Oklahoma-Occitania

20 janvier 2018

La fin de la piste

Le Grand Dérangement

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En 1830, sous la pression du président Andrew Jackson, le Congrès des Etats-Unis votait l'Indian Removal Act (la loi de déportation des Indiens) qui autorisait le déplacement des tribus vers une vaste région non organisée à l'ouest du Mississippi, le « Territoire indien », censé devenir le lieu de résidence « permanent », mais qui est devenu en fait l'Etat d'Oklahoma.

La politique de refoulement avait été préconisée dès 1803 par le président Thomas Jefferson mais ses successeurs ne voulurent pas user de la force militaire pour expulser les tribus. Jackson, lui, n'hésita pas devant l'usage de tels moyens pour déposséder environ 100 000 autochtones. Ce fut « le Grand Dérangement »

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La résistance de Faucon Noir

Black Hawk

Black Hawk (Faucon Noir), le chef De la tribu Sauk,  prit la tête de la faction de sa tribu qui n'acceptait pas de quitter les terres qui avaient été vendues sans l'accord de tous. Expulsés militairement de leurs foyers en 1832, les partisans de Faucon Noir parvinrent à éviter le combat pendant trois mois jusqu'au moment où ils furent quasiment anéantis à la bataille de Bad Axe. Faucon Noir se rendit et fut emprisonné. Puis on l'autorisa à retourner auprès de son peuple, mais sans la qualité de chef.

La piste des larmes

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Pendant l'hiver 1838-39, sur un itinéraire connu depuis sous le nom de « piste des larmes », environ 30 000 Cherokees, forcés à quitter leurs foyers du Sud-Est, connurent l'exode vers le Territoire Indien. Le gouvernement n'ayant prévu aucune mesure de sauvegarde, les Indiens souffrirent à l'extrême du froid, de la faim et du choléra.

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"The trail of tears " (la piste des larmes). Robert Lindneux a peint la déportation d'environ 30 000 Cherokees obligés d'abandonner leurs possessions de Georgie. Leur longue marche jusqu'au Territoire indien (Oklahoma) était encadrée militairement par l'armée des États-Unis agissant sur ordre du président Andrew Jackson. Plus de 4 000 Cherokees moururent de maladie, de fatigue, de faim ou de froid.

 

La fin de la piste

La fin de la piste est une sculpture de James Earle Fraser en hommage aux Amérindiens. Le guerrier a arrêté son cheval, abaissé sa lance et prie le grand esprit après son long et épuisant voyage.

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La statue a gagné en notoriété lors de l'Exposition internationale de Panama en 1915. L'original a été déplacé de Visalia, Californie à Oklahoma City, Oklahoma en 1968, où il a été restauré et est maintenant exposée au National Cowboy & Western Heritage Museum.

 

"end of the trail" - huile/toile par Marianne Caroselli

 

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La fin de la piste pour les soixante-sept tribus qui ont été déplacées vers "La terre de l'homme rouge" (l'Oklahoma)

 

Prière de l'Indien pour la paix

Ô Grand Esprit dans le ciel, / Guides nous sur le chemin de la paix et de la tolérance / Fais nous vivre ensemble comme frères et sœurs / Nos vies sont tellement courtes, ici, où nous marchons sur notre Mère la Terre / Gardes nos yeux ouverts sur toutes les bénédictions que tu nous a offertes / S'il te plaît, entends nos prières, Ô Grand Esprit.

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Aujourd'hui

L'Oklahoma est peuplé majoritairement d'Américains d'origine européenne. Les Indiens constituent une petite minorité de la population. Il doit rester environ une quarantaine de tribus, mais une seul réserve subsiste au nord de l'Etat : celle des Osages qui, administrativement est désignée par « comté osage ». Il s'agit bien cependant d'une réserve qui a ses propres lois, sa police, son gouvernement et son Congrès.

 

Oklahoma Pride

 

 

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13 janvier 2018

inventaires

OK-OC

BILAN 2017 ET PROJETS 2018

 

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L'heure est venue pour les adhérents d'OK-OC de renouveler leur adhésion en réglant leur cotisation annuelle (18 € adhésion simple ; 25 € adhésion couple. Chèque à l'ordre de Oklahoma-Occitania et à adresser à Gérard Massip 18 rue du Trapèze / 82000 Montauban). Membres du CA, n'oubliez pas votre chéquier lors de la prochaine réunion, le samedi 20 janvier. Merci de votre compréhension. Passons à présent à l'activité...

Commençons par les satisfactions ; la déception viendra à la fin.

Bilan d'activité 2017

L’association OK-OC entretient depuis vingt-huit ans (septembre 1989) des relations suivies sous la forme d’échanges culturels avec la nation Osage, la ville de Pawhuska et l’Etat d’Oklahoma. Elle est basée sur un petit événement d’histoire locale : l’arrivée et le séjour à Montauban et en Tarn et Garonne, en novembre 1829, de trois Indiens de la tribu Osage.

Elle a été couronnée en septembre 1999 par la signature d’un accord de jumelage entre les villes de Montauban et Pawhuska

Cette expérience unique est connue et reconnue non seulement en Tarn-et-Garonne mais aussi en Occitanie, en diverses régions de France, aux États-Unis, au Canada et en Guyane. Elle a suscité de nombreuses décisions de célébrer des journées (voire des semaines) occitanes dans plusieurs villes d’Oklahoma jusqu’au plus haut niveau du gouvernement de l’État  d’Oklahoma. La renommée de Montauban et de l’Occitanie s’étend désormais du Middle West à la Californie en passant par l’Arizona et des forêts du Grand Nord québécois à la forêt d’Amazonie en Guyane.

Chaque année OK-OC organise soit un Printemps Indien, soit un Eté Indien (en automne) en invitant des personnes et parfois des délégations entières de la tribu Osage ou d’autres peuples d’Indiens d’Amérique (USA, Québec, Guyane).

En cette année 2017 le Printemps Indien a connu un grand succès grâce notamment à la participation de deux Indiennes Osages : Mrs Terry M. Moore et Ms Erica Pretty Eagle Moore. Cette semaine indienne en Tarn-et-Garonne a été le temps fort de l’activité 2017. Mais d’autres activités se sont échelonnées tout au long de l’année.

En voici le détail…

 Expositions

 Si les Osages m’étaient contés… du 20 mai au 2 juin dans la salle Pawhuska, à l’ancien collège de Montauban. Une exposition temporaire de plus de 300 objets, peintures, portraits, 12 panneaux illustrés. Nos deux invitées osages Terry Moore et Erica Pretty Eagle ont fait une intervention très remarquée en costumes traditionnels le jour du vernissage

 Les Osages et Montauban,  lors du week end des 15 et 16 septembre à la galerie marchande du Centre Leclec de Sapiac à Montauban

 Les Osages au Muséum d’Histoire naturelle de Rouen, Rouen est une autre ville étape des Osages arrivés en 1827 ; une exposition permanente y est proposée depuis le 20 octobre. Elle a été préparée de longue date en Oklahoma par les adhérents d’OK-OC et mise en place selon les conseils d’un invité de la tribu Osage Mr Joe Don Brave qui a séjourné à Rouen pendant une dizaine de jours, pris en charge par deux adhérents d’OK-OC. La ville de Montauban et l’association OK-OC sont plusieurs fois citées dans les vitrines de cette exposition

 Pawhuska, sister city of Montauban, Octobre 2017 : exposition permanente au muséum de la société historique du comté Osage à Pawhuska. Commencée début octobre. OK-OC  a joué un rôle de conseiller et de fournisseur de documents pour cette exposition permanente qui fait connaître Montauban et l’Occitanie en Oklahoma ( 4 vitrines du muséum).

 Embassy of Montauban , L’ancienne caserne des pompiers de Pawhuska était promise à la démolition lorsque, sur proposition du maire, elle fut conservée pour être dédiée à Montauban. C’est « L’ambassade de Montauban à Pawhuska ». De nombreux objets et souvenirs y sont exposés en permanence dont une exposition de grands panneaux explicatifs conçus à Montauban par la municipalité dans les années 2000.

 Three Returned Plaza, la place des trois « revenants » (les trois Osages de Montauban) est une réplique du « Rond des Osages » de Montauban au centre-ville de  Pawhuska.

 Conférences

 Participation à la conférence « La piste des Larmes » de Lisa Neal-Rendall organisée par l’association Anglais 82 – le 17 mars)

 Conférence-rencontre à la Maison protestante de Montauban avec les résidents et le public  – le 18 mai

 Conférence rencontre avec les associations Lo Reviscol et l’IEO 82– le 24 mai à l’Ancien Collège de Montauban

Intervention à l’apéritif des voisins organisé par l’association de habitants de Sapiac – le 19 mai. Nos invitées osages Terry Moore et Erica Pretty Eagle y firent une intervention remarquée, notamment sur l’explication de leurs tenues traditionnelles. Les membres d’OK-OC  participaient à cette sympathique manifestation

 Intervention au festival Peuples et Musiques au Cinéma (de Claude Sicre) à la cinémathèque de Toulouse les 17 et 19 novembre, avec Claude Sicre, Francis Cabrel.

 Interventions dans les écoles

École de Bioule – le 16 mai. Pendant 2 heures. Deux invitées Osages : Terry Moore er Erica Pretty Eagle accompagnées de trois membres de l’association OK-OC interviennent en classe de CP/CE1 sur le thème de « langues, langages et expression corporelle ». (langue française, langue anglaise, langue occitane, langue osage, langage des signes, langage des animaux et… Danse sociale des Osages)

 École de Fonneuve à Montauban – le 18 mai. Pendant 2 heures. Deux invitées Osages : Terry Moore er Erica Pretty Eagle accompagnées de trois membres de l’association OK-OC interviennent en classe de CP/CE1 sur le thème de « langues, langages et expression corporelle ». (langue française, langue anglaise, langue occitane, langue osage, langage des signes, langage des animaux et… Danse sociale des Osages)

 Manifestations traditionnelles d’OK-OC

 Chaque année, à l’occasion du Printemps Indien (ou de l’Eté Indien), l’association OK-OC tient à respecter (au moins) quatre traditions qu’elle a initiées et qu’elle espère pérenniser. Ce sont :

 La traversée du Pont-Vieux – le   17 mai. Cette année le cortège ouvert par nos deux invitées osages : Mrs Terry M. Moore et Ms Erica Pretty Eagle était suivi par douze conseillers municipaux jeunes de Montauban ceints de leur écharpe, de deux classes de l’école de Fonneuve porteurs de drapeaux nationaux, régionaux et tribaux, de parents d’élèves et de membres d’OK-OC. Cette traversée symbolique rend hommage aux Osages de 1827, arrivés à Montauban en venant de Toulouse et traversant le seul pont existant à l’époque.

