12 novembre 2008
Retour en Guyane française :
Je suis une artiste amérindienne
Elle n'aime pas trop ce terme, mais elle le préfère à celui d'artisan. Ti'iwan Couchili est une artiste, donc une créatrice, non seulement de ses œuvres, cela va sans dire, mais aussi de ses outils de création, les pigments entre autres.
Si nous parlons aujourd'hui de Ti'iwan, c'est pour différentes raisons :

La première c'est qu'elle était l'une de nos cinq invités amérindiens du dernier Printemps Indien du mois de mai 2008 et qu'elle a laissé un souvenir émouvant de son passage parmi nous et tous les gens de Midi-Pyrénées qu'elle a rencontrés durant cette dizaine de jours.
La seconde c'est parce qu'elle fait l'objet d'un beau reportage avec photographies en couleurs dans le magazine OKA'MAG, des peuples autochtones de Guyane française. C'est avec l'autorisation d'OKA'MAG que nous avons le plaisir de les reproduire ici et de citer quelques extraits du reportage.

Ici, nous sommes à la mairie de Montauban. Ti'iwan est à droite sur la photo (châle rouge). Les autres personnes sont (g à d) : Laurence Pagès (maire-adjointe de Montauban) ; Claude Boivin (Innu) ; Danette Daniels (Osage) ; Gérard Massip (président d'OK-OC) ; Philippe Maurin (maire-adjoint de Montauban) ; T.C. ; Philippe François (maire-adjoint de Montauban)

Ti'iwan Couchili et Danette Daniels (Osage) devant les tours de Carcassonne
Ti'iwan appartient au peuple Teko d'Amazonie (appelés parfois Emérillons, par les Français, sans doute, grands baptiseurs d'Indiens). Elle est née au village de Saut Tampok sur la rivière Alawa (Tampok) à environ deux heures de pirogue de la jonction de cette rivière avec le fleuve Maroni. Sa famille vit à Kayodé. Après avoir été adjointe au maire de Maripasoula, elle se consacre aujourd'hui à la création artistique sur la commune de Macouria-Tonaté.

A travers son art, elle s'attache à démontrer que sa culture Tupi-Guarani a participé depuis des temps forts anciens, bien avant l'arrivée des Européens et des Africains, au façonnage culturel de la Guyane.
Ti'iwan Couchili réalise des "ciel de case" (maluwana, en langue teko). Il faut savoir que dans la forêt humide les habitations n'ont pas de murs, seulement un toit. Cette aération permet d'éviter les moisissures. Ce toit en forme de dôme est décoré d'un disque de 70 à 80 cm de diamètre orné de motifs géométriques ou figuratifs, animaliers le plus souvent.


Ti'iwan a recours aux pigments que lui procure son milieu environnant, colorants végétaux ou minéraux. Elle retrouve les gestes et les techniques de ses ancêtres. Aussi, elle s'insurge contre les dérives mercantiles qui dénaturent sa culture.
" Tout d'abord l'usage de la peinture, dit-elle, arrivé par l'intermédiaire des Boni (les Noirs descendants d'esclaves évadés) a non seulement révolutionné la technique mais a surtout failli faire disparaître pour de bon l'utilisation des pigments naturels [...] Des caricatures de maluwana aux couleurs fluos, ou peints avec un mélange de gouache, de terre, et de colle vinylique, sont vendues avec le label "pigments naturels"... Plus consternant encore les serviettes, paréos et autres objets divers qui pillent les motifs traditionnels. Il n'existe malheureusement pas, dans l'arsenal juridique français, de reconnaissance de la propriété intellectuelle collective. Or ces motifs participent très fortement à l'identité des communautés amérindiennes."

