HISTOIRE D’OK’OC

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L’association OK’OC a été fondée le 8 septembre 1989 à Lafrançaise (Tarn-et-Garonne) par un groupe d’une douzaine de personnes dont une moitié habitaient la ville de Montauban, chef-lieu du département.

Les fondateurs étaient animés de la volonté de mieux connaître et diffuser les cultures traditionnelles amérindiennes, leur histoire et leur réalité actuelle mais aussi d’une prise de conscience du renouveau occitan et du sentiment qu’il y avait également urgence à développer et adapter la culture occitane au monde moderne. La mise en parallèle de deux problématiques constitue la toile de fond de l’association. Le premier plan est occupé par une histoire incroyable et pourtant authentique.

En novembre 1829, sous Charles X, trois Indiens de la tribu Osage arrivèrent épuisés à Montauban. Ils avaient débarqué au Havre en juillet 1827, avaient erré pendant plus de deux ans dans une partie de l’Europe, et ne savaient comment revenir chez eux. La générosité de la population montalbanaise leur permit de revoir leur village du Kansas.

Qu’est-ce qui avait pu pousser ces Osages à tenter cette aventure ? Que venaient-ils faire en France ? Que sont-ils devenus ensuite ? Pour comprendre, il faut remonter loin dans l’histoire de la Louisiane, cette colonie française en Amérique qui occupait la partie centrale des Etats-Unis, le tiers de la superficie actuelle.

 La Nouvelle France

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    En 1534, sous le règne de François 1er, Jacques Cartier prend possession du Canada. Avec Samuel Champlain, en 1608 durant le règne de Henri IV, la France en fait une colonie : la Nouvelle France. Aussitôt, le commerce lucratif de la fourrure s’impose. En effet, les poils de castors et autres animaux sauvages servent à fabriquer le feutre dont on fait les chapeaux que tout le monde porte, à cette époque, partout en Europe.

    Les autochtones accueillent avec bienveillance les nouveaux arrivants, les aident à s’installer et partagent avec eux leur connaissance du pays. Ainsi, les Français vont apprendre des Indiens les techniques de chasse, de piégeage et de survie dans les immenses forêts d’Amérique. Les premiers trappeurs français, ceux que l’on appellera les coureurs des bois ou voyageurs se dispersent dans la région des Grands Lacs et prennent contact avec de nouvelles tribus. Les négociants en pelleteries vont à leur tour inciter les Indiens à piéger toujours davantage d’animaux afin de satisfaire une demande croissante. Ce commerce se pratique sous la forme du troc. Les Français introduisent les instruments et outils en métal : couteaux, hachettes, aiguilles, récipients divers, mais aussi les perles de verre, les étoffes et les rubans.

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Ce commerce met les Français en concurrence avec les Anglais, également implantés dans cette partie du monde. Il faut trouver de nouveaux marchés. On pense à la Chine. L’idée germe alors de traverser le continent américain d’est en ouest afin d’atteindre l’Océan Pacifique. Seule la voie fluviale est envisageable au travers de l’inextricable fouillis forestier qu’est alors l’Amérique.

L’expédition Marquette et Joliet

peremarquetteAinsi, en 1673, est lancée une mission exploratoire conduite par un jésuite, le père Jacques Marquette et un autre Français du Canada : Louis Joliet. L’expédition composée de l’équipage de deux canoës part du lac Supérieur. Elle descendra la rivière Wisconsin jusqu’au Mississippi et suivra le cours du grand fleuve qui, espère-t-on, s’oriente vers l’ouest et se jette dans le Pacifique.

Au cours de leur voyage les explorateurs lèvent des cartes, recueillent des échantillons végétaux et surtout entrent en contact avec de nouvelles tribus, inconnues jusqu’alors. La descente du Mississippi se poursuit sans difficulté majeure bien qu’elle s’avère décevante. Le Mississippi coule désespérément vers le sud !R__exposition_de__Marq1

C’est alors qu’arrivés au confluent de la rivière Arkansas, Marquette et Joliet, apprirent des Indiens Illinois que le Mississippi continuait vers le sud ouest. Les Illinois désignaient la région du sud et de l’ouest du bassin du Mississippi comme le pays des Wha-Sha-She, un nom que Marquette transcrit en Osage. Redoutant, s’il continue, de se retrouver en territoire espagnol et de voir son expédition anéantie, Marquette décide de retourner en Nouvelle-France.

