Oklahoma-Occitania

16 décembre 2017

Nous sommes tous reliés

Mitakuye Oyasin

 

Mitakuye1

 

Lame DeerUne salutation des Sioux Lakota est « Mitakuye Oyasin », c'est à dire au nom de toute ma parenté, ce qui sous entend que tout est relié et que tout ce qui est dans la nature et nous mêmes sommes interdépendants...

Cette longue citation ci-dessous du leader spirituel lakota Archie Fire Lame Dear (1935 – 2001) mérite d'être méditée. Elle est empreinte de spiritualité religieuse mais elle peut aussi se lire avec un esprit de libre pensée dénué de toute référence créationiste. ------------------ J-C. D.

« Depuis des centaines d’années, la terre souffre d’une destruction rapide de son équilibre et de sa beauté. Sa souffrance provient des civilisations dominées par les hommes qui ont complètement perdu leur équilibre spirituel. L’homme continue de regarder du côté de la politique, de l’économie et de la guerre pour résoudre les problèmes causés par la politique, l’économie et la guerre. Notre Mère, la Terre continuera de souffrir de notre façon de vivre déséquilibrée seulement jusqu’au moment où elle devra frapper, éliminer la vie humaine si nécessaire, se guérir, revenir à un état d’équilibre et recommencer. Certaines personnes croient que nous détruisons la planète. Cette croyance est un symptôme de l’orgueil démesuré de l’homme, de son “complexe de Dieu”. Nous avons abusé de notre pouvoir en nous détruisant nous même. Même si nous choisissons d’abuser de notre pouvoir en nous détruisant nous même, ma Mère la Terre survivra. Elle se guérira même si cela lui prend plusieurs milliers d’années pour se débarrasser de la saleté et des ravages de l’histoire humaine, ce n’est finalement qu’un temps très court à l’échelle de la vie de la planète Terre. Depuis les temps anciens, les Lakotas se sont toujours vus comme les gardiens de la Terre. Nous ne croyons pas que la Terre nous appartient, nous savons que nous appartenons à la Terre. Nous savons, et cela a toujours été une part de nos enseignements, que toute chose et que tout être dans leur nature sont duels, positif et négatif, masculin et féminin. Cette dualité est présente dans chaque forme d’existence, du plus simple atome à la plus grosse masse de matière de l’univers. Cette dualité existe aussi dans le Créateur. Nous connaissons le Créateur comme masculin et féminin mais nous avons pris l’habitude d’oublier la partie féminine du “Grand-Mystère”. Nous avons été si profondément influencés par la société en place que nous avons permis à nos tendances négatives d’aller de plus en plus loin dans le déséquilibre. Dans toutes les histoires des civilisations qui se sont engagées dans ces tendances et croyances de la société dominante, il y a des mythes, légendes et écritures religieuses qui décrivent Dieu comme purement masculin. Ils disent que Dieu a fait l’homme à son image et qu’ensuite il a fait la femme pour la donner à l’homme. Beaucoup de gens croient que se sont les femmes qui ont apporté le mal, la douleur et la souffrance de ce monde. Ils utilisent ceci comme une excuse non seulement pour dominer et contrôler la femme, mais aussi pour rabaisser tout ce qui est féminin en incluant bien sûr ma mère la Terre. Ceci a conduit la vie à un monde dirigé par le cerveau gauche. La société vénère les fonctions les plus masculines : mathématique, science, stratégie militaire. Elle accorde beaucoup moins d’importance aux aspects féminins tels que l’intuition, une éducation plaçant les enfants au dessus de toutes les autres priorités ainsi qu’un comportement harmonieux.

Il y a quelque vérités spirituelles de base que tous les peuples doivent suivre pour pouvoir diriger leur vie dans leur propre religion, leur propre chemin spirituel.

Ce qui est créé par Dieu est sacré. Tout ce qui est créé par l’homme ne l’est pas. La Terre a été créée par Dieu aussi elle est sacrée. Les frontières et les gouvernements ont été créés pour servir les intérêts des hommes, aussi ne sont-ils pas sacrés. Le plus haut et le plus noble peut être corrompu.

Le plus puissant et le plus fort peut devenir faible et tomber. L’homme peut les changer, les corrompre, les détruire et les reconstruire. La Terre de Dieu continue avec ou sans eux.

Les ressources et les richesses de cette Terre ont été créées par Dieu, elles sont sacrées. Les animaux, les plantes, les arbres, l’air, l’eau, sont tous créés par Dieu, ils sont sacrés. Les grands groupes, les systèmes économiques, la bourse, la complexité moderne et les structures politiques ont été faites par l’homme pour servir ses intérêts, ils ne sont pas sacrés. Une poignée de gens peut ainsi amasser des biens matériels pendant que beaucoup de gens souffrent. De grandes quantités de formes de vie disparaissent aussi à cause de ces mêmes personnes. Ils peuvent continuer sur les chemins de la destruction pour le pouvoir et le profit jusqu’à ce qu’eux-mêmes ne puissent plus survivre sur leur propre tas d’ordures laissant par la même occasion derrière eux une planète inhabitable pour les générations futures. La Terre de Dieu se purifiera et se guérira d’elle-même.

Ce n’est pas à nous de décider qu’une forme de vie est plus sacrée qu’une autre. Nous devons apprendre à vivre sans dépenser plus que ce dont nous avons besoin. Prendre la vie d’un animal n’est pas pire ou meilleur que de prendre la vie d’un arbre ou de n’importe qu’elle autre plante.

