la voie d’une plus grande expansion française.

22 août 2008
Pierre Laclède :
La fondation de Saint Louis (Missouri)
par un Occitan
Aujourd'hui capitale de l'état du Missouri, Saint Louis est une ville de 355 000 habitants. Elle fut autrefois capitale de la (grande) Louisiane et le point de départ de la conquête de l'Ouest. Située près du confluent du Mississippi et du Missouri elle a été un important centre commercial à une époque où les voies fluviales étaient le seul moyen de traverser cet immense pays.



La ville a été fondée le 15 février 1764 par un commerçant français : Pierre Laclède . L'année suivante elle devenait la capitale de la Haute-Louisiane puis le siège du diocède épiscopal de Louisiane avec un évêque qui devait par la suite être nommé à Montauban : Mgr Louis Guillaume Dubourg, lequel, comme on sait, devait en 1829 recueillir et aider au retour les trois Osages perdus. L'histoire de Saint Louis est donc doublement liée à Montauban et à l'Occitanie : en la personne de l'évêque Dubourg et celle d'un Béarnais (donc un Occitan) : Pierre de Laclède. Pour lire l'histoire de l'origine de l'association OK-OC, il suffira de cliquer sur http://oklahoccitania.canalblog.com/archives/origine_de_l_association_oklahoma_occitnia/index.html

Le château (17ème siècle) de la famille Laclède à Bedous (Pyrénées Atlantiques)
Pierre de Laclède qui se faisait aussi appeler Pierre Laclède Liguest, était né le 22 novembre 1724 à Bedous. Il était instruit et connu pour ses talents d’escrimeur. Après une brève carrière militaire, voyageant pour son plaisir, il arriva à la Nouvelle-Orléans en 1755.
Commerçant de fourrures à la Nouvelle Orléans, il tomba amoureux de Marie-Thérèse Bourgeois, que son mari le sieur Chouteau avait abandonnée à la Nouvelle-Orléans avec son jeune fils. Il fit du garçon, Auguste Chouteau, son pupille et l’employa dans son bureau. Avec Gilbert-Antoine Maxent, négociant de la Nouvelle-Orléans, il reçut du gouverneur de Louisiane le monopole du commerce des fourrures avec les Indiens du fleuve Mississippi et de son affluent, le Missouri.
Marie-Thérèse Bourgeois
Il remontera en 1763 avec sa famille et ses compagnons Auguste Chouteau et Sylvestre Labbadie le Mississippi et atteignirent le point où il rencontre le Missouri. Il choisit un endroit approprié, situé 30 kilomètres en aval et y fondera un comptoir qu’il appelera Saint-Louis , en l’honneur du « Saint Aïeul de notre Roi ». Les travaux de construction commencèrent en 1764, dirigés par Auguste Chouteau.
Auguste Chouteau
A la fondation de Saint-Louis, Laclède fit une prophétie : "I have found a site on which to form my settlement which might hereafter become one of the finest cities in America."( "J’ai trouvé un site sur lequel m’y installer et qui pourrait devenir l’une des plus belles villes en Amérique." )
Il mourut le 27 mai 1778 en descendant le fleuve Mississippi à Arkansas Post.
Dans le centre de Saint-Louis, un quartier très animé en bordure du Mississippi porte le nom de Laclede’s Landing, en son honneur. De nombreuses entreprises de Saint-Louis portent son nom. Un comté de l’État du Missouri s’appelle Comté de Laclede.



Laclede's landing : l'endroit où Laclède débarqua en novembre 1724

"Gateway Arch" à Saint Louis ; la célèbre porte qui célèbre l'ouverture vers l'Ouest
14 novembre 2007
Histoire de la tribu Osage (1/3)
Histoire de la tribu Osage
(1ère partie)
Durant les années 1920, les journaux de tout le pays écrivirent des
articles qui placèrent les Indiens Osages au premier plan de l’actualité.
Située dans la partie nord-est de l’actuel Oklahoma, leur réserve était devenue
une véritable fontaine d’or noir. Les royalties du pétrole versées à la tribu
en 1920, attribuaient à une seule famille composée d’un chef de famille doté d'un lotissement,
de son épouse et de trois enfants un revenu annuel de 40 000 dollars. Harcelés
par des centaines de démarcheurs, vendeurs et colporteurs, beaucoup d’Osages
dilapidèrent imprudemment leur richesse. Des histoires ahurissantes
circulaient, selon lesquelles ils se faisaient construire de somptueuses
résidences mais continuaient à dormir sous la tente; ou encore qu’ils
achetaient des luxueuses voitures bien qu’ils ne sachent pas les conduire. Pour
la plupart des Américains, ces récits sensationnels résumaient leur seule
connaissance qu’ils aient du peuple Osage. Hélas ! ils ne savaient pas que la
tribu avait un ancien et glorieux héritage dont elle était fière, un ensemble
de traditions des plus riches de tous les groupes ethniques du pays.
D’après la mythologie osage, Wa-Kon-Da, la force de vie de l’univers,
ordonna aux ancêtres de la tribu qui vivaient dans le monde des étoiles de
descendre sur terre pour aller y habiter.
Après une longue errance, le peuple du ciel rencontra un autre peuple qui
vivait déjà sur la terre. Aussitôt le peuple de la terre et celui du ciel s’unirent en une seule tribu qui se donna comme nom « Les Enfants des Moyennes Eaux » ou plus humblement « Les
Petits ». Au commencement de l’histoire des Osages, un conseil des Vieux-Petits-Hommes fut constitué, rassemblant les prophètes et les sages de la
tribu. Ils avaient pour tâche d’organiser dans ses moindres aspects la vie de
la tribu en puisant leur inspiration dans la contemplation des grands mystères
de l’univers afin d’interpréter et concrétiser les manifestations de Wakonda.
Les légendes de la tribu racontent que les anciens Osages vivaient
autrefois à l’est du Mississippi, d’abord dans la région de piémont de l’Etat
de Virginie, ensuite dans
la vallée de l’Ohio. Des documents français et de récentes recherches
archéologiques concordent sur le tracé de ce parcours d’errance de la période
précolombienne mais, plus important, ils suggèrent que les Sioux Dhegiha – la
famille linguistique à laquelle appartiennent les Osages – avaient atteint un
niveau d’expression culturelle jamais égalé au nord du Mexique. Plus tard des
attaques et des invasion par des Indiens venus de l’est, particulièrement des
Iroquois mit un terme à cette culture élaborée et sophistiquée et obligea ses
peuples à fuir vers l’ouest.
Les Osages étaient devenus un
peuple mûr formant une société évoluée. Ils suivirent l’Ohio jusqu’à son
confluent avec le Mississippi, puis ils remontèrent ce puissant fleuve jusqu’à
sa jonction avec le Missouri. Ils remontèrent ensuite le Missouri jusqu’à la
rivière qui porte maintenant leur nom : la rivière Osage.
En 1673 les Osages occupaient l’ouest de l’actuel état du Missouri, un
pays de collines boisées et escarpées, couvertes au nord de prairies ondulantes
et à l’ouest d’infinies plaines à bisons. Arès une période de découragement due à la migration, les Osages
comprirent, en voyant la luxuriance de leur nouveau territoire, que Wa-Kon-Dah
ne les avait pas abandonnés.
Leur nouvel environnement amena les anciens de la tribu à poser les bases
d’une culture assez différente de celle qu’ils avaient auparavant lorsqu’ils
vivaient plus loin vers l’est. Ils ne vivraient plus seulement de chasse et de
cueillette comme avant mais aussi d’agriculture. Dans des champs d’une
superficie moyenne d’un tiers d’acre par personne, les femmes de la tribu
cultivaient principalement du maïs mais aussi des courges, des haricots, des citrouilles
et des pommes de terre. Ils complétaient leur régime avec des pawpaws, des
cenelles, des raisins, des kakis, des noix, des noix de pécan et des glands.
Mais le plus important était encore la viande des cerfs, dindons, chiens de
prairie, skunks et bisons.
Pour le trouver, le tuer et le préparer le bison requerrait la coopération de la
tribu entière. Chaque automne et chaque printemps des éclaireurs partaient
localiser les troupeaux dans les plaines de l’ouest, tandis que les principaux chef choisissaient les emplacements des
camps de chasse qui seraient bientôt occupés par une majorité de la tribu. A un
instant, décidé avec précision, les chasseurs s’approchaient prudemment du troupeau,
face au vent et formaient un cordon de compagnons qui, au signal, provoquait
la panique dirigée vers une falaise. Au bas du canyon, d’autres chasseurs
achevaient les animaux assommés ou blessés et les découpaient « sur la peau »,
conservant avec soin chaque partie de la carcasse. Non seulement le bison
procurait la nourriture mais il fournissait aussi les habits, des ustensiles,
des ornements et même de la colle.
Principalement constitués de tipis couverts de peaux de bisons, les camps
de chasse au bison contrastaient ave les villages permanents. Sur la rivière
Osage, les Petits arrangeaient leurs
habitations semi-permanentes, au moins lors des cérémonies, en deux groupes
représentant les grandes divisions de la tribu. Les chefs de chaque division
résidaient à l’opposé l’un de l’autre par rapport au centre du village.. L’habitation
caractéristique suivait un plan au sol, soit circulaire, soit ovale et était
construite avec de jeunes branches de noyer blanc plantées dans le sol,
attachées au sommet, entrelacées de plus jeunes rameaux et recouvertes de peaux
de bison. Une ouverture était pratiquée au sommet pour l’évacuation de la
fumée. L’ouverture était à l’est. Quoiqu’elles soient habituellement de
dimensions modestes, ces loges pouvaient cependant atteindre cent pieds de long
sur vingt de large et dix de haut.
Bien qu’ils aient la réputation de pouvoir marcher ou courir sur de longues distances, les Petits utilisaient les chiens pour
le transport de leur matériel. Ces
animaux, omniprésents, étaient chargés de ballots ou bien tiraient les fameux
travois à l’occasion des campagnes de chasse semestrielles. Les chevaux, bien
entendu, remplacèrent les chiens au début du 18eme siècle lorsque les Osages
furent en mesure de s’en procurer dans les tribus du sud et de l’ouest. Le
cheval donnait au Petits une
autonomie incomparable et une grande mobilité mais il ne fut jamais aussi
important dans leur culture que chez les Cheyennes ou les Comanches. Toutefois,
le guerrier osage était un excellent
cavalier qui ne manquait pas d’allure.
Du point de vue de l’apparence, les Petits étaient – et sont encore –
incomparables. Washington Irving qui a soigneusement observé les Indiens
d’Amérique, les décrivait comme « les plus beaux Indiens...de l’Ouest. » Les
hommes atteignaient parfois des tailles de six pieds et demi et étaient
parfaitement proportionnés. Leurs visages avaient des traits harmonieux, leurs
mouvements gracieux, leur torse bien développés, leur taille mince et leurs
membres élancés. Ils se rasaient la tête à l’exception d’une mèche de scalp de
deux ou trois pouces qui descendait du sommet de leur crâne jusqu’au cou. Vêtus
de pagnes en peaux de daims, de jambières et de mocassins, les hommes Osages
peignaient et tatouaient leur corps et portaient anneaux d’oreilles et
bracelets.
Les femmes étaient beaucoup plus petites que les hommes, plus
potelées mais bien bâties. Elles
portaient leurs cheveux longs et libres, elles tatouaient leurs corps encore
plus souvent que les hommes et se paraient de boucles d’oreilles et de
bracelets. Comme les hommes elles confectionnaient leurs vêtements – robes,
leggings et mocassins – avec de la peau de cerf.
Les anciens Osages avaient une structure sociale et gouvernementale élaborée. La tribu était
organisée en deux grandes divisions, les gens du ciel (Tzi-sho) et les gens de la terre (Hunkah). Ces grandes divisions étaient elles-mêmes subdivisées en
vingt et une unités plus petites, appelées clans, chacune portant un nom
emprunté au règne animal ou à quelque phénomène cosmique. Ces divers clans
avaient un cérémonial particulier ainsi que de réelles prérogatives,
spécialement pendant les chasses au bison, les expéditions guerrières ou les
cérémonies de donation du nom aux enfants. De plus, un clan, dans chaque
division était responsable de la sélection du chef. Désignés à vie, les deux
chefs avaient un pouvoir égal, mais celui qu’avaient choisi les gens du ciel
occupait la fonction de chef de paix, tandis que celui qu’avaient choisi les
gens de la terre servait en tant que chef de guerre. Bien que leur pouvoir soit
absolu, les chefs n’étaient en aucune manière des autocrates et ils prenaient
leurs décisions après s’être éclairés des délibérations des
Vieux-Petits-Hommes.
Ces structures gouvernementales avaient une grande importance, mais le
foyer familial constituait la véritable base de la société osage. Les hommes
choisissaient leurs épouses parmi les femmes de la grande division dont ils ne
faisaient pas partie. Le mariage était principalement motivé par des
considérations matérielles notamment par l’achat de la fiancée au père. La
cérémonie consistait seulement en une fête pour les hommes de la famille de la
jeune fille. La polygamie était pratiquée chez les Osages ; quand un homme se
mariait il avait des droits de mariage sur les sœurs de son épouse. Le divorce
était facile à obtenir bien qu’une femme dure au travail puisse rarement se
retrouver sans mari. Un mari avait le droit de tuer une épouse infidèle, bien
que l’adultère ne fut pas si rare et que la promiscuité fut fréquente. Les
enfants issus du mariage appartenaient à la division et au clan de leur père,
ce qui faisait de la tribu osage une société patrilinéaire.
Les Petits manifestaient une profonde foi religieuse. A l’aube de leur
préhistoire les Petits avaient admis
que Wa-Kon-Da était le créateur de toute vie, et qu’il était partout, présent à
l’intérieur de toute chose, sur terre comme dans l’univers. Etre en harmonie
avec La Force de vie – Wa-Kon-Da –, était le but de chaque Osage. Chaque matin,
midi et soir, montaient vers Lui les prières demandant une bonne santé et une
longue vie, la protection au combat et les directives pour la journée. Cette
dépendance chronique des Osages envers Wa-Kon-Dah s’exprimait en des rituels
élaborés qui lorsqu’ils furent fixés par l’écriture donnèrent lieu à une
littérature d’une sensibilité et d’une dévotion jamais égalées
Les cérémonies, la tradition et le symbolisme étaient aussi très importants dans la vie des Enfants des Moyennes Eaux. Ils avaient des cérémonies particulières pour la paix, pour la guerre et pour la donation du nom aux enfants. Un rite élaboré des chefs protégeait un récit oral de l’organisation du gouvernement civil à l’aube de l’histoire tribale. Le Faucon était un symbole pour la tribu ; il avait été choisi par les Vieux-Petits-Hommes à cause de son courage, sa rapidité, son silence et sa propreté. Avec la peau de cet oiseau sacré les Osages faisaient des lieux saints pour célébrer le courage des guerriers de chaque groupe de la tribu. Le tabac avait aussi une signification importante dans les cérémonies : il n’était jamais fumé sans que des prières n’aient été préalablement psalmodiées vers Wa-Kon-Da.