Ti'iwan Couchili
Arts Premiers de Guyane
56 lotissement Champs Vigile
97355 Marcouria
Tél : 0694 21 24 84
OKA'MAG est le magazine bimestriel des Amérindiens de Guyane dont nous reparlerons dans de prochains billets de ce blog. Il est vendu au numéro (3 euros en Guyane - 5 euros en métrople) ou par abonnement.
On peut consulter son site internet : http://www.okamag.fr/
Adresse : Association Oka.Mag' / 11 rue Abel Azor / 97310 Kourou / Guyane
Tél : 05 94 22 01041 / 05 94 22 01 44
courriel : oka.mag@wanadoo.fr
10 juin 2008
Pensionnats indiens
Les excuses du Canada
aux autochtones
10/06/2008 | Mise à jour : 08:01 |
.
Lu dans Le Figaro du 10 juin 2008 :
Quelque
80.000 autochtones doivent recevoir demain des excuses longuement
attendues du Canada pour avoir été les victimes de ce qu'un de leurs
principaux leaders qualifie de "chapitre le plus sombre" de l'histoire
du pays.
Le premier ministre Stephen Harper présentera solennellement devant le parlement les excuses du Canada aux anciens élèves encore en vie des "pensionnats autochtones", des établissements dans lesquels de jeunes autochtones ont été enrôlés de force pendant des dizaines d'années et coupés de leur culture pour les assimiler. Source: AFP

Claude Boivin (Innu du Québec) et Ti'iwan Couchili (Teko de Guyane)
A l'issue de la cérémonie sur la terre dédiée à la nation Innu, le samedi 17 mai à Andébu (commune d'Alzen), Claude Boivin déclarait dans une interview recueillie par Virginie Sanchez pour La Dépêche du Midi : " De 6 à 12 ans, j'étais dans un pensionnat réservé uniquement aux autochtones. Dès notre arrivée on nous rasait la tête et nous infligeait des humiliations quotidiennes. Le but était de détruire notre identité."
Enfants osages dans le pensionnat de Carlysle (Pensylvannie)
08 juin 2008
Les fils de la Terre à Alzen
Printemps Indien 2008 : LES FILS DE LA TERRE
Compte-rendu de la journée du
samedi 17 mai
ALZEN, Ariège
Le but de cette rencontre dans ce petit coin perdu de la montagne ariégeoise était de célébrer un anniversaire.
Résumé des chapitres précédents :
Depuis une douzaine d'années un groupe de Toulousains imaginatifs et entreprenants entretient avec la Nation Innu (Montagnais) des relations étroites et suivies. Le hameau d'Andebu (commune d'Azen, dans les premiers contreforts des Pyrénées) était abandonné et voyait s'écrouler les murs de ses petites maisons paysannes. C'est alors que des familles toulousaines vinrent investir les ruines et remonter les murs. Aujourd'hui le hameau a retrouvé goût à la vie avec des résidents permanents et intermittents.
Dans le courant des années 1990, l'un de ces explorateurs découvrait au milieu de la forêt voisine un grand puits circulaire d'une douzaine de mètres de diamètre, profond de trois à quatre mètres. Les parois maçonnées de grosses pierres sèches ne laissaient aucun doute sur l'intervention humaine. Il s'agissait vraisemblablement d'un site néolithique à vocation spirituelle.
En mai 1998, une délégation composée d'Amérindiens du Québec -- dont Clifford Moar, chef des Montagnais -- et de responsables de la Région Laboratoire de Développement Durable du Lac St Jean (Québec) séjournait en Midi-Pyrénées afin d'étudier avec un groupe de Toulousains et de Montalbanais la possibilité d'organiser dans les années suivantes un congrès international des applications territoriales du développement durable. C'est en cette occasion qu'une rencontre à Alzen et Andébu fut organisée. La décision fut prise à ce moment-là de dédier le site néolithique de la forêt à la Nation Montagnaise. Une émouvante cérémonie dirigée par Clifford Moar eut lieu sur la nouvelle terre indienne en Occitanie, en présence de la population du village. C'était le 21 mai 1998.