Chaque jour et chaque nuit, les gardiens de la tradition Lakota prient pour l’humanité, les animaux, les plantes, ceux qui sont dans le monde des esprits, la Terre, l’Eau, le Feu et l’Air. Nous prions pour les animaux quand nous les tuons pour la nourriture et pour manger leur viande. Nous prions pour les plantes quand nous les cueillons pour les cérémonies et les guérisons.

Nous, Lakotas, croyons que toute chose crée par Dieu est sacrée et en tant que partie de la Création nous sommes aussi “connectés". A chaque fois que nous prions, nous finissons nos prières par les mots “MITAKUYE OYASIN” (Nous sommes tous reliés). Avec cette petite phrase, nous prions pour toutes les choses. »

Archie Fire Lame Deer

 

Archie Fire Lame Deer

 

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09 décembre 2017

Fort Osage

Fort Osage2

Le 10 novembre 1808, un coup de canon annonça l’ouverture de Fort Osage. Le nouveau fort était perché sur une falaise dominant le Missouri à environ 400 kilomètres à l’ouest de Saint-Louis.

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La milice américaine et les chefs des Petits et Grands Osages célébrèrent l’événement. Ce jour-là, les Indiens et les hommes blancs signèrent un traité, rédigé par Meriwether Lewis, gouverneur du Territoire de Louisiane, et la pipe de paix passa de main en main en témoignage d’amitié.

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A Washington, également, le baptême de Fort Osage donna lieu à une cérémonie. Le fort était le premier des vingt-huit forts-comptoirs commerciaux que le gouvernement des Etats-Unis projetait de construire dans le Territoire de Louisiane. Le Président Thomas Jefferson souhaitait que Fort Osage et le concept de fort-comptoir commercial soit non seulement l’ouverture de l’Ouest à la colonisation par les Blancs mais aussi le commencement d’une nouvelle ère de relations entre les Etats-Unis et les Indiens.

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Dès 1804, Lors de leur expédition historique d’exploration de la Louisiane, Meriwether Lewis et William Clark avaient choisi le site de Fort Osage. Il convenait parfaitement à Jefferson. Sa position stratégique sur la rivière Missouri rendait le fort imprenable ; son accessibilité aux tribus indiennes en faisait un excellent poste commercial. L’ouverture de ce fort marquait l’aboutissement des deux buts que s’était fixés Jefferson : la conquête de l’Ouest et le commerce équitable avec les Indiens.

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OsageCatlinDurant une assez brève période le fort devait permettre aux Osages qui étaient la tribu dominante de cette région, de faire le commerce de leurs fourrures et de s’équiper en marchandises européennes qu’ils recherchaient. Il leur offrait aussi une protection contre les autres tribus. Cependant les chefs osages découvrirent assez rapidement qu’ils avaient abandonné davantage que ce qu’ils avaient gagné en signant le traité de Fort Osage. En dépit des bonnes intentions de Jefferson et de ses ambassadeurs, l’expérience de Fort Osage venait trop tard pour aider à l’établissement de bonnes relations entre les colons blancs et les Indiens.

Au fort, les négociants et les soldats n’étaient pas les premiers hommes blancs que rencontraient les Indiens. Des trappeurs, des négociants et des missionnaires étaient venus avant la milice ; davantage de missionnaires et de colons étaient sur leurs talons. Le même processus de contacts entre les Européens et les Indiens que celui qui avait prévalu pendant plus de deux siècles en Amérique du Nord allait se répéter dans l’Ouest. Les nouveaux venus coloniseraient le territoire osage et la culture osage, déjà gravement altérée par les Européens et les Américains, ne serait plus jamais la même.

Fort Osage existe toujours et on peut le visiter. Il est situé sur la commune de Sibley à l'ouest de l'Etat du Missouri, à quelque kilomètres au nord-ouest de la ville d'Independence, près de Kansas City.

D’après The Osage in Missouri de Kristie C. Wolferman, University of Missouri Press, Colombia, Missouri

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02 décembre 2017

peine de mort

Les tribus disent

" non à la peine de mort "

Ashline

veillée aux chandelles pour Ashlynne

FLAGSTAFF, ARIZONA – Dans le cadre d’une odieuse affaire survenue au sein de la Nation Navajo, une fillette de 11 ans a été attirée dans une camionnette, avant de subir une agression sexuelle et d’être assassinée. La tribu a rejeté la condamnation à mort de l’homme qui vient d’avouer le meurtre.

Depuis plusieurs décennies, les tribus d’Indiens d’Amérique ont la possibilité d’indiquer aux procureurs fédéraux s’ils souhaitent que la peine de mort soit ou non envisagée pour certains crimes commis sur leurs terres. Presque toutes ont rejeté cette possibilité.

Les tribus comme les experts juridiques expliquent que cette décision renvoie à des questions de culture et de tradition, à la façon dont les Indiens d’Amérique ont été traités par le passé, et à la question de la justice rendue par le système judiciaire.

Robert Anderson" La plupart des tribus indiennes ont été maltraitées par les Etats-Unis dans le cadre des politiques fédérales passées, et un traumatisme trouvant ses racines dans l’histoire peut surgir d’affaires liées à l’exécution d’autochtones ", explique Robert Anderson, professeur de droit à l’Université de Washington et membre du sous-groupe « Bois Forte » de la Tribu Chippewa du Minnesota. " Cela permet aux tribus de décider dans ces quelques rares cas, au moins, quand la peine de mort issue du droit fédéral peut s’appliquer ou non. "

Dans l’affaire qui a touché la tribu des Navajo, le corps d’Ashlynne Mike n’a été retrouvé que le lendemain. Son décès, en mai 2016, a rouvert les discussions sur la peine capitale au sein de cette tribu.