L’accueil et la réception à l’hôtel de ville –  le 17 mai. Il s’agit ici aussi d’un hommage aux Osages de 1827 qui se rendirent à l’hôtel d’Aliès, siège actuel de l’hôtel de ville mais qui était en 1829 l’évêché où les Osages étaient venus demander du secours à l’évêque Louis Dubourg (ancien évêque de la Louisiane française)

 L’accueil et la réception à l’hôtel du département –  le 18 mai. Depuis 1990, année de la première visite de quarante-trois Osages à Montauban et en Occitanie, la tradition est de les conduire à l’hôtel du département. Cette année nos deux invitées y furent accueillies chaleureusement par Mme Mauriège et M. Descazeaux

 La visite à l’évêque du diocèse de Montauban –  le 19 mai. Il s’agit ici d’une simple visite de courtoisie, sans caractère religieux, de nos invitées osages qui veut exprimer la reconnaissance du peuple Osage à l’évêque de Montauban qui contribua au retour des trois Osages perdus de 1829. En cette occasion les visiteuses osages offrirent une couverture indienne à Mgr Ginoux.

 Voyage d’études chez les Osages à Pawhuska

 Anaïs André-Acquier et Alexis Kowalczewski – Du 9 au 14 octobre deux artistes montalbanais  de la compagnie de « L’écoutille » sont allés préparer leur prochain spectacle à Pawhuska afin d’y rechercher les informations, les mythes, les traditions et les signes culturels propres aux Osages. Ils y ont été reçus par plusieurs personnalités de la nation Osage et notamment le chef Geoffrey Standing Bear

 Conseils à des écrivains

 A la demande des auteurs, le rôle d’OK-OC se borne à lire les manuscrits et d’en signaler d’éventuelles erreurs ou anachronismes.

 Philippe Brassart pour son roman Le voyage chez les Yeux-Pâles – éd. Michel Lafon. Novembre 2015.

 Colette Berthès pour son roman Le Sourire de la Femme Bison – éd. Ramsay . En librairie le 15 novembre 2017 ;

 Benoît Séverac et Hervé Jubert pour leur roman Wazhazhe à paraître en mars 2018 aux éd. Le Passage

Communication

 Presse écrite :

La Dépêche du Midi : 5 articles

Les Nouvelles de T&G : 1 article

 Blog : 1 article par semaine, 10 années d’archives, plus de 365 000 visiteurs. Du 1er janvier au 9 novembre 2017 : 85 375 visiteurs soit une moyenne de 273/jour sur cette période. Depuis le mois de septembre la moyenne quotidienne varie de 500 à 600 visiteurs. Près de la moitié des visiteurs sont américains.

 Facebook : un compte ouvert depuis 5 ans. Il présente l’activité d’OK-OC. Innombrables visiteurs de divers pays

 Bulletin de liaison électronique. Ce bimestriel à vocation interne donne aux membres d’OK-OC les petites informations sur la vie de l’association

 Un livre : « Du Missouri à Montauban » relatant l’histoire des Osages perdus de 1827 à 1829 et les activités d’OK-OC depuis sa naissance est proposé à la vente à chaque événement ou manifestation

 Projets 2018

Comme chaque année les activités de l’association Oklahoma-Occitania seront multiples et variées. Elles sont toutes à l’étude ou en en chantier au moment où nous établissons cette liste. Mais toutes seront menées à terme.

 Expositions

 Plusieurs propositions ont été faites ; les réponses précises ne nous sont pas encore parvenues

Il s’agit de l’exposition en 12 panneaux « si les Osages m’étaient contés… » accompagnée de la présentation de divers objets d’artisanat osage, de tableaux, peintures et gravures.

Les lieux et dates seront publiés en temps opportun.

 Rencontres littéraires

 Depuis 2009, sept livres auront été publiés autour des Osages et à partir de l’expérience d’OK-OC.

Il s’agit de  :

Patrick Caujolle – Les Mystères du Tarn-et-Garonne – éd. De Borée, 2009

Gilles Havard et Mickaël Augeron – Un continent en partage – éd . Les Indes Savantes, 2013

Philippe Brassard – Le voyage chez les Yeux-pâles – éd.  Michel Lafon, 2015

Jean-Claude Drouilhet – Du Missouri à Montauban – éd. La Brochure, 2015

Marie-Claude Feltès-Strigler – Les Indiens Osages – O.D. éd., 2016

Colette Berthès – Le sourire de la Femme Bison – éd. Ramsay, 2017

Benoît Séverac et Hervé Jubert – Wazhazhe – éd. Le Passage, 2018

Ces publications ont permis à OK-OC d’atteindre l’un des buts que s’était fixé l’association : faire connaître le peuple et la culture osage en France comme on les connaissait aux XVIIIème et XIXème siècles.

Au cours de l’année 2018, OK-OC participera ou animera en Tarn-et-Garonne  plusieurs manifestations en rapport à ces œuvres:

 Présentation des deux derniers ouvrage nommés ci-dessus dans une librairie de Montauban (date non fixée)

 Rencontres littéraires autour des Osages. Il s’agira de réunir plusieurs des auteurs cités ci-dessus qui présenteront leurs ouvrages. (dates non fixées)

 Salon du livre en 82

-         Montech en février

-         Nègrepelisse en mars

-         Monclar en août

-         Montauban – Eurythmie  en novembre

 Conférences, débats, projections

 Association Poésie en partage – Saint-Antonin – 23 janvier

 Association Les Amis de la Médiathèque – Puylaroque – 9 février

 Etablissements scolaires – dates non fixées

Journée avec les Montagnais du Québec

 Les Montagnais sont un peuple amérindien du Québec (appartenant au groupe linguistique algonquin). Une délégation arrivera à Toulouse le 29 avril, conduite par le chef Clifford Moar.

Une journée sera réservée pour Montauban (3 ou 4 ou 5 mai) avec

-         conférence et rencontre avec le public

-         traversée traditionnelle du Pont-Vieux

-         cérémonie à la terre indienne du Jardin des Plantes

 Pré-programme :

Une délégation des Premières Nations du Canada et de personalités du Quebec sera reçue en Occitanie et reviendra sur la terre donnée en 1998.

Elle sera conduite par Clifford Moar chef des « Ilnus de Mashteuiatsh » (Saguenay-Lac Saint Jean- Quebec- Canada).

 -         Arrivée prévue : Toulouse samedi ou dimanche 29 avril 2018

-         1er mai 2018 : Cérémonie de retour sur la terre indienne à Andébu (Alzen Ariege)

-         2 mai 2018 : réception au Capitole de Toulouse par Mr le Maire de Toulouse

Suivie d’une réception au Conseil Régional d’Occitanie de Toulouse.

-         3 mai 2018 : réception par Mme le Maire de Colomiers,

o       en soirée réception à Montauban par l’association OK – OC : traversée symbolique du vieux pont…

 -         4 mai 2018 : rencontre-conférence salle du Sénéchal à Toulouse avec des acteurs associatifs, des politiques et des chefs d’entreprise :

« les peuples et les cultures autochtones au 21e siècle : le chemin retrouvé entre l’économie et la culture» :

 intervenants :

§       Clifford Moar : chef des Ilnus de Masteuiash

§       Michel Damphousse ancien directeur des parcs du Quebec

§       Jean-Louis Pech CIO groupe ACTIA, président de « Leader Occitanie »

§       Alem Surre Garcia historien

§       Jean François Laffont président de Convergencia Occitana

§       Maxime Maury directeur de la Banque de France en Occitanie

§       Gérard Onesta ancien vice président du parlement européen, président du bureau de l’assemblée, Conseil Régional d’Occitanie

§       Jean-Michel Lattes, premier adjoint au Maire de Toulouse, président de TISSEO

§       Philippe Terrancle directeur des éditions PRIVAT

§       Alain di Crescenzo président de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Occitanie

 Semaine indienne en Tarn-et-Garonne

 A l’occasion de la visite probable d’une délégation officielle de la nation Osage conduite par le chef principal Geoffrey Standing Bear

Diverses manifestations, cérémonies, rencontres seront organisées lors de ce « Printemps indien » ou « Eté indien ». Les dates seront fixées par la nation Osage.

 La déception

Nous sommes habitués à OK-OC - sans les apprécier pour autant - à des comportements opportunistes. On ne compte plus les ingrats qui sont venus y chercher ce qu'ils espéraient y trouver : un voyage au pays des Osages, une mise en relation avec des correspondants, une intervention en milieu scolaire ou lycéen, une prestation, que sais-je encore... et qui, une fois satisfaits, se sont inscrits aux abonnés absents sans jamais venir proposer un coup de main. On est dans une société d'hyper consommation et du chacun-pour-soi. Ramez, braves gens. Merci pour les encouragements.

Cette fois c'est d'un "oubli" fâcheux qu'il s'agit. Dans ce blog nous avons participé récemment à la promotion d'un roman publié en novembre dernier. Nous en avions fourni le sujet, la base même, publiée ici-même sous le titre de La Rose du Nebraska. J'ai personnellement prêté à l'auteure plusieurs ouvrages de ma bibliothèque (qui apparaissent notamment dans la bibliographie). A la demande de l'auteure, j'ai passé de longues heures à lire son épais manuscrit, page par page, et y apporter de nombreuses annotations. C'était un travail bénévole que j'ai accompli avec plaisir et même enthousiasme.

L'usage veut que quelque part figurent quelques remerciements. C'est la moindre des reconnaissances. Ici rien de tout cela, pas la moindre citation d'OK-OC d'où tout est parti et qui a grand besoin de notoriété et de reconnaissance. Une seule citation en la personne de Monica Moran qui n'a été connue à Montauban que grâce à nous et que nous avons assistée dans son projet de vie parmi nous.