Deux représentantes de l'association "Devenirs" assistaient aux diverses manifestations de cette journée. Nous laissons à l'une d'elles, Françoise Lafargue-Mitterrand, le soin de nous en rendre compte.
Invitées par l’association
OKLAHOMA OCCITANIA, Cathy mon amie secrétaire de l’association et moi même, sommes
venues rencontrer à Alzen à l’occasion du « Printemps Indien » qu’ils
organisent chaque année, Danette Daniels de la Tribu Osage (Oklahoma), Ti’wan
Couchili du peuple Teko (communauté de Guyane française), Claude Boivin de la
Nation Innu (Montagnais du Québec), Kevin Dust (Tribu Crow du Montana) et Kevin
Mustus (tribu Stoney de l’Alberta).
15 heures à l’école d’Alzen.
Nous ne connaissions personne, ni
les représentants Amérindiens ni les organisateurs et pourtant alors que je
communique depuis quelques mois par internet et par téléphone avec Jean Claude
Drouilhet, fondateur de l’association OK-OC et son épouse Monique, j’ai le sentiment au-delà des causes que
nous soutenons, que quelque chose de plus profond nous unit. Quelque chose qui
ne se définit pas, qui est là et qui s’accomplit naturellement dans une
mutuelle perception.
Il est 15 heures, l’école est vide.
Nous sommes surprises Cathy et moi-même de ne pas trouver les enfants où un
quelconque signe annonçant leur rencontre avec les Amérindiens. A défaut de
cela, une affichette collée sur la porte de l’école, annonce la cérémonie à 17
heures sur la Terre d’Andébu. Nous
questionnons une dame qui avait l’air de venir pour la cérémonie ; c’était bien le cas mais elle n’avait pas plus
d’informations que nous.
Alors que nous étions toujours près de l’école, nous apercevons Michèle, une amie membre de notre association qui vit dans un petit hameau à quelques pommiers de là. Elle n’avait pas d’informations et comptait sur nous pour lui en donner ! Je sentais monter la déception chez Cathy quant j’aperçois la directrice de l’école avec deux petites filles. Elles étaient suivies de l’équipe de l’organisation et des Amérindiens.

Après de sommaires présentations, Catherine
la directrice nous dirige vers le lieu où est prévu l’échange avec les enfants
de l’école. Elle nous annonce qu’elle n’a pas eu le temps de préparer les
enfants à cette rencontre.
Quel dommage ! J’ai le sentiment personnel qu’aucun livre d’histoire, aucune connaissance que nous recevons de l’extérieur ne peut mieux nous enseigner sur la diversité de la vie, que la vie elle-même. Et la vie est là ! D’Oklahoma, du Montana, de Guyane, d’Alberta, du Canada, de Gascogne ou d’Occitan, elle est là. Disponible, ouverte à l’expérience directe de la rencontre. N’est ce pas la meilleure façon de ressentir au-delà de toutes théories, les liens uniques et subtils, qui nous relient, nous façonnent, nous nourrissent ? Ces liens qui sont les fondements de la fraternité et que les petits enfants ressentent mieux que nous.

Après une présentation plus
approfondie des Amérindiens, nous nous dirigeâmes vers Andébu.
17 heures sur la terre d’Andébu.
En 1992 l’association OK-OC a
initié des « dons de terre » symboliques de manière à rendre hommage
aux peuples victimes des plus grands génocides de l’humanité.
Le 21 mai 1998, un site
néolithique dans la forêt du petit hameau d’Andébu de la commune d’Alzen, a été
dédié à la Nation des Montagnais (Québec).
« Nichée
au cœur d’une forêt de la montagne ariégeoise, une clairière parfaitement
circulaire creusée comme un puits à la paroi de pierres sèches dans laquelle
ont été aménagés deux abris également construits en pierre, attendait sans
doute depuis des millénaires cette consécration. Loin de toute habitation de la
période historique, l’endroit fut peut-être un lieu sacré de nos ancêtres
néolithiques. La transmission de cet espace, d’une lignée autochtone européenne
à une autre américaine, prenait ainsi valeur de puissant symbole: celui du
partage équitable de la gestion de la planète. On était en plein Nikan.
La plume d’aigle devait en cette occasion revenir au premier plan. Le
chef Clifford Moar l’utilisait pour dédier la prière montant avec la fumée de
sauge aux quatre directions, au zénith et à la Terre-Mère. Union encore des
symboles: la plume d’aigle, la sauge, la couverture sur laquelle se tenait la
cérémonie venaient d’Amérique; le récipient dans lequel se consumait la sauge
était une tuile gallo-romaine présente sur cette terre depuis plus de 2000
ans. »
Ce samedi 17 mai, à l’occasion des
10 ans d’anniversaire, une cérémonie initiée par Claude Boivin était dédiée au site,
à la terre, aux peuples de la terre, à la pluie, au feu, à la plume d’aigle, à
chacun d’entre nous et au souffle qui relie chacun à cet ensemble. Pendant
cette cérémonie sacrée et dans une
grande présence, Claude Boivin accompagné de ses frères amérindiens, rendait
hommage avec humilité et générosité au présent, à ce cercle qui réunissait
toutes sortes de "chacun". J’étais
heureuse d’y retrouver Matias notre ami autochtone d’Andébu.
Il me plaisait à penser quand je
regardais Christèle, une jolie femme enceinte, que ces "chacun"
pouvait tous ensemble à ce moment là, aimer le monde avec les yeux du bébé
qu’elle porte.
Claude Boivin dans son hommage a fait don de sa plume d’aigle, au lieu. Moment très émouvant qui nous a relié au chef Clifford Moar et à d’autres êtres qui, comme eux, transmettent que « la terre est notre mère et que tout ce qui lui arrive, arrive aux fils de la terre ».