ThedaCela fait des années que Theda New Breast constate les conséquences de la violence domestique, de la dépendance aux drogues et de la pauvreté sur sa Réserve Blackfeet du Montana. Cette guérisseuse soigne ceux qui souffrent des traumatismes liés à ces maux.  Cependant, quelle que soit la nature du crime, cette femme de 61 ans est farouchement opposée à la peine capitale.

" Selon nos croyances, telles qu’elles m’ont façonnée, nul n’a le droit de prendre une vie, sauf le Créateur. Point à la ligne, explique Theda New Breast. Fin de la discussion."

Le Congrès a allongé la liste des crimes passibles de la peine de mort au milieu des années quatre-vingt-dix et a autorisé les tribus à décider de soumettre ou non leurs concitoyens à la peine de mort. Les experts judiciaires précisent qu’ils ne connaissent qu’une tribu, la « Sac and Fox Nation » d’Oklahoma, qui ait dit oui à la peine de mort.

 

 

exécution

1862 - pendaison de trente-huit Indiens Dakota

Laura-harris (à gauche) ; La Donna Harris (droite)

Laura Harris, directrice générale de “Americans for Indian Opportunity” et membre de la Nation Comanche, indique que sa tribu perçoit l’exclusion comme une peine bien pire que la mort, la personne se voyant alors privée de toute possibilité de faire partie de la communauté.

Elle explique que les tribus se souviennent aussi de la façon dont on a pu avoir recours à la peine de mort contre eux. En décembre 1862, par exemple, trente-huit membres de la tribu Dakota en guerre contre les colons dans le Minnesota ont été pendus lors de la plus grande exécution de masse des Etats-Unis.

 Une parade à cheval se tient chaque année pour rendre hommage à ces hommes. Cette parade prend fin au site où ont eu lieu les pendaisons dans ce qui est aujourd’hui le « Reconciliation Park ».

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 Source: Miami Herald, Associated Press, Felicia Fonseca & Russell Contreras, 21 août 2017. Felicia Fonseca et Russell Contreras sont membres de l’équipe Questions raciales et ethnicité de “The Associated Press”. Russel Contreras a enquêté à Albuquerque, dans le Nouveau Mexique.

 

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25 novembre 2017

Dennis Banks

 

Disparition d’un militant

des droits des Amérindiens

 

Dennis Banks en 2013

 

 par Marie-Claude Strigler

Dennis Banks  (ou Nowa Cumig dans sa langue) est né le 2 avril 1937 dans la réserve de Leech Lake. Il ne connut pas son père et fut abandonné par sa mère, une situation qui était loin d’être exceptionnelle. Comme beaucoup d’autres enfants, il fut élevé par ses grands-parents dans la langue et les traditions anishinabe (chippewa). Il leur fut enlevé à l’âge de cinq ans pour être placé dans une de ces « écoles-pensionnats », censées permettre aux Indiens d’être assimilés dans la culture blanche.

 Dès l’adolescence, il connaît une vie d’alcoolisme, de violence et d’aliénation. Il fait quelque deux ans et demi de prison, condamné pour divers vols et agressions. Incapable de trouver du travail, il s’engage dans l’armée et est envoyé au Japon. Il épouse une jeune Japonaise avec qui il a une fille. Déserteur, il est renvoyé aux Etats-Unis, il ne les reverra jamais.

 Des années plus tard, en 1968, il crée avec Russel Means et Clyde Bellecourt  l’American Indian Movement ou AIM (Mouvement pour les droits des Amérindiens) et participe à des actions spectaculaires dans les années 1970, en pleine période de lutte pour les droits civiques aux États-Unis.

 

dirigeants de l'AIM - assis (g à d) Russel Means ; Dennis Banks

 

 En 1970, un premier coup d’éclat le fait connaître : il fait  déclarer le jour de Thanksgiving « jour de deuil national ».

En effet, Thanksgiving est le jour où les colons ont fêté leur première récolte en terre américaine et où ils ont rendu grâce à Dieu pour ses bienfaits. On sait pourtant que si les premiers colons ont survécu dans ce pays inconnu, c’est grâce aux Indiens qui leur ont donné de la nourriture et leur ont montré comment exploiter les ressources locales.

 

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 Au mois de novembre 1972, il organise et participe à la Piste des Traités violés, pour protester contre, justement, la violation des centaines de traités signés avec le gouvernement fédéral, qui n’ont jamais été respectés. Les manifestants marchent jusqu’à Washington, occupent pendant quatre jours les bureaux du BIA (Bureau des Affaires indiennes) et détruisent une foule de documents. Ils attirent ainsi l’attention des médias internationaux.

 Encore plus spectaculaire fut, en 1973, l’occupation de Wounded Knee, qui a eu un retentissement mondial. Assiégés par les troupes fédérales, les manifestants ont résisté 71 jours. Wounded Knee, situé dans la réserve de Pine Ridge dans le Dakota du Sud, n’a pas été choisi au hasard. C’est là qu’a eu lieu ce que les Américains blancs appellent « la bataille de Wounded Knee » et que les Amérindiens appellent « le massacre de Wounded Knee. Le 29 décembre 1890, le 7ème régiment de cavalerie a  donné l’ordre à des Lakotas Minneconjous qui avaient installé leur camp pour la nuit, de se défaire de leurs armes. Black Coyote, un Lakota sourd, n’a pas rendu son fusil, et les Américains ont commencé à tirer, massacrant quelque 300 hommes, femmes et enfants. Les faits sont relatés en détail dans le livre de Dee Brown, Bury my Heart at Wounded Knee (Enterre mon cœur à Wounded Knee). Ce fut la fin des guerres indiennes.