Une pilule amère de plus à avaler --- JC. Drouilhet

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06 janvier 2018

HAPPY NEW YEAR 2018 !

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Archie Mason, tout le monde le connaît à OK-OC : il est venu plusieurs fois à Montauban et a visité une grande partie de l'Occitanie occidentale. Ce n'est certainement pas le cas de tous les visiteurs, réguliers ou occasionnels de ce blog. Alors, il faut que nous le leur présentions.

Arch2Archie est une personne attachante, d'une immense gentillesse et d'un charisme rayonnant. Il est Osage, donc descendant des Premiers Américains d'origine et... Occitan de cœur

Copie (2) de Archie béret

Avec Ramona, son épouse de la tribu Muskogee (Creek), il forme un couple admirable. Les voici ci-dessous en habits traditionnels.

Archie&Ramona_2

Enfin , Archie est membre du Congrès (Parlement) de la nation Osage. C'est un immense honneur qu'il nous fait avec ses vœux de bonne année. Merci Archie ! A toi et à toute ta famille ; Bonne Année 2018. Les Occitans pensent à toi et aux tiens.

Archie congress2

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Les vœux du président

d'OK-OC

et du conseil d'administration

à vous tous, amis d'OK-OC, le conseil d'administration de notre association et moi même, vous offrons les meilleurs vœux pour cette année 2018; des vœux de santé et de bonheur; des vœux de résistance face à l'adversité; des vœux de réussite dans vos projets.

Des vœux aussi pour que progresse notre association, au service des valeurs que nous défendons.

Amitiés

Gérard Massip, président d'OK-OC

OK-OC

 

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30 décembre 2017

Une décision "trompeuse"

Une grave menace pèse

sur les

monuments nationaux américains

BearsEars

 par Marie-Claude Strigler

Les États-Unis comptent 58 « monuments nationaux ». On les confond souvent avec les « parcs nationaux », mais leur statut est différent. Si une loi votée par le Congrès est nécessaire pour créer un parc national, il faut une décision du président des États-Unis pour créer un monument national, en vertu de l’American Antiquities Act, la loi sur les antiquités américaines de 1906, signée par Théodore Roosevelt.

La loi garantit une protection des valeurs intrinsèques des régions désignées, comme la beauté de la nature, la protection des espèces menacées et le patrimoine culturel et spirituel des tribus locales. Or la semaine dernière, Donald Trump a promulgué un décret exprimant sa volonté de reconsidérer des décisions présidentielles antérieures. Dès le mois d’avril 2017, il avait promis de « mettre fin à l’exercice outrancier du pouvoir du gouvernement et de réétudier le sort des monuments nationaux créés depuis 1990.

 Il est question actuellement de deux monuments nationaux de l’Utah : le Grand Staircase-Escalante et Bears Ears  (oreilles d’ours).

Grand Staircase Le Grand Staircase-Escalante couvre une superficie de plus de 7 600 km2, une zone presque vierge au sud de l’Utah, composée de trois sections : les canyons creusés par la rivière Escalante et ses affluents à l’Est, le plateau de Kaiparowit au centre, et une partie du Grand Staircase, constituée d’immenses plateaux qui « descendent » en escaliers (1 700 mètres de différence entre le fond du Grand Canyon et la crête de Bryce Canyon. La région, du sud de l’Utah à la limite de l’Arizona, est aussi connue pour ses nombreux fossiles de dinosaures et ses empreintes de pas de grands dinosaures. C’est un véritable livre de géologie à ciel ouvert, qui couvre quelque 200 millions d’années d’histoire de la terre. Au mois de septembre 1996, le président Bill Clinton usa de la loi sur les Antiquités pour créer le monument national du Grand Staircase – Escalante. Un mois plus tard, des bulldozers traçaient une route pour volontairement mutiler le site.

bulldozer

Quant au monument national de Bears Ears, ses buttes jumelles se dressent au-dessus d’un vaste paysage désertique de 817 km2, vierge de toute présence humaine. Nous sommes au sud-est de l’Utah, sur le plateau du Colorado, où se succèdent falaises, mesas, buttes et canyons de grès rouge ou jaune. La virginité de ce paysage surnaturel est une illusion : il a fait l’objet d’une véritable guerre. Une coalition de groupes de défense sans but lucratif a lutté pendant des années pour obtenir du gouvernement qu’il crée le Bears Ears National Monument. C’est le président Barack Obama qui en a pris la décision en décembre 2016, bien qu’il eût contre lui un ensemble de forces conservatrices, surtout des habitants, pour qui cela équivalait à une confiscation de terres. Le cœur du monument national est Cedar Mesa, un plateau entrecoupé de canyons, difficile d’accès, ce qui n’avait pas empêché les Mormons de venir s’y installer. Ce n’était pas les premiers occupants : les canyons recèlent des trésors d’art pariétal, de ruines et d’artefacts abandonnés par les « Anasazi », les habitants des falaises ; on y trouve paniers tressés, poteries décorées, outils, armes, ornements, de véritables œuvres d’art.

Bears Ears1Dès leur découverte, des pillards de sont empressés de recueillir ces trésors et de les expédier par wagons entiers vers les villes de la côte est ou vers l’Europe. Les panneaux d’art pariétal ont été vandalisés, les sépultures profanées. Il était grand temps de protéger ces sites.

Pourtant, le lundi 4 décembre, Donald Trump a amputé deux monuments nationaux de l’État de l’Utah. Il a fait le déplacement à Salt Lake city, la capitale de l’État, pour annoncer la réduction de la surface de Grand Staircase-Escalante de 45%, et de 85 % de la surface de Bears Ears.

Les régions concernées abritent plus de 100 000 sites archéologiques, y compris des oeuvres de l’art rupestre d’au moins 5 000 ans et des restes de 21 espèces de dinosaures jusqu’alors inconnues. L’organisation « Friends of the Earth » (amis de la Terre) accuse Trump et ses alliés de piller un riche patrimoine et de profaner des lieux qui sont sacrés pour les Indiens.

Trump a justifié sa décision en expliquant qu’il s’agissait de restituer aux zones avoisinantes des terres détenues par le gouvernement et de supprimer la mainmise de Washington. En tout état de cause, cette initiative permettrait d’ouvrir la porte à l’exploration d’énergies fossiles ou à d’autres projets commerciaux. Ce serait un triomphe pour les industries productrices d’énergie fossile, les éleveurs et les Républicains.

Elle soulève également des interrogations sur l’avenir d’autres zones de conservation du patrimoine, les « monuments nationaux » du Nevada, de Californie et de l’Oregon.  Cinq tribus concernées et les écologistes ont décidé de s’allier pour former des groupes de pression à Washington.

Quelles seront les conséquences si les décrets du président Trump entrent en vigueur ? Nul ne peut le dire, puisque le cas ne s’est jamais produit.

Un président a le pouvoir de décision pour créer un monument national, mais une décision du Congrès est nécessaire pour le révoquer. Alors…

 

Bears Ears 3

 

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23 décembre 2017

La première sainte amérindienne

 

Sainte Kateri,

le Lys des Mohawks

 

32 - St

Catherine Tekakwitha

 par Raphaël Ponce

Dans l'article "Vanessa - trésor vivant des États-Unis - aime l'Occitanie" du 23 septembre 2017, j'apprends que Vanessa Jennings est secrétaire du cercle Kateri de Kahnawake. Je me suis intéressé à l'histoire de Kateri Tekakwitha quand, dans les années 1990, je me suis retrouvé épisodiquement au Canada, à Montréal. C'est justement à cette période où j'ai commencé à étudier la culture des Amérindiens, en découvrant celle des Premières Nations du Québec.

Le tombeau de Kateri Tekakwitha se trouve à l'église St. Francis Xavier de Kahnawake, la réserve des Iroquois mohawk toute proche de Montréal, où je me suis rendu. Par la suite, j'ai trouvé une vieille édition de 1927 du livre "Une vierge iroquoise - Catherine Tekakwitha - Le lis des bords de la Mohawk et du St-Laurent" (P. Édouard Lecompte), parmi les bouquinistes de la rue St-Denis à Montréal. Ce livre est très intéressant, parce qu'au travers de l'histoire de Kateri, on y trouve beaucoup d'informations sur le contexte de l'époque (Nouvelle France, guerres iroquoises) et sur le quotidien des Iroquois (habitat, mode de vie, coutumes etc.). Par exemple, dès la première page du livre, on peut y lire une hypothèse sur l'origine de l’appellation "Iroquois" : alors qu'ils se nomment eux-mêmes "Haudenosaunee", ce nom leur fut donné par les Français, parce que les Iroquois terminaient tous leurs discours par le mot "Hiro" (j'ai dit), en ajoutant le mot "koué", cri de joie ou de tristesse, selon qu'il était prononcé long ou court. [Deux autres hypothèses existent aujourd’hui dont l'une, très vraisemblable, indique que l’appellation dériverait du pidgin basco-algonquin, une langue véhiculaire simplifiée utilisée par des baleiniers basques pour communiquer avec les tribus de langues algonquines, lorsqu'ils venaient pêcher dans le Golfe du Saint-Laurent].

 

1 - Livre

 
   

Bien qu'il existe de nombreux ouvrages sur Kateri Tekakwitha, il m'a paru intéressant de faire un résumé de ce livre qui, à ma connaissance, n'a pas été réédité depuis 1930. Tout en relatant la brève existence de la sainte iroquoise, j'ai essayé de retranscrire sommairement le contexte de l'époque en rapportant quelques informations et détails qui ne figurent pas toujours ailleurs, ou qui apparaissent parfois déformés, voire erronés autre part. J'ai également ajouté des éléments qui ne sont pas mentionnés dans le livre, ainsi que quelques réflexions personnelles. Même si la vie de Kateri Tekakwitha fut très courte, son parcours est prétexte à rendre compte de tout un ensemble de choses relatives à sa culture d'origine, à la christianisation des Amérindiens, à la naissance de lieux existants encore aujourd'hui et à l'histoire du premier empire colonial français, la Nouvelle France, dont la capitale était Québec.