Pour conclure la cérémonie après de beaux chants et hommages de
la culture Occitane à la culture Amérindienne, Jean Claude Drouilhet rappelait
ce que Martin Luther King disait sur l’importance « d’apprendre à être
ensemble comme des frères plutôt que de périr comme des idiots ». Transformation que nous souhaitons tous voir
pour notre monde - je préfère dire vivre
car le monde n’est autre que nous – et qui se trouve là dans l’expérience de l’échange
sans attentes. Sans savoir socialement qui est l’autre, ce qu’il vit. Juste pour
l’accueillir, le reconnaître dans sa différence et si cet accueil lui permet
d’être qui il est, alors partager la joie qu’on éprouve ensemble avec le reste
du monde. Ce que je fais maintenant avec vous.
Dîner festif chez Jean François
Laffont.
Nous avions l’intention avec Cathy de dormir sous la tente. Il pleuvait et ne faisait pas très chaud. Nous avons accepté la proposition de Jean Claude, l’hébergement au gîte et sommes très reconnaissantes à chacun de la spontanéité de leur invitation dans leur maison.

Cette
spontanéité sertie de générosité était présente dans tout ; l’accueil de
l’équipe de l’association d’ Oklahoma Occitania, l’accueil et la fête chez les
frères Laffont et leurs familles, le regard de leurs amis autour de la table, le
service et la préparation du Curanto (
plat traditionnel des Indiens Mapuche du Chili), les chansons que nous avons
chantées ensemble dans les langues différentes mais d’une même voix, nos fous
rires, la célébration des uns et des aux autres autour de la table ou qui n’y
étaient pas (à ce propos, je fais une parenthèse pour dire que célébrer n’implique
pas cautionner toutes les actions).
Retour
au gîte
Nous
nous sommes endormies à 3 heures, la musique au cœur, et nous sommes réveillées de
la même façon.
Avant notre départ, Claude Boivin me racontait un peu plus de son histoire, de celle de son peuple. Je termine ce témoignage par ce qu’il m’a fait partager qui le guide et qui résonne en moi. L’histoire d’un homme qui cherche par lui-même sa libération sans se laisser piéger par le poids de l’histoire, ni griser par le mystère. Sans s’en remettre à ce que pensent les autres. Juste en se fiant à sa propre expérience et au voyage intime qui transcende les frontières de son propre univers à la recherche du point tendre de son cœur et de celui de l’autre.