 Accusé d’actes de violence pour son rôle en 1973, il fut déclaré coupable en 1975 et risquait 15 ans de prison. Aussi chercha-t-il refuge en Californie, où le gouverneur démocrate lui accorda l’asile. Lorsqu’il fut remplacé par un gouverneur républicain, c’est dans l’État de New-York qu’il trouve refuge. Après avoir été un fugitif pendant 9 ans, il finit par se  rendre, et fit 14 mois de prison.

 

Dennis Banks en 1974

 

 Il eut ensuite quelques rôles dans divers films, dont Le dernier des Mohicans avec Russel Means, Sioux (1937-2012) et quelques documentaires, dont le plus connu, « A Good Day to Die ».(Un bon jour pour mourir), visible sur Youtube.

 Tout récemment, il participa aux manifestations à Standing Rock, contre la construction du Dakota Access Pipeline.

 En dépit d’actions parfois violentes, Dennis Banks était très charismatique, avait réussi à attirer l’attention sur les problèmes auxquels les Amérindiens sont confrontés, avait acquis le soutien actif de personnalités comme Marlon Brando et Jane Fonda. Il acceptait de faire des interventions pour lutter contre l’alcoolisme, la drogue, la violence, toutes les épreuves qu’il avait connues lui-même.

 Il est mort à 80 ans, à la clinique Mayo, à Rochester (Minnesota). Ses 20 enfants et sa centaine de petits-enfants se sont conformés à ses demandes : enveloppé dans une peau de bison, il a eu des obsèques traditionnelles, où les assistants fumaient de la sauge au son des hochets-calebasses.

 

 

Dennis Banks à la commémoration du massacre de Wounded Knee en 2003

 

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18 novembre 2017

livres

 Les ancêtres

de Monica Moran

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(g-d) Monica et Monique

Les visiteurs les plus anciens de ce blog - et forcément les anciens adhérents d'OK-OC - se souviennent de Monica Moran. Cette Américaine d'origine omaha, osage, blacfeet et... béanaise (donc occitane) est venue plusieurs fois nous rendre visite à Montauban et elle s'y est tellement plue qu'elle y a passé trois ans de sa vie.

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Pourquoi vous ai-je parlé de Monica ? C'est parce qu'elle nous avait envoyé un jour l'histoire de ses lointains ancêtres : Ta-Glah-Hae (Femme Bison qui rit) de la tribu Omaha et Michel Baradat, le jeune Béarnais parti à sa recherche dans les forêts profondes d'Amérique. Cette histoire romantique avait été racontée ici-même sous le titre de La Rose du Nevraska. J'invite vivement ceux qui ne la connaissent pas d'aller y faire un tour (gratuit).

Cette belle et surprenante histoire est tombée un jour sous les yeux de Colette Berthès. En Tarn-et-Garonne on ne la présente plus tant on connaît son œuvre romanesque, son talent et ses engagements. Sinon on pourra toujours lire ci-dessous sa biographie sur la dernière de couverture du roman qu'elle vient de publier chez Ransay (en librairie depuis le 15 novembre). C'est un roman passionnant que Colette a tiré de notre petite histoire et qu'elle a abondamment et admirablement documenté.

  colette 1

colette 2

Couv V4

Pour info, cet envoi reçu ce matin de Colette Berthès avec l'indication suivante :

"un vrai plaisir de vous annoncer la sortie de mon nouveau roman (à partir du 15 en librairie) bien loin des écrits précédents...quoique... un roman d'aventures et d'amour(S)...dans le Canada de la fin du XVIII° siècle ...et Louisiane française...pas de cow boys mais beaucoup "d'Indiens"... les forêts, les fleuves et les lacs..."

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11 novembre 2017

Joe Don Brave (4)

Joe Don Brave à Rouen

UN GUERRIER CULTUREL OSAGE

du clan de la libellule

 

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par Marie-Claude et Edgard Strigler

Jeudi 19 octobre 2017

 Le grand jour est arrivé ! La matinée est réservée aux medias, et Joe Don est super stressé. Il a abandonné T-shirt et bermuda pour chemise blanche, bolo tie, chaussures… neuves, veston. Le personnel du musée lui dit qu’il a l’air du président, ce qui ne lui plait pas du tout.

 

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Les journalistes se succèdent, de la presse écrite adulte et jeunesse, de la TV, l’équipe de France 3 Normandie, de la « chaine normande », un vrai remue-ménage. Sébastien Minchin est partout, voit tout, vérifie tout. Les Kayapos (Brésil) arborent coiffe et bijoux perlés, un peu trop folkloriques à côté de Joe Don, très présidentiel, mais heureux lorsque le Kayapo, Bep, lui fait comprendre (langage des signes) qu’ils sont de la même famille.

 

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Lors des interviews, Joe Don explique les éléments de sa peinture, l’importance de la nature, et fait allusion aux tremblements de terre qui se multiplient avec la fracturation hydraulique.

 

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Le soir, inauguration officielle dans les jardins communs au Musée des Antiquités et du Muséum d’Histoire naturelle, qui s’apprêtent à fusionner. 250 personnes se pressent sous une grande tente. Discours de la première adjointe au maire de Rouen, du président des musées de Rouen, du conservateur du Muséum d’histoire naturelle. Puis c’est le tour de Joe Don de prendre la parole. Il se présente en langue osage, puis il lit le texte que lui a préparé Rebecca, en expliquant qu’il lui est plus facile de s’exprimer par sa peinture que par les mots.

 

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" Bonjour (en français) Merci de m’inviter à prendre la parole. Mon nom est Joe Don Brave, et je suis de la nation Osage d’Oklahoma. C’est un grand honneur pour moi d’être ici et de pouvoir partager ma culture et mes traditions avec vous.