 2 - Novae Franciae accurata delineatio , carte illustrée de 1657

"Description soignée de la Nouvelle-France" datée de 1657 par le jésuite François-Joseph Bressani (1612-1672)

Cette carte est un résumé iconographique de sa relation abrégée, composé d'une carte principale, d'un encadré plus précis sur la Huronie

et d'une multitude de dessins représentant des scènes de vie, des Indiens, des animaux et la scène du martyre de Jean Brébeuf.

 Naissance de Tekakwitha en Iroquoisie

C'est lors d'une incursion des Iroquois chez les Algonquins, leurs ennemis héréditaires, que la future mère de Kateri est emmenée comme captive par celui qui la prend ensuite pour femme. Cette conduite n'est pas rare parmi les Iroquois, les prisonniers sont souvent incorporés à la nation dont ils adoptent les mœurs et les coutumes. Leur sort dépend de leur attitude, de l'humeur de leurs ravisseurs et des besoins de la tribu. Ils sont souvent amenés à remplacer un mari, un frère, un fils disparu. On adopte de préférence des jeunes, des enfants, des filles surtout, réputées plus facile à assimiler et aptes à accroître le capital de fertilité. C'est ainsi que Tekakwitha naît en 1656 d'un père iroquois "païen" et d'une mère algonquine chrétienne, à Ossernenon, village Iroquois des Mohawks du clan de la Tortue, situé en Iroquoisie. Les Mohawks sont l'une des cinq nations qui constituent la ligue iroquoise à cette époque (six nations aujourd'hui), une confédération qui fut formée vers 1570. Les Français les nomment les Agniers et les Anglais les Mohawks (dont la signification est « mangeur d'homme » dans la langue des Algonquins), mais leur nom d'origine est Kanien'kehá:ka, qui signifie, selon le contexte, « peuple de la lumière », « hommes éclairs », « peuple des silex » ou encore « enfants des étoiles ». Le territoire des Agniers se situe au sud du lac Champlain, entre la rivière Hudson et le fleuve Saint-Laurent, jouxtant celui des Onnéiuots (Oneida), et les territoires des autres nations de la ligue se suivent ainsi successivement jusqu'au sud du lac Ontario pour constituer l'Iroquoisie. L'Iroquoisie sera détruite durant la guerre d'indépendance des États-Unis.

 

3 - Les Cinq Nations iroquoises (1650)

Guerres iroquoises

La mère de Tekakwitha avait été instruite et baptisée par les Jésuites dans la ville de Trois-Rivières, qui fut l'un des premiers postes de traite de l'Amérique du nord, implanté sur un site déjà fréquenté depuis fort longtemps par les Amérindiens (principalement les Algonquins), pour y effectuer des échanges commerciaux. Située sur la rive-nord du fleuve Saint-Laurent, à mi-chemin entre Québec et Montréal, Trois-Rivières est la deuxième plus ancienne ville du Québec. Elle fut fondée en 1634 et les missionnaires étaient déjà présents sur le site dès 1617. Les jésuites dirigeaient leurs missions vers les Hurons et les Algonquins entre 1634 et 1650 et vers les Iroquois à partir de 1654, après que ces derniers eurent décimé les Hurons en guerre. Les Iroquois étaient déjà en guerre contre eux depuis une cinquantaine d'années avant l'arrivée des Français. Les Français s'étaient alliés aux Hurons et aux Algonquins et les Iroquois dévastaient la colonie pour détourner le commerce des fourrures des Hurons et des Outaouaisavec la Nouvelle-France (Outaouais = tribu des Ottawas - Outaouaks = Cheveux relevés); afin d'avoir le monopole de ce commerce en tant qu'intermédiaires avec la colonie hollandaise, puis britannique (Fort orange - Albany).

 4 - Iroquois Canadian Warrior (based on a detail from Benjamin West's painting

Guerrier iroquois, d'après un détail de la peinture "La Mort du général Wolfe" (1770), de Benjamin West

 Les Hurons Wendats appartiennent à la famille linguistique des Iroquois et, avant qu'ils ne soient massacrés et anéantis par les Iroquois dans les années 1640 et surtout à partir de 1649, ils constituaient comme eux une confédération de cinq tribus distinctes. En plus des épidémies et de la famine, la guerre iroquoise a eu pour effet de mener à la destruction de leur vaste territoire, la Huronie, en raison de la dispersion des survivants. Parmi eux, un grand nombre ont été capturés par les Iroquois, dont certains rejoignirent la tribu par adoption, tandis que les autres furent tués après avoir été torturés. D'autre part, une grande majorité des rescapés hurons se sont réfugiés chez les Tionontatis (les Pétuns, "Peuple du Petun" ou "Peuple du Tabac"), qui avaient les mêmes mœurs et la même langue. 

 5 - Captives huronnes
Les captives ramenées au village iroquois, comme ces Huronnes, n'étaient jamais violées puisqu'elles étaient susceptibles de devenir des sœurs adoptives

En 1651, des rescapés hurons arrivent dans les environs de Québec et les jésuites français de la mission Notre-Dame-de-Foy leur concèdent une seigneurie qui leur est réservée comme refuge, avec l'intention de les assimiler au christianisme. C’est ainsi que naît la petite population des Hurons de Lorette, désignés aujourd’hui comme les Hurons-Wendat de Wendake. « Wendake » signifie « chez les Wendats ». Alors qu'ils habitaient dans la région des Grands Lacs, les Hurons étaient appelés Wendats, ce qui signifie « les habitants de l'île ou de la péninsule ».

 6 - Huronne et Huron, vers 1750-1770,

 

 Huronne et Huron, vers 1750-1770.

 

 

Enfance de Tekakwitha

 

Entre 1660 à 1663, une épidémie de variole frappe la région. Les parents et le jeune frère de Tekakwitha, ainsi que la plupart des habitants de son village, sont décimés par la maladie. Tekakwitha a tout juste quatre ans et survit à l'épidémie, mais la maladie laisse sur son visage d’importantes cicatrices en plus d’affecter sa vue. Ce dernier trait est capital dans la vie de Tekakwitha. Ses yeux ne peuvent plus supporter la pleine lumière du jour et, après avoir été recueillie par son oncle et ses tantes, elle passe son temps dans leur cabane sombre. Aujourd'hui appelées "longues-maisons", ces habitations iroquoises longues et larges sont en forme de tonnelle; leur structure est recouverte d'écorces d'orme ou d'érable et elles peuvent mesurer plus de 60 mètres de long. Jusqu'à vingt familles peuvent y résider en même temps, divisées en groupe de quatre : deux de chaque côtés de la cabane, participant à un foyer commun placé au centre du long corridor et ainsi des autres groupes. Il y a des espaces où sont stockées les provisions (maïs), quand elles ne sont pas suspendues à des pièces de bois, de même que pour les vêtements. Au-dessus de chaque feu, il y a une ouverture dans le toit par où sort la fumée et entre la lumière. La cabane n'en reste pas moins enfumée et sombre. Par nécessité d'abord à cause de sa vue très sensible, Tekakwitha mène une vie retirée dans la cabane, confinée aux travaux de l'intérieur. Après l'épidémie, le village a été déplacé un peu plus haut, sur la même rive de la rivière des Hollandais (aujourd'hui rivière Mohawk), à l'angle sud-ouest formé par la rivière et le ruisseau Auries; il a été rebaptise Gandaouagué (c'est aujourd'hui Auriesville, un hameau de Glen dans le comté de Montgomery de l'État de New York).

 7 - Maison-longue

Longue-maison iroquoise

 À cette époque, beaucoup de peuples amérindiens sont des sociétés matriarcales. Chez les Iroquoiens, le rôle des femmes est tout aussi important et valorisé, sinon plus, que celui des chasseurs et des guerriers. Tout ce qui est lié à la naissance, à la santé, à la mort, au mariage, relève exclusivement des femmes. Les plus âgées choisissent les chefs et les chamanes, les autres sont responsables des travaux agricoles et horticoles d'été. Elles font les cueillettes (baies, fruits sauvages, œufs d'oiseaux etc.), déterrent les racines, chassent le petit gibier, ramassent le bois de chauffage, préparent les aliments, entretiennent les habitations et s'occupent des enfants. Tekakwitha assume son rôle avec un caractère remarquable; elle est patiente, douce et sage. Elle exécute les travaux ménagers avec empressement et beaucoup d'ardeur, mais elle est aussi très habile et douée pour tous les ouvrages d'art qui ornent chaque chose du quotidien et les vêtements (sac à tabac, jambières, mocassins, berceaux, ceintures, colliers et bracelets etc.). Elle sait teindre en rouge les peaux d'anguilles et les filaments de racines ou d'écorces si souvent en usage chez les tribus du nord-est. Elle pratique aussi la broderie au poil d'orignal et aux piquants de porc-épic, après les avoir divisés en filets très déliés et teints de diverses couleurs. Quand elle sort, elle se protège de l'intensité de la lumière avec une couverture. C'est à cette période que le nom Tekakwitha lui aurait été donné et l'orthographe a varié au fil du temps. Les premiers historiens l'écrivent Tegakouita ou Tegakouitha, puis ce fut Tegahkouita, Tehgakouita, Tekakouita et enfin Tekakwitha. Sa signification n'est pas moins indécise : ce pourrait être "Celle qui met les choses en ordre", ou peut-être aussi "Celle qui s'avance, qui meut quelque chose devant elle" (comme une personne qui s'avance dans les ténèbres, les bras tendus en avant, exprimant ainsi la démarche hésitante de l'enfant aux yeux affectés par la maladie). 

 

Il est de coutume chez les familles iroquoises de nouer des liens d'amitié en s'offrant mutuellement un petit garçon ou une petite fille et cette rencontre est considérée comme une sorte de gage pour un futur mariage. C'est ainsi que Tekakwitha est présentée à un garçonnet, alors qu'elle n'est âgée que de huit ans, mais elle considère la chose comme un jeu d'enfant et cette première rencontre demeure sans suite. Tekakwitha passe ainsi son enfance et elle s’accommode de cette existence retirée du fait de son caractère marqué par une pudeur presque ombrageuse, quasi innée chez elle, qui contraste avec les mœurstrès libres de ses compagnes de la longue-maison. Cependant, Tekakwitha est devenue nubile et il n'est pas bien vu qu'une jeune femme demeure célibataire chez les Iroquois, surtout parce qu'en se mariant et en ayant des enfants, les femmes assurent la survie du clan. Mais Tekakwitha s'oppose aux propositions de mariage imposées par le chef et par ses parents adoptifs. Malgré l'obstination et les pressions de son entourage à la contraindre au mariage, Tekakwitha demeure inflexible, tout en restant toujours aussi assidue et appliquée à ses tâches, sans exprimer la moindre contestation. Elle n'a pas oublié le peu de souvenirs qu'elle a de sa mère et l'enseignement qu'elle lui avait transmis; elle exprime alors le vif désir de devenir chrétienne, d'être baptisée.