La guerre était une autre partie constitutive du mode de vie des anciens Osages. Bien qu’étant foncièrement un peuple pacifique, le devoir de vengeance, la soif d’honneurs ou de glorieuses distinctions incitaient les Osages à engager un conflit contre leurs voisins. En de telles occasions les Vieux-Petits-Hommes, lors de leur assemblée quotidienne tenaient la cérémonie de la pipe de guerre, choisissaient le chef de l’expédition guerrière puis, après les jeûnes, d’autres rites et des prières à Wa-Kon-Da, lançaient le groupe de guerriers vers l’ennemi. La mission devait obéir à des règles précises. Si l’issue en était victorieuse, elle se concluait par des réjouissances de toute la tribu. Cependant la guerre n’était qu’un mal nécessaire, et bien que tous les hommes soient à la recherche de faits glorieux, le plus grand honneur était réservé à ceux des guerriers qui excellaient dans la défense de leur loge et de leur territoire.

LES OSAGES RENCONTRENT L’HOMME BLANC
1673 - 1803

Vers le milieu du 17eme siècle, les Français, à la recherche de fourrures et d’un passage vers l’océan de l’ouest avaient envoyé, depuis leurs colonies du fleuve Saint-Laurent, des expéditions vers le lac Supérieur. D’après les Indiens, un puissant fleuve drainait les eaux de la partie centrale du continent, ce qui suggérait l’idée d’une voie fluviale traversant le continent jusqu’au Pacifique et par conséquent l’ouverture d’un immense empire du marché de la fourrure. Cherchant à confirmer ces informations, deux des plus renommés parmi les explorateurs de la Nouvelle-France, le père Jacques Marquette et Louis Joliet, descendirent, en juin 1673 la rivière Wisconsin jusqu’au fabuleux Père des Eaux. Dirigeant leurs canoës vers le sud, ils apprirent des Indiens, en atteignant l’embouchure de la rivière Arkansas, que le Mississippi ne coulait pas vers le Pacifique mais vers le Golfe du Mexique où s’étaient déjà établis d’autres Européens, nommés Espagnols. Déçus de ne pas avoir trouvé l’océan de l’ouest, les explorateurs revendiquèrent néanmoins, au nom du roi de France, tout le bassin du Mississippi, déclarant que ses habitants seraient les sujets de leur souverain. Puis ils rebroussèrent chemin vers le lac Michigan.

La plupart des peuples que Marquette et Joliet avaient si facilement
placé dans l’orbite du royaume de France n’étaient même pas au courant de
l’expédition. Cependant les explorateurs connaissaient l’existence de groupes
particuliers d’indigènes dont les Illinois leur avaient révélé l’existence.
C’est ainsi que les Illinois désignaient la région du sud et de l’ouest de
l’embouchure du Missouri comme le pays des Wha-Sha-She,
un nom que Marquette francisa en Ouazhagi
et que plus tard les Anglais anglicisèrent en Osage. Les Wha-Sha-She n’étaient,
bien sûr, que le clan le plus oriental des Petits, mais les Européens
ignorèrent cette distinction.
Les éclaireurs indiens de Marquette situèrent exactement sur ses cartes
les villages principaux des Petits. Les deux principaux étaient situés à la
fourche sud de la rivière Osage, dans l’actuel comté de Vernon de l’Etat du
Missouri. Les Petits Osages occupaient la partie occidentale et les Grands
Osages la partie la plus orientale. Des événements de la préhistoire
expliquaient cette division : une fois, une grande inondation avait obligé les
habitants d’un unique village à chercher refuge, certains sur les hauteurs, les
autres étant restés sur les basses terres. Les premiers devinrent les Grands
Osages, les autres furent les Petits. Inconnus de Marquette en 1673, les Petits
résidaient aussi dans des villages plus petits, l’un d’eux, sur la rivière
Marmiton, un autre sur les bords du Missouri, les autres disséminés dans la
région. Aussi, ils entretenaient des camps de chasse semi-permanents près de la
région des Trois Fourches dans l’est de l’Oklahoma (à l’endroit où la Verdigris
et la Neosho se jettent dans l’Arkansas), ainsi que près de la Salt Fork de la rivière Arkansas près
de la ville actuelle de Ponca City en Oklahoma. A partir de ces camps de
chasse, les Osages nomadisaient jusqu’à la rivière Rouge au sud, la Platte au
nord et les Montagnes Rocheuses à l’ouest.
L’exploration du bassin du Mississippi par Marquette et Joliet et
l’identification de ses indigènes stimulèrent la venue des Français remontant
les cours d’eau vers l’ouest. Là où les deux infatigables explorateurs
n’avaient rencontré personne, des coureurs des bois et des voyageurs anonymes virent des Indiens avec lesquels ils
pouvaient engager des relations commerciales. Dans les villages osages ils
apportèrent des fusils, des ustensiles, des outils de métal et des boissons
alcoolisées. Impressionnés mais aussi très désireux de posséder ces produits
manufacturés, les Indiens s’empressèrent de proposer l’échange avec des objets
de leur propre culture et de leur vie quotidienne – des fourrures que les
Français pourraient revendre en Europe et des esclaves pour les marchés des
Caraïbes.
Bien que ces premiers échanges eussent donné naissance à un commerce équitable et satisfaisant, le besoin de fournir le marché altéra le mode de vie traditionnel des Osages. Alors qu’auparavant ils ne faisaient la guerre que pour la gloire ou encore pour se venger d’un affront ou d’un préjudice, maintenant, grâce aux chevaux et aux fusils à pierre qu’ils avaient pu récemment acheter, ils lançaient des attaques sur leurs ennemis traditionnels dans le but de faire des prisonniers destinés au commerce des esclaves. Dépourvus d’armes à feu et moins bien équipés de chevaux, les Pawnees, les Comanches et les Caddos ne pouvaient plus rivaliser avec les guerriers osages. De même, alors que les Petits chassaient autrefois dans le seul but de nourrir leurs familles, ils traquaient maintenant le castor et le cerf à des fins commerciales.