Nous
avons repris le chemin d’Hossegor qui s’est élargi de toutes ces rencontres.
Nous
remercions chacun chaleureusement et fraternellement.
Françoise et Cathy
Association DEVENIRS - 1058 avenue du Tour du Lac - 40150 Hossegor - Tel 05 58 43 43 26 / 06 10 11 51 43 - contact : Françoise Lafargue-Mitterrand
02 juin 2008
2ème jour du festival au lycée Capou
Printemps Indien 2008 : LES FILS DE LA TERRE
Mercredi 14 mai
2ème jour du festival au lycée Capou de Montauban
"LA TERRE N'APPARTIENT PAS A L'HOMME
L'HOMME APPARTIENT A LA TERRE"
Aujourd'hui Danette continue d'assurer la présentation de l'expo dédiée aux Fils de la Terre sous le tipi du festival. Elle recevra encore de nombreux groupes de lycéens très intéressés par la découverte qu'ils font de la réalité des Indiens d'Amérique, bien éloignée des stéréotypes qui leur ont été mis dans la tête. Non les Indiens ne vivent plus sous des tipis ou des wigwams mais dans des maisons modernes. Non ils ne chassent plus le bison pas plus qu'ils ne trappent le castor pour assurer leur subsistance. Ils exercent mes professions les plus diverses ou, comme chez nous, sont à la recherche d'un emploi. Oui les Osages retirent des bénéfices de l'exploitation des gisements pétroliers que Wah Kon Dah a mis dans le sous-sol de leur réserve. Non ces revenus ne sont pas utilisés à des fins personnelles mais pour des programmes collectifs de santé, d'éducation, d'infrastructures, de bien-être social. Oui, ils exploitent quatre casinos qui permettent d'employer les membres de la tribu et dont les revenus sont utilisés pour financer les projets de la tribu.
C'est ainsi que peu à peu, en anglais, émaillé de quelques mots et expressions de langue osage, se rétablit une vérité sur la vie moderne d'Indiens d'Amérique, ni plus ni moins heureux ou malheureux que d'autres.

Pendant ce temps nos autres invités participent à une table ronde dans l'amphithéâtre du lycée. Claude Boivin, au nom du peuple Innu parle de la vie traditionnelle de ses ancêtres, ceux que l'on appelait il y a encore peu les Montagnais au Québec. Un peuple du groupe Algonquin, vivant de chasse, pêche et cueillette dans la forêt boréale. Aujourd'hui le village de Claude Boivin est au bord du lac Saint-Jean, il porte de nom de Mashteuiatsh (les Québécois allochtones disent plutôt "Pointe Bleure"). Mais régulièrement les chasseurs-pêcheurs-cueilleurs qui sommeillent au fond des cœurs de chaque Innu, se réveillent et repartent en forêt, non pas par nostalgie, mais bien parce que c'est là que se trouve l'âme du peuple, les connaissances ancestrales et que peut s'effectuer plus facilement la transmission des valeurs.

Le stand des Manouches
Alain-Eugène Daumas et Joseph Simbach prendront ensuite la parole pour dire le rapport unique à la terre qu'entretiennent les gens du voyage, ceux que l'on désigne sous le terme générique de Tsiganes et qui se subdivisent en Manouches, Gitans et Roms, selon les hasards de leurs trajectoires migratoires depuis la vallée du Sint en Inde. Une migration qui remonte à cinq ou six siècles comme ils se plairont à le faire remarquer, ce qui signifie que les Manouches, de nationalité française, sont en réalité membres de notre communauté nationale depuis de bien plus nombreuses générations que beaucoup de nos compatriotes actuels. Le racisme et le rejet dont ils sont les victimes permanentes ont donc de fortes raisons de nous interroger, nous les gadgés...
Conclusion surprenante, Claude, l'Innu du Québec et Alain le Manouche de France, se retrouveront sur un même constat : Manouche en France, Innus au Québec, mêmes valeurs, mêmes mépris et rejet.
Le soir; grande fête. Elle était prévue autour du feu de camp que nos amis manouches avaient préparé. Hélas, l'orage est venu contrarier ce projet et tout le monde a dû se replier sous abri. La fête n'en fut pas moins réussie grâce notamment à un quartet de jazz Manouche : Jazz-Voyage dont Jérôme Soufflet a capturé sons et images qu'il nous restitue ici :
29 mai 2008
1er jour du festival au lycée Capou
Printemps Indien 2008 : LES FILS DE LA TERRE
Mardi 13 mai
1er jour du festival au lycée Capou de Montauban
"LA TERRE N'APPARTIENT PAS A L'HOMME
L'HOMME APPARTIENT A LA TERRE"
Sous une banderole portant la belle formule du chef Seattle, le lycée agricole "Capou" de Montauban a ouvert son festival dans un cadre de verdure. Le voici présenté par son concepteur et principal réalisateur : Thierry Poser :
" Elaborée à partir du festival de la terre qui s'est tenu du 13 au 16 mai 2008 au lycée agricole de Montauban Capou, autour de tables rondes, de débats, de films, d'ateliers, d'expositions, de spectacles vivants et de rencontres informelles. Cette manifestation a accueilli une cinquantaine de partenaires associatifs, professionnels, universitaires, artistes,artisans en lien direct avec les problématiques d'exclusion, d'insertion, de partage, de solidarité et de transmission de la terre «~agricole~», «~habitat~» et de pratiques culturelles créant du lien social en harmonie avec la terre. Nous avions comme invités d'honneurs~: la sagesse des Burkinabés, des peuples nomades amérindiens (Innu du Canada, Teko de Guyane, Osage des USA) et tsiganes de France et d'Europe (Latcho Drom et Chave Foun Winta) qui nous ont fait part de leurs traditions et de leurs relations avec la terre mère."