Paix de 1666 et missionnaires en Iroquoisie

 Après être devenue une province de France en 1663, une ère nouvelle a commencé au Canada (gouvernement royal instauré par Louis XIV et Colbert). La vallée du Saint-Laurent comprend une population d'environ 3000 Européens qui est en pleine croissance (6 700 âmes en 1672). En 1665, des renforts militaires arrivent à Québec afin de libérer la colonie française des Iroquois. Le régiment de Carignan, composé de douze à treize cents hommes d'élite alliés aux Algonquins, impressionne les Iroquois qui implorent la paix, après avoir fui leurs villages et vu leurs bourgades brûlées, avec toutes leurs provisions de maïs, de fèves et de fruits entièrement consumées. Lors de la destruction de son village, Tekakwitha, ses proches et tous les autres habitants s'étaient réfugiés et cachés dans la forêt. Les traités sont signés et la paix de 1666 commence (officiellement établie en mars 1667, elle durera vingt ans). Pour preuve de loyauté, les Iroquois réclament la présence des Robes-Noires; c'est ainsi qu'ils nomment les missionnaires. Dès lors, la seconde phase et la plus féconde des missions iroquoises commence.

 8 - Arrivée du missionnaire

En 1668 (1667?), trois premiers missionnaires arrivent à Gandaouagué, qui avait été rebâti sur la rive opposée de la rivière Mohawk aussitôt la paix établie. Les missionnaires sont providentiellement assignés à la cabane où réside Tekakwitha. Tout en évangélisant, ils reçoivent les malades, baptisent les enfants et visitent les captifs hurons et algonquins, dont les conditions de vie s'apparentent à l'esclavage. Les captifs sont très favorables aux enseignements des Jésuites, parce que ça les libère du système de croyance des Iroquois qui n'est pas avantageux pour eux : contrairement aux Iroquois qui proposent la reproduction de leur statut social dans l'au-delà, disant que les âmes de leurs esclaves seraient encore leurs esclaves au pays des âmes, les jésuites professent un renversement complet au ciel : les derniers seraient les premiers. Le discours théologique chrétien répond certainement aux aspirations des captifs qui, en outre, font de leur adhésion au catholicisme une manière de se distinguer symboliquement de leurs maîtres. Tekakwitha est très attentive aux enseignements des missionnaires mais, curieusement, peut-être par timidité, elle ne leur fait pas part de son désir de baptême. Après trois jours, les missionnaires repartent, d'après l'ordre qu'ils avaient reçu de visiter successivement les trois villages des Agniers. Notons qu'ils sont triomphalement accueillis à Tionontoguen, la capitale du pays des Mohawks, où deux cents guerriers se portent à leur rencontre, suivis des chefs et des anciens. Cet accueil démonstratif des Iroquois en faveur des missionnaires est sincère, permettant à cinq missions de s'établir sur tout le territoire de la confédération iroquoise, une dans chaque canton. La mission Sainte-Marie est établie dans le canton de Tionnontoguen où se trouve le village de Tekakwitha et un missionnaire y est envoyé pour y résider. C'est la mission Saint-Pierre, conduite par le P. Pierron qui ne sait pas parler la langue iroquoise. Comme il avait pratiqué la peinture, il diffuse son enseignement avec des images et des symboles représentés sur ses toiles et aussi par des jeux, car les Iroquois aiment passionnément le jeu.

 

9 - Bague jésuite

Bague de jésuite, cuivre, années 1600 ou début 1700 [collection R. Ponce].

À l'origine, ces bagues étaient offertes aux autochtones lorsqu’ils franchissaient une nouvelle étape menant à leur conversion au catholicisme. Elles servaient aussi de monnaie d'échange et finirent par être davantage associées à la traite qu'aux activités missionnaires. Les Amérindiens avaient coutume de les enfiler sur un collier. D'après la distorsion de l'anneau qui épouse parfaitement la courbure du petit doigt de la main gauche lorsqu'on l'enfile, on peut dire que celle-ci a été portée de manière conventionnelle. Elle a été collectée dans l'état de New York, probablement sur un ancien site iroquois. La plupart de ces reliques proviennent de la région des grands lacs, comme les bagues jésuites retrouvées sur le site Brown, dans le comté de Vernon au Wisconsin, qui fut occupé par les Osages entre 1675 et 1777.

Visite du chef Kryn, "Le Grand Agnier"

 En 1669, Gandaouagué est assiégé par les Algonquins de la tribu des Loups (Mohican; en anglais Mahican). C'est au cours de cet assaut que le chef Togoniron (ou Togouiroui) s'illustre par sa bravoure. On l'appelle Le Grand Agnier ou le chef Kryn (ou Cryn, Athasata ou adhasatah). En 1672, à la suite d’un différend avec sa femme, il s’éloigne de sa bourgade et, au cours de la chasse hivernale, près de Chambly, rencontre une Amérindienne chrétienne et son mari, un catéchumène de la mission Saint-François-Xavier de la Prairie-de-la-Magdelaine fondée deux ans plus tôt, lorsque les premiers colons et les Jésuites vinrent s'y installer. Gagné par leur exemple et leurs conversations, le chef Kryn entre avec eux au printemps à la mission et demande à se faire chrétien. Le père Jacques Frémin, jésuite, l’oblige auparavant à retourner à Gandaouagué chercher son épouse. Il revient à la mission de la Prairie vers la fin de juin 1673, accompagné de sa femme et d’une quarantaine d’amis pour s'y installer définitivement. Par la suite, le chef Kryn continue de retourner à son village pour des visites annuelles et il en revient à chaque fois accompagné d'autres Iroquois qui souhaitent comme lui vivre à la mission Saint-François-Xavier. L’appellation iroquoise du site est Kentake, qui signifie « à la prairie » et on le nomme parfois "mission de la Prairie", "Laprairie", ou "mission du Sault" (en raison du Sault Saint-Louis, qu'on appelle aujourd'hui les rapides de Lachine, situées entre le lac Saint-Louis et le bassin de La Prairie, à la hauteur de l’île de Montréal - Sault, en ancien français, désigne des rapides ou des chutes d'eau). À ce moment, Kentake est situé au confluent du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Saint-Jacques, sur la Rive-Sud de Ville-Marie, bourgade qui compte plus de 600 habitants. Ville-Marie fut fondée en 1642 sur un ancien site d'un village iroquoien appelé Hochelaga et, en quelques années, la ville naissante est devenue le point de rencontre diplomatique des nations indiennes du nord-est de l'Amérique en même temps qu'un comptoir commercial. Au début du XVIIIe siècle, le nom de Ville-Marie sera remplacé peu à peu par celui de Montréal.

 10 - Savage warrior taking leave of his family c1760 - Benjamin West

"Savage warrior taking leave of his family"

Peinture de Benjamin West, vers 1760

En 1673, le village de Tekakwitha compte environ quatre cents âmes et a été rebaptisé Kahnawake (peut-être suite à des reconstructions après l'attaque des Loups?). Kahnawake signifie "au rapide" (modifié plus tard en Caughnawaga, c'est aujourd'hui la petite ville de Fonda). Après le remplacement du P. Pierron par le P. François Boniface, qui parle l'Iroquois, l'enseignement devient plus conventionnel, mais il suscite tout autant l'intérêt des Iroquois qui aiment les chants et les cérémonies et Tekakwitha suit toutes ces activités avec une ferveur croissante. Les conversions se multiplient, surtout depuis les visites annuelles du chef Kryn, admiré non seulement des siens, mais aussi des Français et respecté de tous. Il ramène toujours beaucoup de compatriotes convertis avec lui à chacun de ses voyages. De plus, Le père Boniface avait déjà conduit une expédition à Kentake pour y conduire une quarantaine de néophytes qui lui avaient demandé de partir à la mission Saint-François-Xavier, afin d'y pratiquer en paix leur nouvelle religion. Certains Iroquois du village, dont la famille de Tekakwitha, voient d'un mauvais œil ce courant établi entre Kahnawake et la mission de la Prairie, redoutant l'appauvrissement du village et le début de la ruine de leur nation. Cependant, les missions ont le mérite de préserver les Iroquois convertis de l'alcoolisme, car le trafic de l'eau-de-vie est très florissant. Même si l'état second obtenu par l'alcool est perçu par les Iroquois comme une porte ouverte sur l'univers des esprits, l'ivrognerie continuelle est un fléau qui entraîne la violence et le désordre général dans la société iroquoise. Celle-ci a déjà subi des transformations avec l'intégration plus ou moins forcée d'un grand nombre de captifs de guerre, afin de palier à la dépopulation causée par les épidémies. La nation iroquoise est ainsi devenue très cosmopolite et ce manque de cohésion favorise également les conversions. En outre, les Iroquois chrétiens qui s'installent à Kentake peuvent bénéficier de toute la région autour du village pour la chasse et, en se rapprochant de Ville-Marie, ils sont privilégiés pour le commerce et le troc. Ainsi, les conversions se traduisent par ces migrations qui, même si elles sont issues de mobiles religieux, sont aussi fortement associées à des mobiles sociaux et économiques.

 11 - Arrivée des Iroquois à la Prairie

"Les sauvages vont s'établir à la prairie de la magdeleine avec le françois"

Dessin du Père Cauchetière

Narration annuelle de la Mission du Sault depuis la fondation jusqu'à l'an 1686.