Les Français considéraient les Osages mieux que comme des partenaires
commerciaux. Vivant sur un affluent du Missouri, la tribu, si elle l’acceptait,
pourrait interdire aux concurrents des Français tout commerce et toute autre
exploration le long de cette voie fluviale d’une importance capitale.
Impatients d’exploiter le potentiel de cette vallée, les Français cherchaient à
s’attirer les bonnes grâces des Osages au moyen de cadeaux, d’une haute
considération et d’une grande déférence diplomatique. Ces efforts non seulement
gagnèrent la confiance des Osages mais les convainquirent de leur propre
importance tout en les détournant de leur tendance traditionnelle à l’humilité.
En 1712, l’alliance Franco-Osage était si bien scellée que pour les
Français, les Osages étaient le meilleur atout qu’ils puissent espérer
concernant le contrôle des deux rives
du Mississippi . Par exemple, quand les Indiens Fox mirent le siège sous le
Fort du Détroit, les guerriers osages et missouris se précipitèrent au secours
de leurs alliés français, obligeant les Fox à battre en retraite. Etienne
Venyard Bourgmont, l’un des officiers reconnaissants de Fort Detroit, fut
tellement impressionné par les Osages qu’il abandonna son commandement et les raccompagna jusque dans leurs
villages. Tombé follement amoureux d’une jeune fille missouri, il résida dans
son village et eut un enfant avec elle. Ensuite, il partit en expédition dans l’ouest en remontant les
rivières et, en suivant la Platte, il atteignit vraisemblablement l’est du
Wyoming. Très grand de taille, d’une force herculéenne et doué d’une
personnalité attirante, Bourgmont gagna le respect et l’estime des Osages,
ce dont il se servit pour les entraîner
dans le projet d’alliance avec les Français.
A l’époque, cette première occupation par les Européens du bas
Mississippi avait relativement peu d’impact parmi les Osages. Tout cela changea
lorsque la Compagnie des Indes de John Law prit le contrôle de la Louisiane en
janvier 1718. Les dirigeants de la Compagnie pensaient que le trafic des
esclaves indiens dans la vallée du Missouri causait une telle effervescence entre les tribus qu’il rendait
impossible tout commerce lucratif autant qu’une quelconque exploitation minière. L’établissement de
relations pacifiques dans la région du Missouri leur semblait être une
condition essentielle. Pour cela, en
1719, la Compagnie envoya Charles Claude du Tisne dans les villages osages
permanents. Du Tisne expliqua à la tribu que les Français avaient l’intention
de poursuivre avec elle un commerce équitable, mais il insista pour que cesse
le commerce perturbateur des esclaves. D’autre part, il informa les Osages que
les Français avaient l’intention d’établir des relations commerciales avec des
Indiens de l’ouest, tout particulièrement les Pawnees. De ce fait, des Indiens,
leurs ennemis traditionnels, auraient des fusils français, ce qui déconcertait
grandement les Osage. Cependant, pour le moment, ils donnèrent leur accord aux
Français.
Il paraissait bien évident que la mission de du Tisne eût un objectif
économique, cependant elle en
dissimulait un autre de nature stratégique. Le commerce prometteur avec ces
Indiens, dont le territoire était à
l’ouest de celui des Osages, les
situerait dans la sphère d’influence française et leur ferait jouer un rôle
tampon contre l’expansion espagnole dans les Plaines du bassin du Mississippi.
En outre, les bonnes dispositions des tribus semi-nomades rendrait possible les
relations commerciales des Français avec les colonies espagnoles du Rio Grande
si celles-ci s’avéraient intéressantes. Cette stratégie, cependant, n’était pas
venue à l’esprit des Osages. Elle leur
fut révélée par une erreur commise lors de la première expédition de Bernard de
la Harpe sur la Rivière Rouge en 1717. En un endroit situé près des monts
Kiamichi, cette expédition formée en grande partie d’Indiens Caddos fut presque
entièrement défaite quand elle rencontra par pur hasard un groupe de
gigantesques guerriers osages. Leur réaction suggéra que, sans aucun doute, les
Petits pourraient contrarier la mise en œuvre de toute politique française qui
ne serait pas de leur goût. En d’autres termes, les relations avec les Indiens
des Plaines du sud devaient obligatoirement obtenir l’aval des Osages
Pour faire appliquer sa politique, le roi de France renvoya en Louisiane
Etienne Bourgmont qui était revenu à Paris pour recevoir une décoration qui récompensait ses
explorations de l’Amérique du Nord. Après avoir reçu sa décoration et un titre
de noblesse, Bourgmont reçut d’abord la mission de construire un fort sur le
Missouri afin de surveiller les Osages et ensuite de passer des traités
d’alliance avec les tribus de l’ouest. Après être venu par La Nouvelle Orléans, le « Commandant du
Missouri » avait construit Fort Orléans en été 1723. La moitié de sa mission
ayant été accomplie, en juillet de l’année suivante il s’aventura vers l’ouest
avec 100 Missouris et 64 guerriers osages vers les villages des Indiens Kansas
dans le but de négocier une paix entre les tribus et un accord commercial. Les Osages avaient accompagné le commandant sans enthousiasme tellement ils réprouvaient
cette ouverture vers les tribus de l’ouest aussi abandonnèrent-ils bientôt
l’expédition pour aller participer à la campagne d’automne de chasse au bison.
Le Français, néanmoins, réussit à établir des relations cordiales avec les
Kansas et d’autres Indiens des Plaines.
Pour pousser plus loin ses alliances Bourgmont proposa que des représentants de diverses tribus, comprenant les Osages, l’accompagnent en France. Les autres Indiens des Plaines refusèrent mais quatre Osages, cinq Missouris et quatre Illinois acceptèrent la proposition. Après un long voyage à travers l’Atlantique, les délégués de l’Ouest arrivèrent à Paris le 28 septembre 1725. Les visiteurs firent une forte impression à la cour du roi et, sans aucun doute, les Indiens furent également émerveillés par les raffinements de la société européenne. On ne sait pas si les Osages retournèrent dans leurs villages, mais il est certain que cette aventure au-delà des mers et le séjour de Bourgmont dans le Missouri renforça le prestige de la France.

Cependant, la fidélité des Osages avait ses limites, ce qui devint
évident après 1739 quand les frères Mallet réussirent à traverser les prairies
en direction du Rio Grande afin d’aller commercer avec les Espagnols à Santa
Fe. Un tel commerce contournait les Osages et diminuait leur position parmi les
Indiens des Plaines. En conséquence, quand Fabry de la Bruyère en 1742 tenta de
suivre les Mallet au Nouveau Mexique, des éléments de la tribu interceptèrent le
groupe français sur la Canadian River, la harcelèrent et l’obligèrent à battre
en retraite.
Les Osages étaient tout aussi inhospitaliers à l’égard des négociants
indépendants. Ils attaquaient régulièrement, dévalisaient et parfois tuaient
ces coureurs des bois qui avaient eu l’imprudence de faire du commerce sur les
rivières Rouge, Arkansas ou Missouri. Les autorités françaises les maudissaient
mais, les bonnes dispositions de la tribu à leur égard leur étaient tellement
nécessaires pour satisfaire leurs ambitions en Amérique du Nord que ces déprédations étaient généralement
classées sans suite.
L’importance des Osages pour la France devint particulièrement évident au
milieu du 18eme siècle. Alors le plus grand défi aux intérêts français vint,
non pas de l’Espagne du Nouveau Mexique mais de l’Angleterre dont les citoyens
dispersés en nombre supérieur dans le pays pratiquaient le commerce de
marchandises, à l’ouest sur la rivière Ohio et au sud de la baie de l’Hudson.
Pour contrecarrer l’expansion vers l’ouest de l’Angleterre, les Français
comptaient essentiellement sur leurs alliés indiens. Ils attendaient par exemple des Osages qu’ils contrent les
fournisseurs des Britanniques, les Fox
qui occupaient la région nord du Missouri. En outre, les Français attendaient
des Osages qu’ils leur prêtent assistance dans la défense de leurs possessions
de la vallée de l’Ohio. En 1755, ils recrutèrent des guerriers osages qu’ils se
pressèrent d’envoyer à Fort Duquesne
dans le but d’essayer de repousser une provocation britannique conduite par le
général Edward Braddock. En juillet, les Indiens alliés des Français battirent
la colonne anglaise, tuèrent son général et forcèrent ses troupes à battre en retraite.
Cependant, ces efforts victorieux aux fourches de l’Ohio ne suffirent pas
à conserver l’Amérique du Nord à la France. Une importante population coloniale
britannique et un immense avantage sur la mer signa la défaite définitive de la
France, une défaite qui fut admise au traité de Paris en 1763. Selon les termes
de ce traité, la France cédait à
l’Angleterre toutes ses possessions à l’est du Mississippi et, en compensation
pour les pertes qu’avait par ailleurs subies l’Espagne, son alliée, la région
qu’elle revendiquait à l’ouest du Mississippi. Pour les Osages cela signifiait que dans la Louisiane espagnole, il
allait y avoir changement d’autorité et que les Français n’y seraient plus les
maîtres.
Les conséquences du traité de Paris ne furent pas immédiatement
apparentes aux Osages. Les Européens qui continuaient à venir chez eux étaient
d’origine française. Dans ce domaine il y avait plus de négociants français
qu’avant. Plutôt que de subir la domination anglaise, nombreux étaient ceux
qui, venant du pays des Illinois, traversaient le Mississippi et venaient résider sur la rive occidentale
dans l’ancienne commune de Sainte Geneviève ou dans la nouvelle cité de
Saint-Louis.
De plus les Espagnols étaient les maîtres du bassin du Missouri. Et là où
les Français avaient calmé, dominé et même spolié les Osages, les nouvelles
autorités de la Louisiane insistaient pour que les Petits se conforment à la
politique nouvellement établie.
Ils attendaient de la tribu qu’elle cesse ses raids contre ses ennemis
traditionnels qui maintenait la région située au nord de la rivière Rouge en
état de trouble permanent. Par conséquent, en 1777, les Espagnols
adoptèrent une proposition d’Athanase
de Mézières, commandant du fort de Natchitoches, qui prévoyait d’enrôler 1270
guerriers de dix tribus de sa juridiction et de marcher vers le nord afin de
châtier les Osages. Bien que ce projet belliqueux ne fût jamais mis en œuvre,
le but de contrôler les Osages demeura. Un peu plus tard, les Espagnols
demandèrent aux chefs tribaux résidant dans les camps de chasse de la région
des Trois Fourches livrer certains d’entre eux et de les envoyer à La Nouvelle-Orléans. Détenus en otages, ces chefs
seraient probablement garants du bon comportement des guerriers. Aucun membre de la tribu ne fut livré à la
Nouvelle Orléans et les Osages continuèrent à terroriser le sud ouest.
Incapables d’intimider les Osages, les Espagnols décidèrent de leur
appliquer une politique de représailles économiques. Dès 1790 ils tentèrent
d’empêcher les négociants de Saint-Louis d’avoir des relations commerciales
avec la tribu. De plus en plus dépendants des objets fabriqués apportés par les
Européens, les Osages, pensait-on, seraient amenés à la raison par le blocus
économique. Au nombre de six mille, fiers et convaincus de leur propre
importance, les Osages réagirent à cette nouvelle politique avec la plus grande
vigueur. Les négociants qui s’efforçaient d’éviter leurs villages étaient
arraisonnés et dévalisés. De plus, le grand chef de guerre envoya une
délégation de quatre chefs de clans à Saint-Louis afin de protester contre
cette politique
Mais les Espagnols ne voulaient pas modifier leurs plans. En décembre
1792, le baron Hector de Carondelet, gouverneur de la Nouvelle-Orléans,
confirma la politique de blocus et au mois de juin de l’année suivante,
franchit le dernier pas en déclarant la guerre aux Osages. Compte tenu des
positions militaires espagnoles en Louisiane, cette déclaration était bien
téméraire. Elle ne pouvait qu’inciter les Osages à attaquer les premiers.
Ignorant Saint-Louis, les bandes de guerriers attaquèrent Sainte Geneviève en
janvier 1794, tuant un habitant ; ailleurs ils tuèrent et scalpèrent des
négociants isolés. Comme les Espagnols ne s’attendaient pas à une telle
réaction, de Carondelet abandonna rapidement la guerre. En outre, avec le souci
de l’expansion des Etats-Unis qui contrôlaient à présent la rive orientale du
Mississippi, l’Espagne avait besoin de l’alliance avec les Osages plutôt que d’avoir à les combattre.
C’est à cette époque qu’Auguste Chouteau arriva à La
Nouvelle-Orléans pour faire une
importante requête au gouverneur de Carondelet.
Alors qu’il n’était encore qu’un enfant âgé de 15 ans, Chouteau avait
assisté à la naissance de Saint-Louis et avait par la suite monté des
expéditions commerciales parmi les Osages. Fort de l’immense respect qu’il y
avait acquis, le Français demanda à de Carondelet le monopole de tout commerce
avec la tribu. En retour, Chouteau promettait d’établir un fort qui serait un
foyer de l’autorité espagnole dans la région et permettrait d’exercer un
contrôle sur les Osages afin d’empêcher leurs déprédations. Compte tenu de
l’échec des anciennes tentatives d’intimidation, le gouverneur répondit
positivement et fut presque reconnaissant de cette requête.
Vers le milieu de l’été 1795, Chouteau s’installa près du village des
Grands Osages. Les Osages observaient favorablement la construction du
fort et en étaient même impressionnés.
Le fort du jeune Français fut terminé en août et baptisé «fort Carondelet ».
Durant les sept années qui suivirent, les relations commerciales initiées par
Chouteau furent bénéfiques pour les divers partenaires. Aux négociants elles
apportaient la prospérité, aux Indiens une source permanente de marchandises et
aux Espagnols une alliance fidèle contre les empiétements étrangers.
Les Osages cependant n’abandonnèrent pas pour autant leurs habitudes belliqueuses et leurs fréquentes
déprédations contre les négociants isolés ou contre les tribus ennemies. Mais
Chouteau limita leurs raids à la haute vallée de l’Arkansas ce qu’il justifia
en estimant que c’était le prix à payer pour obtenir la bonne volonté des
Osages.
La situation instaurée par Chouteau fut si satisfaisante pour l’Espagne
qu’en 1800, son monopole fut prolongé de quatre années supplémentaires.
Cependant le Français avait fait de tels bénéfices que bientôt d’autres
négociants convoitèrent ses droits exclusifs. La concurrence la plus redoutable
vint de Manuel Lisa, un Espagnol qui se servait de son origine latine pour
défendre sa cause auprès des autorités espagnoles. Argumentant sur le fait que
Chouteau avait échoué à promouvoir l’agriculture qui ne pouvait être pour
l’Espagne que le seul moyen de tenir la
Louisiane, Lisa obtint en 1802
l’annulation du monopole de Chouteau qui lui fut transféré.
Chouteau, bien sûr, ne pouvait accepter cette mise à l’écart. Travaillant
avec son demi-frère Pierre comme
associé, il persuada le chef Cashsegra
et au moins la moitié du village des Grands Osages de partir s’installer sur le
site du poste commercial des Trois Fourches. Avec Cashesegra et grâce à
l’influence de Chouteau, un chef
héréditaire nommé Clermont, leader en titre des « Osages de l’Arkansas » devint
la personnalité la plus influente. D’une apparence combative et apte au
commandement, il abandonna les villages des bords de la rivière Osage après que
son titre de chef eut été usurpé par Pawhuska, ou « Cheveux Blancs ».
Clermont, chef des Osages
Cette migration dans l’est de l’actuel Etat d’Oklahoma avait conduit les Osages de l’Arkansas à s’installer dans une belle région offrant d’excellentes possibilités commerciales. Irriguant de très bons territoires de chasse, les Trois Fourches étaient situées à la tête de la navigation sur l’Arkansas, d’où les fourrures pouvaient être embarquées vers La Nouvelle Orléans et des marchandises pouvaient être ramenées en retour. Chouteau avait bien choisi, si bien qu’après 1802, la région des Trois Fourches, plutôt que la rivière Osage, devint le foyer principal d’activité des Osages.
Tout au long de la période du contact avec les Européens, les Osages
avaient modifié leurs goûts, abandonné leurs habitudes traditionnelles aussi
bien que leurs anciens villages. Un simple coup d’œil fortuit aurait suggéré
que les changements étaient profonds : ils utilisaient les fusils à la place
des arcs et des flèches, se déplaçaient à cheval au lieu de marcher,
utilisaient des ustensiles et des outils de métal plutôt que ceux que ceux de
pierre ou d’os. Finalement ces changements facilitaient les actes du mode de
vie traditionnel. Si les Osages avaient perdu leur accès aux raffinements européens,
ils auraient eu assez de difficultés à retrouver leurs habitudes
traditionnelles. Pour cette raison, ils rejetaient consciencieusement les
institutions qui auraient pu altérer sérieusement les modèles traditionnels de
leur culture. Par exemple ils n’avaient pas accepté le dieu de l’homme blanc.
Les robes noires – les prêtres jésuites – avaient œuvré parmi les Osages
pendant plus d’un siècle sans résultats tangibles. Pourtant la présence des
Européens avait apporté un changement profond et durable dans au moins un
domaine. La demande de l’homme blanc en fourrures et ses besoins en viande avaient causé une diminution du gibier dans la vallée du Mississippi et
avaient repoussé les bisons toujours plus loin vers l’ouest. La perte était
irremplaçable et les déséquilibres écologiques permanents. Ces conditions
inquiétaient vivement les Osages lorsqu’ils pensaient au futur et à leurs
descendants. (à suivre)
13 novembre 2007
Histoire de la Tribu Osage (2/3)
Histoire de la tribu Osage
(2ème partie)
L’ARRIVÉE DES AMÉRICAINS : 1803 - 1839
Au commencement du 19eme siècle l’Espagne en était venue à la conclusion que la Louisiane était une lourde charge pour le trésor de son empire. Quand Napoléon proposa que la France reprenne le contrôle de la province, la couronne d’Espagne lui abandonna la Louisiane par le traité de San Ildefonso qui fut signé en 1801. La nouvelle de ce transfert paniqua le gouvernement des Etats-Unis car une France toute puissante était de nature à bloquer toute expansion vers l’ouest de la jeune république américaine. Le président Thomas Jefferson envoya ses représentants diplomatiques à Paris afin de trouver un terrain d’entente avec le Premier Consul. Ayant souffert de sérieux revers dans ses visées coloniales, Bonaparte surprit les diplomates américains en leur proposant la vente de toute la Louisiane. Ils se mirent d’accord sur le prix de 15 millions de dollars, ainsi, en 1803 les Etats-Unis enlevèrent ce titre de propriété qui leur assurait une très large expansion à l’ouest du Mississippi.