Je souhaite remercier Yvon Robert, maire de la ville de Rouen, Sébastien Minchin du Museum d’histoire naturelle de Rouen, Jean-Claude Drouilhet qui m’a recommandé, mes hôtes, interprètes et guides Edgard et Marie Strigler, et mes compagnons artistes pour leur camaraderie et l’inspiration qu’ils m’ont apportée pendant mon séjour.

 Merci à tous pour l’occasion magnifique que vous m’avez donnée de partager ma vision de mon territoire.

 C’est une terre de prairies, de collines vallonnées, de forets. J’ai essayé d’en traduire la beauté dans ma peinture avec les étoiles et le soleil, la force de l’aigle, la majesté du bison, l’énergie et l’espièglerie de la libellule et la puissance du guerrier Osage.

Nos mythes nous disent que les Osages sont descendus des étoiles. Avec le Soleil, le créateur nous offre une nouvelle journée, le Soleil nous accompagne tout au long du jour et, lorsqu’il se couche, nous  nous installons dans la nuit.

L’Aigle est le symbole de l’Amérique, mais c’est aussi un oiseau sacré. Les Osages utilisent ses plumes pour leurs cérémonies spirituelles.

Le Bison est la vie, une importance source de nourriture et de matériaux. Sa peau est utilisée pour faire des vêtements, ses os et ses cornes servent à fabriquer des outils.

Les Osages sont les Enfants des Eaux du Milieu. Ils sont représentés ici par le Guerrier. Je l’ai peint bleu, car il représente aussi l’eau indispensable à la vie. Sa coiffe est un cimier et il porte un médaillon de coquillage.

Ma peinture murale traduit la nécessité de protéger la terre et les choses importantes de la vie. Le Soleil et le Guerrier surveillent tous les deux la terre et les hommes.

Lorsque j’ai commencé à peindre, je n’avais pas de plan particulier. Jai regardé ce qui allait être exposé dans la vitrine, et j’ai su qu’un guerrier et un bison devraient en faire partie. Puis le paysage s’est imposé à moi, puis le soleil et les étoiles. Tous s’est organisé autour de ces symboles de mon peuple.

 Deux exemples d’appliqué de ruban osage sont exposés. L’un est une bande qui pourrait être cousue sur une couverture ou sur un châle. L’autre est une cravate portée pour la remise des diplômes de la faculté de droit. Une robe de peau de daim décorée de perles provient de la tribu comanche, et des mocassins de peau.

Les libellules sont des messagères, très importantes pour moi, car elles font partie de mon clan.

Quelques pots d’argile étaient utilisés pour la cuisine ou comme récipients, un carquois et des flèches, des pipes de catlinite. Tous ces objets sont traditionnellement utilisés par les Osages.

Aujourd’hui, je représente ma tribu, les Osages. Je suis honoré d’être ici en France, là où mes ancêtres ont marché en 1827. J’ai beaucoup apprécié mon séjour dans la belle ville de Rouen. La chaleur des gens, la cuisine et la musique, les excursions et les visites, ont fait de ces semaines une expérience extraordinaire.

Je serais heureux de vous accueillir à Pawhuska, en Oklahoma, pour vous présenter ma famille et que vous puissiez voir le monde dans lequel je vis de vos propres yeux. "

 Ouf ! Il a fini, il peut desserrer sa cravate et enfin se détendre.

 

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04 novembre 2017

Joe Don Brave à Rouen (3)

 Un guerrier Osage,

Joe Don Brave

capture une femme Comanche

dans son rêve

par  Marie-Claude & Edgard Strigler

Lundi 16 octobre Finition peintures

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Des journalistes, accompagnés d’une photographe et de deux stagiaires ( les stages obligatoires durant l’année de 3ème) viennent à nouveau interviewer et photographier Joe Don et les Kayapos (beaucoup plus folkloriques !) Le soir, tout est fini, il n’y a plus qu’à installer les objets, mais ce n’est plus de notre ressort. En fin d’après-midi, visite du musée des Beaux-Arts.

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Mardi 17 octobre Re-Muséum

Achat de chaussures pour l’inauguration. Pas facile de trouver une si grande taille, mais c’est fait. Une ancienne collègue de Paris qui habite Rouen nous invite à déjeuner.

L’après-midi, Giverny pour les jardins de Monet, où il voulait faire une petite toile à rapporter chez lui. Il avait oublié la moitié de ses peintures ! Nous nous sommes contentés de faire des photos. Il peindra d’après photo.

Claude Monet

dans le jardin de Giverny : Joe Don et Edgard, le photographe photographié (enfin...)

 Mercredi 18 octobre

Nous avions prévu d’aller sur les plages du Débarquement mais, sachant que cela impliquait cinq heures de voiture dans la journée, JD n’y tenait plus vraiment. Nous sommes donc retournés au Museum où l’installation des objets dans les vitrines battait son plein.

IMG_1980La robe donnée par Kathryn n’était pas encore descendue de la réserve. Nous montons pour contrôler que nos directives pour la restauration ont bien été respectées. Pas du tout ! La restauratrice n’a pas le droit d’y toucher, dit-elle, sans l’autorisation expresse de la donatrice… Sébastien me demande si ça ne m’ennuie de la faire moi-même. Pourquoi pas ? Sans dé, sans aiguille adéquate, sans fil de la bonne couleur, et une peau presque impossible à percer. Edgard a aidé à pousser l’aiguille. Heureusement  que, prudents, nous avions acheté des rosettes à Pawhuska pour remplacer celles qui manquaient. Mais c’est de l’à peu près, pas très satisfaisant. Kathryn était censée en faire faire, mais au téléphone, elle m’avait dit qu’après tout, on pouvait utiliser ce que nous avions acheté. La robe n’ayant pas été  nettoyée, Joe Don nous a montré comment masquer ce qui était trop sale avec de la craie. C’est ainsi qu’ils nettoient leurs mocassins. Bref, cela ne m’a pas mise de bonne humeur.