La Louisiane

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cavelierNeuf ans plus tard, en 1682, un autre Français, Robert Cavelier de la Salle, complétait l’expédition Marquette en descendant tout le cours du Mississippi jusqu’au Golfe du Mexique. C’est lui qui, appréciant l’immensité du territoire découvert, décida de le dédier à la couronne de France et de lui donner le nom de Louisiane en hommage au roi Soleil. C’est ainsi que, sans le savoir – l’auraient-ils su, cela n’aurait rien changé à leurs habitudes – les Wha-Sha-She devinrent, comme d’autres Indiens, les sujets de Sa Majesté Louis XIV, roi de France et de Navarre. La Louisiane qui s’étendait des Grands Lacs au golfe du Mexique et, d’est en ouest du Mississippi aux Montagnes Rocheuses, était donc une immense colonie, difficilement contrôlable par une poignée de soldats et parcourue en tous sens par les coureurs des bois, improbables sujets de la couronne, plus attirés par le charme des Indiennes, le contact avec la nature sauvage, la liberté totale et le goût de l’aventure que par le service du roi.

Les Osages

OsageCatlinLes Osages sont les Sioux du sud et font partie du groupe Deghiha qui rassemble lui-même cinq tribus : Ponca, Omaha, Osage, Kaw (ou Kansas), Quapaw (Arkansas). Ces tribus parlent des langues très proches, ont les mêmes traditions et ont toujours été alliées.

A l’époque de la Louisiane, leur territoire de chasse avait une étendue comparable à celle de la France et recouvrait une partie des quatre Etats actuels du Missouri, du Kansas, de l’Oklahoma et de l’Arkansas. Ils contrôlaient le confluent du Missouri et du Mississippi et par conséquent les circuits commerciaux utilisant ces deux puissants cours d’eau. R__exposition_de__territoire6
Physiquement les guerriers osages étaient impressionnants, les tailles de deux mètres et plus étant relativement fréquentes. Musclés et bien bâtis, ils avaient le torse recouvert de tatouages, portaient des colliers en os et en griffes d’ours, des bracelets de métal autour de bras et des poignets, des anneaux et divers objets dans les lobes d’oreilles. Leur crâne était rasé à l’exception d’une crête partant du sommet de la tête et descendant en mèche sur la nuque. Les jours de fête ou de cérémonie ils portaient, pour accentuer leur crête un cimier en poils de porc-épic teint de couleur vive, dans lequel étaient fichées une plume d’aigle dressée et deux autres plumes retombant sur le coté du visage. Tous les poils du corps étaient soigneusement épilés, y compris ceux du visage et les sourcils. Les femmes aussi étaient très belles, vêtues de robes de peaux teintes de couleurs vives, parées de bijoux d’os teints et de coquillages.

Les Osages pratiquaient une économie mixte. L’agriculture et la cueillette, travail surtout des femmes et des enfants et la chasse, réservée aux hommes. L’agriculture imposait une sédentarisation tandis que la chasse, surtout celle du bison, exigeait le nomadisme. Les Osages furent donc un peuple semi-nomade, partageant leur temps entre la vie dans les villages de huttes au bord des cours d’eau, et les deux campagnes de chasse annuelles, au printemps et en automne. Le reste du temps les chasseurs poursuivaient un gibier de moindre importance et pratiquaient le piégeage (la trappe : mot français dérivé de l’anglo-américain “to trap” = piéger). Le commerce des peaux faisait donc partie de leur économie et la tribu veillait jalousement à maintenir son monopole dans sa zone d’influence. D’où les guerres, accrochages, raids punitifs et autres expéditions ayant pour but le vol de chevaux, de femmes ou la capture d’esclaves.

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Les Osages étaient des guerriers redoutables qui savaient se faire respecter. Les Français comprirent vite qu’ils ne pouvaient se passer de leur alliance dans cette région stratégique et qu’entrer dans leurs bonnes grâces par des cadeaux, des avantages et des hommages serait le seul moyen de maintenir leur prétendue domination. Les trappeurs poussèrent loin les hommages, surtout envers les femmes dont ils firent leurs épouses et  auprès desquelles ils vécurent dans les villages, adoptant vêtements, les us et coutume osages, se fondant dans la tribu. Ils eurent de nombreux enfants dont les descendants portent aujourd’hui des noms tels que Labadie, Clavier, Robedeaux, Larose, Boulanger.