Au centre du parc : le château du lycée Capou
Dans le parc : le tipi d'OK-OC et à côté le stand du vannier

Nous sommes dans un bain pluriculturel : Amérindiens, Tsiganes, Burkinabé, Congolais et, bien sûr, Occitans et autres indigènes de France se côtoient et fraternisent. Dès l'ouverture de ce festival nous en respirons l'ambiance chaleureuse. Le décor est planté : tipi, tente berbère, verdine tsigane, forgeron dogon, vannier manouche... Le monde est devenu tout petit.
Dans le tipi OK-OC a installé une mini exposition : panneaux, objets artisanaux des Indiens d'Amérique, et un dispositif de projection vidéo. Les classes se succèdent. Danette Daniels répond aux questions en anglais ; Ivan Ozbolt traduit lorsque les sourcils se froncent.
D'autres groupes de lycéens s'installent confortablement sur le gazon sous les arbres. Ils écoutent l'histoire des Osages perdus que les Montalbanais surent accueillir en 1829.
Ailleurs le forgeron dogon a terminé la fabrication de son outil de travail. Il taille maintenant de larges encoches dans un tronc d'arbre pour en faire une échelle à la mode de son pays. Le vannier, imperturbable, tresse ses paniers d'osier. Au stand tsigane, Joseph Stimbach, Alain Daumas, Maryse Gargaud répondent aux questions des lycéens qui vivent l'expérience de leur premier contact humain avec les gens du voyage. Sous la tente, les musiciens burkinabé grattent leurs instruments à cordes, sifflent dans une flûte ou tapent sur un xylophone à calebasses en une mélopée tendre comme une berceuse. Summertime ; L'estiu Indian ; l'Eté Indien est arrivé.


Au soir de cette première journée nous eûmes droit à une belle prestation de la troupe du Burkina Faso. Jérôme Soufflet braquait sur eux sa caméra pour vous faire revivre ces instants :
10 mai 2008
Ti'iwan à l'Ancien Collège de Montauban
Printemps Indien 2008 : LES FILS DE LA TERRE
Vendredi soir 9 mai
Une émouvante soirée
Emouvante autant que révoltante. Cette soirée de témoignage du peuple Teko de Guyane française le fut incontestablement. Ti'iwan Couchili, tranquillement mais fermement a bien représenté son peuple et ému l'assistance qui hésitait entre compassion et indignation.
Le sort des Teko, des Wayana, de Wayampi, de tous ces peuples de la forêt amazonienne, français comme vous et moi, du moins en théorie, ne saurait laisser personne indifférent. L'empoisonnement au mercure des rivières et des terres, causé par les orpailleurs clandestins est un crime silencieux contre l'humanité. Un clip vidéo réalisé par les Wayana est venu illustrer le calme et émouvant témoignage de Ti'iwan comme on peut en juger en cliquant sur le lien ci-contre... http://fr.youtube.com/watch?v=mNBmsuvKcR4
Nap, un cousin de Ti'iwan, était venu de Carcassonne. Son témoignage imprévu mais bienvenu venait appuyer et compléter celui de Ti'iwan. Un sentiment d'impuissance s'exprimait à plusieurs reprises dans l'assistance. Que faire ? Comment faire cesser ce scandale ?
Nos invités surent également faire comprendre l'état d'abandon dans lequel ils estiment être maintenus. Leurs écoles sont insuffisantes, les enfants et les jeunes plus généralement sont massivement en échec scolaire. Le nombre de leurs bacheliers n'excède pas trois personnes. Les peuples de la forêt ont par dessus tout le souci bien légitime du maintien de leurs cultures, de leur langues, et de leurs traditions. Mais ils voudraient aussi s'adapter au monde moderne sans renier leurs identités. C'est à eux qu'appartient la tâche de gérer cet apparent paradoxe, pas à d'autres peuples, allochtones et "occidentaux", fussent-ils citoyens français. Français, comme le sont nos compatriotes amérindiens de Guyane !
L'Occitanie vous comprend, vous aime et vous soutient les amis. Vive les Amérindiens et les Occitans !
02 février 2008
Une invitée de la Guyane française
Printemps Indien
du 8 au 20 mai 2008
LES FILS DE LA TERRE
Ti'iwan Couchili
Une Amérindienne de Guyane française
représentera les peuples Teko et Wayana

Itinéraire
militant
membre fondateur, puis présidente de l’association KOBUE
OLODJU (culture teko) 1990 – 1995
conseillère municipale de la commune de Camopi (Oyapock)
1995 > 1996 (démission)
adjointe au maire de Maripa Soula (Maroni) pour les villages amérindiens du sud de la commune 2001-2008
|
Repères chronologiques Ti’iwan COUCHILI est née en
1972 au village emérillon de Saut-Tampok (commune de Maripa Soula). C’est en 1990 qu’elle dessine ses premiers
ciels de case. En 1998, délaissant la peinture acrylique, elle renoue
avec une vieille technique traditionnelle tombée en désuétude : l’utilisation de pigments
naturels. Depuis ses débuts, son travail est placé
sous le signe de la ré-interprétation des identités graphiques teko
(emérillon) et wayana. Reconstruction
des symboles, introduction de nouvelles formes ou exhumation d’anciens
styles, utilisation de procédés iconographiques en provenance d’autre
supports (peintures faciale et corporelle, vannerie, tissage…), l’itinéraire
conceptuel et l’expérience esthétique de Ti’iwan COUCHILI ont été décrits par
l’anthropologue danoise Perle MØHL (Royal University of Copenhagen) dans son
ouvrage OMEN AND EFFECT (2004). […] dans notre culture, chaque
génération hérite d’un patrimoine iconographique qu’elle transmettra à son
tour. Toutefois, ces informations sont tamisées par le manaré de la
mémoire et de l’expérience…et c’est le produit de ce processus que nous
laissons derrière nous […] |
Itinéraire artistique
1991 : publication de Dzawapinim o’olam toti (le
jaguar et la tortue) micro-édition, coll. KRIK KRAK
1992 : publication de Tapi’it o’olam kudjãbulu(le tapir et la sirène) micro-édition, coll. KRIK KRAK
1993 : publication de W“lakala nuwã dzowo ma’e›kom oba’e (ce n’est pas Dieu qui a créé les Wayana) micro-édition, coll. KRIK KRAK
1994 publication de Contes Emérillon CILF, coll. Fleuve et flamme
(conseil international de la langue française)
Participation à LA NUIT DES CONTEURS (KRAKEMANTO) : 1999, 2001, 2003
1999 : participation aux Rakaba de l’art (exposition organisée par le musée des cultures guyanaises)
2000 : 1er Prix du concours d’artisanat d’art organisé par la Chambre des métiers de la Guyane (catégorie objets du culte)