[Archives Départementales de la Gironde, Bordeaux]

Baptême de Tekakwitha

 En 1674, le père Boniface décède et il est remplacé par le P. Jacques de Lamberville. Au printemps 1675, la culture réclame tous les bras et la plupart des hommes et des femmes désertent le village pour préparer la récolte du blé d'Inde (maïs), laissant le P. de Lamberville sans occupation. Il entreprend alors de visiter les malades et les vieillards restés seuls dans les cabanes. C'est à cette occasion qu'il rencontre Tekakwitha qui n'avait pas pu aller aux champs, retenue par une blessure au pied. Il y a longtemps qu'elle souhaitait rencontrer le missionnaire afin de lui confier son désir de se faire baptiser et de consacrer sa vie au Seigneur. Lorsqu'elle lui raconte son histoire et lui confie sa foi avec un air tout à la fois modeste et résolu, il est surpris de cette confidence inattendue de la part d'une Amérindienne et objecte avec douceur, lui rappelant l'opposition qu'elle risque de rencontrer dans sa famille. Cependant, il comprend qu'il se trouve en présence d'une âme peu commune et la laisse avec quelques paroles d'espoir et d'encouragement. Il faut savoir que les premiers missionnaires de la Nouvelle-France n'admettaient pas trop facilement les candidats adultes au baptême, par crainte de leur inconstance, voire de leur duplicité. Ils prenaient donc soin d'éprouver leurs catéchumènes par une période où ils observaient leur conduite. Ainsi, après un certain temps, le  P. de Lamberville, qui estime de plus en plus les qualités rares et les solides vertus de Tekakwitha, lui annonce qu'il donnera une solennité particulière à son baptême en le lui conférant le jour de Pâques. En conséquence, ses tantes s'accordent à exécuter son souhait de se faire baptiser.

Après un catéchuménat de six mois, Tekakwitha est baptisée par ce même prêtre le jour de Pâques, le 18 avril 1676. Une grande foule est présente pour la cérémonie, attirée par la nouveauté du spectacle et l'intérêt qu'il porte à la jeune orpheline. Tekakwitha reçoit du père Lamberville le nom de Catherine (en iroquois Kateri), en l'honneur de Catherine de Sienne, une mystique italienne du XIVe siècle; elle est alors âgée de vingt ans. 

 Kateri s'évade de son village

À la suite de son baptême, la ferveur religieuse de Kateri s'accroît : exercice fréquent et prolongé de l'oraison, actes d'humilité, de charité, de mortification, esprit de sacrifice et de dévouement. Sa prière devient continuelle, à la chapelle ou dans sa cabane, tout en continuant à servir les besoins du ménage, des bois ou des champs. Dans un premier temps, elle suscite l'admiration de ses proches qui, par la suite, finissent par critiquer son temps libre qu'elle consacre à la prière, en étant sans pitié pour sa faiblesse physique et ses infirmités. Puis, les Iroquois du village qui désapprouvent la christianisation se mettent à l'affliger. Les railleries font place aux insultes, puis ce sont des jets de pierres sur son passage, des calomnies et même des menaces de mort. On finit par oublier son propre nom pour ne plus l'appeler que "la Chrétienne". Kateri ne se décourage pas et, au contraire, considère ces persécutions comme des épreuves qui renforce sa résistance et raffermissent sa foi. Cependant, elle envie le sort de ses compatriotes chrétiens qui, en nombre toujours croissant, partent s'installer à Kentake, la mission de la Prairie, sur les bords du Saint-Laurent. Elle projette de partir les rejoindre et sa décision est approuvée par le P. de Lamberville, mais l'entreprise est difficile à envisager et périlleuse, car elle doit se faire à l'insu de la famille de Kateri. Par chance, ou peut-être est-ce là un signe de la providence, un chef de la tribu des Onneyout (Onneiout ou, en anglais, Oneida), arrive au village. Il s'agit de Okenratarihen (Cendre-Chaude), qui fut autrefois parmi l'un des bourreaux du missionnaire Jean De Brébeuf [fondateur de mission jésuite, par ailleurs ethnographe et écrivain. Ayant vécu quinze ans chez les Hurons, il contribua de précieuses données à l'ethnographie amérindienne. Capturé par les Iroquois en 1649, il fut torturé, puis brûlé vif ]. Okenratarihen s'est converti depuis peu, suite à un concours de circonstances qui l'avait conduit à visiter quelques-uns de ses amis établis à la mission du Sault (Kentake). La nouvelle de son baptême fut grand bruit et de nombreux Onneyout vinrent le rejoindre à Kentake. Baptisé Louis (le capitaine Louis), le chef Onneyout avait une telle ferveur qu'il devint un ardent propagateur de sa nouvelle religion et son talent inné pour la parole grandissait son influence. Il entreprit donc de prêcher la foi dans son pays; d'autres Iroquois l'imitèrent et leurs initiatives enchantaient les missionnaires.

 12 - Représentation d'Iroquois (XVIIIe siècle)

"Iroquois allant ala Decouverte"

Représentation d'Iroquois (XVIIIe siècle)

 C'est ainsi que, en cette année 1677, l'expédition apostolique du capitaine Louis arrive à Kahnawake en canoë. Parmi ses compatriotes, il y a un Huron de Lorette et un parent de Kateri, son beau-frère, tous deux animés du même zèle. La nouvelle de leur présence au village se répand rapidement et, très vite, la foule se rassemble pour entendre les visiteurs. Louis leur témoigne de l'existence paisible qu'on mène à Kentake, tout en vantant les mérites de la nouvelle religion avec ses fêtes et ses belles cérémonies qui sont les seules coutumes qu'ils adoptent des colons car, pour tout le reste, il leur est permis de continuer de vivre "à l'indienne". [Notons que lors de ses discours, Louis nomme Dieu par l’appellation "le Grand Esprit", ce qui laisse penser qu'il a assimilé le christianisme à ses propres croyances, que sa conversion est davantage une évolution conséquente à une prise de conscience, plutôt qu'un changement radical de religion]. Les gens du village l'écoute avidement, mais plus que tout autre Kateri Tekakwitha. Elle prend rapidement la décision de repartir avec eux et reçoit l'approbation du P. de Lamberville. Profitant des circonstances favorables car son oncle est absent ces jours-là, elle embarque dans un canoë conduit par son beau-frère et le Huron. L'évasion de Kateri est très mal perçue par les Iroquois non convertis du village et surtout par son oncle qui a en a aussitôt été averti. Il se met immédiatement à leur poursuite, en remontant la rivière Mohawk dans son canoë, avec son fusil chargé. L'oncle parvient à les rattraper mais, par chance, les fuyards ont compris le danger à temps et ils réussissent à lui échapper sans mal. Kateri pense à sa mère : après plus de trente ans, elle refaisait, dans une direction opposée, l'itinéraire que l'Algonquine captive avait suivi. Ils arrivent à Kentake à l'automne de l'année 1667, après un long voyage de plus de 300 kilomètres.

 La mission Saint-François-Xavier : de Kentake à Kahnawake

 C'est en 1643, que deux missionnaires de Ville-Marie (Montréal) remarquèrent près du fleuve St-Laurent un endroit avec de riches pâturages qu'ils trouvèrent favorables à des habitations françaises, à cause des prairies et des possibilités de pêche et de chasse. De ce fait, on nomma l'endroit "Laprairie" et ce fut la première mission iroquoise en terre de Nouvelle-France, officiellement établie en 1667. C'est par un concours de circonstances que les premiers Amérindiens sont venus s'y installer quelques temps après : Tonsahoten, un ancien guerrier huron incorporé chez les Onneyout, souffrait de maux de jambes que les guérisseurs de sa tribu n'avaient pas pu soigner. Comme la paix de 1666 venait d'être établie, il résolut d'en profiter pour se rendre dans la colonie française dans l'espoir d'une guérison. Tonsahoten avait pour épouse Ganneaktena, une captive de la nation des Ériés récemment anéantie par les Iroquois, qui l'accompagna après avoir décidé sa mère, son beau-père et cinq autres de leurs amis à les suivre. Après avoir reçu des soins à Ville-Marie, Tonsahoten et sa famille furent conduits au village de la mission Saint-François Xavier où ils purent dresser leur tente. Là, durant tout l'hiver, ils bénéficièrent des services et de l'instruction du Père Raffeix qui parlait l'Iroquois.

 
   

13 - Onneyout arrivant à la mission de de Laprairie


  Les premiers Iroquois onneyout arrivant à la mission de de Laprairie. Dessin du Père Cauchetière

Narration annuelle de la Mission du Sault depuis la fondation jusqu'à l'an 1686.

[Archives Départementales de la Gironde, Bordeaux]

Au printemps de 1668, le père Raffeix devait se rendre à Québec et il proposa à Tonsahoten et à sa famille de l'accompagner. Ils visitèrent les Hurons de Lorette, qui avaient autrefois trouvés refuge chez les jésuites de Notre-Dame de Foy, près de Québec. Ceux-ci étaient devenus de fervents chrétiens et ils leur firent un accueil chaleureux. La femme de Tonsahoten demanda le baptême qui lui fut accordé. Entre-temps, Tonsahoten avait guéri de son mal et, après le séjour chez les Hurons, ils songea à retourner dans son pays, mais sa femme réussit de le convaincre à rester à Laprairie. Ils furent rejoints par douze autres Iroquois et, peu à peu, par un nombre croissant de néophytes. Par la suite, la mission fut déplacée non loin de là, au lieu appelé le Sault, parce que le voisinage des Français avait eu quelques graves inconvénients pour les Amérindiens et, de plus, l'humidité du sol ne permettait guère la culture du maïs, leur principale ressource. Le missionnaire et ses ouailles s'y installèrent au cours de l'année 1676. Le nouveau site prit le nom de Saint-François-Xavier du Sault Saint-Louis, tandis que les Iroquois l'appelaient Kahnawake (au rapide), à cause de la proximité des rapides et en mémoire du Kahnawake des bords de la Mohawk. C'est ici même et en cette année 1676, que les Hurons de Lorette envoyèrent leur wampun, pour commémorer la visite de Tonsahoten et de ses proches. La ferveur de la mission de Laprairie ne fit que croître à Kahnawake, dans un climat de joie, de partage et de paix qui faisait une impression profonde sur les Amérindiens étrangers et les incitait à s'y installer. Outre les Iroquois des cinq nations, ce fut bientôt des Amérindiens de toutes les régions alentours qui cohabitaient pacifiquement à Kahnawake. On y rencontrait des Hurons, des Algonquins, des Outaouais, des Ériés, des Neutres, mais aussi quelques Français qui se joignaient à eux lors des cérémonies, charmés par la fraternité qui unissait ces populations issues de tribus souvent ennemies. Les autorités coloniales étaient très favorables et accueillantes envers tous ces Amérindiens, parce que leur présence constituait une barrière contre d'éventuelles attaques de la ligue iroquoise, protégeant ainsi la colonie. Pour cette même raison, un groupe de convertis (principalement des captifs hurons) fut déplacé sur l'île, aux abords de Ville-Marie, dès l'année 1676. Ils seront à nouveau déplacés plus tard et même divisés en d'autres communautés. Ce sont aujourd'hui les réserves mohawks d'Oka, de Kanesatake et d'Akwesane, situées aux alentours de Montréal.