Les Occitans ont laissé en Amérique de nombreuses traces de leur passage : la ville de St Louis, fondée par le Béarnais baron de Laclède ; la ville de Detroit, fondée par le Tarn-et-Garonnais sieur de Lamothe-Cadillac (et dont la marque Cadillac porte aujourd’hui le nom), la rivière Gasconnade et encore bien d’autres...

Bonaparte et Jefferson

1803. Napoléon Bonaparte n’est encore que le Premier consul se sent déjà le maître de la France. Il se sait promis à un destin exceptionnel pour lequel il va avoir besoin d’argent. Que faire de cette lointaine colonie des Amériques, si difficile à contrôler et tellement exigeante en soldats ? Conseillé par Talleyrand, il appelle le président des jeunes Etats-Unis d’Amérique, Thomas Jefferson. Ce dernier qui occupait le poste d’ambassadeur à Paris pendant la Révolution a peine à croire l’inattendue proposition qui lui est faite. La Louisiane lui est offerte sur un plateau pour la modique somme de 15 millions de dollars. Il achète et double ainsi d’un seul coup la superficie de son pays. La République fédérée des treize colonies américaines fondatrices s’étend désormais jusqu’aux Montagnes Rocheuses.

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Les Indiens des Plaines sont devenus Américains sans le savoir. Cependant, leurs descendants devront attendre 1929 pour obtenir la citoyenneté !

Les Français n’étant plus les maîtres se désinvestissent de cette partie du monde. Les Osages feront partie de ceux qui vont le regretter. Aussi surprenant que cela paraisse, un groupe se forme autour d’un chef : Ki-He-Kah-Shinkah (Petit-Chef) avec le projet de « rendre visite aux Français dans leur tribu ». C’est le début de l’odyssée.

Le voyage

d_part_du_KansasNous sommes en 1827. Depuis quatre ans déjà dans un village du Kansas au bord de la rivière Osage, affluent du Missouri, des Osages stockent des peaux de castor, de renard et d’ours. C’est la seule monnaie qu’ils possèdent pour payer la traversée de « la Grande Eau ». Le groupe comprend une douzaine de volontaires, hommes et femmes, décidés à tenter l’aventure. Ils construiront des radeaux, embarqueront les peaux, leurs armes et bagages et se laisseront porter jusqu’au Missouri. De là ils descendront le cours du Mississippi jusqu’à la Nouvelle Orléans et traverseront la Grande Eau Puante jusqu’au pays des Français.naufrage

La première partie du voyage se passa bien. Hélas, sur le cours inférieur du Missouri, peu avant d’atteindre le confluent du Mississippi et la ville de Saint Louis, les radeaux chavirèrent dans les rapides et les peaux furent perdues. Découragés et inquiets d’un si mauvais présage la plupart des Osages décidèrent de rentrer au village.

Six d’entre eux décidèrent de continuer.

Le groupe réduit ne comprenait plus que quatre guerriers et deux femmes. Le chef Ki-He-Kah-Shinkah (Petit-Chef) et son épouse Gthe-Do’n-Wi’n (Femme-Faucon); le guerrier Washinka-Sabe (Esprit-Noir) et son épouse Mi-Ho’n-Ga (Soleil Sacré) âgée de 19 ans et parente de Femme-Faucon ; A-ki-Da-Tonkah (Grand-Protecteur-de-la-Terre) était le héraut du village (town crier) et se faisait appeler Grand-Soldat ; enfin, le sixième membre du groupe se nommait Minckchata-hooh (Jeune-Soldat).

Saint_LouisLes voici à St Louis qui n’était alors qu’une grosse bourgade au confluent des deux plus puissants cours d’eau d’Amérique du Nord. Ils y font la rencontre d’un Français, David Delaunay, portant beau l’uniforme de colonel de l’armée des Etats-Unis. Celui-ci pressent le parti qu’il allait pouvoir tirer de l’exhibition de ces « sauvages » en France. On est en pleine période romantique : Chateaubriand vient de publier Le Voyage en Amérique et, l’année précédente, Les aventures du dernier des Abencérages.