L’année suivante, le président Jefferson envoya deux expéditions – l’une, celle de Lewis et Clark, chargée d’explorer le Haut Missouri, l’autre, celle de Hunter et Dunbar, sur la Rivière Rouge – afin de connaître l’étendue, les caractéristiques et les habitants du pays nouvellement acquis. Ces expéditions conclurent – comme l’avaient fait avant eux les Français et les Espagnols – que les Osages détenaient la clé de la réussite des Américains dans leur volonté de contrôler la Louisiane. Pour s’attirer la sympathie des Osages, pendant les quatre années suivantes, les Etats-Unis engagèrent Pierre Chouteau comme agent du gouvernement, envoyèrent une délégation de chefs importants à Washington et mirent fin à la captivité de 46 Osages prisonniers des Potawatomis. Les Américains ouvrirent aussi un comptoir commercial à Fort Osage sur la Rivière Missouri près de la ville actuelle de Sibley (Etat du Missouri). Comme ce « magasin » vendait des marchandises de qualité à prix coûtant, on espérait que les Osages seraient favorablement disposés à l’égard des Américains dont ils deviendraient des alliés dépendants, car tels étaient les objectifs du gouvernement fédéral.

Dès le début, le président Jefferson avait l’idée de faire de la
Louisiane une région où l’on pourrait déplacer les Indiens des Etats de l’est
qui refusaient d’adopter la manière de vivre de l’homme blanc. Ainsi, à l’ouest
du Mississippi, ils pourraient continuer à vivre selon leurs habitudes sans
gêner l’exploitation par les blancs de leurs domaines ancestraux. Cependant, un
tel projet ne tenait pas compte des tribus qui déjà occupaient la Louisiane.
Les Osages, par exemple, n’avaient pas l’intention d’autoriser les Indiens de l’est à empiéter sur leurs terrains de chasse. Si certains s’aventuraient à traverser le Mississippi pour pénétrer dans le nord de l’Etat actuel de l’Arkansas, ils pouvaient s’attendre à être attaqués, perdre leurs biens et leurs vies. Incontestablement, l’opposition des Osages compromettait le succès de cette politique de déportation.
Pour faciliter leur politique, les Etats-Unis convoquèrent en novembre
1808 les Grands et les Petits Osages à un conseil sur la Rivière Missouri.
Meriwether Lewis et William Clark étaient les représentants du gouvernement,
tandis que Cheveux Blancs (Pawhuska) était le porte-parole de la tribu.
Influenc és par Pierre Chouteau et menacés d’être privés de leur
approvisionnement en marchandises, les Osages acceptèrent de céder aux
Etats-Unis toute la région qui s’étend du nord de la Rivière Arkansas à l’est
d’une ligne nord-sud qui traversait le terrain du conseil. En compensation
les
Etats-Unis promettaient à la tribu un forgeron, des outils pour réparer les
fusils, du matériel agricole, le versement d’une rente annuelle de 1 500
dollars et une amende de 5 000 dollars à tout homme blanc qui créerait des
problèmes à la tribu.
Chef Pawhuska >
Signé, l’année suivante, par les Osages de l’Arkansas, le traité mit un
terme à la revendication des Osages sur le nord de l’Arkansas et la plus grande
partie de l’actuel Etat du Missouri. Les 52 millions d’acres de ce territoire
suffiraient probablement à réinstaller les tribus déplacées. En effet, en 1809
un important effectif de Cherokees céda aux pressions du gouvernement et émigra
dans la vallée de l’Arkansas. L’agent des Cherokees, le major William L.
Lovely, apprit bientôt que la cession de leurs terres par les Osages ne
signifiait pas qu’ils accueilleraient volontiers les immigrants. En dépit de ses efforts diplomatiques au
cours de l’année 1813, le major ne put empêcher les hostilités entre les
guerriers de Clermont et les intrus.
En 1812, à la déclaration de
guerre (entre les Etats-Unis et l’Angleterre), il devint évident qu’il était
indispensable de tenir compte des Osages. Quand le gouvernement américain
abandonna simultanément Fort Osage et rejeta l’offre d’alliance de la tribu
dans le conflit, des guerriers partirent pour la Prairie du Chien afin d’y
recevoir des présents des Anglais. Les Britanniques envoyèrent même leurs
drapeaux afin qu’ils soient déployés sur les villages osages. Réalisant
l’erreur qu’ils avaient commise en ayant ignoré les Osage, les commissaires du
gouvernement américain rencontrèrent en septembre 1815 des délégués de la tribu
près de l’embouchure du Missouri afin de rétablir le statu quo ante-bellum.
Pourtant la trêve ne dura pas longtemps. Les Osages de l’Arkansas
continuèrent à faire obstruction à cette politique d’immigration forcée en
harcelant les immigrés cherokees qui chassaient sur leur domaine. Dans une
tentative de règlement du conflit en 1816, le major Lovely parvint à persuader
la bande de Clermont d’abandonner ses prétentions sur la région comprise entre
la Rivière Verdigris et les domaines cherokees de l’Arkansas.
On espérait que cette étendue, connue sous le nom de « l’achat de Lovely
», servirait de tampon entre les tribus et laisserait les Cherokees libres de
chasser en paix. Les efforts de l’agent furent vains et les hostilités
continuèrent aussi fort qu’avant.
Pour se dédommager du harcèlement, les Cherokees et d’autres immigrés se rencontrèrent au début de 1817 et formèrent le projet d’une attaque combinée sur le village de Clermont. Une invitation à venir les aider fut envoyée aux Cherokees de l’est qui résidaient encore dans le sud des Appalaches. Un certain nombre accepta l’offre parmi lesquels John McLamore qui finalement commanda les forces alliées composées de Cherokees, Choctaws, Chickasaws, Pawnees et Peorias lesquelles attaquèrent les villages de la Verdigris. Ayant fait coïncider l’assaut avec la chasse d’automne, alors que les hommes étaient absents, les attaquants furent victorieux ; ils tuèrent 83 femmes, enfants et vieillards, capturant 103 jeunes filles et garçons qui pourraient être revendus comme esclaves. Ils mirent le feu au village et aux champs puis s’en retournèrent « avec gloire et honneur » dans leurs campements de la Rivière Arkansas.