Après déjeuner, Joe Don, fatigué, est rentré faire la sieste, pendant qu’Edgard et moi sommes allés faire les courses pour le dîner. Avant de dîner, toujours prudents, nous repassons au Museum, où nous constatons avec consternation que les techniciens chargés de repeindre les côtés en blanc ont fait quelques éclaboussures sur l’œuvre de JD. Nous sommes donc allés interrompre sa sieste pour qu’il vienne réparer les dégâts. Nous avons de la chance qu’il soit de si bonne composition.

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Depuis quelques jours, il angoisse à l’idée de prendre la parole le jour de l’inauguration. Il attend que sa femme lui envoie un texte, mais c’est pour demain, et toujours pas de texte. IL va peut-être falloir que nous le fassions ensemble ?

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La robe donnée par Kathryn n’est manifestement pas osage. Donc, JD a inventé une histoire. C’est la robe d’une Comanche capturée par les Osages et réduite en esclavage. Les taches sur sa robe sont des taches de sang, car elle a été torturée. Certains seraient capables de le croire ? *

Demain le grand jour. Les medias toute la journée, dont France 3 Normandie (les Yeux bien ouverts) et la Chaîne normande. Ce sera diffusé le vendredi soir.

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* et comme disent les Italiens :" Se non è vero è ben trovato " (ndlr)

 

28 octobre 2017

Joe Don Brave à Rouen (2)

Jamais battu, jamais vaincu

Joe Don BRAVE

affirme la présence de son peuple

à Rouen

IMG_1861par Marie-Claude et Edgard Strigler

Jeudi 12 octobre

Le travail sérieux commence. Pratiquement toute la journée est consacrée à la peinture. Joe Don a divisé sa fresque en trois panneaux, qu’il va réaliser les uns après les autres. Sur toute la longueur, il a esquissé des lignes d’orientation comme repères, et le premier panneau commence par le dessin d’un grand soleil lumineux en haut à droite, sous lequel vole une libellule bleue. Sous la ligne d’horizon ondulée, tout un dégradé de couleurs chaudes, dans lequel pait paisiblement un petit bison bleu.

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Au centre, la tête d’un guerrier osage prend forme, en bleu. Joe Don a un magnifique sens du relief, que nous admirons. Le musée étant ouvert au public pendant que Joe Don et les Kayapos travaillent, des visiteurs s’étonnent de la couleur bleue. Il répond : « It’s a statement », c’est une affirmation d’identité. Il explique la coiffure, crâne rasé à l’exception d’une longue mèche tressée qui permet de fixer le cimier de piquants de porc-épic, les tatouages : les lignes obliques de chaque côté du sternum sont des pipes, fumées pour la guerre ou pour la paix, et au milieu, le long du sternum, un long couteau pointe vers le bas, utilisé pour la chasse et pour la guerre.

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Pourquoi a-t-il peint des libellules ? La société osage est composée du peuple du ciel, du peuple de la terre et du peuple de l’eau. Chacune des ces trois catégories comporte sept clans. Lui fait partie du peuple du ciel, porteur du soleil, comme la libellule. Il nous dit aussi que son nom, en langue osage, signifie « Jamais battu, jamais vaincu ». D’où en anglais, « Brave ».

Que sa fresque représente des bisons, cela va de soi. Le public apprend qu’il y a encore des bisons, mais oui ! Jusqu’à ce qu’un visiteur dise qu’en Normandie, il y a aussi des bisons. Là, c’est Joe Don qui n’en revient pas !

Pour couronner la journée, dîner de la mer, qu’il attendait dès le premier jour. Coquillages et poissons ne lui font pas peur, pas plus qu’un soufflé au calva pour finir (voir photos)

 

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Vendredi 13 octobre

Nouvelle journée peinture. Il n’a jamais réalisé une peinture aussi grande, 6 mètres de long sur 2 mètres de haut. Ses esquisses sont rapides, puis viennent les détails. Pour gagner du temps, nous déjeunons rapidement à l’appartement (Enfin, aussi rapidement que possible). En début d’après-midi, nouveau rendez-vous avec les journalistes, prises de vue, interviews.

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Il est très prudent dans ce qu’il dit , si bien que les journalistes trouvent que « c’est un peu plat ». Mais une fois incité à parler plus  librement, il évoque les tremblements de terre qui se multiplient avec la fracturation hydraulique, qui éventuellement les réveillent la nuit, les secousses qui ébranlent la maison, les rugissements qui accompagnent des tremblements qui peuvent atteindre facilement un force 4,5 sur l’échelle de Richter. Il évoque aussi les éoliennes qui ne sont pas la solution idéale pour la production d’énergie, puisqu’il faut creuser très profond dans la terre pour les installer, et parce que les aigles, oiseaux sacrés, se prennent dans les pales des éoliennes, se font tuer.

Le soir, vernissage dans la petite galerie du propriétaire de nos appartements, où sont venus se mêler artistes, relations professionnelles, amis ; Joe Don est ravi et reste jusqu’à… deux heures du matin. Difficile de se lever le samedi matin.

 

Samedi 14 octobre

En dépit d’un lever tardif, la fresque principale est terminée en fin d’après-midi. Il ne reste plus qu’à décorer le fond de la vitrine d’exposition des oiseaux d’Amérique du Nord.