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Delaunay prendra les passages à sa charge. Les Osages acceptent. Le groupe descend le cours du Mississippi par steamboat et arrive à La Nouvelle Orléans où il embarque sur un voilier : la New England qui fait route sur Le Havre. Nous sommes à la fin juin 1827.

Le pays des Français

arriv_e_au_HavreLe 27 juillet 1827 à midi, sous un soleil radieux, la New England entre dans le port du Havre. Toute la ville ayant été informée de l’arrivée imminente des Indiens par le bateau de la veille, quarante mille habitants — la totalité de la population du Havre — se sont massés sur le port. La foule se presse sur les quais, il y a des gens à tous les balcons, même sur les toits des maisons et jusque sur les bateaux amarrés où l’on voit des grappes humaines accrochées aux gréements des navires. L’accueil est triomphal.

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Sur le pont de la New England, les quatre guerriers nus jusqu’à la ceinture laissent voir leur peau cuivrée et luisante. Leur crâne rasé est surmonté de la crête piquée de plumes d’aigles. Les visages sont peints en rouge et sillonnés de lignes vertes ; au bras de longues plaques d’argent et au cou des colliers de perles. Impassibles sous le soleil ils se tiennent bien droits, leur lance à la main, plusieurs ont un casse-tête, tous ont les arcs et les carquois. Les femmes portent aussi le costume traditionnel : une blouse de couleurs vives ; la jupe-couverture rouge à rubans appliqués, les jambières et les mocassins. Les cheveux, peignés avec soin, sont portés longs et descendent librement dans le dos. Un duvet coloré planté dans la chevelure pend sur le côté.

A grand-peine, tant la foule était compacte, on les fit descendre du voilier et monter dans la voiture qui les conduisit à l’hôtel de Hollande. Leur première visite fut pour le maire qui les reçut selon la tradition française qui veut que tout discours officiel soit dignement arrosé. Le muscat de Rivesaltes qui fut servi ce jour-là en fit voir de toutes les couleurs à Grand-Soldat qui avait un peu forcé sur la dégustation.

Les jours suivants, c’est un tourbillon de divertissements : promenade en voiture, parade de troupes à la citadelle, séance de voltige au manège, assaut d’armes, séance de « physique amusante », banquets, invitations, etc. Ces dames se font un plaisir d’offrir aux jeunes Indiennes des bijoux fantaisie et des objets de toilette qui sont acceptés avec une joie non dissimulée. Mais l’on ne pouvait s’éterniser. Paris les attendait.

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Le 7 août au matin, bizarrement affublés de redingotes bleues, les Indiens embarquent sur le bateau à vapeur Duchesse d'Angoulême qui remonte la Seine. La première escale se fait à Rouen où, de nouveau quarante mille badauds sont rassemblés depuis des heures. Le Moniteur du 12 août commence à diffuser la nouvelle : « Les six Indiens font fureur à Rouen. La foule assiège continuellement l’hôtel qu’ils occupent. Le 8 août ils se sont rendus au spectacle dans une voiture découverte et, en costume, dans la loge du gouverneur... Après le premier acte le prince s’est levé et a débité dans sa langue bien des choses fort agréables sans doute mais auxquelles on n’a rien compris...» La curiosité de la foule était telle que, pendant les entractes, le rideau fut levé afin que le public pût mieux considérer les Indiens.

Rouen ne devait jouir que cinq jours de leur présence. Dès le 13 août les Osages montaient dans le « vélocifère » en direction de Paris.

Paris

peinture_chez_CXLeur première sortie fut pour rendre visite au baron de Damas, ministre des affaires étrangères, qui les avait conviés à un repas de quarante couverts. Deux jours plus tard, le 21 août, ils se rendirent à la cour à Saint-Cloud où ils furent présentés à Charles X et aux princes.R__exposition_de__CX7

Ces devoirs officiels remplis, les Indiens furent la proie du public parisien... et de l’astucieux Delaunay. Ce dernier avait fait paraître dans les journaux une note selon laquelle on pouvait se procurer — moyennant finances, naturellement — les lettres d’entrée indispensables pour être reçus par les Indiens. D’autre part, les directeurs de théâtre se disputaient le privilège d’accueillir les Osages dont la présence, annoncée d’avance, avait la vertu infaillible de remplir la salle, quelque fût le spectacle.