 14 - Missions iroquoises

Kateri arrive à Kahnawake

 C'est donc dans ces conditions, à l'automne de cette année 1677, que Catherine Tekakwitha arrive à la mission de Saint-François-Xavier du Sault Saint-Louis, sous la conduite du Huron et de son beau-frère. Celui-ci l'accueille tout naturellement dans sa maisonnée. Dans cette même cabane où elle vient de s'installer, Kateri rencontre Anastasie, une des premières chrétiennes baptisées chez les Iroquois, qui avait connue sa mère. Anastasie la prend sous son aile et c'est une période de soulagement et de ravissement pour Kateri. Anastasie est comme une seconde mère pour Kateri; elle peut enfin respirer dans cet environnement paisible et tranquille, qui contraste tellement avec le Kahnawake des bords de la Mohawk. D'autre part, elle peut exprimer ici pleinement sa ferveur religieuse et contenter sa dévotion. Kateri assiste à tous les hospices avec assiduité, tout en continuant à aller au bois et aux champs, avec pour seule amie Anastasie. Elles sont tout le temps ensemble, mais Kateri se ménage quelques espaces de solitude en se retirant pour communier dans la nature, par exemple quand elle va chercher de l'eau au petit ruisseau situé dans un endroit un peu à l'écart. Elle a aussi repris les travaux ménagers, la broderie des colliers, la préparation des fourrures pour les vêtements ou le commerce, la confection des écorces pour les cabanes et les canoës, et bien d'autres choses. Elle ne mange pas beaucoup et ajoute même un peu de cendre aux viandes et à la sagamité qu'on lui sert, afin de ne point en consommer trop pour elle-même (la sagamité est une sorte de bouillie faite de farine de maïs, agrémentée d'autres ingrédients selon leur disponibilité). Cette humilité extrême caractérise Kateri et c'est le début de bon nombre de mortifications qui vont s'intensifier au cours des dernières années de sa courte existence.

15 - Vie de C

"La vie de Catherine Tegakouita"

par le P. C. Cauchetière, 1680

[Archives Collège Sainte-Marie de Montréal]

 Communions de Kateri

 La conduite exemplaire de Kateri est remarquée par les missionnaires et on lui annonce qu'elle pourra faire sa première communion à la prochaine fête de Noël, ce qui la remplit de joie. Le moment venu, pour montrer leur estime à Kateri, ses compatriotes iroquois donnent à la cérémonie une solennité extraordinaire en décorant magnifiquement la chapelle pour l'occasion. Puis, l'année 1678 commence et c'est le temps de la longue chasse d'hiver à laquelle Kateri participe; seuls les vieillards, les enfants et quelques femmes restent au village. Chaussés de raquettes, les chasseurs s'aventurent dans la grande forêt par petits groupes à la poursuite des animaux sauvages, armés d'arcs et de fusils, tandis que les femmes s'occupent du campement à chaque halte. Quand elle a un peu de temps libre, Kateri en profite pour tailler des petites croix de bois qu'elle accroche aux arbres pour se souvenir de prier.
 

16 - J

Dessin de J. Dubé

[Archives Centre Kateri, Kahnawake]

 En plus de la nourriture et des matériaux pour la confection des vêtements, la grande chasse d'hiver permet de ramener de riches pelleteries que les Amérindiens troquent aux européens pour des armes, des munitions et d'autres accessoires. La saison de chasse terminée, la maisonnée de Kateri rentre au village le jour des Rameaux, autrement dit le dimanche qui précède le dimanche de Pâques et qui marque l'entrée dans la semaine sainte. Elle doit encore subir des épreuves, en particulier de fausses accusations, mais elle résiste contre ses calomniateurs qui comprendront leur erreur par la suite. Kateri est exaltée par le fait qu'on lui ait annoncé qu'elle fera sa seconde communion le jour de Pâques. Elle se prépare pour la semaine sainte et assiste pour la première fois au sermon sur la Passion du Christ (Vendredi saint). Elle prend alors conscience de la crucifixion et des souffrances de Jésus et c'est pour elle comme une révélation. Notons que lorsque les guerriers iroquois font des prisonniers ou qu'ils sont faits prisonniers, ils sont la plupart du temps soumis à d'effroyables tortures avant d'être mis à mort. C'est un déshonneur absolu pour un condamné à mort de se lamenter ou d'exprimer la peur lors des tortures. En considérant ce contexte, on peut supposer que le Christ affrontant son supplice avec force et courage, sans jamais implorer la pitié ni exprimer la moindre faiblesse, tout en faisant don de sa vie pour l'humanité, sont des points forts qui ont du avoir une profonde résonance dans l'esprit et le cœur de Kateri, également aussi parmi d'autres Iroquois. Dès lors, Jésus devient pour Kateri le centre de son culte le plus ardent. Elle fait donc sa première communion en ces jours de Pâques de l'année 1678. En outre, malgré son jeune âge, on l’admet peu après dans la Confrérie de la Sainte-Famille, en raison de son extraordinaire pureté d’âme et de corps et d'une charité efficace à l’égard de tous.

 17 - Previous C10 - FR CLAUDE CHAUCHETIERE D - EV03N04 PG 8

Gravure ancienne

[Archives Centre Kateri, Kahnawake]

Marie-Thérèse, l'amie de Kateri

Après les fêtes de Pâques, suite à la mission de la Prairie qui s'était déplacée au Sault Saint-Louis deux ans plus tôt, on s'empresse de parachever la nouvelle chapelle. C'est à cette occasion que Kateri rencontre pour la première fois Tegaïnenta, Onneyout de nation (Oneida), baptisée dans son pays sous le nom de Marie-Thérèse et elles deviennent vite des amies très proches. Anastasie est comme une mère pour Kateri, mais son âge avancé ne lui permet plus d'être près d'elle tout au long de la journée, tandis que Marie-Thérèse est à peu près du même âge qu'elle et, surtout, elles partagent les mêmes vues et les mêmes sentiments concernant leur implication dans leur dévotion. Dès lors, elles sont inséparables et on les voit aller toujours ensemble au bois, aux champs et partout ailleurs. Leurs conversations sont  spirituelles et elles partagent les mortifications tout en s'encourageant mutuellement.

 Kateri et Marie-Thérèse ont l'occasion de se rendre à Ville-Marie, peut-être pour y troquer ou y vendre des pelleteries et de l'artisanat aux Français (?), car les autorités civiles et religieuses y avaient créé en 1663 une foire annuelle pour faciliter les activités de troc et, à chaque printemps, l’événement rassemble un grand nombre d'Amérindiens. C'est là que Kateri voit pour la première fois des religieuses. Ce sont les Sœurs hospitalières de la Congrégation Notre-Dame qui s'occupent des malades et des infirmes à l'Hôtel-Dieu, premier hôpital de Ville-Marie, où sont accueillis Français et Amérindiens. Ce sont sans doute elles qui ont soigné Tonsahoten, lorsqu'il est arrivé avec sa famille quelques temps plus tôt, avant qu'ils ne deviennent les premiers résidents de Kentake. Kateri est très impressionnée par l'hospitalité des Sœurs, leur charité, leur bonté et leur dévotion pour les malades et les plus démunis, mais elle ne manifeste aucun désir de la vie religieuse, car c'est le grand air libre de la nature qui convient le mieux à l'expression de sa spiritualité. Cependant, le fruit néanmoins de sa visite à Ville-Marie est de mener une vie plus parfaite en menant une existence plus retirée. Avec Marie-Thérèse et une autre amie, elle ont le projet de commencer une vie communautaire dans un endroit à l'écart, sur l'île au Héron, au pied des rapides du fleuve Saint-Laurent. Mais le Père de la mission les trouve trop jeunes pour fonder une communauté et l'île au Héron est un lieu où elles pourraient être sans cesse importunées par les gens qui vont et viennent en canot sur le fleuve.

 18 - Sainte Marie-Catherine de Saint Augustin soignant Amérindiens

 Marie-Catherine de Saint Augustin

soignant les Amérindiens à l'Hôtel-Dieu de Québec

 

La mortification

 La ferveur de Kateri ne cesse de croître; elle mène une vie de plus en plus austère, malgré sa déjà fragile condition physique. Elle ne ménage pas son corps et le traite durement en accomplissant ses tâches avec un zèle inouï, allant jusqu'au paroxysme des souffrances qu'elle peut endurer, ceci par identification à celles éprouvées par le Christ. Ces tendances excessives à la recherche de la souffrance au mépris du corps peuvent nous apparaître comme choquantes et malsaines aujourd'hui, mais il faut savoir qu'elles sont une constante dans de nombreuses religions. La mortification et les comportements ascétiques ont leurs antécédents à la fois chez les Iroquois et chez les catholiques. Dans l'Église catholique, la mortification est une nécessité reconnue, non sans nuances et accents divers, par tous les maîtres catholiques de vie spirituelle. On la trouve aussi sous diverses formes dans nombre d'autres cultures et religions et donc parmi celles des Amérindiens, parfois de manière très codifiées. Par exemple, la cérémonie de la danse « en regardant le soleil »  appelée bien souvent, à tort, la danse du soleil, comprend des jeûnes, des auto-flagellations et des auto-mutilations (percement et déchirement des chairs). C'est un rituel religieux très important et très spectaculaire chez les Indiens des Plaines. L'Okipa, rituel religieux des Mandans, comprend aussi la mise en œuvre de nombreuses tortures comparables, pour mettre à l'épreuve le courage des guerriers et obtenir l'approbation des esprits. Parmi les Amérindiens des régions du nord-est, c'est justement chez les Iroquois où ces types de comportements sont particulièrement virulents. À cette époque, à la suite d'une vision, il arrive souvent que certains s'infligent des brûlures ou s'exposent à demi nu d'une manière prolongée dans les froids les plus extrêmes du Canada, tandis que d'autres plongent dans les rivières et les étangs gelés après avoir brisé la glace avec leur hache.