Dîner en ville, invités par une documentariste, son mari et leur fils. Elle nous avait déjà contactés à Paris et nous l’avions retrouvée à Rouen lors d’un concert de Thierry Pécou, qui va composer un opéra autour de la médecine navajo.

 

Dimanche 15 octobre. Excursion à Étretat, sous un soleil magnifique.

Suite bientôt…

22 octobre 2017

Les Osages à Rouen en 1827

Journal de Rouen

Lundi 13 août 1827

Pour alimenter ce blog, nous n'avons pas l'habitude d'aller fureter dans les archives départementales de la Seine-maritime (anciennement Seine-inférieure). Une fois n'est pas coutume. Les Osages sont de nouveau présents à Rouen en ce mois d'octobre 2017 en la personne de Joe Don Brave. Alors, il fallait un peu revenir sur l'histoire du passage des ancêtres dans cette bonne ville de Rouen. Voici donc un article de la page 4 que nous avons le plaisir de reproduire ici avec quelques illustrations qui, bien sûr, ne figuraient pas dans les pages de ce journal dont la sobre présentation nous paraît quelque peu austère. 

Journal de Rouen

LES OSAGES

 

Les Six Indiens osages arrivés du Missouri au Havre le 27 juillet 1827 et à Paris le 13 août 1827

Ces étrangers qui pendant cinq jours n’ont pas cessé d’être l’objet d’empressement de curiosité sans exemple, nous ont quitté hier à dix heures du soir pour se rendre à Paris.

Samedi, à cinq heures du matin, on leur a fait visiter l’église cathédrale dont la vaste dimension a paru les étonner. Ils sont montés dans la tour où sont placées les cloches qui ont fixé leur attention d’une manière toute particulière. Un incident est venu là montrer la supériorité de résolution que les femmes possèdent dans le caractère. On a voulu les faire passer par dessus le pont de planches qui conduit aux galeries extérieures, d’où l’on jouit d’un magnifique panorama de la ville : les hommes n’ont jamais pu se résoudre à la franchir, à l’exception d’Esprit Noir que l’exemple des deux femmes a fini par entraîner.

Cathédrale Rouen

 

 

Hôtel-Dieu RouenDans la journée ils sont allés voir l’Hôtel-Dieu qu’ils ont visité dans tout son ensemble. La supérieure des dames qui desservent cet hospice, dont l’âge est très avancé, est devenue l’objet particulier de leur respectueuse attention. Ils ont, à son égard, exprimé l’idée qu’elle devait avoir de bien grands mérites pour que l’Être-Suprême  eût permis qu’elle parvint à un aussi grand âge.

Il paraît que les Osages ont une grande vénération pour les vieillards ; car déjà ils avaient eu l’occasion de rencontrer sur leur route un pauvre mendiant dont les cheveux blanchis et la barbe longue donnent à sa physionomie un air patriarcal. A son aspect, ces étrangers se sont levés  tout spontanément dans leurs voitures, et n’ont cessé de lui adresser, par leurs démonstrations, des marques de respect, jusqu’à ce qu’ils l’eussent entièrement perdu de vue. On sait que la vie des Osages est généralement beaucoup plus bornée que celles des Européens.

palais justice rouenDans l’après-midi ils ont visité le Palais de Justice, et se sont rendus ensuite dans le magasin de M. Baudouin, l’un des plus forts marchands de glaces et de meubles de cette ville. L’éclat qui les environnait de toutes parts a semblé leur plaire beaucoup ; mais ce qui les a flattés par dessus tout, ce sont de petites sonnettes de bureau qu’on leur a données et qu’ils n’ont cessé d’agiter jusqu’à leur retour à leur hôtel.

 

château Quevillon

Duchesse_de_Fitz-James_(née_de_Thiard_de_Bissy)

Hier matin, ils sont partis pour le château de Quevillon, où réside en ce moment Mme la duchesse de Fitz-James. Là, tous les agréments possibles leur ont été procurés : le bain, la danse, l’équitation, etc. Ils y ont pris une part fort active et ont paru enchantés de se trouver dans ce séjour.

Revenus en ville ils se sont rendus au spectacle où les attendait une foule aussi considérable que le premier jour. Avant le troisième acte de Paul et Virginie, le chef s’est levé et a adressé au public un discours de remerciement et d’adieux, dont nous n’avons pas assez bien entendu la traduction pour la reproduire ici.

 

Rouen_-_rue_Grand_pont

la rue Grand-Pont au début du 20ème siècle

 

Rentrés à leur hôtel, ils se sont mis au balcon et ont renouvelé leurs adieux à la foule innombrable qui  se pressait dans toute la rue Grand-Pont et qui luttait des mains à leur vue. Enfin, à dix heures, ils se sont rendus en voiture à la barrière Saint-Paul, où ils sont montés dans le Vélocifère*, qui les a emportés pour la capitale.

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Journal of Rouen --- Monday, August 13, 1827

 

THE OSAGES

 These strangers, who for five days have not ceased to be the objects of unexampled curiosity, left us yesterday at ten o'clock in the evening to go to Paris. Saturday, at five o'clock in the morning, they were shown to the cathedral church, the vast size of which seemed to astonish them. They are mounted in the tower where are placed the bells that have fixed their attention in a special way. An incident came here to show the superiority of resolution that women possess in character. It was wanted to make them pass over the bridge of planks which leads to the outer galleries, from which one enjoys a magnificent panorama of the city: men have never been able to resolve to cross it, except for the Black Spirit whom the example of the two women eventually led to.

In the day they went to see the Hotel-Dieu which they visited in its whole. The superior of the ladies who serve this hospice, whose age is very advanced, has become the particular object of their respectful attention. They have expressed to her the idea that she must have great merits for the Supreme Being to have permitted her to attain so great an age.
It seems that the Osages have a great veneration for the aged; for they had already had occasion to meet on their way a poor beggar whose bleached hair and long beard give to his countenance a patriarchal air. At the sight of these strangers, they rose spontaneously in their carriages, and never ceased to address to him, by their demonstrations, signs of respect until they had entirely lost sight of it. We know that the life of the Osages is generally much more limited than that of the Europeans.

In the afternoon they visited the Palais de Justice, and then went to Mr. Baudouin's shop, one of the strongest mirrors and furniture merchants in that city. The splendor which surrounded them on all sides seemed to please them very much ; but what has flattered them above all, are small office bells that have been given to them and that they have not ceased to agitate until they return to their hotel.

Yesterday morning they set off for the castle of Quevillon, where the Duchess of Fitz-James now resides. There, all the possible amenities were provided: bathing, dancing, horseback riding, etc. They took a very active part in it and seemed delighted to find themselves in this place.
Returning to the city, they went to the spectacle, where a crowd as great as the first day awaited them. Before the third act of Paul et Virginie, the chief stood up and addressed to the public a speech of thanks and farewell, of which we do not sufficiently understand the translation to reproduce it here.

Returning to their hotel, they went to the balcony, and renewed their farewells to the innumerable crowd which pressed through the Rue Grand-Pont, and struggled with their hands at their sight. Finally, at 10 pm, they went by coach to the barrier of Saint-Paul, where they climbed into the Vélocifere *, which took them for the capital.

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Quelle trace reste-t-il de leur séjour à Rouen en 1827 ?

Aussi surprenant qu'il y paraisse, on peut aujourd'hui voir un témoignage de ce petit événement d'histoire locale rouennaise il s'agit de...

 

L'hôtel des Sauvages

 

" à l'angle du quai du Havre et du boulevard des Belges, se trouve l'hôtel des Sauvages, appellation due à la présence de têtes sculptées évoquant la présence des Indiens Osages à Rouen en 1827 .... bâtiment à l'architecture néoclassique .... cet immeuble fait partie d'un ensemble construit à l'emplacement du Vieux Palais, détruit pendant la révolution" (extrait du livre de  Jean Braunstein)

l'hôtel des sauvages à Rouenseuls les quatre hommes sont représentés. Les femmes n'ont plus qu'à y revenir et demander réparation

 

 

 



*  Le vélocifère est une ancienne voiture hippomobile publique, légère et rapide.

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14 octobre 2017

190 ans après...

Un Osage revient à Rouen

 

Joe Don05Joe Don Brave est un artiste-peintre osage. C'est à ce double titre qu'il a été invité à participer à un événement que prépare depuis un couple d'années le conservateur du Museum d'Histoire naturelle de Rouen : M. Sébastien Minchin, avec son équipe et le concours d'OK-OC, notre association de Montauban bien connue pour son lien avec les Osages. Deux membres d'OK-OC - Marie-Claude et Edgard Strigler - seront présents à cet événement et accompagneront Joe Don Brave tout au long de son séjour à Rouen, en Normandie et à Paris

L'événement du muséum c'est l'ouverture de sa "Galerie des Amériques" du 10 octobre au 4 novembre. Les Osages y seront à l'honneur sous la forme de divers objets offerts par Mrs Kathryn Red Corn (dont une magnifique robe en peau de daim décorée de broderies en perles) et par la présence de notre ami Joe Don Brave que nous avons déjà rencontré plusieurs fois à Pawhuska, Oklahoma.

 

Pawhuska, 2013 -- inauguration de la croix occitane

Joe Don Brave est à l'arrière plan, juste derrière la stèle. Au premier plan (chemise blanche) : Archie Mason. Et la délégation montalbanaise

Quel rapport y a-t-il entre Rouen et les Osages ? Les visiteurs de ce blog qui nous suivent depuis des années savent que les six Osages qui arrivèrent au Havre en juillet 1827 séjournèrent un peu plus d'une semaine à Rouen au mois d'août. Nous reviendrons dans un prochain article sur ce séjour rouennais tel que le raconte le Journal de Rouen du lundi 13 août 1825.

Joe Don01Joe Don est un Brave, un guerrier culturel. Le muséum de Rouen a très bien fait d'inviter Joe Don qui représentera parfaitement son peuple autant par ses connaissances de l'histoire et des traditions que par son expression artistique. Il a d'ailleurs commencé au musée de Rouen comme en témoignent les clichés suivants

Joe Don Brave au travail

Joe Don présente son œuvre accompagné de Marie-Claude Strigler. Edgard est derrière la caméra

Joe Don prépare la décoration de la vitrine des Osages

Les objets relatifs à la culture osage seront exposés dans une grande vitrive dont la décoration a été confiée à Joe Don. On le voit ici traçant les premières courbes de son projet. Nous publierons prochainement l'œuvre terminée qui promet d'être somptueuse.

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Le programme de Joe Don en Normandie

Jeudi 19 octobre au matin, au Museum : conférence de presse, y compris avec des journaux nationaux, comme Le Monde,et inauguration officielle le même jour, à 18 heures.
Samedi 21 octobre à 15 heures, au Museum aussi, conférence de Marie-Claude Strigler sur la médecine traditionnelle navajo, accompagnée par des musiciens. puis visite du cimetière américain de Colville ainsi que la plage d'Omaha Beach où le père et l'oncle de Joe Don ont débarqué en 1944.
Dimanche 22 octobre Joe Don part en excursion à Etretat.

 

 

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