Bien qu’ils ne soient pas trop mécontents de l’issue de la bataille du
Mont Claremore, les Etats-Unis se rendaient compte que les représailles osages
seraient rapides et générales. Comme une telle réaction allait sans doute
ralentir le processus d’émigration Cherokee, une action immédiate devait être
décidée. Par conséquent, en juillet 1817, le Secrétaire de la guerre ordonna la
construction d’un poste militaire à l’endroit où la frontière orientale des
Osages coupait la Rivière Arkansas.
En décembre, le major William Bradford commença la construction de Fort
Smith.
Au moment de l’érection de Fort Smith, une délégation cherokee fit
pression sur le secrétaire de la guerre, John C. Calhoun afin que soit
officiellement reconnue leur « victoire » du Mont Claremore. Etant donné que
les prises de guerre devaient revenir au vainqueur ils demandèrent que le
gouvernement attribue à leur peuple une portion considérable du domaine osage.
Calhoun accepta cette façon de voir les choses et demanda à William Clark de
contraindre les Osages à céder une autre partie de leur territoire.
En septembre 1818, Clark exposa ses instruction aux Grands et Petits
Osages réunis à Saint-Louis et leur demanda que la tribu cède – cette fois
officiellement – « l’achat de Lovely ». Les Etats-Unis dédommageraient la tribu
en lui versant une somme de 4 000 dollars. De plus le gouvernement ne
transférait pas l’« achat L.» aux Cherokees mais le gardait tout en le leur
réservant comme territoire de chasse et comme couloir de sécurité vers l’ouest.
En signant le traité tel qu’il était écrit, les Osages eurent même un accord
avec les Cherokees le mois suivant leur promettant l’amitié et la paix. De leur
côté les immigrés acceptaient de renvoyer à Fort Smith au printemps suivant les prisonniers faits à la bataille du
Mont Claremore.
Grâce aux traités et à la construction de Fort Smith, les
Etats-Unis espéraient que la migration des Indiens de l’est pourrait reprendre
et que les troubles sur la frontière de l’Arkansas cesseraient.
Cependant, une paix durable était soumise à l’approbation des Osages de l’Arkansas aux dispositions des deux traités de Saint-Louis et à la restitution totale des prisonniers. Le respect de ces conditions rencontra quelques difficultés. En effet, à la suite de l’attaque de son village par les Cherokees, Clermont avait réuni une conférence générale des Indiens Shawnee, Delaware, Creek, Quapaw, Kansas et Fox. En leur offrant 300 chevaux, le chef envisageait de les engager dans une action de représailles. Mais le major Bradford se précipita vers le village de Clermont et tranquillisa les Osages en leur donnant l’assurance que ceux des Osages qui étaient détenus prisonniers leur seraient rendu l’été suivant à Fort Smith.
Heureux de revoir bientôt leurs femmes
et leurs enfants, Clermont et les autres chefs des Osages de l’Arkansas se
rendirent au Fort à la fin juillet 1819. Les Cherokees manquèrent à leur
promesse et ne se présentèrent pas, prétextant qu’ils étaient occupés à leurs
récoltes. Ils promirent de rendre les captifs en septembre. Quand le jour du
rendez-vous arriva, les Cherokees étaient encore absents, et c’est alors que Bradford leur intima l’ordre de montrer
les prisonniers. Après d’autres atermoiements, les immigrés sortirent
finalement par petits groupes mais, même à ce moment-là, ils n’étaient accompagnés
que de quelques captifs. La mauvaise foi des Cherokees n’apaisa pas la mauvaise
volonté des Osages pas plus qu’elle n’augmenta les chances de succès de la
politique de déplacement des Indiens de l’est.
Bien que les immigrés n’eussent pas respecté leurs engagements dans
l’affaire de Saint-Louis, ils demandèrent aux Osages de tenir leurs promesses.
Les envahisseurs se mirent en colère quand, en février 1820, un groupe de guerriers commandé par Mad Buffalo (Bison furieux), le fils de
Clermont, tomba sur un groupe de chasseurs Cherokees en maraude sur le
territoire osage. Ils en tuèrent trois et s’emparèrent de leurs prises et de
leurs fourrures. Néanmoins le gouverneur du territoire de l’Arkansas, James
Miller, ignora les demandes d’une réparation immédiate faites par les immigrés,
faisant remarquer aux Cherokees qu’ils avaient manqué à leurs engagements en ne
libérant pas la totalité des prisonniers du Mont Claremore. Déboutés, ils
abandonnèrent leur projet d’une attaque des Osages par l’ensemble de la tribu
et libérèrent les prisonniers l’automne de la même année.
Le gouverneur Miller espérait bien que cette conférence et ce compromis
aplaniraient le différend entre les Osages et les Cherokees, mais il se
trompait sur les deux parties en présence. Pour les Osages de l’Arkansas une
présence permanente des immigrés
signifiait une rapide disparition du gibier dont dépendait leur survie et leur
subsistance. Une telle remise en question de leur mode de vie traditionnel
rendait impossible tout compromis avec les immigrés. Les Cherokees, du reste, ne désiraient pas davantage la paix. En
mars 1821, ils informèrent le major Bradford qu’ils se préparaient à attaquer
les Osages, justifiant la nécessité de leur agression par le besoin de sécurité
de leur économie agricole croissante sur les riches terres.
Les Osages frappèrent les premiers. En avril, une autre bande de
guerriers, commandée par Bison furieux descendit la Rivière Arkansas jusqu’à
Fort Smith. La permission d’entrer au Fort leur ayant été refusée ils
construisirent 40 à 50 radeaux dans le but de traverser la rivière jusqu’au
pied du Fort. Lorsqu’ils se trouvèrent face à un canon de six livres, ils
retournèrent leur colère contre un groupe de chasseurs Quapaws, tuant et
mutilant trois d’entre eux. Un peu plus tard, ils tuèrent trois Delawares.
Le raid de Bison furieux avait semé la consternation autant chez les
blancs que parmi les Cherokees.
Le gouverneur intérimaire du Territoire de l’Arkansas, Robert Crittenden,
demanda des armes au Secrétaire à la Défense
pour « repousser l’invasion et l’outrage » tandis que les Cherokees se
regroupaient pour défendre leurs maisons. La préparation était aussi inutile
que ridicule. Clermont désavoua l’action de son fils et proposa une trêve de
trois mois devant préparer la pais définitive.
Mais les Cherokees voulaient la guerre et le raid de Bison furieux en
fournissait le prétexte. Ils rejetèrent les propositions de Clermont et
préparèrent l’attaque des Osages pour l’été 1821. Le major Bradford tenta de
les en dissuader et leur promit même d’arrêter tout groupe de guerriers.
En octobre 1821, une troupe formée de l’alliance de plus de 200 Indiens immigrés remonta la Rivière Arkansas jusqu’à la Verdigris. Fidèle à sa parole, Bradford intercepta la bande ; quand les alliés refusèrent de s’en retourner, il leur fournit, pour une raison inexpliquée, un baril de poudre qu’ils pourraient utiliser au cours de leur expédition. Poursuivant jusqu’au plus proche village osage désert, les envahisseurs suivirent la piste des Osages vers les plaines à bisons. Les alliés attaquèrent d’abord le camp tribal, tuant les femmes, les enfants et les vieillards et faisant quelques 30 prisonniers. Leur dernier assaut, contre des hommes robustes, ne se passa pas si bien ; les Osages forcèrent les Cherokees à une retraite en débandade. Bien qu’ayant obtenu une bien piteuse victoire les Envahisseurs avaient perturbé la chasse d’automne ce qui se traduisit pour le peuple de Clermont par une famine lors de l’hiver 1821-22.

Bien que des représailles sporadiques aient pu se produire à la suite de
cette attaque, les Osages étaient généralement disposés à un compromis avec les
Cherokees. La lassitude de la guerre et un contingent supplémentaire de 250
soldats cantonnés à Fort Smith
permirent à Nathanial Philbrook, le sous agent osage, d’assurer l’armistice qui
fut signé le 16 mai 1822 avec la promesse de réunir les parties concernées pour
une conférence de paix au mois de juin suivant. Au jour dit, Clermont et 150
Osages se réunirent avec un nombre égal de Cherokees à Fort Smith. Le 9 août,
les deux groupes acceptèrent un traité écrit dont la principale clause était la
libération des 17 prisonniers osages encore détenus par les Cherokees. 8
d’entre eux furent libérés sur-le-champ avec la promesse de libérer le restant
le mois suivant. Pour le moment la paix régnait sur la frontière de l’Arkansas.
Quant Clermont signait ce traitait avec les Cherokees, ceux des Osages
qui résidaient encore dans le Missouri signaient un autre traité avec les
Etats-Unis, le 31 août 1822. Les dispositions de ce nouvel accord étaient
simples : pour les marchandises d’une valeur supérieure à 2300 dollars, les
Osages acceptaient l’abolition de la fabrique qui leur était garantie par le
traité de 1808. La signification était facile à comprendre, l’accord avait de
profondes conséquences. Avec la perte d’un comptoir commercial du gouvernement,
les Osages se retournaient complètement vers les négociants privés pour obtenir
les objets qu’ils désiraient tellement. Ainsi, les Chouteau pouvaient les
persuader d’abandonner leurs anciens villages et d’émigrer au sud ouest sur la
Rivière Neosho, près de la ville actuelle de Salina (Oklahoma) où la famille
Chouteau avait sa base opérationnelle. Grâce à cette migration dans la région
des Trois Fourches, les Petits, au nombre de 4 500, seraient à nouveau unis.
Les intérêts commerciaux d’A. & P. Chouteau, bien sûr, avaient été
responsables de la division de la tribu ; ces mêmes intérêts, maintenant, les
réunissaient. Quelles qu’aient pu être leurs querelles intestines, les Osages
avaient toujours bien servi les Chouteau. Avant 1812, les chasseurs de la tribu
échangeaient chaque année dans cet établissement de la région des Trois
Fourches l’équivalent de 30 000 dollars de peaux de castors, de loutres, d’ours
et de bisons contre des marchandises qui ne coûtaient aux Français que 7 500
dollars
chercherait à passer devant Fort Smith. Apprenant les décisions de
Bradford et présumant qu’il pourrait contrôler les immigrés, Clermont partit
dans les Plaines avec son peuple pour
la campagne de chasse d’automne. C’est précisément ce qu’attendaient les
Cherokees.
En octobre 1821, une troupe formée de l’alliance de plus de 200 Indiens immigrés remonta la Rivière Arkansas jusqu’à la Verdigris. Fidèle à sa parole, Bradford intercepta la bande ; quand les alliés refusèrent de s’en retourner, il leur fournit, pour une raison inexpliquée, un baril de poudre qu’ils pourraient utiliser au cours de leur expédition. Poursuivant jusqu’au plus proche village osage désert, les envahisseurs suivirent la piste des Osages vers les plaines à bisons. Les alliés attaquèrent d’abord le camp tribal, tuant les femmes, les enfants et les vieillards et faisant quelques 30 prisonniers. Leur dernier assaut, contre des hommes robustes, ne se passa pas si bien ; les Osages forcèrent les Cherokees à une retraite en débandade. Bien qu’ayant obtenu une bien piteuse victoire les Envahisseurs avaient perturbé la chasse d’automne ce qui se traduisit pour le peuple de Clermont par une famine lors de l’hiver 1821-22.
Bien que des représailles sporadiques aient pu se produire à la suite de
cette attaque, les Osages étaient généralement disposés à un compromis avec les
Cherokees. La lassitude de la guerre et un
contingent supplémentaire de 250
soldats cantonnés à Fort Smith
permirent à Nathanial Philbrook, le sous agent osage, d’assurer l’armistice qui
fut signé le 16 mai 1822 avec la promesse de réunir les parties concernées pour
une conférence de paix au mois de juin suivant. Au jour dit, Clermont et 150
Osages se réunirent avec un nombre égal de Cherokees à Fort Smith. Le 9 août,
les deux groupes acceptèrent un traité écrit dont la principale clause était la
libération des 17 prisonniers osages encore détenus par les Cherokees. 8
d’entre eux furent libérés sur-le-champ avec la promesse de libérer le restant
le mois suivant. Pour le moment la paix régnait sur la frontière de l’Arkansas.
Quant Clermont signait ce traitait avec les Cherokees, ceux des Osages
qui résidaient encore dans le Missouri signaient un autre traité avec les
Etats-Unis, le 31 août 1822. Les dispositions de ce nouvel accord étaient
simples : pour les marchandises d’une valeur supérieure à 2300 dollars, les
Osages acceptaient l’abolition de la fabrique qui leur était garantie par le traité
de 1808. La signification était facile à comprendre, l’accord avait de
profondes conséquences. Avec la perte d’un comptoir commercial du gouvernement,
les Osages se retournaient complètement vers les négociants privés pour obtenir
les objets qu’ils désiraient tellement. Ainsi, les Chouteau pouvaient les
persuader d’abandonner leurs anciens villages et d’émigrer au sud ouest sur la
Rivière Neosho, près de la ville actuelle de Salina (Oklahoma) où la famille
Chouteau avait sa base opérationnelle. Grâce à cette migration dans la région
des Trois Fourches, les Petits, au nombre de 4 500, seraient à nouveau unis.
Les intérêts commerciaux d’A. & P. Chouteau, bien sûr, avaient été
responsables de la division de la tribu ; ces mêmes intérêts, maintenant, les
réunissaient. Quelles qu’aient pu être leurs querelles intestines, les Osages
avaient toujours bien servi les Chouteau. Avant 1812, les chasseurs de la tribu
échangeaient chaque année dans cet établissement de la région des Trois
Fourches l’équivalent de 30 000 dollars de peaux de castors, de loutres, d’ours
et de bisons contre des marchandises qui ne coûtaient aux Français que 7 500
dollars.
Après 1817, ils échangeaient des pelleteries d’une valeur de 80 000 à 10
000 dollars contre des objets manufacturés valant moins de la moitié de ce
montant. Ce n’était pas un miracle si la famille Chouteau régnait aussi
fastueusement dans la ville de Saint-Louis ! D’autres gros négociants très
célèbres quoique moins fortunés se nommaient Nathaniel Pryor, Hugh Glenn et Sam
Houston.
L’installation de davantage d’Osages juste à l’ouest des immigrés cherokees n’était pas de nature à maintenir la paix sur la frontière, pas plus que l’arrivée d’un nombre toujours plus important de blancs qui se répandaient dan le pays indien. Complètement ignorants des habitudes, modes de vie et traditions culturelles et économiques des Indiens, ces américains de la frontière rejetaient toute limite qui puisse entraver leur liberté d’entreprise. Les Osages ripostaient à ces intrus blancs comme ils l’avaient fait auparavant avec les immigrés rouges. Le 17 novembre 1823 par exemple, Bison furieux et 200 guerriers accrochèrent un groupe de chasseurs blancs et de métis d’Indiens Quapaws près de la Rivière Bleue. Cinq hommes eurent la tête coupée et leurs corps mutilés. Le colonel Matthew Arbuckle, nouveau commandant de Fort Smith, demanda que Clermont livre les guerriers coupables, une requête que le chef, comme d’habitude ignora superbement.