 Ces comportement extrêmes causent parfois l'admiration de certains Jésuites, tandis que d'autres s'en trouvent choqués. Les Iroquois convertis ont ainsi souvent tendance à être excessifs en repoussant les limites d'endurance de leur corps, tout en éprouvant aussi les limites admissibles du clergé en la matière. Ces pratiques seront particulièrement florissantes à Kahnawake autour des années 1680, période suivant la mort de Kateri. Déjà, à son arrivée en 1677, Kateri trouva la pratique des plus rudes pénitences aussi bien chez les hommes que chez les femmes et elle les dépassa tous.

 "Elle a traité son corps, au Sault, avec tant de rigueur qu'il serait difficile de trouver ailleurs une si grande innocence avec une pénitence si austère; elle l'a tourmenté en toutes les manières qu'elle a pu s'aviser, par les travaux, par les veilles, par les jeûnes, par le froid, par le fer, par les ceintures armées de pointes, par les rudes disciplines avec lesquelles elle se déchirait les épaules plusieurs fois la semaine". "Un soir qu'elle était dans sa cabane et que tout le monde fut couché, elle passa un long moment à se brûler les jambes avec un tison, comme on faisait aux esclaves chez les Iroquois et sans doute qu'elle voulait ainsi se déclarer l'esclave de son Sauveur, le Christ" (op. cit.).

 19 - Dessin du P

 Portrait de Kateri, par le P. Camille Drolet S. J.

[Archives Centre Kateri, Kahnawake]

 « Qui est-ce qui m'apprendra ce qu'il y a de plus agréable à Dieu afin que je le fasse? »

(Devise de Kateri Tekakwitha)

Ces Iroquois chrétiens se préparaient-ils, plus ou moins consciemment, à subir les tortures qui les attendaient dans leurs pays si un jour ils étaient faits prisonniers ? Peut-être, mais il faut comprendre aussi que, chez les Iroquois, la torture est comme un rite initiatique, un rite de passage et d'initiation. Elle a pour but de provoquer un changement d'identité afin de "convertir" la victime. La torture est une marque de respect qui donne au supplicié l'occasion de manifester son courage, sa force, sa bravoure. En ayant été fait prisonnier, le guerrier a été mis en état d'infériorité et la torture lui donne une chance de se revaloriser à ses propres yeux et aux yeux de ses conquérants. C'est d'ailleurs presque toujours en chantant la gloire de son peuple, que le guerrier endure les souffrances imposées par ses tortionnaires. Après avoir été torturé et avoir prouvé qu'on ne pouvait briser son moral ou lui tirer un cri de douleur, on pouvait lui offrir l'adoption et, s'il l'acceptait, il devenait un membre à part entière de la tribu. Ce contexte sociologique pourrait se transposer dans la psychologie de Kateri, dans sa tendance à atteindre un dédain total de la douleur, qui confère ainsi une certaine logique à son attitude mortifère. Quand on sait que les torturés qui sont exécutés sont ensuite mangés, que le cannibalisme chez les Iroquois est un processus d'intégration sociale dans le sens où la consommation du supplicié permet à la communauté de refaire ses forces, de posséder son âme et de dissiper ses peurs, on peut imaginer combien la célébration de l'eucharistie a pu trouver une résonance profonde chez Kateri et d'autres Iroquois convertis. Le fait de croire en la présence réelle du Christ dans l'hostie qui est consommée au cours de l'eucharistie, établit un parallèle évident avec ces éléments antropophagiques de leur propre culture, mais sous une forme tellement plus douce et symbolique, que cela a probablement facilité et motivé l'adhésion des mentalités iroquoises au christianisme.

 Vœu de chasteté

 Ayant à nouveau eu à subir des pressions de mariage après son arrivée à Kentake, Kateri demande au missionnaire la faveur de consacrer sa personne à Jésus-Christ par un engagement irrévocable. C'est le Père Cholenec qui reçoit son vœu de renoncer pour toujours au mariage, agréablement surpris par le caractère inouï de cette situation inédite : Kateri est la première Amérindienne à s'engager dans le vœu de chasteté. Après avoir éprouvé quelques temps la néophyte et avoir examiné sa vie (noviciat), il prononce son vœu de virginité le 25 mars 1679, le jour de l'Annonciation. Pour Kateri, c'est le plus beau des jours de sa courte vie, car il ne lui reste désormais plus que quelques mois à vivre.

 20 - Carte postale c

 Carte postale Kateri Tekakwitha "Lily of the Mohawks"

éditée vers 1950 par Artvue Postcard Co., New York, U.S.A.

[Collection R. Ponce]

 

 Mort de Kateri

 Malgré sa vie vraiment austère, Kateri est très enjouée, toujours douce, aimable et prévenante. Elle demeure discrète quant à toutes les expiations qu'elle s'inflige et ne laisse rien paraître. Par humilité, elle se serait plutôt abstenue d'une mortification que de paraître mortifiée, mais ces pénitences répétées épuisent son corps, si bien qu'elle finit par tomber gravement malade. Peu à peu, elle recouvre la santé, si on peut appeler santé un état de faiblesse et d'infirmité continuel et, dès qu'elle est sur pied, elle reprend toutes ses activités autant ménagères que spirituelles avec un redoublement de ferveur. Mais sa faiblesse s'accentue et, au cours de l'hiver 1680, elle passe ses journées seule dans la cabane et à l'église, où elle a de plus en plus de peine à se rendre. Un missionnaire chargé des malades lui rend visite chaque jour et la trouve toujours souriante, malgré ses excessives souffrances. Il passe un moment avec elle, parfois accompagné de quelques enfants pour la divertir un peu, tout en les instruisant. La semaine sainte arrive et, pour faire pénitence, Kateri demande à ne rien prendre durant tout le jour; on lui répond que sa bonne volonté est largement suffisante. Le mardi saint au matin, elle est très faible... On annonce à Kateri qu'elle n'a plus longtemps à vivre et quelle va recevoir le Saint-Sacrement, ce qui la comble de bonheur. Pour ce faire, le coutume est d'étendre le malade sur une large écorce et, au risque de le voir mourir en chemin, on le porte à l'église où il reçoit la sainte communion. Après quelques hésitations, les Pères décident de passer outre à la coutume, car Kateri est trop faible pour être portée à l'église et tout le village accepte aussi : l'exception est justifiée à l'égard d'une si sainte personne.

 Tout le village se réunit pour assister au Saint Sacrement qui va être porté à la cabane de Catherine Tekakwitha. Après avoir reçu le viatique, beaucoup de personnes souhaitent se recommander à ses prières. Kateri accepte aimablement et, tout au long du jour, c'est un flux et un reflux continuel de monde qui défile auprès de sa natte. Le soir, après en avoir demandé la permission au Père, elle trouve encore la force d'aller à l'entrée du bois faire quelques pénitences. Ensuite, alors qu'on se dépêche de préparer l'Extrême-Onction, Kateri leur dit que rien ne presse et qu'ils peuvent attendre au lendemain. En effet, comme si Kateri connaissait parfaitement l'heure de sa mort, elle passe très bien la nuit. Le lendemain, c'est le Mercredi Saint, le 17 avril 1680, que Kateri s’éteint paisiblement dans l'après-midi, des suites de la tuberculose. Elle avait tout juste 24 ans.

 Un quart d'heure après sa mort, un changement se produit qui jette dans l'étonnement, puis dans l'admiration les missionnaires et tout le village : le visage de Catherine, qui avait était marqué par la petite vérole alors qu'elle avait quatre ans et que ses infirmités et mortifications avaient contribué à défigurer, vient de changer tout d'un coup! Les cicatrices ont disparu et son visage apparaît soudainement d'une blancheur éclatante, resplendissant et de toute beauté.

 21 - Camille Drolet

Dessin, par le P. Camille Drolet S. J.

[Archives Centre Kateri, Kahnawake]

  Funérailles de Kateri

 Les préparatifs pour les funérailles sont accomplies selon les coutumes iroquoises. Anastasie, Marie-Thérèse et sa sœur adoptive huilent ses cheveux avec soin, ainsi que son visage. Ils l'habillent et la chausse d'élégants mocassins neufs aux pieds. Cependant, alors que le défunt est d'ordinaire placé sur une grande écorce entouré seulement d'une couverture, un vrai cercueil a été fait par les deux Français de la Prairie. Le cercueil est laissé ouvert jusqu'à la fin du service, afin de permettre à la foule de satisfaire sa dévotion en contemplant la beauté de la défunte. Les funérailles ont lieu le Jeudi Saint, le 17 avril 1680, puis Kateri est mise au tombeau dans le cimetière sur les bords du fleuve, au pied de la grande croix. La mort de Catherine Tekakwitha entraîne un élan de piété et une grande ferveur parmi les populations. Sa réputation de sainteté s'amplifie parmi le peuple, autant amérindien que français, et la gloire qui auréolait déjà le nom de Catherine ne cesse de croître. Gens du villages, missionnaires, les habitants des bourgs voisins, puis ceux de Montréal et de Québec accourent pour se rendre sur sa tombe.

 Les apparitions et les premières guérisons

Le 6ème jour après sa mort, le lundi de Pâques, le Père Chauchetière assiste à une première apparition de Catherine. Sa vision dure deux heures et comprend des éléments qui s’avéreront prophétiques au niveau local quelques temps plus tard. Deux jours après, une seconde apparition se manifeste à Anastasie, celle que Catherine appelait sa mère, puis une troisième à Marie-Thérèse, sa meilleure amie. Au cours des deux années suivantes, le Père Chauchetière rapporte deux autres apparitions, au cours desquelles Catherine lui aurait demandé de réaliser des peintures, dont son portrait. Il s'exécute et réalise son portrait, ainsi que de nombreux dessins sur papier qui ont un pouvoir de guérison : il suffit de les poser sur la tête des malades pour que ceux-ci soient guéris. