14 novembre 2007
Histoire de la tribu Osage (1/3)
Histoire de la tribu Osage
(1ère partie)
Durant les années 1920, les journaux de tout le pays écrivirent des
articles qui placèrent les Indiens Osages au premier plan de l’actualité.
Située dans la partie nord-est de l’actuel Oklahoma, leur réserve était devenue
une véritable fontaine d’or noir. Les royalties du pétrole versées à la tribu
en 1920, attribuaient à une seule famille composée d’un chef de famille doté d'un lotissement,
de son épouse et de trois enfants un revenu annuel de 40 000 dollars. Harcelés
par des centaines de démarcheurs, vendeurs et colporteurs, beaucoup d’Osages
dilapidèrent imprudemment leur richesse. Des histoires ahurissantes
circulaient, selon lesquelles ils se faisaient construire de somptueuses
résidences mais continuaient à dormir sous la tente; ou encore qu’ils
achetaient des luxueuses voitures bien qu’ils ne sachent pas les conduire. Pour
la plupart des Américains, ces récits sensationnels résumaient leur seule
connaissance qu’ils aient du peuple Osage. Hélas ! ils ne savaient pas que la
tribu avait un ancien et glorieux héritage dont elle était fière, un ensemble
de traditions des plus riches de tous les groupes ethniques du pays.
D’après la mythologie osage, Wa-Kon-Da, la force de vie de l’univers,
ordonna aux ancêtres de la tribu qui vivaient dans le monde des étoiles de
descendre sur terre pour aller y habiter.
Après une longue errance, le peuple du ciel rencontra un autre peuple qui
vivait déjà sur la terre. Aussitôt le peuple de la terre et celui du ciel s’unirent en une seule tribu qui se donna comme nom « Les Enfants des Moyennes Eaux » ou plus humblement « Les
Petits ». Au commencement de l’histoire des Osages, un conseil des Vieux-Petits-Hommes fut constitué, rassemblant les prophètes et les sages de la
tribu. Ils avaient pour tâche d’organiser dans ses moindres aspects la vie de
la tribu en puisant leur inspiration dans la contemplation des grands mystères
de l’univers afin d’interpréter et concrétiser les manifestations de Wakonda.
Les légendes de la tribu racontent que les anciens Osages vivaient
autrefois à l’est du Mississippi, d’abord dans la région de piémont de l’Etat
de Virginie, ensuite dans
la vallée de l’Ohio. Des documents français et de récentes recherches
archéologiques concordent sur le tracé de ce parcours d’errance de la période
précolombienne mais, plus important, ils suggèrent que les Sioux Dhegiha – la
famille linguistique à laquelle appartiennent les Osages – avaient atteint un
niveau d’expression culturelle jamais égalé au nord du Mexique. Plus tard des
attaques et des invasion par des Indiens venus de l’est, particulièrement des
Iroquois mit un terme à cette culture élaborée et sophistiquée et obligea ses
peuples à fuir vers l’ouest.
Les Osages étaient devenus un
peuple mûr formant une société évoluée. Ils suivirent l’Ohio jusqu’à son
confluent avec le Mississippi, puis ils remontèrent ce puissant fleuve jusqu’à
sa jonction avec le Missouri. Ils remontèrent ensuite le Missouri jusqu’à la
rivière qui porte maintenant leur nom : la rivière Osage.
En 1673 les Osages occupaient l’ouest de l’actuel état du Missouri, un
pays de collines boisées et escarpées, couvertes au nord de prairies ondulantes
et à l’ouest d’infinies plaines à bisons. Arès une période de découragement due à la migration, les Osages
comprirent, en voyant la luxuriance de leur nouveau territoire, que Wa-Kon-Dah
ne les avait pas abandonnés.
Leur nouvel environnement amena les anciens de la tribu à poser les bases
d’une culture assez différente de celle qu’ils avaient auparavant lorsqu’ils
vivaient plus loin vers l’est. Ils ne vivraient plus seulement de chasse et de
cueillette comme avant mais aussi d’agriculture. Dans des champs d’une
superficie moyenne d’un tiers d’acre par personne, les femmes de la tribu
cultivaient principalement du maïs mais aussi des courges, des haricots, des citrouilles
et des pommes de terre. Ils complétaient leur régime avec des pawpaws, des
cenelles, des raisins, des kakis, des noix, des noix de pécan et des glands.
Mais le plus important était encore la viande des cerfs, dindons, chiens de
prairie, skunks et bisons.
Pour le trouver, le tuer et le préparer le bison requerrait la coopération de la
tribu entière. Chaque automne et chaque printemps des éclaireurs partaient
localiser les troupeaux dans les plaines de l’ouest, tandis que les principaux chef choisissaient les emplacements des
camps de chasse qui seraient bientôt occupés par une majorité de la tribu. A un
instant, décidé avec précision, les chasseurs s’approchaient prudemment du troupeau,
face au vent et formaient un cordon de compagnons qui, au signal, provoquait
la panique dirigée vers une falaise. Au bas du canyon, d’autres chasseurs
achevaient les animaux assommés ou blessés et les découpaient « sur la peau »,
conservant avec soin chaque partie de la carcasse. Non seulement le bison
procurait la nourriture mais il fournissait aussi les habits, des ustensiles,
des ornements et même de la colle.
Principalement constitués de tipis couverts de peaux de bisons, les camps
de chasse au bison contrastaient ave les villages permanents. Sur la rivière
Osage, les Petits arrangeaient leurs
habitations semi-permanentes, au moins lors des cérémonies, en deux groupes
représentant les grandes divisions de la tribu. Les chefs de chaque division
résidaient à l’opposé l’un de l’autre par rapport au centre du village.. L’habitation
caractéristique suivait un plan au sol, soit circulaire, soit ovale et était
construite avec de jeunes branches de noyer blanc plantées dans le sol,
attachées au sommet, entrelacées de plus jeunes rameaux et recouvertes de peaux
de bison. Une ouverture était pratiquée au sommet pour l’évacuation de la
fumée. L’ouverture était à l’est. Quoiqu’elles soient habituellement de
dimensions modestes, ces loges pouvaient cependant atteindre cent pieds de long
sur vingt de large et dix de haut.
Bien qu’ils aient la réputation de pouvoir marcher ou courir sur de longues distances, les Petits utilisaient les chiens pour
le transport de leur matériel. Ces
animaux, omniprésents, étaient chargés de ballots ou bien tiraient les fameux
travois à l’occasion des campagnes de chasse semestrielles. Les chevaux, bien
entendu, remplacèrent les chiens au début du 18eme siècle lorsque les Osages
furent en mesure de s’en procurer dans les tribus du sud et de l’ouest. Le
cheval donnait au Petits une
autonomie incomparable et une grande mobilité mais il ne fut jamais aussi
important dans leur culture que chez les Cheyennes ou les Comanches. Toutefois,
le guerrier osage était un excellent
cavalier qui ne manquait pas d’allure.
Du point de vue de l’apparence, les Petits étaient – et sont encore –
incomparables. Washington Irving qui a soigneusement observé les Indiens
d’Amérique, les décrivait comme « les plus beaux Indiens...de l’Ouest. » Les
hommes atteignaient parfois des tailles de six pieds et demi et étaient
parfaitement proportionnés. Leurs visages avaient des traits harmonieux, leurs
mouvements gracieux, leur torse bien développés, leur taille mince et leurs
membres élancés. Ils se rasaient la tête à l’exception d’une mèche de scalp de
deux ou trois pouces qui descendait du sommet de leur crâne jusqu’au cou. Vêtus
de pagnes en peaux de daims, de jambières et de mocassins, les hommes Osages
peignaient et tatouaient leur corps et portaient anneaux d’oreilles et
bracelets.
Les femmes étaient beaucoup plus petites que les hommes, plus
potelées mais bien bâties. Elles
portaient leurs cheveux longs et libres, elles tatouaient leurs corps encore
plus souvent que les hommes et se paraient de boucles d’oreilles et de
bracelets. Comme les hommes elles confectionnaient leurs vêtements – robes,
leggings et mocassins – avec de la peau de cerf.
Les anciens Osages avaient une structure sociale et gouvernementale élaborée. La tribu était
organisée en deux grandes divisions, les gens du ciel (Tzi-sho) et les gens de la terre (Hunkah). Ces grandes divisions étaient elles-mêmes subdivisées en
vingt et une unités plus petites, appelées clans, chacune portant un nom
emprunté au règne animal ou à quelque phénomène cosmique. Ces divers clans
avaient un cérémonial particulier ainsi que de réelles prérogatives,
spécialement pendant les chasses au bison, les expéditions guerrières ou les
cérémonies de donation du nom aux enfants. De plus, un clan, dans chaque
division était responsable de la sélection du chef. Désignés à vie, les deux
chefs avaient un pouvoir égal, mais celui qu’avaient choisi les gens du ciel
occupait la fonction de chef de paix, tandis que celui qu’avaient choisi les
gens de la terre servait en tant que chef de guerre. Bien que leur pouvoir soit
absolu, les chefs n’étaient en aucune manière des autocrates et ils prenaient
leurs décisions après s’être éclairés des délibérations des
Vieux-Petits-Hommes.
Ces structures gouvernementales avaient une grande importance, mais le
foyer familial constituait la véritable base de la société osage. Les hommes
choisissaient leurs épouses parmi les femmes de la grande division dont ils ne
faisaient pas partie. Le mariage était principalement motivé par des
considérations matérielles notamment par l’achat de la fiancée au père. La
cérémonie consistait seulement en une fête pour les hommes de la famille de la
jeune fille. La polygamie était pratiquée chez les Osages ; quand un homme se
mariait il avait des droits de mariage sur les sœurs de son épouse. Le divorce
était facile à obtenir bien qu’une femme dure au travail puisse rarement se
retrouver sans mari. Un mari avait le droit de tuer une épouse infidèle, bien
que l’adultère ne fut pas si rare et que la promiscuité fut fréquente. Les
enfants issus du mariage appartenaient à la division et au clan de leur père,
ce qui faisait de la tribu osage une société patrilinéaire.
Les Petits manifestaient une profonde foi religieuse. A l’aube de leur
préhistoire les Petits avaient admis
que Wa-Kon-Da était le créateur de toute vie, et qu’il était partout, présent à
l’intérieur de toute chose, sur terre comme dans l’univers. Etre en harmonie
avec La Force de vie – Wa-Kon-Da –, était le but de chaque Osage. Chaque matin,
midi et soir, montaient vers Lui les prières demandant une bonne santé et une
longue vie, la protection au combat et les directives pour la journée. Cette
dépendance chronique des Osages envers Wa-Kon-Dah s’exprimait en des rituels
élaborés qui lorsqu’ils furent fixés par l’écriture donnèrent lieu à une
littérature d’une sensibilité et d’une dévotion jamais égalées
Les cérémonies, la tradition et le symbolisme étaient aussi très importants dans la vie des Enfants des Moyennes Eaux. Ils avaient des cérémonies particulières pour la paix, pour la guerre et pour la donation du nom aux enfants. Un rite élaboré des chefs protégeait un récit oral de l’organisation du gouvernement civil à l’aube de l’histoire tribale. Le Faucon était un symbole pour la tribu ; il avait été choisi par les Vieux-Petits-Hommes à cause de son courage, sa rapidité, son silence et sa propreté. Avec la peau de cet oiseau sacré les Osages faisaient des lieux saints pour célébrer le courage des guerriers de chaque groupe de la tribu. Le tabac avait aussi une signification importante dans les cérémonies : il n’était jamais fumé sans que des prières n’aient été préalablement psalmodiées vers Wa-Kon-Da.

La guerre était une autre partie constitutive du mode de vie des anciens Osages. Bien qu’étant foncièrement un peuple pacifique, le devoir de vengeance, la soif d’honneurs ou de glorieuses distinctions incitaient les Osages à engager un conflit contre leurs voisins. En de telles occasions les Vieux-Petits-Hommes, lors de leur assemblée quotidienne tenaient la cérémonie de la pipe de guerre, choisissaient le chef de l’expédition guerrière puis, après les jeûnes, d’autres rites et des prières à Wa-Kon-Da, lançaient le groupe de guerriers vers l’ennemi. La mission devait obéir à des règles précises. Si l’issue en était victorieuse, elle se concluait par des réjouissances de toute la tribu. Cependant la guerre n’était qu’un mal nécessaire, et bien que tous les hommes soient à la recherche de faits glorieux, le plus grand honneur était réservé à ceux des guerriers qui excellaient dans la défense de leur loge et de leur territoire.

LES OSAGES RENCONTRENT L’HOMME BLANC
1673 - 1803

Vers le milieu du 17eme siècle, les Français, à la recherche de fourrures et d’un passage vers l’océan de l’ouest avaient envoyé, depuis leurs colonies du fleuve Saint-Laurent, des expéditions vers le lac Supérieur. D’après les Indiens, un puissant fleuve drainait les eaux de la partie centrale du continent, ce qui suggérait l’idée d’une voie fluviale traversant le continent jusqu’au Pacifique et par conséquent l’ouverture d’un immense empire du marché de la fourrure. Cherchant à confirmer ces informations, deux des plus renommés parmi les explorateurs de la Nouvelle-France, le père Jacques Marquette et Louis Joliet, descendirent, en juin 1673 la rivière Wisconsin jusqu’au fabuleux Père des Eaux. Dirigeant leurs canoës vers le sud, ils apprirent des Indiens, en atteignant l’embouchure de la rivière Arkansas, que le Mississippi ne coulait pas vers le Pacifique mais vers le Golfe du Mexique où s’étaient déjà établis d’autres Européens, nommés Espagnols. Déçus de ne pas avoir trouvé l’océan de l’ouest, les explorateurs revendiquèrent néanmoins, au nom du roi de France, tout le bassin du Mississippi, déclarant que ses habitants seraient les sujets de leur souverain. Puis ils rebroussèrent chemin vers le lac Michigan.

La plupart des peuples que Marquette et Joliet avaient si facilement
placé dans l’orbite du royaume de France n’étaient même pas au courant de
l’expédition. Cependant les explorateurs connaissaient l’existence de groupes
particuliers d’indigènes dont les Illinois leur avaient révélé l’existence.
C’est ainsi que les Illinois désignaient la région du sud et de l’ouest de
l’embouchure du Missouri comme le pays des Wha-Sha-She,
un nom que Marquette francisa en Ouazhagi
et que plus tard les Anglais anglicisèrent en Osage. Les Wha-Sha-She n’étaient,
bien sûr, que le clan le plus oriental des Petits, mais les Européens
ignorèrent cette distinction.
Les éclaireurs indiens de Marquette situèrent exactement sur ses cartes
les villages principaux des Petits. Les deux principaux étaient situés à la
fourche sud de la rivière Osage, dans l’actuel comté de Vernon de l’Etat du
Missouri. Les Petits Osages occupaient la partie occidentale et les Grands
Osages la partie la plus orientale. Des événements de la préhistoire
expliquaient cette division : une fois, une grande inondation avait obligé les
habitants d’un unique village à chercher refuge, certains sur les hauteurs, les
autres étant restés sur les basses terres. Les premiers devinrent les Grands
Osages, les autres furent les Petits. Inconnus de Marquette en 1673, les Petits
résidaient aussi dans des villages plus petits, l’un d’eux, sur la rivière
Marmiton, un autre sur les bords du Missouri, les autres disséminés dans la
région. Aussi, ils entretenaient des camps de chasse semi-permanents près de la
région des Trois Fourches dans l’est de l’Oklahoma (à l’endroit où la Verdigris
et la Neosho se jettent dans l’Arkansas), ainsi que près de la Salt Fork de la rivière Arkansas près
de la ville actuelle de Ponca City en Oklahoma. A partir de ces camps de
chasse, les Osages nomadisaient jusqu’à la rivière Rouge au sud, la Platte au
nord et les Montagnes Rocheuses à l’ouest.
L’exploration du bassin du Mississippi par Marquette et Joliet et
l’identification de ses indigènes stimulèrent la venue des Français remontant
les cours d’eau vers l’ouest. Là où les deux infatigables explorateurs
n’avaient rencontré personne, des coureurs des bois et des voyageurs anonymes virent des Indiens avec lesquels ils
pouvaient engager des relations commerciales. Dans les villages osages ils
apportèrent des fusils, des ustensiles, des outils de métal et des boissons
alcoolisées. Impressionnés mais aussi très désireux de posséder ces produits
manufacturés, les Indiens s’empressèrent de proposer l’échange avec des objets
de leur propre culture et de leur vie quotidienne – des fourrures que les
Français pourraient revendre en Europe et des esclaves pour les marchés des
Caraïbes.
Bien que ces premiers échanges eussent donné naissance à un commerce équitable et satisfaisant, le besoin de fournir le marché altéra le mode de vie traditionnel des Osages. Alors qu’auparavant ils ne faisaient la guerre que pour la gloire ou encore pour se venger d’un affront ou d’un préjudice, maintenant, grâce aux chevaux et aux fusils à pierre qu’ils avaient pu récemment acheter, ils lançaient des attaques sur leurs ennemis traditionnels dans le but de faire des prisonniers destinés au commerce des esclaves. Dépourvus d’armes à feu et moins bien équipés de chevaux, les Pawnees, les Comanches et les Caddos ne pouvaient plus rivaliser avec les guerriers osages. De même, alors que les Petits chassaient autrefois dans le seul but de nourrir leurs familles, ils traquaient maintenant le castor et le cerf à des fins commerciales.

Les Français considéraient les Osages mieux que comme des partenaires
commerciaux. Vivant sur un affluent du Missouri, la tribu, si elle l’acceptait,
pourrait interdire aux concurrents des Français tout commerce et toute autre
exploration le long de cette voie fluviale d’une importance capitale.
Impatients d’exploiter le potentiel de cette vallée, les Français cherchaient à
s’attirer les bonnes grâces des Osages au moyen de cadeaux, d’une haute
considération et d’une grande déférence diplomatique. Ces efforts non seulement
gagnèrent la confiance des Osages mais les convainquirent de leur propre
importance tout en les détournant de leur tendance traditionnelle à l’humilité.
En 1712, l’alliance Franco-Osage était si bien scellée que pour les
Français, les Osages étaient le meilleur atout qu’ils puissent espérer
concernant le contrôle des deux rives
du Mississippi . Par exemple, quand les Indiens Fox mirent le siège sous le
Fort du Détroit, les guerriers osages et missouris se précipitèrent au secours
de leurs alliés français, obligeant les Fox à battre en retraite. Etienne
Venyard Bourgmont, l’un des officiers reconnaissants de Fort Detroit, fut
tellement impressionné par les Osages qu’il abandonna son commandement et les raccompagna jusque dans leurs
villages. Tombé follement amoureux d’une jeune fille missouri, il résida dans
son village et eut un enfant avec elle. Ensuite, il partit en expédition dans l’ouest en remontant les
rivières et, en suivant la Platte, il atteignit vraisemblablement l’est du
Wyoming. Très grand de taille, d’une force herculéenne et doué d’une
personnalité attirante, Bourgmont gagna le respect et l’estime des Osages,
ce dont il se servit pour les entraîner
dans le projet d’alliance avec les Français.
A l’époque, cette première occupation par les Européens du bas
Mississippi avait relativement peu d’impact parmi les Osages. Tout cela changea
lorsque la Compagnie des Indes de John Law prit le contrôle de la Louisiane en
janvier 1718. Les dirigeants de la Compagnie pensaient que le trafic des
esclaves indiens dans la vallée du Missouri causait une telle effervescence entre les tribus qu’il rendait
impossible tout commerce lucratif autant qu’une quelconque exploitation minière. L’établissement de
relations pacifiques dans la région du Missouri leur semblait être une
condition essentielle. Pour cela, en
1719, la Compagnie envoya Charles Claude du Tisne dans les villages osages
permanents. Du Tisne expliqua à la tribu que les Français avaient l’intention
de poursuivre avec elle un commerce équitable, mais il insista pour que cesse
le commerce perturbateur des esclaves. D’autre part, il informa les Osages que
les Français avaient l’intention d’établir des relations commerciales avec des
Indiens de l’ouest, tout particulièrement les Pawnees. De ce fait, des Indiens,
leurs ennemis traditionnels, auraient des fusils français, ce qui déconcertait
grandement les Osage. Cependant, pour le moment, ils donnèrent leur accord aux
Français.
Il paraissait bien évident que la mission de du Tisne eût un objectif
économique, cependant elle en
dissimulait un autre de nature stratégique. Le commerce prometteur avec ces
Indiens, dont le territoire était à
l’ouest de celui des Osages, les
situerait dans la sphère d’influence française et leur ferait jouer un rôle
tampon contre l’expansion espagnole dans les Plaines du bassin du Mississippi.
En outre, les bonnes dispositions des tribus semi-nomades rendrait possible les
relations commerciales des Français avec les colonies espagnoles du Rio Grande
si celles-ci s’avéraient intéressantes. Cette stratégie, cependant, n’était pas
venue à l’esprit des Osages. Elle leur
fut révélée par une erreur commise lors de la première expédition de Bernard de
la Harpe sur la Rivière Rouge en 1717. En un endroit situé près des monts
Kiamichi, cette expédition formée en grande partie d’Indiens Caddos fut presque
entièrement défaite quand elle rencontra par pur hasard un groupe de
gigantesques guerriers osages. Leur réaction suggéra que, sans aucun doute, les
Petits pourraient contrarier la mise en œuvre de toute politique française qui
ne serait pas de leur goût. En d’autres termes, les relations avec les Indiens
des Plaines du sud devaient obligatoirement obtenir l’aval des Osages
Pour faire appliquer sa politique, le roi de France renvoya en Louisiane
Etienne Bourgmont qui était revenu à Paris pour recevoir une décoration qui récompensait ses
explorations de l’Amérique du Nord. Après avoir reçu sa décoration et un titre
de noblesse, Bourgmont reçut d’abord la mission de construire un fort sur le
Missouri afin de surveiller les Osages et ensuite de passer des traités
d’alliance avec les tribus de l’ouest. Après être venu par La Nouvelle Orléans, le « Commandant du
Missouri » avait construit Fort Orléans en été 1723. La moitié de sa mission
ayant été accomplie, en juillet de l’année suivante il s’aventura vers l’ouest
avec 100 Missouris et 64 guerriers osages vers les villages des Indiens Kansas
dans le but de négocier une paix entre les tribus et un accord commercial. Les Osages avaient accompagné le commandant sans enthousiasme tellement ils réprouvaient
cette ouverture vers les tribus de l’ouest aussi abandonnèrent-ils bientôt
l’expédition pour aller participer à la campagne d’automne de chasse au bison.
Le Français, néanmoins, réussit à établir des relations cordiales avec les
Kansas et d’autres Indiens des Plaines.
Pour pousser plus loin ses alliances Bourgmont proposa que des représentants de diverses tribus, comprenant les Osages, l’accompagnent en France. Les autres Indiens des Plaines refusèrent mais quatre Osages, cinq Missouris et quatre Illinois acceptèrent la proposition. Après un long voyage à travers l’Atlantique, les délégués de l’Ouest arrivèrent à Paris le 28 septembre 1725. Les visiteurs firent une forte impression à la cour du roi et, sans aucun doute, les Indiens furent également émerveillés par les raffinements de la société européenne. On ne sait pas si les Osages retournèrent dans leurs villages, mais il est certain que cette aventure au-delà des mers et le séjour de Bourgmont dans le Missouri renforça le prestige de la France.

Cependant, la fidélité des Osages avait ses limites, ce qui devint
évident après 1739 quand les frères Mallet réussirent à traverser les prairies
en direction du Rio Grande afin d’aller commercer avec les Espagnols à Santa
Fe. Un tel commerce contournait les Osages et diminuait leur position parmi les
Indiens des Plaines. En conséquence, quand Fabry de la Bruyère en 1742 tenta de
suivre les Mallet au Nouveau Mexique, des éléments de la tribu interceptèrent le
groupe français sur la Canadian River, la harcelèrent et l’obligèrent à battre
en retraite.
Les Osages étaient tout aussi inhospitaliers à l’égard des négociants
indépendants. Ils attaquaient régulièrement, dévalisaient et parfois tuaient
ces coureurs des bois qui avaient eu l’imprudence de faire du commerce sur les
rivières Rouge, Arkansas ou Missouri. Les autorités françaises les maudissaient
mais, les bonnes dispositions de la tribu à leur égard leur étaient tellement
nécessaires pour satisfaire leurs ambitions en Amérique du Nord que ces déprédations étaient généralement
classées sans suite.
L’importance des Osages pour la France devint particulièrement évident au
milieu du 18eme siècle. Alors le plus grand défi aux intérêts français vint,
non pas de l’Espagne du Nouveau Mexique mais de l’Angleterre dont les citoyens
dispersés en nombre supérieur dans le pays pratiquaient le commerce de
marchandises, à l’ouest sur la rivière Ohio et au sud de la baie de l’Hudson.
Pour contrecarrer l’expansion vers l’ouest de l’Angleterre, les Français
comptaient essentiellement sur leurs alliés indiens. Ils attendaient par exemple des Osages qu’ils contrent les
fournisseurs des Britanniques, les Fox
qui occupaient la région nord du Missouri. En outre, les Français attendaient
des Osages qu’ils leur prêtent assistance dans la défense de leurs possessions
de la vallée de l’Ohio. En 1755, ils recrutèrent des guerriers osages qu’ils se
pressèrent d’envoyer à Fort Duquesne
dans le but d’essayer de repousser une provocation britannique conduite par le
général Edward Braddock. En juillet, les Indiens alliés des Français battirent
la colonne anglaise, tuèrent son général et forcèrent ses troupes à battre en retraite.
Cependant, ces efforts victorieux aux fourches de l’Ohio ne suffirent pas
à conserver l’Amérique du Nord à la France. Une importante population coloniale
britannique et un immense avantage sur la mer signa la défaite définitive de la
France, une défaite qui fut admise au traité de Paris en 1763. Selon les termes
de ce traité, la France cédait à
l’Angleterre toutes ses possessions à l’est du Mississippi et, en compensation
pour les pertes qu’avait par ailleurs subies l’Espagne, son alliée, la région
qu’elle revendiquait à l’ouest du Mississippi. Pour les Osages cela signifiait que dans la Louisiane espagnole, il
allait y avoir changement d’autorité et que les Français n’y seraient plus les
maîtres.
Les conséquences du traité de Paris ne furent pas immédiatement
apparentes aux Osages. Les Européens qui continuaient à venir chez eux étaient
d’origine française. Dans ce domaine il y avait plus de négociants français
qu’avant. Plutôt que de subir la domination anglaise, nombreux étaient ceux
qui, venant du pays des Illinois, traversaient le Mississippi et venaient résider sur la rive occidentale
dans l’ancienne commune de Sainte Geneviève ou dans la nouvelle cité de
Saint-Louis.
De plus les Espagnols étaient les maîtres du bassin du Missouri. Et là où
les Français avaient calmé, dominé et même spolié les Osages, les nouvelles
autorités de la Louisiane insistaient pour que les Petits se conforment à la
politique nouvellement établie.
Ils attendaient de la tribu qu’elle cesse ses raids contre ses ennemis
traditionnels qui maintenait la région située au nord de la rivière Rouge en
état de trouble permanent. Par conséquent, en 1777, les Espagnols
adoptèrent une proposition d’Athanase
de Mézières, commandant du fort de Natchitoches, qui prévoyait d’enrôler 1270
guerriers de dix tribus de sa juridiction et de marcher vers le nord afin de
châtier les Osages. Bien que ce projet belliqueux ne fût jamais mis en œuvre,
le but de contrôler les Osages demeura. Un peu plus tard, les Espagnols
demandèrent aux chefs tribaux résidant dans les camps de chasse de la région
des Trois Fourches livrer certains d’entre eux et de les envoyer à La Nouvelle-Orléans. Détenus en otages, ces chefs
seraient probablement garants du bon comportement des guerriers. Aucun membre de la tribu ne fut livré à la
Nouvelle Orléans et les Osages continuèrent à terroriser le sud ouest.
Incapables d’intimider les Osages, les Espagnols décidèrent de leur
appliquer une politique de représailles économiques. Dès 1790 ils tentèrent
d’empêcher les négociants de Saint-Louis d’avoir des relations commerciales
avec la tribu. De plus en plus dépendants des objets fabriqués apportés par les
Européens, les Osages, pensait-on, seraient amenés à la raison par le blocus
économique. Au nombre de six mille, fiers et convaincus de leur propre
importance, les Osages réagirent à cette nouvelle politique avec la plus grande
vigueur. Les négociants qui s’efforçaient d’éviter leurs villages étaient
arraisonnés et dévalisés. De plus, le grand chef de guerre envoya une
délégation de quatre chefs de clans à Saint-Louis afin de protester contre
cette politique
Mais les Espagnols ne voulaient pas modifier leurs plans. En décembre
1792, le baron Hector de Carondelet, gouverneur de la Nouvelle-Orléans,
confirma la politique de blocus et au mois de juin de l’année suivante,
franchit le dernier pas en déclarant la guerre aux Osages. Compte tenu des
positions militaires espagnoles en Louisiane, cette déclaration était bien
téméraire. Elle ne pouvait qu’inciter les Osages à attaquer les premiers.
Ignorant Saint-Louis, les bandes de guerriers attaquèrent Sainte Geneviève en
janvier 1794, tuant un habitant ; ailleurs ils tuèrent et scalpèrent des
négociants isolés. Comme les Espagnols ne s’attendaient pas à une telle
réaction, de Carondelet abandonna rapidement la guerre. En outre, avec le souci
de l’expansion des Etats-Unis qui contrôlaient à présent la rive orientale du
Mississippi, l’Espagne avait besoin de l’alliance avec les Osages plutôt que d’avoir à les combattre.
C’est à cette époque qu’Auguste Chouteau arriva à La
Nouvelle-Orléans pour faire une
importante requête au gouverneur de Carondelet.
Alors qu’il n’était encore qu’un enfant âgé de 15 ans, Chouteau avait
assisté à la naissance de Saint-Louis et avait par la suite monté des
expéditions commerciales parmi les Osages. Fort de l’immense respect qu’il y
avait acquis, le Français demanda à de Carondelet le monopole de tout commerce
avec la tribu. En retour, Chouteau promettait d’établir un fort qui serait un
foyer de l’autorité espagnole dans la région et permettrait d’exercer un
contrôle sur les Osages afin d’empêcher leurs déprédations. Compte tenu de
l’échec des anciennes tentatives d’intimidation, le gouverneur répondit
positivement et fut presque reconnaissant de cette requête.
Vers le milieu de l’été 1795, Chouteau s’installa près du village des
Grands Osages. Les Osages observaient favorablement la construction du
fort et en étaient même impressionnés.
Le fort du jeune Français fut terminé en août et baptisé «fort Carondelet ».
Durant les sept années qui suivirent, les relations commerciales initiées par
Chouteau furent bénéfiques pour les divers partenaires. Aux négociants elles
apportaient la prospérité, aux Indiens une source permanente de marchandises et
aux Espagnols une alliance fidèle contre les empiétements étrangers.
Les Osages cependant n’abandonnèrent pas pour autant leurs habitudes belliqueuses et leurs fréquentes
déprédations contre les négociants isolés ou contre les tribus ennemies. Mais
Chouteau limita leurs raids à la haute vallée de l’Arkansas ce qu’il justifia
en estimant que c’était le prix à payer pour obtenir la bonne volonté des
Osages.
La situation instaurée par Chouteau fut si satisfaisante pour l’Espagne
qu’en 1800, son monopole fut prolongé de quatre années supplémentaires.
Cependant le Français avait fait de tels bénéfices que bientôt d’autres
négociants convoitèrent ses droits exclusifs. La concurrence la plus redoutable
vint de Manuel Lisa, un Espagnol qui se servait de son origine latine pour
défendre sa cause auprès des autorités espagnoles. Argumentant sur le fait que
Chouteau avait échoué à promouvoir l’agriculture qui ne pouvait être pour
l’Espagne que le seul moyen de tenir la
Louisiane, Lisa obtint en 1802
l’annulation du monopole de Chouteau qui lui fut transféré.
Chouteau, bien sûr, ne pouvait accepter cette mise à l’écart. Travaillant
avec son demi-frère Pierre comme
associé, il persuada le chef Cashsegra
et au moins la moitié du village des Grands Osages de partir s’installer sur le
site du poste commercial des Trois Fourches. Avec Cashesegra et grâce à
l’influence de Chouteau, un chef
héréditaire nommé Clermont, leader en titre des « Osages de l’Arkansas » devint
la personnalité la plus influente. D’une apparence combative et apte au
commandement, il abandonna les villages des bords de la rivière Osage après que
son titre de chef eut été usurpé par Pawhuska, ou « Cheveux Blancs ».
Clermont, chef des Osages
Cette migration dans l’est de l’actuel Etat d’Oklahoma avait conduit les Osages de l’Arkansas à s’installer dans une belle région offrant d’excellentes possibilités commerciales. Irriguant de très bons territoires de chasse, les Trois Fourches étaient situées à la tête de la navigation sur l’Arkansas, d’où les fourrures pouvaient être embarquées vers La Nouvelle Orléans et des marchandises pouvaient être ramenées en retour. Chouteau avait bien choisi, si bien qu’après 1802, la région des Trois Fourches, plutôt que la rivière Osage, devint le foyer principal d’activité des Osages.
Tout au long de la période du contact avec les Européens, les Osages
avaient modifié leurs goûts, abandonné leurs habitudes traditionnelles aussi
bien que leurs anciens villages. Un simple coup d’œil fortuit aurait suggéré
que les changements étaient profonds : ils utilisaient les fusils à la place
des arcs et des flèches, se déplaçaient à cheval au lieu de marcher,
utilisaient des ustensiles et des outils de métal plutôt que ceux que ceux de
pierre ou d’os. Finalement ces changements facilitaient les actes du mode de
vie traditionnel. Si les Osages avaient perdu leur accès aux raffinements européens,
ils auraient eu assez de difficultés à retrouver leurs habitudes
traditionnelles. Pour cette raison, ils rejetaient consciencieusement les
institutions qui auraient pu altérer sérieusement les modèles traditionnels de
leur culture. Par exemple ils n’avaient pas accepté le dieu de l’homme blanc.
Les robes noires – les prêtres jésuites – avaient œuvré parmi les Osages
pendant plus d’un siècle sans résultats tangibles. Pourtant la présence des
Européens avait apporté un changement profond et durable dans au moins un
domaine. La demande de l’homme blanc en fourrures et ses besoins en viande avaient causé une diminution du gibier dans la vallée du Mississippi et
avaient repoussé les bisons toujours plus loin vers l’ouest. La perte était
irremplaçable et les déséquilibres écologiques permanents. Ces conditions
inquiétaient vivement les Osages lorsqu’ils pensaient au futur et à leurs
descendants. (à suivre)
13 novembre 2007
Histoire de la Tribu Osage (2/3)
Histoire de la tribu Osage
(2ème partie)
L’ARRIVÉE DES AMÉRICAINS : 1803 - 1839
Au commencement du 19eme siècle l’Espagne en était venue à la conclusion que la Louisiane était une lourde charge pour le trésor de son empire. Quand Napoléon proposa que la France reprenne le contrôle de la province, la couronne d’Espagne lui abandonna la Louisiane par le traité de San Ildefonso qui fut signé en 1801. La nouvelle de ce transfert paniqua le gouvernement des Etats-Unis car une France toute puissante était de nature à bloquer toute expansion vers l’ouest de la jeune république américaine. Le président Thomas Jefferson envoya ses représentants diplomatiques à Paris afin de trouver un terrain d’entente avec le Premier Consul. Ayant souffert de sérieux revers dans ses visées coloniales, Bonaparte surprit les diplomates américains en leur proposant la vente de toute la Louisiane. Ils se mirent d’accord sur le prix de 15 millions de dollars, ainsi, en 1803 les Etats-Unis enlevèrent ce titre de propriété qui leur assurait une très large expansion à l’ouest du Mississippi.