Ainsi on les traîna, successivement à l’Opéra ; à la Gaieté, aux Nouveautés, aux Variétés, à l’Odéon, etc. Le Figaro écrit malicieusement « Les directeurs de théâtre viennent de faire chacun une commande de six sauvages pour la prospérité de leur administration »

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A Tivoli, les Osages sont la vedette de plusieurs « fêtes extraordinaires ». Leur présence est notée aux journées aquatiques de Bercy, au cabinet des cires où ils ont pu voir leurs sosies, sur le bateau à vapeur de Paris à Saint-Cloud, aux exercices militaires de Vincennes, au jardin du roi où ils sont allés contempler la fameuse girafe.

Une douce folie s’est emparée des Parisiens.mode

Dans les cafés on sert le «punch aux Osages », la haute couture lance des « osagiennes » ou « missouriennes » en laine. La mode est aux Osages... Elle fut éphémère.

A la fin octobre la presse cesse de parler du sujet. Peu de temps après Delaunay, reconnu comme escroc par une ancienne victime est mis en prison. Les Osages sont livrés à eux-mêmes, ne sachant comment faire pour rentrer dans leur pays. Ils partent sur les routes de France.

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Au printemps de 1828 on retrouve leur trace en Belgique. A Liège la jeune Soleil Sacré a mis au monde desRotation_dedubourg1 jumelles dont l’une sera adoptée par une Liégeoise. Le 1er janvier 1829 on les retrouve abandonnés et mourant de faim à Friboug-en-Brisgau ; après quoi ils ont erré à travers l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suisse et jusqu’en Italie. Finalement ils se séparent en deux groupes, sans doute à la suite d’un désaccord sur le moyen de rentrer au pays. Les uns veulent demander du secours à La Fayette et se dirigent vers Paris. Les autres comptent sur Mgr Louis-Guillaume Dubourg, ancien évêque de la Louisiane, en poste à St Louis d’où il envoyait les missions évangéliques chez les Indiens des Plaines. Les Osages le connaissent bien et nombreux sont les baptisés dans leur tribu. Ils ont appris que Mgr Dubourg avait été nommé au siège du diocèse de Montauban, dans le sud-ouest de la France.

Montauban

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Le pont vieux de Montauban

Petit-Chef, Femme-Faucon et Grand-Soldat traversent le sud de la France. Ils font une étape en Avignon où l’adjoint au maire, Hector de Laurens, fait voter une petite subvention pour leur venir en aide. L’hiver est précoce cette année-là. Novembre 1829 : le petit groupe affamé et épuisé traverse le Pont-Vieux de Montauban. Le Tarn est gelé depuis plusieurs jours. Au bout du pont, ils tournent à droite et remontent la rue des Bains. Encore quelques mètres et les voilà devant la grille de l’hôtel d’Aliès, résidence de l’évêque (aujourd’hui la mairie de Montauban). Louis-Guillaume Dubourg les accueille en sa demeure et les réconforte. Le lendemain il organise la collecte dans le diocèse, auprès de bourgeois, des notables, jusqu’au maire de Toulouse qui est sollicité. Les Montalbanais sauront se montrer généreux : en quelques jours la somme nécessaire au voyage de retour et réunie et le cauchemar va prendre fin. Les Osages embarquent sur un bateau qui descend le Tarn puis la Garonne jusqu’à Bordeaux. Finalement  le Bayard les ramènera au pays.

Et les trois autres ?

La_Fayette2Ils échouèrent à Paris en septembre 1829 où le Consul général des Etats-Unis, Mr Barnet, aidé par La Fayette les hébergea et les nourrit jusqu’à ce qu’il ait pu les faire embarquer au Havre.