Pour empêcher que les Osages ne commettent de nouvelles déprédations de
ce genre, le Département de la Guerre des Etats-Unis donna l’ordre à Arbuckle
de déplacer la garnison de Fort Smith vers un point plus à l’ouest, près des
chutes de la Verdigris. Ayant établi sa garnison à Fort Gibson vers la mi-avril
1824, le commandant renouvela alors sa
demande à Clermont de lui livrer Bison furieux.
Avec le poste militaire à seulement quelques miles de son village, le
chef n’avait pas d’autre solution que de livrer son fils et quatre guerriers.
Ce qu’il fit en juin. La Cour Suprême des Etats-Unis siégeant à Little Rock,
après avoir relaxé trois des Osages condamna Bison furieux et Petit aigle à
être pendus le 21 décembre. A cause du comportement des condamnés et parce
qu’il avait également en haine les crimes des Cherokees, le président John
Quincy Adams gracia les deux Osages et les renvoya parmi les leurs.
Pendant ce temps, depuis son point de vue de la Verdigris, le colonel
Arbuckle élabora un plan qui, il l’espérait, ferait les Osages se tenir
tranquilles. Il pensait qu’un gouvernement tribal centralisé dirigé par
Clermont que l’on aurait convenablement flatté, pourrait être persuadé de
soutenir la politique des Etats-Unis. En conséquence il nomma un conseil
national de 13 membres qui, comme convenu, élut Clermont comme président.
Donnant au conseil la directive de légiférer sur toutes les questions
importantes, il créa également une garde de 40 guerriers chargés de
l’application de la loi et du maintien de l’ordre. Bien qu’il fut vite oublié
par les Osages, le projet Arbuckle préfigurait un système de gouvernement qui
fut inauguré avec succès à la fin du 19ème siècle.
Les Etats-Unis attendaient des Osages bien plus qu’un comportement
pacifique et des attitudes démocratiques. Le gouvernement fédéral avait besoin
de leur terre.
Outre les Cherokees, le gouvernement avait réinstallé d’autres tribus
plus petites – Delaware, Kickapoo, Shawnee, Miami, Piankanshaw et Wea – dans le
sud de l’actuel Etat du Missouri et le nord de l’Arkansas.. Pour protéger les
tribus d’une toujours croissante immigration blanche dans cette région, les
autorités fédérales envisagèrent de les envoyer plus loin vers l’ouest sur le
territoire dominé par les Osages.
Les Etats-Unis désignèrent William Clark pour aller pacifier la région à coloniser contre les Osages. En conséquence, le 2 juin 1825, à Saint-Louis, Clark arracha aux Osages l’abandon de toute revendication territoriale pour toutes les terres à l’ouest du Missouri et du Territoire de l’Arkansas. A l’intérieur de la région cédée, la tribu se réservait cependant, pour sa propre installation, une étendue de 50 miles de large, commençant à 25 miles à l’ouest du Missouri et se prolongeant en droite ligne vers le sud de la haute vallée de la Rivière Kansas. L’ensemble de la tribu abandonnait 45 000 000 d’acres de terre. En compensation, les Osages devaient recevoir chaque année des marchandises d’une valeur de 7 000 dollars, ceci pendant 20 ans ; un certain nombre d’animaux domestiques ; l’oubli de leurs dettes dans les comptoirs commerciaux ; le paiement par les citoyens américains de pas plus de 5 000 dollars pour des réclamations contre eux. Les Etats-Unis justifièrent la nécessité du traité de 1825 par la nécessité de « protéger » les Osages des immigrés blancs, mais William Clark, un homme honorable, savait bien qu’au fond il s’agissait bien d’une pure extorsion, un effet de la loi du plus fort sur le plus faible.
Comme prévu, immédiatement après le traité, White Hair le jeune ( W.H. le
vieux était mort en
1808) conduisit son peuple de la Grand Saline vers la
nouvelle réserve du Kansas. S’établissant sur la vallée de la Haute Neosho, il
fut aussitôt rejoint par les Petits Osages, ce qui amenait dans la réserve une
population totale de 3 000 personnes. D’un autre côté, la bande de Clermont,
longtemps demeurée la plus grande
partie indépendante de la tribu, refusa de partir de la région des Trois
Fourches . Qui plus est, elle continua de résister aux incursions rouges comme
blanches sur le territoire tribal, en violation du récent traité.
La capacité de résistance des Osages de l’Arkansas était directement
proportionnelle au nombre d’immigrés résidant parmi eux. Ce nombre ne cessa
d’augmenter après 1828 quand les Cherokees de l’ouest échangèrent leur réserve
de l’Arkansas contre « l’achat Lovely » et entreprirent une émigration à grande
échelle vers ce qui est aujourd’hui l’est de l’Oklahoma. Cet exode n’était que
l’application de la politique indienne instituée en 1830 par le président
Jackson. Jackson appelait à déplacer de force tous les Indiens vivant sur les
territoires à l’ouest du Missouri et de l’Arkansas. A l’endroit où les Osages
de l’Arkansas avaient été dans le temps confrontés à l’arrivée de petits
groupes de Cherokees et d’autres tribus de l’est, ils trouvaient maintenant,
résidant dans leur domaine des milliers de nouveaux immigrés – Choctaw,
Chickasaw, Creek, Seminole et Cherokee.
Incapables de combattre les nouveaux arrivés, les Osages de la bande de
Clermont n’avaient plus qu’à respecter le traité s’ils voulaient survivre.
Ainsi, dans le traité négocié mai 1831, les Osages de l’Arkansas acceptèrent
une cessation des hostilités avec à la fois les Cherokees et les Creeks, mais
ils refusèrent de partir pour la réserve du Kansas.
Leur détermination à rester aggravait les problèmes posés par la
politique de déplacement des tribus du président Jackson Comment serait-il
possible de réinstaller les Cherokees et les Creeks si une partie des Osages
continuaient à occuper le territoire ? Pour résoudre le problème, une
commission présidentielle spéciale, dirigée par le gouverneur Montfort Stokes
de l’Etat de Caroline du Nord, se réunit avec les Osages au comptoir commercial
des Chouteau à la Grand Saline en février 1833. Cependant ni l’importante préparation par le colonel
Couteau pas plus que les longs discours des commissaires ne purent persuader
les Osages de l’Arkansas de rejoindre leurs parents au Kansas
Pour bien mettre en évidence leur indépendance, une expédition de 30
guerriers commandée par Clermont-le jeune (le père était mort en 1828) reprit
les hostilités avec les ennemis traditionnels des Plaines. Au moment choisi,
ils attaquèrent méchamment un village kiowa sans défense situé dans les Monts
Wichita. Tuant au moins 150 hommes, femmes et enfants, ils firent des
prisonniers et volèrent les chevaux de la tribu. La victoire ressemblait aux
exploits d’un jour plus ancien et peut-être meilleur.
Si le refus des Osages de l’Arkansas de partir pour le Kansas créait un problème aux Etats-Unis, leur attaque des Kiowas en posait un autre bien plus grave. Une telle expédition sanglante pouvait déclencher dans les Plaines des représailles générales contre les immigrés de l’est, sérieusement mis en danger par la politique de déplacement des Indiens. . Pour réparer le préjudice, le colonel Henry Dodge, en juin 1834, prit le commandement d’une troupe de 300 dragons, un contingent d’Osages et d’immigrés indiens en direction des Monts Washita. Après avoir ramené les prisonniers capturés par les Osages l’année précédente, Dodge persuada les représentants des tribus Kiowa, Comanche et Wichita d’accompagner le retour de l’expédition jusqu’à Fort Gibson. Un conclave de trois jours s’ensuivit avec les délégués des Osages, des Cherokees et des Choctaws. Toutefois, au lieu d’encourager un traité de pure forme, les Etats-Unis saisirent l’occasion de proposer une autre conférence qui se tiendrait l’année suivante dans les Plaines afin de faciliter la participation des tribus de l’ouest.

La réunion préparatoire eut lieu à Camp Holmes près de la ville actuelle
de Lexington (Oklahoma) en juillet 1835. Huit mille Kiowas et Comanches se
réunirent pour « parler» avec quatre-vingt Osages et un nombre égal de
délégations des tribus immigrées. Le gouverneur Stokes et le général Arbuckle
représentaient les intérêts des Etats-Unis. Le 24 août, après de longues
discussions, la plupart des tribus acceptèrent un traité de paix et de bonne
volonté, et, les Indiens des Plaines garantirent à leur voisine de l’est, le
droit de chasser et de piéger sur leur territoire.
Les Kiowas et les Osages ne signèrent pas les traité de Camp Holmes. Les
Kiowas avaient un vieux compte à régler avant de faire la paix; et les Osages
redoutaient qu’en signant le traité on les obligeât à partir pour le Kansas
Cependant, le départ des Osages de l’Arkansas de la vallée de la
Verdigris, n’était qu’une question de temps. Très inquiets, ils éprouvaient une
profonde amertume envers leurs voisins indiens qui causait la disparition du
gibier dont dépendait leur subsistance. Décimés par le choléra en 1834 et
privés de chef après la mort de Clermont-le Jeune en 1837, les Osages de
l’Arkansas cédèrent à ce qui paraissait inévitable et, à Fort Gibson, ils
abandonnèrent leurs villages de la Verdigris le 11 janvier 1839. En
compensation les Etats-Unis leur
payèrent 2 000 dollars en monnaie et en provision, leur fournirent du matériel
agricole et endossèrent toute réclamation contre eux pour un montant de 30 000
dollars. Après, le général Arbuckle envoya ses dragons pour escorter leur
convoi vers le Kansas; la bande de Clermont quitta son village et fit route
vers le nord, rejoignant les éléments de la tribu qui étaient déjà au Kansas.
Réduits à vivre dans une réserve après 1839, les Osages n’étaient
cependant pas un peuple brisé ou dispersé. Ils étaient des hommes forts, encore
confiants en la valeur de leur culture et en leur foi en Wa-Kon-Dah. Les vigoureux assauts menés contre leurs
traditions ne les avaient pas pénétrés.
En effet, deux missions protestantes établies parmi eux en 1821 avaient
échoué. Celles-ci comprenaient Union Mission située à un mile à l’ouest de la
Rivière Neosho dans ce qui est aujourd’hui le comté de Mayes (Oklahoma) et
Harmony Mission, située sur le Marais des Cygnes, actuellement dans le comté de
Bates (Missouri). Hopefield, une mission secondaire, fut ouverte en 1823 à 5 miles au nord de Union Mission et
rouverte en 1828 près de Cabin Creek. Celle-là aussi devait échouer. Soutenues
par le Bureau américain de la Commission pour les missions étrangères, les
efforts de ces trois missions demeurèrent vains et elles furent dissoutes en
1837.
Plusieurs facteurs expliquent ces échecs. Tandis que la menace permanente
de guerre supprimait tout intérêt pour Union Mission, le déplacement des Osages
du Missouri en 1822 retarda le développement de Harmony Mission. En outre, les
Osages n’avaient pas vraiment d’intérêt pour le Dieu de l’homme blanc. Bien que
White Hair ait montré le plus profond respect pour le « Livre Noir », Clermont-le père se montrait indifférent aux
évangiles. Finalement, les Osages rejetèrent avec dédain les occasions de
s’instruire dans la religion que leur proposaient les missions. En 11 ans,
seulement 71 enfants osages furent instruits à Union Mission et après 12 ans,
133 seulement avaient été inscrits à Harmony Mission Bien que les Osages répondissent
positivement aux efforts du père Charles Quickenbourne, les missions
catholiques étaient aussi peu convaincantes que les protestantes. De toute
évidence, pour les Osages, Wa-Kon-Dah régnait encore en maître
DANS LA RESERVE DU KANSAS
( 1839 - 1871 )
En rassemblant les Osages dans la réserve du Kansas, les Etats-Unis
avaient souhaité faciliter les relations pacifiques entre les immigrés et les
tribus autochtones. Les intrus venus de l’est continuaient cependant à trouver
les autochtones très inhospitaliers. En ce sens, comme une assemblée générale
de tous les esprits paraissait nécessaire, dans les années 1840 les immigrés
avaient reconnu la diplomatie directe et invité les Osages ainsi que les autres
résidents indiens à une série de conseils inter tribaux. En mai 1842, les
Creeks présidèrent plus d’un conclave près de la ville actuelle d’Eufaula
(Oklahoma). En juin de l’année suivante, le chef cherokee John Ross convoqua un
conseil à Tahlequah auquel participèrent 3 000 à 4 000 représentants d’au moins
23 tribus. Les Creeks accueillirent encore une autre convention à Okmulgee à la
fin 1843 et deux de plus en 1845, l’une sur la Rivière de la Fourche Profonde
(Deep Fork River) et l’autre sur les Plaines Salées (Salt Plains). Bien que ces
congrès se concluent généralement par
des traités d’amitié, la participation des Osages ne fut jamais enthousiaste.
De manière étonnante, leurs intérêts étaient ailleurs.
Dans la réserve osage ils avaient porté leur attention sur le
développement de relations amicales avec les tribus indiennes de l’ouest. En
effet, ils avaient négocié une alliance militaire avec les Comanches, les
Kiowas et les Apaches.
Bien que leurs détracteurs accusent les Osages de projeter une attaque
combinée sur les Indiens immigrés, la nouvelle orientation était en fait plus
commerciale que militaire.
Partant de la bonne volonté qui s’était manifesté à Camp Holmes, les Osages avaient institué un commerce vigoureux et bénéfique avec les Comanches. Auprès de Melicourt Papin, représentant la Compagnie Commerciale des Fourrures d’Amérique et de John Matthews, un entrepreneur qui avait racheté l’affaire des Chouteau, ils se procuraient des fusils, des couvertures, de la poudre et du plomb. Emportant ces marchandises dans les Plaines salées au nord-ouest de l’Oklahoma, les Osages les échangeaient aux Comanches contre des mules. Au cours de la seule année 1847 ils échangèrent des marchandises pour une valeur de 24 000 dollars contre 1 500 mules d’une valeur de 60 000 dollars. Le commerce Osage-Comanche se poursuivit jusqu’à 1855 quand les annuités servies par le gouvernement rendirent les Indiens des Plaines indépendants des marchandises qui leur étaient jusque là fournies par les Osages.
En plus de vouloir affermir sa politique de déplacement des tribus, le
gouvernement des Etats-Unis avait
rassemblé les Osages au Kansas probablement pour les protéger des vices et de
l’avidité de l’homme blanc. Bien qu’honnête, cet objectif devait s’avérer
impossible à atteindre. Dès le début et par la suite très fréquemment, des
citoyens américains traversèrent la réserve pour aller faire du commerce en suivant la piste de Santa Fe. Ces
incursions augmentèrent pendant la guerre du Mexique et à la suite de la
découverte de l’or en Californie.
Les Osages allèrent à la rencontre de ces intrus qui, sans aucun scrupule, menaçaient les bisons,
exactement comme ils l’avaient fait avant avec les intrus rouges : en lançant
attaque après attaque. En effet, ces assauts semaient tellement la confusion
que le gouvernement, en 1855 envoya deux régiments pour patrouiller dans les
Plaines. Alors qu’ils avaient la mission d’empêcher des représailles, ils ne
firent que faciliter la violation des limites du territoire tribal.
Au contraire, les Osages accueillaient parfois certains hommes blancs. En
avril 1847 ils autorisèrent le père John Shoenmakers à ouvrir une mission
catholique sur la Rivière Neosho, près de la ville actuelle de Saint Paul
(Kansas). Le mois suivant, le père Shoenmakers ouvrait l’école d’apprentissage
osage, avec 28 élèves inscrits la première année. Assisté des sœurs de Lorette
et du père Paul Ponsiglione, il agrandit progressivement l’école jusqu’à un
effectif de 136 garçons et 100 filles qui assistaient aux cours en 1860. Aussi,
les missionnaires catholiques obtenaient-ils des résultats positifs dans leurs
efforts pour convertir à la Sainte Foi, ce qui n’était qu’une réponse à
l’estime qui les faisait considérer comme de gens dévoués.
Si la piste de Santa Fe et les
efforts des missions avaient amené des centaines de blancs sur la réserve
osage, l’adoption de la loi du Kansas-Nebraska en 1854 en attira des milliers.
Des colons, autant esclavagistes qu’abolitionnistes, affluaient sur le
territoire du Kansas et bien que la plupart fussent arrêtés à la frontière de la
réserve, certains s’installaient carrément au beau milieu du pays osage,
insistant sur leur droit à cultiver la terre justifiant le remplacement des
chasseurs.
Quelques-uns cherchaient même à entraîner la tribu à prendre parti sur la
question sensible de l’esclavage. John Matthews, par exemple, épousa le point
de vue sudiste, tandis que le père Shoenmakers soutenait la cause
abolitionniste. Inconscients des subtilités de la question, les Osages se
divisèrent sur la question en fonction de leurs points de vue personnels.
La controverse qui amena les Etats-Unis à la guerre civile en avril 1861,
apporta aussi la guerre parmi les Osages. Pour se protéger sur le flanc
occidental et se faire le plus possible d’alliés, les Etats Sudistes
déléguèrent un avocat de l’Arkansas, Albert Pike, dans le but de négocier des
traités d’alliance avec ces tribus du Territoire Indien. En septembre 1861,
Pike avait tenu des conférences avec l’ensemble des tribus, excepté les
Cherokees, les Quapaws, les Senecas, les Shawnees et les Osages. En octobre, à
Tahlequah ces nations acceptèrent une alliance avec la Confédération et furent
d’accord pour devenir des combattants de cette guerre. Cependant, la délégation
osage n’était pas unanime concernant
cet engagement dans la cause sudiste. Sous la direction de Striking Axe (Frappe
avec la hache), les Petits Osages refusèrent de signer le traité de Pike, un
refus qui révélait le point de vue le plus populaire. De retour au Kansas la
plupart des Grands Osages rejetèrent également l’accord de Tahlequah; seules,
le bandes de Black Dog (Chien noir) et de Clermont demeurèrent loyales envers
les Sudistes. Comme dans le passé, l’homme blanc avait de nouveau divisé la
vieille famille des Osages.
Nombre d’Osages soutinrent activement l’effort militaire de l’Union.
Little Bear (Petit ours) et d’autres Petits Osages rejoignirent le 9ème
régiment d’infanterie du Kansas, tandis que bien d’autres de la bande de White
hair (Cheveux blancs) se rapprochaient des troupes de l’Union à Fort Scott.
Deux cents Osages commandés par Chetopa se regroupèrent dans le Second Régiment
de la Brigade indienne dont les résultats n’eurent rien de bien spectaculaire.
Recrutée en juin 1862 pour participer au raid de Weer à Tahmequah, la compagnie
de Chetopa déserta comme un seul homme avant que l’expédition n’arrive en
Territoire Indien. Mais les Osages se caractérisèrent par leur indiscrétion. En
mai 1863, ils interceptèrent un corps de quelques 22 officiers confédérés sur
leur route vers le Colorado, les obligèrent à s’arrêter dans la haute vallée de
la Verdigris et là, les décimèrent complètement. Cet exploit fit d’eux des
héros de la tribu Osage aux yeux des autorités du Kansas. W.S. Coffin, agent
des Osages autorisa même à une partie des Osages de Black Dog de rentrer sans
ennui dans leur réserve, en dépit de leur sympathie pour la Confédération.
Bien qu’étant assez éloignée, à la périphérie des combats, la tribu était
néanmoins significativement affectée par la guerre civile. Sa réserve était à
la fois sillonnée par des groupes Nordistes et des Sudistes et elle était
submergée par des réfugiés affluant en Territoire Indien. De manière plus
importante, la guerre fournissait aux autorités du Kansas de demander aux
Osages de céder une portion de leur territoire pour permettre le développement
des fermiers blancs.
Ces supplications culminèrent en août 1863, quand le commissaire aux
Affaires indiennes, William P. Dole fit pression sur les chefs de la tribu pour
qu’elle abandonne une étendue le long
des bordures est et ouest de sa réserve. Dole, cependant, négocia le traité en
l’absence de la base, laquelle, en apprenant les termes du traité proposé, le
désavoua aussitôt.
Les graines de la scission étant semées, la récolte ne devait tarder. A
la suite d’une conférence de Fort Smith où les Indiens du sud, comprenant une
représentation osage mit un terme à leur « rébellion ». Les autorités des
Etats-Unis de nouveau rassemblèrent les Osages au comptoir commercial de
Canville sur la Rivière Neosho. Le 29 septembre 1829, la tribu consentit à un
traité similaire à celui qui avait été signé avec Dole deux ans auparavant. Ils
acceptèrent de céder les 30 miles à l’est de leur réserve et de vendre une
étendue de 20 miles de large qui s’étirait sur toute leur frontière nord. La
tribu s’engagea aussi à s’en aller du territoire cédé dans un délai de six
mois. En compensation, le gouvernement promit de payer 300 000 dollars pour la
section est et de ne pas vendre la bande cédée au nord à moins de 1,25 dollar
l’acre. Le montant net de la vente ainsi que les 30 000dollars seraient placés
sur un compte épargne de la tribu.
Les Osages, bien sûr, avaient obtenu la garantie de pouvoir utiliser leur
entière réserve du Kansas.
Néanmoins, les Etats-Unis insistèrent sur la cession de 1865, la
justifiant en prétendant qu’elle était nécessaire à la protection des Osages
contre la corruption et l’influence de l’homme blanc. De plus le nouveau traité
voulait châtier pour avoir « rejoint » la Confédération. En réalité les
résidents du Kansas convoitaient le domaine tribal. Comme le gouvernement ne
pouvait pas ou ne voulait pas contrarier l’avidité de ses citoyens, cela
l’arrangeait, tout simplement.
La situation ne s’améliorait pas sur la Réserve Restreinte. Lorsque les Osages revenaient de leurs
chasses d’automne ou de printemps, ils trouvaient leurs habitations et leurs
champs occupés par des blancs belliqueux. Cette incessante invasion de leurs
domaines ajoutée aux chasses de plus en plus infructueuses amena les chefs
Osages à accepter de participer à des conférences supplémentaires avec le
gouvernement. En mai 1868, le président Andrew Johnson envoya des commissaires
et 30 soldats du 7ème régiment de cavalerie pour rencontrer les Osages à Fort
Creek. Après les plaisanteries d’usage, les officiers proposèrent un traité
selon lequel les Osages vendraient le restant de leur réserve de 8 000 000
d’acres à la compagnie de chemin de fer Leavenworth, Laurence et Galveston pour
la somme de 1 600 000 dollars. La tribu utiliserait le montant de la vente pour
acheter un nouveau territoire dans le Territoire indien où le gouvernement
pourrait mieux les protéger. Mais les Osages avaient été « protégés » dans le
passé aussi résistaient-ils à l’idée proposée par ce nouveau traité de céder de
nouveau leur territoire.
Un événement imprévu amena les Osages sur un point de vue plus favorable.
Un corps de 360 guerriers retourna sur les lieux du conseil avec deux scalps
qu’ils disaient pris à des Arapahoes. Mais un jeune blanc les accusa de les
avoir pris à son frère et à un ami et avec d’autres blancs ils menacèrent les
Osages d’immédiates représailles. Conscients du fait que le 7ème de Cavalerie
stationnait dans les parages, les Osages étaient complètement effrayés. Quand
les commissaires eurent promis solennellement de calmer les colons, ils
signèrent le soi-disant Traité Sturges ( d’après le nom du président de la
compagnie du chemin de fer, bénéficiaire de cet accord), le 27 mai 1868.
Une fois leur excitation hystérique calmée, les citoyens du Kansas
apprirent la véritable signification de l’accord. 8 000 000 d’acres de terres
fertiles étaient passés entre les mains d’une compagnie de chemin de fer, un
fait qui allait au minimum les priver d’acquérir des propriétés à bas prix. Le gouverneur du Kansas S.J. Crawford
fit de cette « dépossession » son affaire personnelle et quand le Congrès
l’entendit, Grant, président des Etats-Unis, retira ce document de l’ordre du
jour du Congrès.
Cependant, l’action présidentielle ne fut qu’un sursis. La « politique de
paix » du président Grant ne réussit pas à maintenir l’intégrité de la Réserve
Restreinte. Constamment, les blancs volaient des chevaux aux Osages,
injuriaient les bandes de chasseurs de la tribu et s’installaient grossièrement
sur la réserve. Organisés en groupes de pression, ils surveillaient « leur »
territoire, prévoyaient les sites d’installation des villes et délimitaient les
Comtés..
Un comté vota même une émission d’obligations d’un montant de 200 000
dollars afin d’attirer le chemin de fer sur ses frontières.
Incapable ou opposé à la protection des Osages dans leur réserve du
Kansas, le gouvernement fédéral légalisa l’expulsion qui se présentait alors.
Le 15 juillet 1870 le Congrès ordonna que la réserve réduite des Osages soit
vendue pour 1,25 dollar l’acre et que le revenu net de la vente soit placé sur
le compte des Indiens au taux de 5% d’intérêts. La tribu autorisa aussi la
tribu à utiliser ces fonds pour acheter une nouvelle réserve en Territoire
indien.
Etant donné que la mise en œuvre de cette législation exigeait le consentement
des Osages, le président Grant, en août 1870, envoya le Bureau des Commissaires
indiens tenir un conseil avec la tribu à Drum Creek. De retour, une fois de
plus, d’une chasse infructueuse, vers leurs villages que les blancs avaient
préalablement vidés de leurs habitants, les osages acceptèrent ce qui était
inévitable et furent d’accord avec les propositions de base de la loi du
Congrès. Plus tard, ils demandèrent et obtinrent plus de terre que ce qui leur
avait initialement été assigné en Territoire indien, la protection contre les
envahisseurs, un contrôle partiel du fond d’épargne tribal, la propriété
commune de la terre et le droit de chasser les bisons dans les Plaines.
Le même conseil qui avait consenti à la vente de la Réserve Restreinte désigna
une délégation chargée de choisir la nouvelle réserve. Le 26 octobre 1870, les
chefs se décidèrent pour une installation près de la ville actuelle de
Bartlesville (Oklahoma), une région à propos de laquelle les Cherokees avaient
abandonné leur titre de propriété en 1868.
Les personnalités officielles fédérales, observèrent aussitôt que cette installation initiale était mal choisie et devait être déplacée vers l’ouest. Comme compensation pour cette erreur, le gouvernement accepta d’augmenter la taille de leur nouvelle réserve pour inclure 1,7 millions d’acres s’étendant de l’ouest du 96ème méridien, au sud de la frontière du Kansas et au nord et à l’est de la Rivière Arkansas. Les Osages consentirent à payer 1 099 137,41 dollars (70 cents l’acre) pour la superficie supérieure aux 10 000 000 dollars reçus de leur état du Kansas. Ce paiement laissait environ 8,5 millions de dollars au compte épargne de la tribu.

Au milieu de l’année 1872, près de 4 000 Osages avec leurs 12 000 chevaux s’étaient établis en Territoire indien. Les cinq grandes divisions de la tribu avaient d’elles-mêmes choisi des terrains semblables à ceux que leurs ancêtres avaient choisis lorsqu’ils avaient fui la grande inondation. La bande de White Hair s’était installée au sud de la ville actuelle de Pawhuska et celle de Saucy Chief, juste au nord. Les gens de Clermont avaient opté pour les environs de l’actuelle ville de Hominy. Quant aux Osages de Striking Axe (Hache-qui-frappe) ils étaient allés s’installer dans le coin nord-ouest de la réserve sur Mission Creek et les Big Hills de Gouverneur Joe près de la ville actuelle de Grey Horse. En choisissant ces sites, les Osages avaient installé leurs demeures permanentes
(à suivre).
16 juillet 2007
La conquête de l'Ouest



Le 10 novembre 1808, un coup
de canon annonça l’ouverture de Fort Osage. Le nouveau fort était perché sur
une falaise dominant le Missouri à environ 400 kilomètres à l’ouest de
Saint-Louis.

La milice américaine et les chefs des Petits et Grands Osages
célébrèrent l’événement. Ce jour-là, les Indiens et les hommes blancs signèrent un traité, rédigé par
Meriwether Lewis, gouverneur du Territoire de Louisiane, et la pipe de paix
passa de main en main en témoignage d’amitié.

A Washington, également, le
baptême de Fort Osage donna lieu à une
cérémonie. Le fort était le premier des vingt-huit forts-comptoirs commerciaux
que le gouvernement des Etats-Unis projetait de construire dans le Territoire
de Louisiane. Le Président Thomas Jefferson souhaitait que Fort Osage et le
concept de fort-comptoir commercial soit non seulement l’ouverture de l’Ouest à
la colonisation par les Blancs mais aussi le commencement d’une nouvelle ère de
relations entre les Etats-Unis et les Indiens.

Dès 1804, Lors de leur expédition
historique d’exploration de la Louisiane, Meriwether Lewis et William Clark
avaient choisi le site de Fort Osage. Il convenait parfaitement à Jefferson. Sa
position stratégique sur la rivière rendait le fort imprenable ; son
accessibilité aux tribus indiennes en faisait un excellent poste commercial.
L’ouverture de ce fort marquait l’aboutissement des deux buts que s’était fixés
Jefferson : la conquête de l’Ouest et le commerce équitable avec les
Indiens.
Durant une assez brève période
le fort devait permettre aux Osages qui étaient la tribu dominante de cette
région, de faire le commerce de leurs fourrures et de s’équiper en marchandises
européennes qu’ils recherchaient. Il leur offrait aussi une protection contre
les autres tribus. Cependant les chefs osages découvrirent assez rapidement
qu’ils avaient abandonné davantage que ce qu’ils avaient gagné en signant le
traité de Fort Osage. En dépit des bonnes intentions de Jefferson et de ses
ambassadeurs, l’expérience de Fort Osage venait trop tard pour aider à
l’établissement de bonnes relations entre les colons blancs et les Indiens.
Au fort, les
négociants et les soldats n’étaient pas les premiers hommes blancs que
rencontraient les Indiens. Des trappeurs, des négociants et des missionnaires
étaient venus avant la milice ; davantage de missionnaires et de colons étaient sur leurs talons. Le
même processus de contacts entre les Européens et les Indiens que celui qui
avait prévalu pendant plus de deux siècles en Amérique du Nord allait se
répéter dans l’Ouest. Les nouveaux venus coloniseraient le territoire osage et
la culture osage, déjà gravement altérée par les Européens et les Américains,
ne serait plus jamais la même.

Fort Osage
existe toujours et on peut le visiter. Il est situé sur la commune de
Sibley à l'ouest de l'Etat du Missouri, à quelque kilomètres au
nord-ouest de la ville d'Independence, près de Kansas City
D’après The Osage in Missouri de Kristie
C. Wolferman, University of Missouri Press, Colombia, Missouri