L’année suivante, le président Jefferson envoya deux expéditions – l’une, celle de Lewis et Clark, chargée d’explorer le Haut Missouri, l’autre, celle de Hunter et Dunbar, sur la Rivière Rouge – afin de connaître l’étendue, les caractéristiques et les habitants du pays nouvellement acquis. Ces expéditions conclurent – comme l’avaient fait avant eux les Français et les Espagnols – que les Osages détenaient la clé de la réussite des Américains dans leur volonté de contrôler la Louisiane. Pour s’attirer la sympathie des Osages, pendant les quatre années suivantes, les Etats-Unis engagèrent Pierre Chouteau comme agent du gouvernement, envoyèrent une délégation de chefs importants à Washington et mirent fin à la captivité de 46 Osages prisonniers des Potawatomis. Les Américains ouvrirent aussi un comptoir commercial à Fort Osage sur la Rivière Missouri près de la ville actuelle de Sibley (Etat du Missouri). Comme ce « magasin » vendait des marchandises de qualité à prix coûtant, on espérait que les Osages seraient favorablement disposés à l’égard des Américains dont ils deviendraient des alliés dépendants, car tels étaient les objectifs du gouvernement fédéral.

Dès le début, le président Jefferson avait l’idée de faire de la
Louisiane une région où l’on pourrait déplacer les Indiens des Etats de l’est
qui refusaient d’adopter la manière de vivre de l’homme blanc. Ainsi, à l’ouest
du Mississippi, ils pourraient continuer à vivre selon leurs habitudes sans
gêner l’exploitation par les blancs de leurs domaines ancestraux. Cependant, un
tel projet ne tenait pas compte des tribus qui déjà occupaient la Louisiane.
Les Osages, par exemple, n’avaient pas l’intention d’autoriser les Indiens de l’est à empiéter sur leurs terrains de chasse. Si certains s’aventuraient à traverser le Mississippi pour pénétrer dans le nord de l’Etat actuel de l’Arkansas, ils pouvaient s’attendre à être attaqués, perdre leurs biens et leurs vies. Incontestablement, l’opposition des Osages compromettait le succès de cette politique de déportation.
Pour faciliter leur politique, les Etats-Unis convoquèrent en novembre
1808 les Grands et les Petits Osages à un conseil sur la Rivière Missouri.
Meriwether Lewis et William Clark étaient les représentants du gouvernement,
tandis que Cheveux Blancs (Pawhuska) était le porte-parole de la tribu.
Influenc és par Pierre Chouteau et menacés d’être privés de leur
approvisionnement en marchandises, les Osages acceptèrent de céder aux
Etats-Unis toute la région qui s’étend du nord de la Rivière Arkansas à l’est
d’une ligne nord-sud qui traversait le terrain du conseil. En compensation
les
Etats-Unis promettaient à la tribu un forgeron, des outils pour réparer les
fusils, du matériel agricole, le versement d’une rente annuelle de 1 500
dollars et une amende de 5 000 dollars à tout homme blanc qui créerait des
problèmes à la tribu.
Chef Pawhuska >
Signé, l’année suivante, par les Osages de l’Arkansas, le traité mit un
terme à la revendication des Osages sur le nord de l’Arkansas et la plus grande
partie de l’actuel Etat du Missouri. Les 52 millions d’acres de ce territoire
suffiraient probablement à réinstaller les tribus déplacées. En effet, en 1809
un important effectif de Cherokees céda aux pressions du gouvernement et émigra
dans la vallée de l’Arkansas. L’agent des Cherokees, le major William L.
Lovely, apprit bientôt que la cession de leurs terres par les Osages ne
signifiait pas qu’ils accueilleraient volontiers les immigrants. En dépit de ses efforts diplomatiques au
cours de l’année 1813, le major ne put empêcher les hostilités entre les
guerriers de Clermont et les intrus.
En 1812, à la déclaration de
guerre (entre les Etats-Unis et l’Angleterre), il devint évident qu’il était
indispensable de tenir compte des Osages. Quand le gouvernement américain
abandonna simultanément Fort Osage et rejeta l’offre d’alliance de la tribu
dans le conflit, des guerriers partirent pour la Prairie du Chien afin d’y
recevoir des présents des Anglais. Les Britanniques envoyèrent même leurs
drapeaux afin qu’ils soient déployés sur les villages osages. Réalisant
l’erreur qu’ils avaient commise en ayant ignoré les Osage, les commissaires du
gouvernement américain rencontrèrent en septembre 1815 des délégués de la tribu
près de l’embouchure du Missouri afin de rétablir le statu quo ante-bellum.
Pourtant la trêve ne dura pas longtemps. Les Osages de l’Arkansas
continuèrent à faire obstruction à cette politique d’immigration forcée en
harcelant les immigrés cherokees qui chassaient sur leur domaine. Dans une
tentative de règlement du conflit en 1816, le major Lovely parvint à persuader
la bande de Clermont d’abandonner ses prétentions sur la région comprise entre
la Rivière Verdigris et les domaines cherokees de l’Arkansas.
On espérait que cette étendue, connue sous le nom de « l’achat de Lovely
», servirait de tampon entre les tribus et laisserait les Cherokees libres de
chasser en paix. Les efforts de l’agent furent vains et les hostilités
continuèrent aussi fort qu’avant.
Pour se dédommager du harcèlement, les Cherokees et d’autres immigrés se rencontrèrent au début de 1817 et formèrent le projet d’une attaque combinée sur le village de Clermont. Une invitation à venir les aider fut envoyée aux Cherokees de l’est qui résidaient encore dans le sud des Appalaches. Un certain nombre accepta l’offre parmi lesquels John McLamore qui finalement commanda les forces alliées composées de Cherokees, Choctaws, Chickasaws, Pawnees et Peorias lesquelles attaquèrent les villages de la Verdigris. Ayant fait coïncider l’assaut avec la chasse d’automne, alors que les hommes étaient absents, les attaquants furent victorieux ; ils tuèrent 83 femmes, enfants et vieillards, capturant 103 jeunes filles et garçons qui pourraient être revendus comme esclaves. Ils mirent le feu au village et aux champs puis s’en retournèrent « avec gloire et honneur » dans leurs campements de la Rivière Arkansas.

Bien qu’ils ne soient pas trop mécontents de l’issue de la bataille du
Mont Claremore, les Etats-Unis se rendaient compte que les représailles osages
seraient rapides et générales. Comme une telle réaction allait sans doute
ralentir le processus d’émigration Cherokee, une action immédiate devait être
décidée. Par conséquent, en juillet 1817, le Secrétaire de la guerre ordonna la
construction d’un poste militaire à l’endroit où la frontière orientale des
Osages coupait la Rivière Arkansas.
En décembre, le major William Bradford commença la construction de Fort
Smith.
Au moment de l’érection de Fort Smith, une délégation cherokee fit
pression sur le secrétaire de la guerre, John C. Calhoun afin que soit
officiellement reconnue leur « victoire » du Mont Claremore. Etant donné que
les prises de guerre devaient revenir au vainqueur ils demandèrent que le
gouvernement attribue à leur peuple une portion considérable du domaine osage.
Calhoun accepta cette façon de voir les choses et demanda à William Clark de
contraindre les Osages à céder une autre partie de leur territoire.
En septembre 1818, Clark exposa ses instruction aux Grands et Petits
Osages réunis à Saint-Louis et leur demanda que la tribu cède – cette fois
officiellement – « l’achat de Lovely ». Les Etats-Unis dédommageraient la tribu
en lui versant une somme de 4 000 dollars. De plus le gouvernement ne
transférait pas l’« achat L.» aux Cherokees mais le gardait tout en le leur
réservant comme territoire de chasse et comme couloir de sécurité vers l’ouest.
En signant le traité tel qu’il était écrit, les Osages eurent même un accord
avec les Cherokees le mois suivant leur promettant l’amitié et la paix. De leur
côté les immigrés acceptaient de renvoyer à Fort Smith au printemps suivant les prisonniers faits à la bataille du
Mont Claremore.
Grâce aux traités et à la construction de Fort Smith, les
Etats-Unis espéraient que la migration des Indiens de l’est pourrait reprendre
et que les troubles sur la frontière de l’Arkansas cesseraient.
Cependant, une paix durable était soumise à l’approbation des Osages de l’Arkansas aux dispositions des deux traités de Saint-Louis et à la restitution totale des prisonniers. Le respect de ces conditions rencontra quelques difficultés. En effet, à la suite de l’attaque de son village par les Cherokees, Clermont avait réuni une conférence générale des Indiens Shawnee, Delaware, Creek, Quapaw, Kansas et Fox. En leur offrant 300 chevaux, le chef envisageait de les engager dans une action de représailles. Mais le major Bradford se précipita vers le village de Clermont et tranquillisa les Osages en leur donnant l’assurance que ceux des Osages qui étaient détenus prisonniers leur seraient rendu l’été suivant à Fort Smith.
Heureux de revoir bientôt leurs femmes
et leurs enfants, Clermont et les autres chefs des Osages de l’Arkansas se
rendirent au Fort à la fin juillet 1819. Les Cherokees manquèrent à leur
promesse et ne se présentèrent pas, prétextant qu’ils étaient occupés à leurs
récoltes. Ils promirent de rendre les captifs en septembre. Quand le jour du
rendez-vous arriva, les Cherokees étaient encore absents, et c’est alors que Bradford leur intima l’ordre de montrer
les prisonniers. Après d’autres atermoiements, les immigrés sortirent
finalement par petits groupes mais, même à ce moment-là, ils n’étaient accompagnés
que de quelques captifs. La mauvaise foi des Cherokees n’apaisa pas la mauvaise
volonté des Osages pas plus qu’elle n’augmenta les chances de succès de la
politique de déplacement des Indiens de l’est.
Bien que les immigrés n’eussent pas respecté leurs engagements dans
l’affaire de Saint-Louis, ils demandèrent aux Osages de tenir leurs promesses.
Les envahisseurs se mirent en colère quand, en février 1820, un groupe de guerriers commandé par Mad Buffalo (Bison furieux), le fils de
Clermont, tomba sur un groupe de chasseurs Cherokees en maraude sur le
territoire osage. Ils en tuèrent trois et s’emparèrent de leurs prises et de
leurs fourrures. Néanmoins le gouverneur du territoire de l’Arkansas, James
Miller, ignora les demandes d’une réparation immédiate faites par les immigrés,
faisant remarquer aux Cherokees qu’ils avaient manqué à leurs engagements en ne
libérant pas la totalité des prisonniers du Mont Claremore. Déboutés, ils
abandonnèrent leur projet d’une attaque des Osages par l’ensemble de la tribu
et libérèrent les prisonniers l’automne de la même année.
Le gouverneur Miller espérait bien que cette conférence et ce compromis
aplaniraient le différend entre les Osages et les Cherokees, mais il se
trompait sur les deux parties en présence. Pour les Osages de l’Arkansas une
présence permanente des immigrés
signifiait une rapide disparition du gibier dont dépendait leur survie et leur
subsistance. Une telle remise en question de leur mode de vie traditionnel
rendait impossible tout compromis avec les immigrés. Les Cherokees, du reste, ne désiraient pas davantage la paix. En
mars 1821, ils informèrent le major Bradford qu’ils se préparaient à attaquer
les Osages, justifiant la nécessité de leur agression par le besoin de sécurité
de leur économie agricole croissante sur les riches terres.
Les Osages frappèrent les premiers. En avril, une autre bande de
guerriers, commandée par Bison furieux descendit la Rivière Arkansas jusqu’à
Fort Smith. La permission d’entrer au Fort leur ayant été refusée ils
construisirent 40 à 50 radeaux dans le but de traverser la rivière jusqu’au
pied du Fort. Lorsqu’ils se trouvèrent face à un canon de six livres, ils
retournèrent leur colère contre un groupe de chasseurs Quapaws, tuant et
mutilant trois d’entre eux. Un peu plus tard, ils tuèrent trois Delawares.
Le raid de Bison furieux avait semé la consternation autant chez les
blancs que parmi les Cherokees.
Le gouverneur intérimaire du Territoire de l’Arkansas, Robert Crittenden,
demanda des armes au Secrétaire à la Défense
pour « repousser l’invasion et l’outrage » tandis que les Cherokees se
regroupaient pour défendre leurs maisons. La préparation était aussi inutile
que ridicule. Clermont désavoua l’action de son fils et proposa une trêve de
trois mois devant préparer la pais définitive.
Mais les Cherokees voulaient la guerre et le raid de Bison furieux en
fournissait le prétexte. Ils rejetèrent les propositions de Clermont et
préparèrent l’attaque des Osages pour l’été 1821. Le major Bradford tenta de
les en dissuader et leur promit même d’arrêter tout groupe de guerriers.
En octobre 1821, une troupe formée de l’alliance de plus de 200 Indiens immigrés remonta la Rivière Arkansas jusqu’à la Verdigris. Fidèle à sa parole, Bradford intercepta la bande ; quand les alliés refusèrent de s’en retourner, il leur fournit, pour une raison inexpliquée, un baril de poudre qu’ils pourraient utiliser au cours de leur expédition. Poursuivant jusqu’au plus proche village osage désert, les envahisseurs suivirent la piste des Osages vers les plaines à bisons. Les alliés attaquèrent d’abord le camp tribal, tuant les femmes, les enfants et les vieillards et faisant quelques 30 prisonniers. Leur dernier assaut, contre des hommes robustes, ne se passa pas si bien ; les Osages forcèrent les Cherokees à une retraite en débandade. Bien qu’ayant obtenu une bien piteuse victoire les Envahisseurs avaient perturbé la chasse d’automne ce qui se traduisit pour le peuple de Clermont par une famine lors de l’hiver 1821-22.

Bien que des représailles sporadiques aient pu se produire à la suite de
cette attaque, les Osages étaient généralement disposés à un compromis avec les
Cherokees. La lassitude de la guerre et un contingent supplémentaire de 250
soldats cantonnés à Fort Smith
permirent à Nathanial Philbrook, le sous agent osage, d’assurer l’armistice qui
fut signé le 16 mai 1822 avec la promesse de réunir les parties concernées pour
une conférence de paix au mois de juin suivant. Au jour dit, Clermont et 150
Osages se réunirent avec un nombre égal de Cherokees à Fort Smith. Le 9 août,
les deux groupes acceptèrent un traité écrit dont la principale clause était la
libération des 17 prisonniers osages encore détenus par les Cherokees. 8
d’entre eux furent libérés sur-le-champ avec la promesse de libérer le restant
le mois suivant. Pour le moment la paix régnait sur la frontière de l’Arkansas.
Quant Clermont signait ce traitait avec les Cherokees, ceux des Osages
qui résidaient encore dans le Missouri signaient un autre traité avec les
Etats-Unis, le 31 août 1822. Les dispositions de ce nouvel accord étaient
simples : pour les marchandises d’une valeur supérieure à 2300 dollars, les
Osages acceptaient l’abolition de la fabrique qui leur était garantie par le
traité de 1808. La signification était facile à comprendre, l’accord avait de
profondes conséquences. Avec la perte d’un comptoir commercial du gouvernement,
les Osages se retournaient complètement vers les négociants privés pour obtenir
les objets qu’ils désiraient tellement. Ainsi, les Chouteau pouvaient les
persuader d’abandonner leurs anciens villages et d’émigrer au sud ouest sur la
Rivière Neosho, près de la ville actuelle de Salina (Oklahoma) où la famille
Chouteau avait sa base opérationnelle. Grâce à cette migration dans la région
des Trois Fourches, les Petits, au nombre de 4 500, seraient à nouveau unis.
Les intérêts commerciaux d’A. & P. Chouteau, bien sûr, avaient été
responsables de la division de la tribu ; ces mêmes intérêts, maintenant, les
réunissaient. Quelles qu’aient pu être leurs querelles intestines, les Osages
avaient toujours bien servi les Chouteau. Avant 1812, les chasseurs de la tribu
échangeaient chaque année dans cet établissement de la région des Trois
Fourches l’équivalent de 30 000 dollars de peaux de castors, de loutres, d’ours
et de bisons contre des marchandises qui ne coûtaient aux Français que 7 500
dollars
chercherait à passer devant Fort Smith. Apprenant les décisions de
Bradford et présumant qu’il pourrait contrôler les immigrés, Clermont partit
dans les Plaines avec son peuple pour
la campagne de chasse d’automne. C’est précisément ce qu’attendaient les
Cherokees.
En octobre 1821, une troupe formée de l’alliance de plus de 200 Indiens immigrés remonta la Rivière Arkansas jusqu’à la Verdigris. Fidèle à sa parole, Bradford intercepta la bande ; quand les alliés refusèrent de s’en retourner, il leur fournit, pour une raison inexpliquée, un baril de poudre qu’ils pourraient utiliser au cours de leur expédition. Poursuivant jusqu’au plus proche village osage désert, les envahisseurs suivirent la piste des Osages vers les plaines à bisons. Les alliés attaquèrent d’abord le camp tribal, tuant les femmes, les enfants et les vieillards et faisant quelques 30 prisonniers. Leur dernier assaut, contre des hommes robustes, ne se passa pas si bien ; les Osages forcèrent les Cherokees à une retraite en débandade. Bien qu’ayant obtenu une bien piteuse victoire les Envahisseurs avaient perturbé la chasse d’automne ce qui se traduisit pour le peuple de Clermont par une famine lors de l’hiver 1821-22.
Bien que des représailles sporadiques aient pu se produire à la suite de
cette attaque, les Osages étaient généralement disposés à un compromis avec les
Cherokees. La lassitude de la guerre et un
contingent supplémentaire de 250
soldats cantonnés à Fort Smith
permirent à Nathanial Philbrook, le sous agent osage, d’assurer l’armistice qui
fut signé le 16 mai 1822 avec la promesse de réunir les parties concernées pour
une conférence de paix au mois de juin suivant. Au jour dit, Clermont et 150
Osages se réunirent avec un nombre égal de Cherokees à Fort Smith. Le 9 août,
les deux groupes acceptèrent un traité écrit dont la principale clause était la
libération des 17 prisonniers osages encore détenus par les Cherokees. 8
d’entre eux furent libérés sur-le-champ avec la promesse de libérer le restant
le mois suivant. Pour le moment la paix régnait sur la frontière de l’Arkansas.
Quant Clermont signait ce traitait avec les Cherokees, ceux des Osages
qui résidaient encore dans le Missouri signaient un autre traité avec les
Etats-Unis, le 31 août 1822. Les dispositions de ce nouvel accord étaient
simples : pour les marchandises d’une valeur supérieure à 2300 dollars, les
Osages acceptaient l’abolition de la fabrique qui leur était garantie par le traité
de 1808. La signification était facile à comprendre, l’accord avait de
profondes conséquences. Avec la perte d’un comptoir commercial du gouvernement,
les Osages se retournaient complètement vers les négociants privés pour obtenir
les objets qu’ils désiraient tellement. Ainsi, les Chouteau pouvaient les
persuader d’abandonner leurs anciens villages et d’émigrer au sud ouest sur la
Rivière Neosho, près de la ville actuelle de Salina (Oklahoma) où la famille
Chouteau avait sa base opérationnelle. Grâce à cette migration dans la région
des Trois Fourches, les Petits, au nombre de 4 500, seraient à nouveau unis.
Les intérêts commerciaux d’A. & P. Chouteau, bien sûr, avaient été
responsables de la division de la tribu ; ces mêmes intérêts, maintenant, les
réunissaient. Quelles qu’aient pu être leurs querelles intestines, les Osages
avaient toujours bien servi les Chouteau. Avant 1812, les chasseurs de la tribu
échangeaient chaque année dans cet établissement de la région des Trois
Fourches l’équivalent de 30 000 dollars de peaux de castors, de loutres, d’ours
et de bisons contre des marchandises qui ne coûtaient aux Français que 7 500
dollars.
Après 1817, ils échangeaient des pelleteries d’une valeur de 80 000 à 10
000 dollars contre des objets manufacturés valant moins de la moitié de ce
montant. Ce n’était pas un miracle si la famille Chouteau régnait aussi
fastueusement dans la ville de Saint-Louis ! D’autres gros négociants très
célèbres quoique moins fortunés se nommaient Nathaniel Pryor, Hugh Glenn et Sam
Houston.
L’installation de davantage d’Osages juste à l’ouest des immigrés cherokees n’était pas de nature à maintenir la paix sur la frontière, pas plus que l’arrivée d’un nombre toujours plus important de blancs qui se répandaient dan le pays indien. Complètement ignorants des habitudes, modes de vie et traditions culturelles et économiques des Indiens, ces américains de la frontière rejetaient toute limite qui puisse entraver leur liberté d’entreprise. Les Osages ripostaient à ces intrus blancs comme ils l’avaient fait auparavant avec les immigrés rouges. Le 17 novembre 1823 par exemple, Bison furieux et 200 guerriers accrochèrent un groupe de chasseurs blancs et de métis d’Indiens Quapaws près de la Rivière Bleue. Cinq hommes eurent la tête coupée et leurs corps mutilés. Le colonel Matthew Arbuckle, nouveau commandant de Fort Smith, demanda que Clermont livre les guerriers coupables, une requête que le chef, comme d’habitude ignora superbement.

Pour empêcher que les Osages ne commettent de nouvelles déprédations de
ce genre, le Département de la Guerre des Etats-Unis donna l’ordre à Arbuckle
de déplacer la garnison de Fort Smith vers un point plus à l’ouest, près des
chutes de la Verdigris. Ayant établi sa garnison à Fort Gibson vers la mi-avril
1824, le commandant renouvela alors sa
demande à Clermont de lui livrer Bison furieux.
Avec le poste militaire à seulement quelques miles de son village, le
chef n’avait pas d’autre solution que de livrer son fils et quatre guerriers.
Ce qu’il fit en juin. La Cour Suprême des Etats-Unis siégeant à Little Rock,
après avoir relaxé trois des Osages condamna Bison furieux et Petit aigle à
être pendus le 21 décembre. A cause du comportement des condamnés et parce
qu’il avait également en haine les crimes des Cherokees, le président John
Quincy Adams gracia les deux Osages et les renvoya parmi les leurs.
Pendant ce temps, depuis son point de vue de la Verdigris, le colonel
Arbuckle élabora un plan qui, il l’espérait, ferait les Osages se tenir
tranquilles. Il pensait qu’un gouvernement tribal centralisé dirigé par
Clermont que l’on aurait convenablement flatté, pourrait être persuadé de
soutenir la politique des Etats-Unis. En conséquence il nomma un conseil
national de 13 membres qui, comme convenu, élut Clermont comme président.
Donnant au conseil la directive de légiférer sur toutes les questions
importantes, il créa également une garde de 40 guerriers chargés de
l’application de la loi et du maintien de l’ordre. Bien qu’il fut vite oublié
par les Osages, le projet Arbuckle préfigurait un système de gouvernement qui
fut inauguré avec succès à la fin du 19ème siècle.
Les Etats-Unis attendaient des Osages bien plus qu’un comportement
pacifique et des attitudes démocratiques. Le gouvernement fédéral avait besoin
de leur terre.
Outre les Cherokees, le gouvernement avait réinstallé d’autres tribus
plus petites – Delaware, Kickapoo, Shawnee, Miami, Piankanshaw et Wea – dans le
sud de l’actuel Etat du Missouri et le nord de l’Arkansas.. Pour protéger les
tribus d’une toujours croissante immigration blanche dans cette région, les
autorités fédérales envisagèrent de les envoyer plus loin vers l’ouest sur le
territoire dominé par les Osages.
Les Etats-Unis désignèrent William Clark pour aller pacifier la région à coloniser contre les Osages. En conséquence, le 2 juin 1825, à Saint-Louis, Clark arracha aux Osages l’abandon de toute revendication territoriale pour toutes les terres à l’ouest du Missouri et du Territoire de l’Arkansas. A l’intérieur de la région cédée, la tribu se réservait cependant, pour sa propre installation, une étendue de 50 miles de large, commençant à 25 miles à l’ouest du Missouri et se prolongeant en droite ligne vers le sud de la haute vallée de la Rivière Kansas. L’ensemble de la tribu abandonnait 45 000 000 d’acres de terre. En compensation, les Osages devaient recevoir chaque année des marchandises d’une valeur de 7 000 dollars, ceci pendant 20 ans ; un certain nombre d’animaux domestiques ; l’oubli de leurs dettes dans les comptoirs commerciaux ; le paiement par les citoyens américains de pas plus de 5 000 dollars pour des réclamations contre eux. Les Etats-Unis justifièrent la nécessité du traité de 1825 par la nécessité de « protéger » les Osages des immigrés blancs, mais William Clark, un homme honorable, savait bien qu’au fond il s’agissait bien d’une pure extorsion, un effet de la loi du plus fort sur le plus faible.
Comme prévu, immédiatement après le traité, White Hair le jeune ( W.H. le
vieux était mort en
1808) conduisit son peuple de la Grand Saline vers la
nouvelle réserve du Kansas. S’établissant sur la vallée de la Haute Neosho, il
fut aussitôt rejoint par les Petits Osages, ce qui amenait dans la réserve une
population totale de 3 000 personnes. D’un autre côté, la bande de Clermont,
longtemps demeurée la plus grande
partie indépendante de la tribu, refusa de partir de la région des Trois
Fourches . Qui plus est, elle continua de résister aux incursions rouges comme
blanches sur le territoire tribal, en violation du récent traité.
La capacité de résistance des Osages de l’Arkansas était directement
proportionnelle au nombre d’immigrés résidant parmi eux. Ce nombre ne cessa
d’augmenter après 1828 quand les Cherokees de l’ouest échangèrent leur réserve
de l’Arkansas contre « l’achat Lovely » et entreprirent une émigration à grande
échelle vers ce qui est aujourd’hui l’est de l’Oklahoma. Cet exode n’était que
l’application de la politique indienne instituée en 1830 par le président
Jackson. Jackson appelait à déplacer de force tous les Indiens vivant sur les
territoires à l’ouest du Missouri et de l’Arkansas. A l’endroit où les Osages
de l’Arkansas avaient été dans le temps confrontés à l’arrivée de petits
groupes de Cherokees et d’autres tribus de l’est, ils trouvaient maintenant,
résidant dans leur domaine des milliers de nouveaux immigrés – Choctaw,
Chickasaw, Creek, Seminole et Cherokee.
Incapables de combattre les nouveaux arrivés, les Osages de la bande de
Clermont n’avaient plus qu’à respecter le traité s’ils voulaient survivre.
Ainsi, dans le traité négocié mai 1831, les Osages de l’Arkansas acceptèrent
une cessation des hostilités avec à la fois les Cherokees et les Creeks, mais
ils refusèrent de partir pour la réserve du Kansas.
Leur détermination à rester aggravait les problèmes posés par la
politique de déplacement des tribus du président Jackson Comment serait-il
possible de réinstaller les Cherokees et les Creeks si une partie des Osages
continuaient à occuper le territoire ? Pour résoudre le problème, une
commission présidentielle spéciale, dirigée par le gouverneur Montfort Stokes
de l’Etat de Caroline du Nord, se réunit avec les Osages au comptoir commercial
des Chouteau à la Grand Saline en février 1833. Cependant ni l’importante préparation par le colonel
Couteau pas plus que les longs discours des commissaires ne purent persuader
les Osages de l’Arkansas de rejoindre leurs parents au Kansas
Pour bien mettre en évidence leur indépendance, une expédition de 30
guerriers commandée par Clermont-le jeune (le père était mort en 1828) reprit
les hostilités avec les ennemis traditionnels des Plaines. Au moment choisi,
ils attaquèrent méchamment un village kiowa sans défense situé dans les Monts
Wichita. Tuant au moins 150 hommes, femmes et enfants, ils firent des
prisonniers et volèrent les chevaux de la tribu. La victoire ressemblait aux
exploits d’un jour plus ancien et peut-être meilleur.
Si le refus des Osages de l’Arkansas de partir pour le Kansas créait un problème aux Etats-Unis, leur attaque des Kiowas en posait un autre bien plus grave. Une telle expédition sanglante pouvait déclencher dans les Plaines des représailles générales contre les immigrés de l’est, sérieusement mis en danger par la politique de déplacement des Indiens. . Pour réparer le préjudice, le colonel Henry Dodge, en juin 1834, prit le commandement d’une troupe de 300 dragons, un contingent d’Osages et d’immigrés indiens en direction des Monts Washita. Après avoir ramené les prisonniers capturés par les Osages l’année précédente, Dodge persuada les représentants des tribus Kiowa, Comanche et Wichita d’accompagner le retour de l’expédition jusqu’à Fort Gibson. Un conclave de trois jours s’ensuivit avec les délégués des Osages, des Cherokees et des Choctaws. Toutefois, au lieu d’encourager un traité de pure forme, les Etats-Unis saisirent l’occasion de proposer une autre conférence qui se tiendrait l’année suivante dans les Plaines afin de faciliter la participation des tribus de l’ouest.

La réunion préparatoire eut lieu à Camp Holmes près de la ville actuelle
de Lexington (Oklahoma) en juillet 1835. Huit mille Kiowas et Comanches se
réunirent pour « parler» avec quatre-vingt Osages et un nombre égal de
délégations des tribus immigrées. Le gouverneur Stokes et le général Arbuckle
représentaient les intérêts des Etats-Unis. Le 24 août, après de longues
discussions, la plupart des tribus acceptèrent un traité de paix et de bonne
volonté, et, les Indiens des Plaines garantirent à leur voisine de l’est, le
droit de chasser et de piéger sur leur territoire.
Les Kiowas et les Osages ne signèrent pas les traité de Camp Holmes. Les
Kiowas avaient un vieux compte à régler avant de faire la paix; et les Osages
redoutaient qu’en signant le traité on les obligeât à partir pour le Kansas
Cependant, le départ des Osages de l’Arkansas de la vallée de la
Verdigris, n’était qu’une question de temps. Très inquiets, ils éprouvaient une
profonde amertume envers leurs voisins indiens qui causait la disparition du
gibier dont dépendait leur subsistance. Décimés par le choléra en 1834 et
privés de chef après la mort de Clermont-le Jeune en 1837, les Osages de
l’Arkansas cédèrent à ce qui paraissait inévitable et, à Fort Gibson, ils
abandonnèrent leurs villages de la Verdigris le 11 janvier 1839. En
compensation les Etats-Unis leur
payèrent 2 000 dollars en monnaie et en provision, leur fournirent du matériel
agricole et endossèrent toute réclamation contre eux pour un montant de 30 000
dollars. Après, le général Arbuckle envoya ses dragons pour escorter leur
convoi vers le Kansas; la bande de Clermont quitta son village et fit route
vers le nord, rejoignant les éléments de la tribu qui étaient déjà au Kansas.
Réduits à vivre dans une réserve après 1839, les Osages n’étaient
cependant pas un peuple brisé ou dispersé. Ils étaient des hommes forts, encore
confiants en la valeur de leur culture et en leur foi en Wa-Kon-Dah. Les vigoureux assauts menés contre leurs
traditions ne les avaient pas pénétrés.
En effet, deux missions protestantes établies parmi eux en 1821 avaient
échoué. Celles-ci comprenaient Union Mission située à un mile à l’ouest de la
Rivière Neosho dans ce qui est aujourd’hui le comté de Mayes (Oklahoma) et
Harmony Mission, située sur le Marais des Cygnes, actuellement dans le comté de
Bates (Missouri). Hopefield, une mission secondaire, fut ouverte en 1823 à 5 miles au nord de Union Mission et
rouverte en 1828 près de Cabin Creek. Celle-là aussi devait échouer. Soutenues
par le Bureau américain de la Commission pour les missions étrangères, les
efforts de ces trois missions demeurèrent vains et elles furent dissoutes en
1837.
Plusieurs facteurs expliquent ces échecs. Tandis que la menace permanente
de guerre supprimait tout intérêt pour Union Mission, le déplacement des Osages
du Missouri en 1822 retarda le développement de Harmony Mission. En outre, les
Osages n’avaient pas vraiment d’intérêt pour le Dieu de l’homme blanc. Bien que
White Hair ait montré le plus profond respect pour le « Livre Noir », Clermont-le père se montrait indifférent aux
évangiles. Finalement, les Osages rejetèrent avec dédain les occasions de
s’instruire dans la religion que leur proposaient les missions. En 11 ans,
seulement 71 enfants osages furent instruits à Union Mission et après 12 ans,
133 seulement avaient été inscrits à Harmony Mission Bien que les Osages répondissent
positivement aux efforts du père Charles Quickenbourne, les missions
catholiques étaient aussi peu convaincantes que les protestantes. De toute
évidence, pour les Osages, Wa-Kon-Dah régnait encore en maître
DANS LA RESERVE DU KANSAS
( 1839 - 1871 )
En rassemblant les Osages dans la réserve du Kansas, les Etats-Unis
avaient souhaité faciliter les relations pacifiques entre les immigrés et les
tribus autochtones. Les intrus venus de l’est continuaient cependant à trouver
les autochtones très inhospitaliers. En ce sens, comme une assemblée générale
de tous les esprits paraissait nécessaire, dans les années 1840 les immigrés
avaient reconnu la diplomatie directe et invité les Osages ainsi que les autres
résidents indiens à une série de conseils inter tribaux. En mai 1842, les
Creeks présidèrent plus d’un conclave près de la ville actuelle d’Eufaula
(Oklahoma). En juin de l’année suivante, le chef cherokee John Ross convoqua un
conseil à Tahlequah auquel participèrent 3 000 à 4 000 représentants d’au moins
23 tribus. Les Creeks accueillirent encore une autre convention à Okmulgee à la
fin 1843 et deux de plus en 1845, l’une sur la Rivière de la Fourche Profonde
(Deep Fork River) et l’autre sur les Plaines Salées (Salt Plains). Bien que ces
congrès se concluent généralement par
des traités d’amitié, la participation des Osages ne fut jamais enthousiaste.
De manière étonnante, leurs intérêts étaient ailleurs.
Dans la réserve osage ils avaient porté leur attention sur le
développement de relations amicales avec les tribus indiennes de l’ouest. En
effet, ils avaient négocié une alliance militaire avec les Comanches, les
Kiowas et les Apaches.
Bien que leurs détracteurs accusent les Osages de projeter une attaque
combinée sur les Indiens immigrés, la nouvelle orientation était en fait plus
commerciale que militaire.
Partant de la bonne volonté qui s’était manifesté à Camp Holmes, les Osages avaient institué un commerce vigoureux et bénéfique avec les Comanches. Auprès de Melicourt Papin, représentant la Compagnie Commerciale des Fourrures d’Amérique et de John Matthews, un entrepreneur qui avait racheté l’affaire des Chouteau, ils se procuraient des fusils, des couvertures, de la poudre et du plomb. Emportant ces marchandises dans les Plaines salées au nord-ouest de l’Oklahoma, les Osages les échangeaient aux Comanches contre des mules. Au cours de la seule année 1847 ils échangèrent des marchandises pour une valeur de 24 000 dollars contre 1 500 mules d’une valeur de 60 000 dollars. Le commerce Osage-Comanche se poursuivit jusqu’à 1855 quand les annuités servies par le gouvernement rendirent les Indiens des Plaines indépendants des marchandises qui leur étaient jusque là fournies par les Osages.
En plus de vouloir affermir sa politique de déplacement des tribus, le
gouvernement des Etats-Unis avait
rassemblé les Osages au Kansas probablement pour les protéger des vices et de
l’avidité de l’homme blanc. Bien qu’honnête, cet objectif devait s’avérer
impossible à atteindre. Dès le début et par la suite très fréquemment, des
citoyens américains traversèrent la réserve pour aller faire du commerce en suivant la piste de Santa Fe. Ces
incursions augmentèrent pendant la guerre du Mexique et à la suite de la
découverte de l’or en Californie.
Les Osages allèrent à la rencontre de ces intrus qui, sans aucun scrupule, menaçaient les bisons,
exactement comme ils l’avaient fait avant avec les intrus rouges : en lançant
attaque après attaque. En effet, ces assauts semaient tellement la confusion
que le gouvernement, en 1855 envoya deux régiments pour patrouiller dans les
Plaines. Alors qu’ils avaient la mission d’empêcher des représailles, ils ne
firent que faciliter la violation des limites du territoire tribal.
Au contraire, les Osages accueillaient parfois certains hommes blancs. En
avril 1847 ils autorisèrent le père John Shoenmakers à ouvrir une mission
catholique sur la Rivière Neosho, près de la ville actuelle de Saint Paul
(Kansas). Le mois suivant, le père Shoenmakers ouvrait l’école d’apprentissage
osage, avec 28 élèves inscrits la première année. Assisté des sœurs de Lorette
et du père Paul Ponsiglione, il agrandit progressivement l’école jusqu’à un
effectif de 136 garçons et 100 filles qui assistaient aux cours en 1860. Aussi,
les missionnaires catholiques obtenaient-ils des résultats positifs dans leurs
efforts pour convertir à la Sainte Foi, ce qui n’était qu’une réponse à
l’estime qui les faisait considérer comme de gens dévoués.
Si la piste de Santa Fe et les
efforts des missions avaient amené des centaines de blancs sur la réserve
osage, l’adoption de la loi du Kansas-Nebraska en 1854 en attira des milliers.
Des colons, autant esclavagistes qu’abolitionnistes, affluaient sur le
territoire du Kansas et bien que la plupart fussent arrêtés à la frontière de la
réserve, certains s’installaient carrément au beau milieu du pays osage,
insistant sur leur droit à cultiver la terre justifiant le remplacement des
chasseurs.
Quelques-uns cherchaient même à entraîner la tribu à prendre parti sur la
question sensible de l’esclavage. John Matthews, par exemple, épousa le point
de vue sudiste, tandis que le père Shoenmakers soutenait la cause
abolitionniste. Inconscients des subtilités de la question, les Osages se
divisèrent sur la question en fonction de leurs points de vue personnels.
La controverse qui amena les Etats-Unis à la guerre civile en avril 1861,
apporta aussi la guerre parmi les Osages. Pour se protéger sur le flanc
occidental et se faire le plus possible d’alliés, les Etats Sudistes
déléguèrent un avocat de l’Arkansas, Albert Pike, dans le but de négocier des
traités d’alliance avec ces tribus du Territoire Indien. En septembre 1861,
Pike avait tenu des conférences avec l’ensemble des tribus, excepté les
Cherokees, les Quapaws, les Senecas, les Shawnees et les Osages. En octobre, à
Tahlequah ces nations acceptèrent une alliance avec la Confédération et furent
d’accord pour devenir des combattants de cette guerre. Cependant, la délégation
osage n’était pas unanime concernant
cet engagement dans la cause sudiste. Sous la direction de Striking Axe (Frappe
avec la hache), les Petits Osages refusèrent de signer le traité de Pike, un
refus qui révélait le point de vue le plus populaire. De retour au Kansas la
plupart des Grands Osages rejetèrent également l’accord de Tahlequah; seules,
le bandes de Black Dog (Chien noir) et de Clermont demeurèrent loyales envers
les Sudistes. Comme dans le passé, l’homme blanc avait de nouveau divisé la
vieille famille des Osages.
Nombre d’Osages soutinrent activement l’effort militaire de l’Union.
Little Bear (Petit ours) et d’autres Petits Osages rejoignirent le 9ème
régiment d’infanterie du Kansas, tandis que bien d’autres de la bande de White
hair (Cheveux blancs) se rapprochaient des troupes de l’Union à Fort Scott.
Deux cents Osages commandés par Chetopa se regroupèrent dans le Second Régiment
de la Brigade indienne dont les résultats n’eurent rien de bien spectaculaire.
Recrutée en juin 1862 pour participer au raid de Weer à Tahmequah, la compagnie
de Chetopa déserta comme un seul homme avant que l’expédition n’arrive en
Territoire Indien. Mais les Osages se caractérisèrent par leur indiscrétion. En
mai 1863, ils interceptèrent un corps de quelques 22 officiers confédérés sur
leur route vers le Colorado, les obligèrent à s’arrêter dans la haute vallée de
la Verdigris et là, les décimèrent complètement. Cet exploit fit d’eux des
héros de la tribu Osage aux yeux des autorités du Kansas. W.S. Coffin, agent
des Osages autorisa même à une partie des Osages de Black Dog de rentrer sans
ennui dans leur réserve, en dépit de leur sympathie pour la Confédération.
Bien qu’étant assez éloignée, à la périphérie des combats, la tribu était
néanmoins significativement affectée par la guerre civile. Sa réserve était à
la fois sillonnée par des groupes Nordistes et des Sudistes et elle était
submergée par des réfugiés affluant en Territoire Indien. De manière plus
importante, la guerre fournissait aux autorités du Kansas de demander aux
Osages de céder une portion de leur territoire pour permettre le développement
des fermiers blancs.
Ces supplications culminèrent en août 1863, quand le commissaire aux
Affaires indiennes, William P. Dole fit pression sur les chefs de la tribu pour
qu’elle abandonne une étendue le long
des bordures est et ouest de sa réserve. Dole, cependant, négocia le traité en
l’absence de la base, laquelle, en apprenant les termes du traité proposé, le
désavoua aussitôt.
Les graines de la scission étant semées, la récolte ne devait tarder. A
la suite d’une conférence de Fort Smith où les Indiens du sud, comprenant une
représentation osage mit un terme à leur « rébellion ». Les autorités des
Etats-Unis de nouveau rassemblèrent les Osages au comptoir commercial de
Canville sur la Rivière Neosho. Le 29 septembre 1829, la tribu consentit à un
traité similaire à celui qui avait été signé avec Dole deux ans auparavant. Ils
acceptèrent de céder les 30 miles à l’est de leur réserve et de vendre une
étendue de 20 miles de large qui s’étirait sur toute leur frontière nord. La
tribu s’engagea aussi à s’en aller du territoire cédé dans un délai de six
mois. En compensation, le gouvernement promit de payer 300 000 dollars pour la
section est et de ne pas vendre la bande cédée au nord à moins de 1,25 dollar
l’acre. Le montant net de la vente ainsi que les 30 000dollars seraient placés
sur un compte épargne de la tribu.
Les Osages, bien sûr, avaient obtenu la garantie de pouvoir utiliser leur
entière réserve du Kansas.
Néanmoins, les Etats-Unis insistèrent sur la cession de 1865, la
justifiant en prétendant qu’elle était nécessaire à la protection des Osages
contre la corruption et l’influence de l’homme blanc. De plus le nouveau traité
voulait châtier pour avoir « rejoint » la Confédération. En réalité les
résidents du Kansas convoitaient le domaine tribal. Comme le gouvernement ne
pouvait pas ou ne voulait pas contrarier l’avidité de ses citoyens, cela
l’arrangeait, tout simplement.
La situation ne s’améliorait pas sur la Réserve Restreinte. Lorsque les Osages revenaient de leurs
chasses d’automne ou de printemps, ils trouvaient leurs habitations et leurs
champs occupés par des blancs belliqueux. Cette incessante invasion de leurs
domaines ajoutée aux chasses de plus en plus infructueuses amena les chefs
Osages à accepter de participer à des conférences supplémentaires avec le
gouvernement. En mai 1868, le président Andrew Johnson envoya des commissaires
et 30 soldats du 7ème régiment de cavalerie pour rencontrer les Osages à Fort
Creek. Après les plaisanteries d’usage, les officiers proposèrent un traité
selon lequel les Osages vendraient le restant de leur réserve de 8 000 000
d’acres à la compagnie de chemin de fer Leavenworth, Laurence et Galveston pour
la somme de 1 600 000 dollars. La tribu utiliserait le montant de la vente pour
acheter un nouveau territoire dans le Territoire indien où le gouvernement
pourrait mieux les protéger. Mais les Osages avaient été « protégés » dans le
passé aussi résistaient-ils à l’idée proposée par ce nouveau traité de céder de
nouveau leur territoire.
Un événement imprévu amena les Osages sur un point de vue plus favorable.
Un corps de 360 guerriers retourna sur les lieux du conseil avec deux scalps
qu’ils disaient pris à des Arapahoes. Mais un jeune blanc les accusa de les
avoir pris à son frère et à un ami et avec d’autres blancs ils menacèrent les
Osages d’immédiates représailles. Conscients du fait que le 7ème de Cavalerie
stationnait dans les parages, les Osages étaient complètement effrayés. Quand
les commissaires eurent promis solennellement de calmer les colons, ils
signèrent le soi-disant Traité Sturges ( d’après le nom du président de la
compagnie du chemin de fer, bénéficiaire de cet accord), le 27 mai 1868.
Une fois leur excitation hystérique calmée, les citoyens du Kansas
apprirent la véritable signification de l’accord. 8 000 000 d’acres de terres
fertiles étaient passés entre les mains d’une compagnie de chemin de fer, un
fait qui allait au minimum les priver d’acquérir des propriétés à bas prix. Le gouverneur du Kansas S.J. Crawford
fit de cette « dépossession » son affaire personnelle et quand le Congrès
l’entendit, Grant, président des Etats-Unis, retira ce document de l’ordre du
jour du Congrès.
Cependant, l’action présidentielle ne fut qu’un sursis. La « politique de
paix » du président Grant ne réussit pas à maintenir l’intégrité de la Réserve
Restreinte. Constamment, les blancs volaient des chevaux aux Osages,
injuriaient les bandes de chasseurs de la tribu et s’installaient grossièrement
sur la réserve. Organisés en groupes de pression, ils surveillaient « leur »
territoire, prévoyaient les sites d’installation des villes et délimitaient les
Comtés..
Un comté vota même une émission d’obligations d’un montant de 200 000
dollars afin d’attirer le chemin de fer sur ses frontières.
Incapable ou opposé à la protection des Osages dans leur réserve du
Kansas, le gouvernement fédéral légalisa l’expulsion qui se présentait alors.
Le 15 juillet 1870 le Congrès ordonna que la réserve réduite des Osages soit
vendue pour 1,25 dollar l’acre et que le revenu net de la vente soit placé sur
le compte des Indiens au taux de 5% d’intérêts. La tribu autorisa aussi la
tribu à utiliser ces fonds pour acheter une nouvelle réserve en Territoire
indien.
Etant donné que la mise en œuvre de cette législation exigeait le consentement
des Osages, le président Grant, en août 1870, envoya le Bureau des Commissaires
indiens tenir un conseil avec la tribu à Drum Creek. De retour, une fois de
plus, d’une chasse infructueuse, vers leurs villages que les blancs avaient
préalablement vidés de leurs habitants, les osages acceptèrent ce qui était
inévitable et furent d’accord avec les propositions de base de la loi du
Congrès. Plus tard, ils demandèrent et obtinrent plus de terre que ce qui leur
avait initialement été assigné en Territoire indien, la protection contre les
envahisseurs, un contrôle partiel du fond d’épargne tribal, la propriété
commune de la terre et le droit de chasser les bisons dans les Plaines.
Le même conseil qui avait consenti à la vente de la Réserve Restreinte désigna
une délégation chargée de choisir la nouvelle réserve. Le 26 octobre 1870, les
chefs se décidèrent pour une installation près de la ville actuelle de
Bartlesville (Oklahoma), une région à propos de laquelle les Cherokees avaient
abandonné leur titre de propriété en 1868.
Les personnalités officielles fédérales, observèrent aussitôt que cette installation initiale était mal choisie et devait être déplacée vers l’ouest. Comme compensation pour cette erreur, le gouvernement accepta d’augmenter la taille de leur nouvelle réserve pour inclure 1,7 millions d’acres s’étendant de l’ouest du 96ème méridien, au sud de la frontière du Kansas et au nord et à l’est de la Rivière Arkansas. Les Osages consentirent à payer 1 099 137,41 dollars (70 cents l’acre) pour la superficie supérieure aux 10 000 000 dollars reçus de leur état du Kansas. Ce paiement laissait environ 8,5 millions de dollars au compte épargne de la tribu.

Au milieu de l’année 1872, près de 4 000 Osages avec leurs 12 000 chevaux s’étaient établis en Territoire indien. Les cinq grandes divisions de la tribu avaient d’elles-mêmes choisi des terrains semblables à ceux que leurs ancêtres avaient choisis lorsqu’ils avaient fui la grande inondation. La bande de White Hair s’était installée au sud de la ville actuelle de Pawhuska et celle de Saucy Chief, juste au nord. Les gens de Clermont avaient opté pour les environs de l’actuelle ville de Hominy. Quant aux Osages de Striking Axe (Hache-qui-frappe) ils étaient allés s’installer dans le coin nord-ouest de la réserve sur Mission Creek et les Big Hills de Gouverneur Joe près de la ville actuelle de Grey Horse. En choisissant ces sites, les Osages avaient installé leurs demeures permanentes
(à suivre).
12 novembre 2007
Histoire de la tribu Osage (3/3)
Histoire de la tribu Osage
(troisième et dernière partie)
EN TERRITOIRE INDIEN
1872-1907

Au début, le déplacement vers le Territoire indien n’avait pas modifié
les modes de vie sociale et économique des Osages. Les chasses au bison du
printemps et d’automne se succédaient au rythme des saisons. Cependant des
chasses couronnées de succès devenaient de plus en plus souvent l’exception
plutôt que la règle parce que les troupeaux de bisons avaient été
systématiquement détruits par les chasseurs blancs.
Leur source de vie étant menacée, les tribus des Plaines lançaient
attaque après attaque sur les citoyens américains qui violaient leur domaine.
Les déprédations apportèrent de rapides représailles du gouvernement des
Etats-Unis qui, au milieu des années 1870 déclara la guerre aux tribus
hostiles. Bien que les Osages ne se soient pas engagés dans ce que l’on a
appelé la guerre de la Rivière Rouge, ils en subirent les conséquences. En été
1874, une bande de 29 Osages établirent un camp de chasse sur la petite rivière
de Medecine Lodge, à l’intérieur des limites de leur ancienne réserve du
Kansas. Au moment où ils se préparaient à rentrer en Territoire indien, un
groupe de blancs tua quatre d’entre eux et vola le reste de leur viande, les
peaux de bisons, les chaudrons et les chevaux.
L’attaque injustifiée amena les Osages au bord de la guerre avec les
Etats-Unis. Le fait que les Osages ne se joignirent pas aux Indiens hostiles
des Plaines est dû à l’action décisive prise par Isaac Gibson, l’agent osage.
En apprenant les meurtres de Medecine Lodge Creek, il dépêcha à la fois des
provisions et des chariots au malheureux groupe de chasseurs et demanda que les
autorités du Kansas persécutent les blancs coupables. Il envoya aussi des
coureurs à d’autres groupes de chasse dans les Plaines pour leur demander de rester calmes et de rentrer
immédiatement dans leur réserve.
De retour à l’agence les Osages
apprirent que le gouverneur du Kansas refusait de punir les coupables du récent
massacre. En effet, il enrôla les meurtriers dans la milice en falsifiant la
date afin de faire croire à une intervention officielle. Gibson avaient
tellement peur que la riposte du
gouverneur n’amène les Osages à rejoindre les tribus de Plaines qu’il demanda
en automne 1874 que des troupes soient envoyées à l’Agence. L’arrivée du 5ème
de cavalerie venu de Fort Sill qui escortait un voyage de chefs de tribus vers
un conseil avec des responsables politiques fédéraux qui devait se tenir à
Lawrence au Kansas, troubla encore davantage les esprits. De toute façon le
mode de vie traditionnel des Osages ne serait plus jamais le même. Les bisons
avaient disparu et le résultat des campagnes de chasse était devenu aléatoire.
Avec l’arrêt des chasses traditionnelles, le moindre aspect de la vie
dans la réserve osage prit une importance considérable. Ils se souciaient
surtout de ce qui se passait à l’Agence établie à Pawhuska en 1872. Les
installations de l’Agence consistaient en bâtiments en rondins de bois qui
furent par la suite remplacés par des constructions permanentes en grès.
Cet espace de quelques acres se caractérisait par son effervescence et son activité, particulièrement chaque trimestre au moment du paiement des termes et durant la distribution des rations. De tous les responsables d’Agence qui officièrent à Pawhuska, le major Laban J. Miles, de l’Iowa fut de loin le plus compétent et le plus hautement respecté. Sensible, sympathique et dévoué, il pouvait aussi se montrer sévère et inflexible, en particulier lorsqu’il faisait appel à la police tribale.

Un autre aspect important de la vie dans la réserve était le commerce
pratiqué avec des négociants de passage ou avec les boutiques locales. Des
maisons telles que «Dunlap et Florer» ou comme «Hiatt et compagnie»
pratiquaient le troc depuis le début en échangeant contre les peaux de bisons
ramenées des campagnes de chasse bisannuelles. En 1874, les seuls négociants
emportèrent 10 800 peaux pour un montant de 60 000 dollars. Après la fin des
chasses, en 1876, les marchands se contentèrent de stocker les objets
manufacturés dont les Osages avaient besoin. Achetant les marchandises à
crédit, les Indiens accumulèrent les dettes qui étaient enregistrées sous la
forme d’encoches faites sur un bâton. Au moment du versement des sommes
trimestrielles payées à chaque personne, les Osages remboursaient les
commerçants. Les affaires étaient si profitables que dans les années 1890 pas
moins de 21 marchands avaient obtenu une licence leur donnant le droit de
commercer avec les Osages.
L’éducation était une autre dimension importante de la vie dans la
réserve. En 1872, Issac Gibson ouvrit
un pensionnat fédéral à l’Agence qui, à la fin de l’année avait inscrit 90
élèves. L’école dispensait les cours habituels mais disposait en plus d’une
ferme école d’une centaine d’acres. Au début exclus de la réserve par Gibson,
les catholiques ouvrirent aussi deux instituts éducatifs, à la demande d’une décision
spéciale prise par le Conseil national osage en 1887. Le personnel éducatif
était constitué à partir de plusieurs ordres de religieuses-enseignantes, à
Pawhuska c’était l’école Saint-Louis
pour les filles et à Grey Horse, l’école Saint-Jean pour les garçons. A elles
deux ces écoles accueillaient plus de 100 élèves. Les plus éveillés des jeunes
Osages pouvaient être envoyés dans des écoles d’autres Etats, particulièrement
l’Ecole Osage du Travail Manuel à Saint Paul (Kansas) et l’Institut Haskell à Lawrence
(Kansas), mais aussi à l’Ecole indienne de Carlisle en Pennsylvanie et
l’Institut Hampton en Virginie.
Bien que les concepts spirituels traditionnels aient changé, la vie
religieuse dans la réserve conservait toute son importance. Dans les années 1870, Wa-Kon-Da semblait avoir perdu
son pouvoir aux yeux des Osages. Ce qu’il avait conçu comme base de subsistance
pour les Osages, le bison, avait disparu ; son peuple avait été déplacé d’une
région à l’autre. Comme la mort des bisons et la perte de leurs terres étaient
dues aux hommes blancs, les Osages en tirèrent la conclusion que le dieu
chrétien devait être le plus puissant.
Cette conclusion importante devait entraîner diverses conséquences.
Certains Osages cherchèrent à trouver un compromis entre l’ancien et le
nouveau.
Combinant des éléments de la spiritualité indienne avec le concept du
Christ, le fils de dieu supplicié, ils imaginèrent une théologie dite de
l’Eglise des Premiers Américains. Utilisant le Peyotl comme un sacrement le
rite était une synthèse différente mais non totalement éloignée des anciennes
pratiques religieuses.
D’autres Osages rejetèrent un
compromis spirituel et adoptèrent les religions chrétiennes ordinaires. Pendant
un temps, les Quakers eurent un monopole religieux parmi les Osages car la
politique de pacification du président Grant n’autorisait qu’une seule
confession dans chaque réserve. Sous l’administration de l’Agent Gibson, la
Société des Amis (Quakers) dirigeait les Ecoles du dimanche, les efforts
missionnaires et les services du culte. Cependant, les «Amis» n’obtinrent
jamais autant de succès que les catholiques. L’instruction religieuse
continuelle et les occasions d’éducation firent des Osages une «Tribu
catholique»
La vie de la réserve apportait aussi des changements dans l’organisation
tribale. En 1880 les Osages reconnaissaient le Grand Chef de Paix et le Grand
Chef de Guerre comme seuls dirigeants de leurs deux grandes divisions. En
effet, après le traité dit de Sturges en 1868, Big Hill Joe fut investi de la fonction
de Gouverneur de tous les Osages et reconnu comme leur unique porte-parole.
Comme la direction de Joe ne fut jamais considérée comme pleinement
satisfaisante, l’Agent Laban Miles pressa la tribu d’instituer une forme
démocratique de gouvernement.
Le 31 décembre 1881, James Bigheart proposa aux Osages d’adopter une constitution calquée sur le modèle de celle des Cherokees. Ce document instituait un Conseil national, un chef principal, un chef adjoint et un système juridique comprenant une Cour suprême, une Cour de district et une Cour de première instance. Chacun des cinq districts devait élire un shérif et trois délégués au Conseil national. Les deux chefs étaient élus au suffrage universel, tandis que le Conseil choisissait les juges des diverses Cours. Tous les élus avaient un mandat de deux ans. Bien que la constitution ne fut jamais approuvée par les autorités fédérales, elle établit un gouvernement semi-officiel qui institutionnalisa un service aussi essentiel que l’enseignement obligatoire pour tous les jeunes de la tribu.

Ce système de gouvernement offrait aussi un forum aux différents groupes
à l’intérieur de la tribu. Des partis politiques furent organisés : les métis
fondèrent le «Parti progressiste» et les Osages de pure souche constituèrent un
parti conservateur. Les débats tels que celui sur les droits d’exploitation
minéraliers, celui du partage des terres ou encore de l’inscription sur la
liste des membres de la tribu, comme de l’influence de l’Agent, étaient houleux
et cause de division. C’est pour cette
raison qu’après les élections de 1898 et de 1900 l’Agent de la tribu abolit le
Conseil national. La fonction de chef fut toutefois maintenue.
En plus des perturbations dues à son système politique, la réserve amena
des dégradations de la vie économique des Osages.
Les collines du domaine tribal, avec sa couverture de chênes blackjack et
d’herbes bleues, n’encourageaient pas les pratiques agricoles. Alors que les
Osages étaient autrefois dépendants des chasses au bison : après 1876, ils devaient
se débrouiller avec les rations distribuées par l’Agence à Pawhuska. Chaque
Osage recevait en outre un paiement individuel d’environ 200 dollars par an,
une somme produite par les intérêts issus du placement des fonds sur le compte
épargne
La location de terres agricoles fournissait une autre source de revenus.
Il arrivait fréquemment qu’un membre de la tribu choisisse pour se l’approprier
une parcelle du domaine tribal qu’il louait à des fermiers blancs immigrés. Au
changement de siècle, l’Osage moyen avait ainsi de une à six fermes louées de
cette manière. De la même façon, le Conseil national accordait de semblables
locations, mais sur une plus large échelle aux éleveurs blancs. Tom Wagoner, un
célèbre éleveur du Texas, propriétaire
du célèbre ranch 3-d, faisait paître à la fois 15 000 bêtes sur la terre des
Osages. En 1893, plus de la moitié de la réserve, soit 831 000 acres avaient
été louées comme pâturages, une pratique qui en 1906 porta le revenu de la
tribu à un montant de 98 376 dollars. Les locations de pâturages, bien qu’elles
soient de toute évidence importantes, avaient aussi une valeur stratégique.
Situées dans la partie nord de la réserve, les terres mises en location
jouaient un rôle tampon, la protégeant contre l’avidité des colons qui auraient
encore voulu déplacer les Osages. Les fermiers réfléchissaient toujours à deux
fois avant d’aller labourer les pâturages loués par les éleveurs.
Avant 1907 les royalties du pétrole et du gaz apportaient aussi aux Osages de modestes revenus. L’existence de ces quantités de pétrole et de gaz naturel gisant sous la surface de la réserve était connue depuis longtemps. Pour la mise en exploitation de ces ressources, le chef James Bigheart signa, en mars 1896, une location à bail de dix ans de la nappe osage concernant le totalité de la réserve, avec la Phœnix Oil Company fondée par Edwin B. Foster. La compagnie exploita ses premiers puits en octobre 1896 mais des revers financiers causèrent sa réorganisation en décembre 190, quand elle prit le nom de Indian Territory Illuminating Oil Company. La nouvelle compagnie accorda de nombreuses sous-locations afin de stimuler l’exploration. Le résultat de cette action fut le forage de 361 puits à la fin 1904. Ce qui ne représentait qu’une partie du total de puits qui allaient compléter ces premiers forages.
Pendant quelque temps, après leur arrivée en Territoire Indien, les
Osages réussirent à se tenir à l’écart des hommes blancs avides de terres qui
les avaient forcés à partir de leur réserve du Kansas. Cependant, le mouvement de la nation
américaine vers l’ouest, toujours plus
lointain, rendait impossible un isolement définitif, en particulier après
l’ouverture du Territoire d’Oklahoma en 1889 et celui du Cherokee Strip en 1893. D’un aussi mauvais présage pour les
Osages était la politique adoptée par les Etats-Unis en 1887 selon laquelle les
Indiens seraient rendus propriétaires d’une parcelle de 160 acres tandis que la
partie restante de leurs réserves serait ouverte à la colonisation par les
blancs.
Quand le Congrès exempta les Osages des deux lois Dawes et Curtis, des
mesures furent prises afin de protéger l’approbation tribale du programme de la
répartition des terres. En 1893, le gouvernement envoya la Commission de
Répartition cherokee et, l’année suivante,
une commission spéciale osage instruire les Osages sur les avantages de la
propriété privée. Aucune des deux, cependant, n’obtint le consentement en
faveur d’un dépeçage de la réserve.
Plusieurs raisons expliquaient cet échec. James Bigheart et Black Dog,
par exemple, observaient que les Osages pouvaient très bien perdre leur
propriété après la dissolution de leur réserve. Sans terre, les Osages seraient
complètement à la merci du gouvernement. Comme les procédures traditionnelles
de lotissement comprenaient aussi bien la surface que le sous-sol, les deux
chefs affirmaient que le dépeçage de la réserve ferait la fortune de certains
au détriment de la majorité. Les revenus produits par les dépôts financiers
issus de l’exploitation du pétrole et du gaz naturel iraient seulement à ceux
qui posséderaient les sites les plus favorables, au lieu d’aller à l’ensemble
de la tribu. De plus, Bigheart fit observer que la liste tribale devant servir
de base pour l’attribution des parcelles, incluait des familles qui n’étaient
pas Osages et qui n’avaient aucun titre à prétendre partager la richesse
tribale. Quand le Bureau des Affaires indiennes conserva sur la liste les noms
des familles contestées par Bigheart, l’opposition des Osages de pure souche au
lotissement de la réserve se trouva confirmée.
Toutefois, il existait parmi les Osages, un noyau non négligeable en
faveur de la dissolution de la réserve. Les métis voyaient le lotissement comme
une occasion de s’occuper eux-mêmes de leurs propres affaires et d’atteindre un
statut égal à celui de l’homme blanc. Ce point de vue devint celui de la
majorité lorsque leur nombre dépassa celui des Osages de pure souche. En outre,
les métis en étaient arrivés à la conclusion que le démantèlement de la tribu
était inévitable, tout spécialement lorsque le Congrès eut donné l’autorisation
de construire des voies ferrées à travers la réserve, choisissant l’emplacement
de cinq villes et indiquant que la réserve devait devenir un comté quand
l’Oklahoma deviendrait un Etat. Il ne pouvait être question de remettre en cause le lotissement après mars
1894, lorsque Bird S. McGuire, le délégué du Territoire, présenta la loi
nécessaire.
Le soutien tribal à la loi de lotissement devint à ce point effectif qu’en juin 1904, les Osages élurent comme chef le candidat qui soutenait ce projet. Une loi de répartition en lots fut rédigée et approuvée par la tribu à l’occasion de l’élection générale qui suivit. En février 1906, le projet de loi fut emmené à Washington pour y être présenté par une délégation osage représentant toutes les tendances de la tribu. En juin, elle fut votée par le Congrès.

La loi de lotissement osage différait de lois similaires par le fait
qu’elle réservait tous les droits minéraux à la tribu, une disposition dont
James Bigheart s’était fait le champion. La loi indiquait aussi que la réserve
tout entière serait divisée entre les Osages inscrits sur la liste tribale,
avec une parcelle de 160 acres désignée comme propriété inaliénable pour une
durée de 25 ans.
Il n’y aurait pas de “surplus” de terre disponible pour les blancs, bien
que, sous certaines conditions, un individu puisse vendre la portion non
restreinte de sa parcelle. Spécifiant que le compte épargne tribal ne pourrait
pas être divisé entre les membres de la liste tribale afin d’être crédité sur
des comptes individuels privés, la loi de lotissement annonçait la création
d’un nouveau conseil tribal.
Pour appliquer ces dispositions, les Etats-Unis nommèrent une commission
de trois membres dont un Osage de pure souche. Au début, établissant une liste
tribale qui comprenait 2229 Osages, la commission attribua un lot de 658 acres
à chacun des membres inscrits, s’efforçant de situer le lot entier d’un seul
tenant ou dans le même secteur. Il partagea également le fonds d’épargne commun
de la tribu, attribuant à chaque membre un montant de 3819 dollars.
En même temps qu’il adoptait la loi de lotissement, le Congrès vota la
Loi d’Habilitation. Elle était aussi importante pour les Osages, autorisant
comme l’avait fait une Convention constitutionnelle d’Oklahoma composée de 55
délégués du Territoire indien, 55 délégués du Territoire d’Oklahoma et deux de
la nation osage. Aux élections tenues
le 5 novembre 1906, les Démocrates T.J. Leady et J.S. Quarles furent élus
représentants des Osages. A la fin novembre tous les délégués assemblés à
Guthrie, où ils rédigèrent une Constitution qui fut finalement adoptée par les
résidents du Territoire. L’Oklahoma entra dans l’Union une année plus tard le
16 novembre 1907.
Avec leurs terres loties et leur réserve devenue un comté d’Oklahoma, les Osages ne devaient plus exister longtemps en tant que peuple indépendant.

AU VINGTIEME SIECLE
De profondes altérations de la vie tribale des Osages survinrent au cours
du 20ème siècle, mais rien ne fut plus dramatique que l’alternance de leur
économie. De bénéficiaires du modeste revenu du compte épargne et des locations
des terres, au temps du lotissement en 1920, les Osages étaient devenus le
peuple le plus riche du monde. L’exploitation des ressources minérales de la
réserve de la tribu expliquait ce développement.
En 1906 quand la location initiale Foster de la nappe arriva à son terme,
un nouveau bail de 10 ans fut passé avec l’Indian Territory Illuminating Oil
Company pour une location de 680 000 acres. Bien que cette compagnie pétrolière
– qui continuait à être dominante dans la réserve jusqu’à sa fusion en 1941
avec la Cities Service Oil Company – acceptât une augmentation des royalties
passant de un dixième à un huitième, elle ne paya pas de prime pour
locations-baux spécifiques. Comme un tel paiement sur les réserves de pétrole
prouvées était d’usage, certains en Oklahoma – tels le gouverneur Charles
Haskell – en vinrent à soupçonner un favoritisme particulier, voire de la
corruption. Le bail se fit comme prévu cependant et la I.T.I.O. Company et ses
sous-traitants continuèrent à tirer du profit de l’exploitation de « l’Osage »
Les succès de la production pétrolière rendirent encore plus attractifs,
aux yeux des sociétés concurrentes, les acres qui n’avaient pas encore été
loués.
Pendant un temps, elles soumirent leurs offres au Ministère de
l’Intérieur, proposant des primes payées directement pour le droit d’exploiter
des terrains loués. Comme ces offres étaient généralement modestes, le Conseil
osage institua un système d’enchères publiques par lequel les parcelles étaient
louées à ceux des candidats qui payaient la plus forte prime. La première
enchère de ce genre eut lieu à Pawhuska le 11 novembre 1912. Dans le courant
des 15 années qui suivirent, 28 autres enchères se tinrent.
Le colonel E.E. Walters présidait ces « Monte-Carlo osage » qui se
tenaient sous un énorme orme près de l’Agence. A la première enchère il proposa
à la location une étendue de 107 000 acres qui obtint une prime de 39 000 dollars
– à peu près 35 cents l’acre – Dix ans plus tard, après le développement du
Champ Burbank, il vendit une surface comparable qui généra une prime de 10
millions de dollars – 300 dollars par acre. La Gypsy Oil Company acheta une
étendue de 160 acres pour 1 600 000 dollars, mais la prime record fut obtenue
deux ans plus tard, en mai 1924 quand la Skelly-Phillips Combination paya 1 900
000 dollars pour une location similaire. A ce jour, le total cumulé des primes
atteignait 14 millions de dollars.
Bien que ces primes payées par les différentes firmes fussent
fantastiques, elles ne représentaient qu’une fraction des royalties sur le
pétrole que recevaient les Osages. Entre 1907 et 1929, la tribu reçut 233
millions de dollars en royalties et primes. En 1957, un supplément de 167
millions de dollars avait été enregistré et en 1971 au moins 100 millions de
dollars de plus.
En tout, la « Nappe osage » avait généré plus de 511 481 402 dollars de
revenus pour la tribu.
Les sommes reçues au titre de royalties et de primes étaient versées par tête sur les comptes individuels ou divisées entre les héritiers de chacun des 2229 propriétaires d’origine. Connus sous le nom de « Droit par tête », ces versements se montaient à 384 dollars en 1916, à 3762 dollars en 1978 et à 8090 dollars en 1920. Le plus gros versement survint en 1925 quand 13.200 dollars furent crédités sur chaque compte de « droit par tête ». En 1929, chaque Osage propriétaire d’origine avait ramassé plus de 102 534 dollars sous forme de royalties. La somme payée descendit en 1932 à 1120 dollars et remonta à 1905 dollars en 1952. En 1970, le « Droit par tête » était payé 2780 dollars.

Extrêmement riches, les Osages se livraient souvent des dépenses extravagantes et sans aucune retenue. En 1927, en une seule après-midi, une dame
osage acheta, avec une « attitude olympienne envers l’argent », un manteau de
fourrure de 12 000 dollars, une bague de diamants de 3 000 dollars, une
automobile de 5 000 dollars, 7 000 dollars de meubles qu’elle fit expédier en Californie
pour 600 dollars supplémentaires, versa un acompte de 4 000 dollars sur une
maison en Californie et fit un investissement de 12 800 dollars sur un immeuble
en Floride. Un autre propriétaire
d’origine, de pure souche osage, qui avait reçu 86 142 dollars de « droit
par tête » entre 1916 et 1926, n’avait rien d’autre à montrer, de tout ce qu’il
avait pu acquérir avec ce revenu, qu’une automobile évaluée à 350 dollars sur
laquelle il devait encore 400 dollars.
En de multiples circonstances, des blancs dénués de scrupules furent pour
beaucoup à l’origine de ces dépenses incontrôlées et de cette dissipation des
fortunes. Des hommes de loi, coutumiers des procédés malhonnêtes, s’étaient
eux-mêmes désignés comme tuteurs des Osages déclarés incompétents par la Cour
du comté. Lorsqu’il avait ainsi obtenu le contrôle de son « protégé », l’avocat
manipulait sa fortune à son propre avantage. Un tel « tuteur » acheta une
automobile 250 dollars et la revendit à son pupille pour 1250 dollars. En tant qu’homme d’affaires d’un autre
Indien, le même avocat géra si bien la fortune de son client que celui-ci
se retrouva, en 1929, avec 20 000
dollars de dettes sous forme d’hypothèques tenues par ce même avocat. Cet
endettement s’était produit en dépit du fait que, au cours de la même année,
l’Osage avait hérité d’un immeuble évalué à plus de 90 000 dollars et que, à
partir 1921, il avait perçu entre 7 000 et 12 000 dollars par an. Le record est
battu avec des manigances de ce genre. De plus, les hommes de loi du conté osage
demandaient et obtenaient fréquemment de fabuleux honoraires pour représenter
les Indiens dans les affaires venant devant la Cour. Dans une affaire de
divorce dont l’audience ne dura pas plus de vingt minutes, les avocats des deux
parties reçurent chacun 1 000 dollars d’honoraires.
Certains médecins et des marchands étaient aussi peu scrupuleux.
Plusieurs médecins surveillaient la santé des Osages. En 1952, l’un d’eux
demanda à une vieille dame un montant d’honoraires de 6 115 dollars incluant
une taxe quotidienne de 600 dollars pour appel de nuit, une taxe complémentaire
pour appel à son cabinet ou chez lui et 3 dollars par jour pour les remèdes.
Au cours de cette année, il se fit payer un total de 14 372 dollars pour
divers services rendus à des Osages. De la même manière, des commerçants locaux
entraînaient les riches Indiens à acheter n’importe quoi, depuis les coûteuses
voitures de luxe telles que les Pierce
Arrow aux albums d’images et de photos. Toutes ces marchandises étaient
fréquemment achetées à crédit en dépit des immenses revenus que percevaient
régulièrement les Osages et contrairement aux instruction de l’Agent tribal. En
juin 1922, le total de 194 de ces dettes se montait à 817 523 dollars, dont les
intérêts étaient au taux de 10% par quart.
En plus des pratiques louches de ces quelques « amis », la richesse des Osages attirait des criminels sur la réserve osage, instaurant ce que les observateurs contemporains ont appelé « Le règne de la terreur chez les Osages ». Les hors-la-loi du célèbre gang de Al Spencer opéraient dans le comté, de même que Henry Grammer, le fameux « roi des bootleggers. » Mais ceux-là et d’autres de moindre réputation n’étaient que du menu fretin comparé à W.K. Hale.

Entre 1921 et 1923 plusieurs membres d’une honorable famille moururent en
de mystérieuses circonstances. En juillet 1922, Lizzie Q. Brown, une femme
osage âgée mourût en laissant ses huit « droits par tête » à ses trois filles.
Au printemps suivant, Anna, l’une de ses filles fut trouvée morte d’une balle dans
la tête.
Quelques semaines plus tard, les autorités découvrirent le corps de son
ex beau-frère, Henry Roan. Et en mai 1923, Mrs. W.E. Smith, la sœur d’Anna et
toute sa famille périrent dans un attentat à la dynamite qui souffla leur
maison. En conséquence, toute la fortune Brown, de plus de 10 000 dollars
annuels, passa entre les mains de Molly, la seule sœur ayant survécu qui était
aussi l’épouse de Ernest Buckhart, neveu de W.K. Hale.
Au début, les autorités du comté ne montrèrent que peu d’intérêt pour ces
meurtres. Après avoir dépensé 20 000 dollars sur ses finances propres le
conseil tribal parvint à décider des enquêteurs fédéraux à s’occuper de ces
affaires. Des preuves furent réunies et finalement des charges furent relevées
contre Hale, Buckhart et leurs complices. Les procès établirent que Hale avait
été le cerveau de l’entreprise
criminelle, qu’il avait bénéficié d’une prime d’assurance vie de 25 000 dollars souscrite par Roan et que
Buckhart avait engagé les assassins chargés d’exécuter les meurtres. Les
condamnations tombèrent finalement au terme du second procès, après lequel le
règne de la terreur chez les Osages fut terminé. Cependant, pour les Osages,
cette ère ne fut pas encore oubliée. Certains étaient partis de la région,
d’autres s’étaient armés et d’autres encore avaient suspendu des lumières
autour de leur maison afin de dissuader d’éventuels meurtriers.
Les dépenses inconsidérées, la corruption et les activités criminelles liées à la richesse des Osages convainquirent le gouvernement fédéral qu’un contrôle précis était devenu nécessaire si l’on voulait que la tribu conserve quelque richesse.

En mai 1921 le Congrès mit fin à la pratique consistant à dilapider les
fonds perçus par les titulaires de « droits par tête » aussitôt que les royalties
et les primes leur avaient été versées. Pour cela, le Congrès décida que ceux
des Osages « propriétaires initiaux »
qui n’avaient pas de certificat d’émancipation recevraient seulement une
pension trimestrielle de 1000 dollars avec un supplément de 500 dollars par
enfant mineur. Les sommes restantes (les fonds restants) seraient investies en
bonds du trésor des Etats-Unis et en divers bonds du trésor des Etats ou bien
encore placés en dépôts à terme dans les banques locales. Après février 1825, cet
argent pourrait être dépensé par les personnes individuelles sous condition
d’approbation du Secrétaire de l’Intérieur. Ces mesures tardives permirent une
certaine conservation des fonds.
Ce contrôle tatillon des autorités fédérales ne fut cependant pas appliqué
à tous les Osages. La loi de lotissement des Osages avait prévu que ceux des
osages qui seraient jugés capables de gérer correctement leurs affaires se
verraient décerner un certificat d’émancipation. Un tel certificat annulait
toute restriction sur l’Indien excepté pour ce qui concernait sa propriété
foncière sur les ressources minérales recelées par sa propriété de 160 acres.
Selon les termes de la loi, ce sont quelques 1164 certificats qui furent émis,
un nombre qui augmenta avec la loi votée en mars 1929. Cette dernière mesure
appliqua l’émission de ces certificats à tous les « originaux » métis dont le
quantum de sang indien était inférieur à un demi.
Finalement, en 1948 le Congrès décida d’accorder le certificat
d’émancipation à ceux des Osages « originaux » de moins de un demi de sang
indien lorsqu’ils atteindraient l’âge de 21 ans. Comme conséquence, en 1952,
2390 membres de la tribu, soit 79% des adultes avaient été émancipés.
A l’origine, un certificat d’émancipation ne permettait pas la vente de
la propriété de 160 acres reçue lors du lotissement. Cependant les lois de 1921
et de 1948 modifièrent cette restriction pour ceux des Osages qui avaient moins
de la moitié de sang indien. Le plus
souvent, dès qu’ils avaient obtenu leur émancipation, ces Osages vendaient leur
terre. Ainsi en 1957, sur les 1,5
million d’acres de la réserve, les droits de propriété du sol d’une superficie
de 1,1 million d’acres avaient été vendus. Mais les restrictions sur les propriétés
– aussi bien foncières que minières – détenues par les Osages de plus de un
demi de sang indien avaient été maintenues, d’abord jusqu’en 1959, puis
jusqu’en 1984 et, récemment jusqu’à ce que le Congrès juge opportun de
l’annuler. Cette restriction s’appliquait aussi aux droits acquis de la tribu
concernant la totalité de la propriété des ressources du sous-sol.
L’émission d’un nombre croissant de certificats d’émancipation indique
qu’en majorité les Osages s’étaient affranchis de toute limitation du
gouvernement fédéral. En 1952 par exemple seulement 14% du total de la
population tribale avaient des comptes épargnes à l’Agence osage. Pour le
meilleur comme pour le pire, la plupart des Osages étaient indépendants des
lois fédérales comme ils l’avaient été durant le 18eme siècle.
En même temps que la tribu subissait, avec le 20ème siècle, des changements économiques, sa démographie se transformait. Parmi les 2229 « Originaux », on dénombrait 680 Osages de pure souche et 1369 métis. En 1952, la population avait atteint l’effectif de 5 307 parmi lesquels 9% étaient de pure souche tandis que plus de 65% avaient moins d’un quart de sang indien. En 1970, le recensement dénombrait 8244 Osages dont 323 de pure souche. Plutôt que d’être concentrés sur une réserve, les membres de la tribu résident dans plus de 300 communes différentes et dans au moins 36 Etats. Le groupe le plus important de ceux qui vivent à l’extérieur de l’Oklahoma réside en Californie du sud. Cependant la plupart de ceux qui ont plus de la moitié de sang indien continuent à vivre en Oklahoma dont la majorité dans le comté osage. Comme l’a été son foyer de peuplement, la pyramide des âges de la tribu a-t-elle aussi été, elle aussi, profondément modifiée. En 1970 près de 50% des Osages avaient moins de 21 ans. Ainsi, non seulement il existe une tendance souhaitée vers l’assimilation biologique à l’homme blanc, mais la population tribale comprend une proportion croissante de jeunes.

Le Conseil national osage a bien dirigé les Osages au cours des dernières
décades. Organisé selon les dispositions de la loi de lotissement amendée, le
Conseil est composé d’un chef principal, un chef adjoint et huit conseillers
tribaux.
Ces élus sont choisis tous les
quatre ans par un corps électoral composé des membres de la tribu âgés de 21
ans et plus, dont le nom figure dans la dernière liste trimestrielle des
membres de la tribu. Etant donné que les Osages étaient particulièrement
exemptés des dispositions de la loi Wheeler-Howard et de la loi d’assistance
aux Indiens d’Oklahoma, le Conseil tribal siège sans constitution ni charte
collective. Au contraire son fonctionnement fait penser à celui d’un Conseil
d’administration d’entreprise, exerçant son autorité sur la location à bail des
biens fonciers de la tribu, la fixation des primes requises à ces locations,
l’emploi des fonds tribaux, et l’administration des résidus de la réserve
situés à Greyhorse, Hominy et Pawhuska.
Le Conseil a fait un bon usage de son autorité. Entre 1935 et 1947, il a
fondé une clinique qui fonctionne à l’Agence. De même en 1947, il a déposé un recours devant la Commission des
réclamations indiennes à Washington et obtenu à l’issue des délibérations un
montant de 864.107 dollars. La tribu avait basé sa plainte sur l’injustice
subie lors de sa résidence au Kansas et à la suite du départ forcé de cette
réserve.
Les chefs principaux des Osages ont compté des dirigeants remarquables et
compétents dont le chef principal actuel, Sylvester J. Tinker. L’un des plus
remarquables parmi les récents dirigeants a été Fred Lookout qui a servi continuellement de 1924 à 1949.
Au cours des dernières décades, un nombre croissant d’Osages ont
bénéficié des occasions de s’éduquer.
Au tout début de ce siècle les enfants en âge d’aller à l’école primaire
entraient soit au pensionnat du gouvernement, la Saint Louis Mission School, ou
bien à Saint John’s Mission School. Pour les études secondaires ils
choisissaient Bacone College, Haskell Institute et Carlisle Indian School.
Après la fermeture des pensionnats gouvernementaux et paroissiaux (l’école du gouvernement
en 1921, celle de Saint John en 1915 et celle de Saint Louis en 1948), les
parent osages envoyèrent leurs jeunes soit dans les externats catholiques à
Pawhuska et Fairfax, soit dans les écoles publiques. En 1925 le premier Osage
de pure souche obtint son diplôme d’enseignement secondaire public ; 31 de plus
obtenaient ce diplôme en 1935 et en 1952 encore 98 autres. En 1970 plusieurs
centaines de jeunes Osages, garçons et filles, étaient inscrits dans différents
lycées de la région. D’autres encore ont tiré parti des possibilités de suivre
un enseignement supérieur, suivant les cours et obtenant les diplômes de divers
instituts d’Oklahoma et d’ailleurs.
Cet intérêt croissant pour l’éducation scolaire révèle une tendance
affirmée vers une intégration totale dans la vie communautaire. Les métis sont
généralement bien intégrés, cependant les Osages de pure souche ont tendance à
préserver leur identité indienne. Résidant dans les villes ou dans des ranchs,
les Osages ont acquis de belles maisons meublées avec goût. Nombreux sont ceux
qui ont beaucoup voyagé et certains ont acquis une notoriété locale, voire
nationale ou internationale grâce à leurs succès dans les domaines artistiques
et professionnels.
Parmi ces derniers on peut citer le chef Fred Lookout, un élève de
Carlisle Indian School, et John Joseph Mathews, diplômé de l’université
d’Oxford, auteur de Wah’Kon-Tah et du
livre poétique Les Osages. Au nombre
des autres célébrités on peut nommer Marjorie Tallchief qui fut chef de
ballet à l’Opéra de Paris, sa sœur
Marie Tallchief qui devint danseuse étoile à l’Opéra de New-York et Clarence L.
Tinker (voir photo p.49), général de l’armée de l’air des Etats-Unis basée à
Hawaï qui fut tué à la bataille de Midway en 1942.
La carrière et la mort du général Tinker suggèrent un autre aspect de
l’intégration osage dans la communauté blanche. La tribu a totalement soutenu
les Etats-Unis au cours des deux guerres mondiales du 20ème siècle. A
l’occasion de la première guerre mondiale le Conseil mit à la disposition de la
marine le pétrole disponible sous une étendue de 5000 acres de la réserve,
tandis que des particuliers achetaient pour une valeur de 2 500 000 dollars de bons pour la liberté et participaient à
la Croix Rouge. Un tiers des hommes éligibles furent volontaires pour le
service militaire. De même, pendant la deuxième guerre mondiale, 519 membres de
la tribu osage servirent dans l’armée et 26 d’entre eux furent tués en action
ou à l’entraînement. Neuf Osages furent décorés pour actions d’éclat, 50 servirent
en tant qu’officiers et 47 comme sous-officiers.
Autrefois totalement et définitivement voués à Wa-Kon-Da, les Osages, au cours des dernières décades avaient fini
par accepter le dieu de l’homme blanc.
Résultat des efforts missionnaires historiques des Robes Noires, les
Osages demeurent fortement attachés à l’Eglise catholique romaine quoique
certaines sectes protestantes aient obtenu quelques conversions – les
Baptistes, les Méthodistes et les Amis (Quakers) ont un nombre croissant de
membres parmi la tribu.
Mais ce serait une erreur de conclure que les Osages ont entièrement abandonné leur ancien héritage et qu’ils ont été complètement et définitivement intégrés à la communauté blanche. Certains appartiennent encore à la Native American Church, une communauté qui a décliné ces dernières années. En 1918 il y avait à peu près 25 assemblées de 20 à 30 membres chacune. Les Osages membres des paroisses catholiques de Pawhuska et de Fairfax ont montré leur réticence à oublier complètement le passé en formant leurs propres autels sociétés. D’autres encore ont souffert de crises d’identité qui surviennent avec l’adoption de comportements étrangers et d’inattendus problèmes de santé. Quoiqu’en nombre peu important, ils sont tombés dans l’alcoolisme et la dépendance de drogues. Finalement, depuis la découverte du pétrole dans la réserve, la majorité de la tribu compte sur le paiement des dividendes de leurs actions comme principale source de revenu au lieu de suivre le modèle économique américain.

LE FUTUR
Le peuple osage a eu une histoire mouvementée, une riche culture et une
tradition chargée de sens.
Il est difficile d’imaginer un futur auquel les Osages ne participeraient
pas. Cependant il y aura quelques problèmes. Par exemple la tendance à
l’assimilation biologique est porteuse du risque que les Osages oublient leur
passé, leurs traditions et leur identité. Etant donné que les gens ne peuvent
pas savoir où ils vont ni qui ils sont s’ils ne savent pas où ils ont été et
qui ils étaient, la tribu aura à faire un effort pour préserver tout ce qui
reste du passé. Cet effort devrait
faire en sorte de ne pas couper les jeunes hommes et les jeunes filles de la
société blanche dominante, mais plutôt d’y favoriser leur insertion. La
connaissance de soi-même apporte la confiance et la confiance entraîne la
réussite.
Un autre problème auquel les Osages seront confrontés est celui de leur
économie. Leur base territoriale est déjà démantelée tandis que leurs réserves
de pétrole et de gaz naturel sont en voie d’épuisement. C’est sûr que
l’extraction du pétrole relayée par l’exploitation de la nappe d’eau phréatique
apporteront une aisance mais ces ressources ont leurs limites. La «Nappe Osage»
devrait encore être productive pendant vingt ans et produire des revenus de plus
de 4 millions de dollars par an en moyenne. Cependant, comme toutes les
ressources du sous-sol, le pétrole et le gaz naturel, seront un jour épuisé et
la tribu devra rechercher d’autres bases économiques.
Il existe plusieurs alternatives aux dividendes du pétrole. Il y a
d’importants gisements de calcaire, de sable, de grès et de charbon dans le
sous-sol de la réserve. Tous ces minéraux, à l’exception du charbon pourraient
être exploités de manière plus intensive. Cependant, si l’on tient compte des
demandes du marché international, la qualité insuffisante du charbon retardera
sa mise en exploitation immédiate. L’augmentation des activités d’agriculture
et d’élevage sont aussi possibles mais le développement du marché touristique
est hautement prometteur. L’excellent musée de Pawhuska, les cérémonies
tribales colorées, les aménagements de loisir et de détente et l’hospitalité du
peuple pourraient et devraient se transformer en entreprises rentables.
Le changement économique qui doit relayer l’épuisement des réserves de
pétrole et de gaz naturel peur être facilité par une éducation systématique de
la population. Des bourses et des subventions accordées par le Bureau des
Affaires Indiennes et le Conseil Tribal encourageront les jeunes à acquérir des
compétences et une conscience de ce qui assurera l’avenir des Osages.
En demeurant attentif aux traditions, au développement économique et à l’adulation, le peuple osage relèvera les défis de demain. Ce faisant il enrichira encore davantage l’héritage américain.

05 novembre 2007
John Stink, l'ermite osage
Tonnerre qui
Gronde
Comme les Grecs, Les Osages ont leur Diogène, ce philosophe cynique qui, rejetant les bienfaits de la civilisation, vécut, dit-on, une partie de sa vie en ermite dans un tonneau.
L’ermite
osage, quant à lui, s’appellait John Stink ce qui pourrait (presque) se traduire par
Jean-qui-Pue et qui, on en conviendra, ne serait pas flatteur. (Dans le choix des
patronymes dont il affubla les Indiens, l’état-civil américain fit parfois preuve
d’un humour douteux.) Son véritable nom osage était Ho-Tah-Moie, ce qui
signifie Tonnerre-qui-Gronde et a une autre allure, on en conviendra.
Tonnerre-qui-gronde donc défraya la chronique de la Presse des années 1920 qui, dans tous les Etats de l’Union, titra sur « L’Ermite millionnaire » et tartina d’interminables articles sur cette insolite situation.
Il était né vers 1863, alors que les Osages vivaient encore au Kansas d’où ils furent quatre ans plus tard invités à déguerpir pour occuper une nouvelle réserve au nord de l’Oklahoma. D’une belle stature, puisqu’il mesurait plus de 1 mètre 80, Tonnerre-qui-Gronde excellait dans l’art de la chasse et aimait la vie libre qu’il menait au sein de sa tribu. On comprend qu’il eut bien du mal, comme beaucoup de ses semblables d’ailleurs, à s’adapter à la vie dans la réserve qui n’était ni la vie des Indiens ni celle des Blancs mais une vie d’assisté.
En 1906, l’allotment act attribuait à chaque Osage recensé un lot de terrain pris dans la réserve avec les parts d’actions pétrolières correspondantes. Chaque Osage vivant fut donc doté d’un revenu considérable qu’il ne gérait d’ailleurs même pas le plus souvent, cette gestion étant dévolue à un tuteur - blanc, faut-il le préciser ? - désigné par le Bureau des Affaires Indiennes. La dislocation de la vie tribale qui s’ensuivit, l’abandon des traditions, la perte des repères et de l’identité exercèrent les ravages que l’on imagine. Cela explique le refus de Tonnerre-qui-Gronde. Refus d’une vie factice, dépourvue de sens et de spiritualité. A sa manière, Tonnerre-qui-Gronde entra en résistance.
Il s’enfonça dans la prairie, au sud de Pawhuska et s’installa avec ses chiens dans un abri sommaire où il passa le restant de ses jours, fuyant la compagnie des humains hormis quelques rares amis de son peuple dont un sourd-muet, Louis Pah-se-topah, avec lequel il communiquait en langage des signes.
Les sollicitations ne lui manquèrent pas, comme on s’en doute. Les articles de presse faisaient leur effet et les propositions de mariage, émanant « d’admiratrices sincères » autant que désintéressées, affluèrent de toutes parts.
Tonnerre-qui-Gronde fit le sourd et consacra son existence à Wah-kon-Tah, à l’amour de la vie et de la terre-mère, à l’amitié et à ses chiens. Il mourut le 16 septembre 1938.
Diogène, le
cynique, cherchait un homme en s’éclairant de sa lanterne en plein jour. A quelques
siècles près et sur un autre continent, il l’aurait trouvé en la personne de John
Tonnerre-qui-Gronde-et-qui-Pue, le cynophile.


dessin de Jim Red Corn, artiste osage
30 août 2007
Celui-qui-n'a-pas-peur-des-Pawnees
Lo Cap Paw-ne-no-pashe
Le chef Paw-ne-no pashe

Lo cap Paw-ne-no pashe (Lo que n’a pas paur dels
longs piels = los Indians Pawnee) foguèet l’un dels mai prestigious caps de la
tribu Osage.
Le chef Paw-ne-no
pashe (Celui-qui-n'a-pas-peur-des-Longs-Cheveux , c'est à dire les
Pawness) fut l'un des plus prestigieux parmi les chefs osages
Era lo filh d’un grand cap de guerra e avio fait
d’estudis a la mission catholic. Parlava e escrivia l’anglès. Lo jorn de son
diploma de fin d’estudis diguèt a tout lo monde :
« Lo paire Shoenmaker mettet 15 ans per me cambiar en un ome
blanc, mas ieu podi tornar Osage en 15 minutas. »
Il était le fils d'un chef de guerre et il avait
fait des études à la mission catholique. Il parlait et écrivait
l'anglais. Le jour de son diplôme de fin d'études, il
déclara devant toute l'assistance : " Le père Shoenmaker a mis quinze
ans pour faire de moi un homme blanc mais moi, je peux redevenir osage
en quinze minutes."
Sul cop se tirèt sas fardas d’ome blanc per se tornar vestir amb lo pagna e la coverta, es a dire los symbols de son identitat indiana.
Il enleva aussitôt ses vêtements d'homme blanc et revêtit son pagne et sa couverture, symboles de son identité indienne.
En 1876 la tribu èra en pléna confusion. La darrièra caça al bison avia estado una falhado totala e los Osages aviant talen. Alavets se causiront Paw-ne-no pashe coma nouvel capmestre tant lèu conegut coma Governador Joe. Era un bon negociejaire ambé las autoritas de Washington e la situacion s’amelhoret.
En 1876, la tribu était en plein désarroi. La
dernière chasse au bison avait été un échec total et les Osages étaient
affamés. Ils se choisirent alors Paw-ne-no-Pashe comme nouveau chef qui
fut aussitôt surnommé Gouverneur Joe. Grâce à ses talents de
négociateur les relations avec Washington s'améliorèrent.
Moriguèt en 1883 atjat de 50 ans e es enterrat al cimenteri de Pawhuska ont un monument foguèt quilhat en reconeissença
als servicis renduts al poble Osage.
Il mourut en 1883 à l'âge de 50 ans. Il fut enterré au cimetière de Pawhuska où un monument lui fut érigé en reconnaissance des services qu'il avait rendus au peuple Osage.
Parmi ses descendants directs que plusieurs membres d’OK-OC ont rencontré, citons Ed Red Eagle Sr, leader spirituel très respecté et Charles Tillman, ancien chef principal, qui nous rendit visite à Montauban voici quelques années.
20 août 2007
Septembre 1990, le retour des Osages
La première grande manifestation d'OK-OC
Novembre
1829, trois Osages arrivaient exténués à Montauban en Tarn-et-Garonne.
Septembre 1990, un groupe de quarante-trois Osages revenaient sur les
traces des ancêtres.
Pendant près de trois semaines ce fut la fête permanente des retrouvailles entre les Osages et les Occitans. Ceux qui ont vécu ces moments-là ne pourront jamais les oublier.
10 août 2007
Everett Waller
Notre ami Everett
" Mon nom est Everett Waller, j'appartiens à la tribu Osage, je vis au village de Hominy, en Oklahoma. Vous êtes les bienvenus." Everett
nous reçoit toujours avec une grande courtoisie.
La première fois
c'était en août 1991, lors du premier voyage en pays osage d'un groupe
d'OK-OC. Après une brève démonstration de danses nous avions été
invités à entrer par petits groupes chez les diverses personnes qui
nous accueillaient. J'eus la chance de faire partie du groupe invité
chez Everett. Il exerçait à l'époque la fonction de policier tribal. Ce
jour-là il était très impressionnant, par sa haute taille certes,
conforme au standard masculin osage, mais encore davantage par son
costume traditionnel qu'il portait avec fierté et élégance
"
Je veux commencer par présenter le cimier sur ma tête. Ces plumes
d'aigles tout en haut ont une signification de pureté pour les Osages.
L'aigle est un messager de Wah-Kon-Tah (Dieu). Nous nous adressons à
cet oiseau pour qu'il vole et Lui rende visite et qu'ensuite il
revienne nous bénir. Je ne suis pas autorisé à faire n'importe quoi
avec ces habits, je dois en prendre soin ainsi que tous les objets de
cérémonie. "
Ainsi, plus de une heure durant,
Everett va patiemment nous expliquer la signification de chacun des
détails de son costume de cérémonie.
J'ai eu l'occasion de revenir
chez lui plusieurs fois par la suite et de faire connaissance avec sa
famille Everett en parle toujours avec beaucoup de respect et de
reconnaissance :
" J'ai eu la chance de grandir dans une famille traditionaliste. Quand j'étais enfant mes grand-parents m'ont enseigné l'héritage osage. Notre tribu, comme tous les Indiens, était sur cette terre d'Amérique avant qu'elle ne devienne les Etats-Uins. On m'a appris l'histoire de mon peuple et cela remplit mon âme. L'héritage est la part la plus importante. Il me dit d'où je viens et je crois profondément qu'il me dit où je vais.. Cela m'aide à trouver mon identité parce que nous sommes de passage en ce monde. Je suis une transition entre mes grand-parents, mes enfants et les générations qu'ils verront. Et je veux que mes enfants gardent leur identité. "

La maison d'Everett est décorée de dizaine de tableaux, photos de famille et d'aïeux, d'objets décoratifs et de cérémonie, hérités des ancêtres. Elle apprtient à la fois à notre époque avec les éléments habituels du confort américain et aux temps anciens. Un vrai petit musée dans lequel on se sent bien. Everett me parle ensuite de sa seconde maison, celle du milieu naturel qui est notre bien commun à tous :
" Il faut être entièrement dévoué à l'environnement, parce que nous avons des enfants qui doivent vivre dans un monde différent : celui des ordinateurs et de la vidéo. Et nous devons conserver nos traditions comme si nous n'avions ni eau courante ni électricité."
Et il conclut notre entretien d'une phrase généreuse :
" Je ne veux pas croire en un monde petit, je veux croire en un monde ouvert. Et vous me l'avez rendu meilleur. Je vous en suis reconnaissant."




06 août 2007
Danses I'n-Lo'n-Schka des Osages en juin
Photos des années 60

un père prépare son fils pour les danses
parade des danseurs vers l'aire des danses
danse I'n-Lo'n-Schka
repos des danseurs entre deux danses
la cuisine en plein air
Ces photos nous ont été obligeamment envoyées par Ms Cheri Lookout que nous remercions très chaleureusement