Au moment-même de leur départ tous leurs effets furent saisis par des créanciers en gage des dettes qu’avait contractées en leur nom leur malhonnête manager. Enfin, comble de malheur, deux hommes succombèrent de la variole, au cours du voyage et la jeune Soleil-Sacré rentra seule au pays natal avec son bébé.education

De retour dans leur village les Osages racontèrent leurs aventures et mésaventures. Leur séjour de deux ans et demi avait laissé dans leur esprit des traces profondes, du moins on peut le penser car cette histoire ne s’éteignit pas avec ceux qui l’avaient vécue. Elle leur survécut grâce à la tradition orale qui la transmit d’une génération à la suivante avec une grande fidélité. En effet, l’histoire fut écrite pour la première fois en 1929 dans le Bulletin de la Société d’Histoire du Missouri. Elle fut reprise ensuite dans le magazine français Historama (N°40 de juin 1987) dans un article intitulé « Des Peaux-Rouges à Paris » signé de Guillaume de Bertier de Sauvigny auquel la partie de ce récit qui se déroule en France doit de larges emprunts.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là

Les Indiens gênent les Blancs dans leur projet d’expansion vers l’ouest. Les Osages vont être déplacés d’une réserve à une autre, du Missouri au Kansas pour arriver enfin en Oklahoma. Une réserve leur est attribuée au nord de ce qui s’appelait alors le «Territoire indien » qui est de nos jours l’Oklahoma. Le territoire correspond en superficie à deux départements français, mais il est insuffisant pour la chasse. D’ailleurs les bisons ont disparu et... le cœur n’y est plus. La tribu s’étiole, la tribu s’endort. Le pétrole va la réveiller.

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dericLa couverture Osage... C’est la nappe d’or noir qui imbibe le sous-sol de la réserve comme une éponge. On connaissait déjà l’existence du pétrole mais, avant le début du XXème siècle, qui aurait pensé à cette huile noire et nauséabonde pour faire tourner les moteurs ?

L’irruption de l’automobile va tout changer. L’Oklahoma, le Texas, une partie du Kansas se couvrent de derricks. Dans la réserve osage les puits sont parmi les plus riches. Les Osages vivent le plus grand miracle économique de leur histoire. Les sociétés pétrolières sont invitées à exploiter le gisement et payent de grosses royalties à la tribu. Officiellement le rôle tribal tenu par le Bureau des Affaires Indiennes recense 2229 Osages en 1909. Ils se verront attribuer des parts d’actions, chaque Osage vivant à la date de la répartition, adulte ou enfant, y compris les nouveau-nés sont crédités de parts au porteur.C’est la richesse. Les moins prudents se lancent dans une vie fastueuse, se faisant construire des palais, achetant les voitures les plus luxueuses, couvrant leurs épouses de bijoux. Les gazettes américaines n’en finissent pas de décrire cette vie dispendieuse et au besoin en rajoutent. Cela ne manque pas d’attirer l’attention d’aventuriers, d’escrocs et de filous qui vont exploiter à outrance la naïveté des Osages peu coutumiers du maniement des dollars. LesRotation_deenfosage1 plus sinistres de ces bandits vont aller jusqu’à la violence. Meurtres, explosions criminelles, incendies volontaires vont décourager les victimes qui s’enfuient, la plupart vers le sud de la Californie où ils demeureront unis entre eux et reliés à leurs familles d’Oklahoma.

D’autres familles osages ont misé sur la prudence et envoyé leurs enfants dans les meilleures écoles. Ils en reviendront bardés de diplômes et occuperont des positions enviables dans la société américaine.

Aujourd’hui

La tribu osage existe toujours et compte une douzaine de milliers de membres dont une moitié environ vit toujours dans la réserve, appelée aujourd’hui «comté osage». Son Conseil tribal se réunit régulièrement à Pawhuska, la capitale, également chef-lieu du comté osage. Les Osages exercent les professions les plus variées — ou sont chômeurs — et, quelle que soit leur condition sociale, vivent selon les standards américains.

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Conseil tribal osage

Mais tous se retrouvent dans les cérémonies traditionnelles, jeunes et vieux, pour maintenir leurs traditions, leur identité et leur culture.

Les Osages aujourd’hui sont des guerriers culturels.

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Retour sur OK’OC

En juin 1987, Jean-Claude Drouilhet qui devait par la suite fonder l’association, lit un article dans Historama. Il y découvre à sa grande surprise l’épisode relatif aux trois Osages ayant séjourné en 1829 dans la ville de Montauban. Il lance le projet d’inviter des Osages à Montauban. Il écrit à la tribu. Le chef George Tallchief et Mrs Angela Robinson acceptent le projet et les échanges culturels.

C’est le commencement d’une nouvelle aventure !

(suite pendant longtemps) 

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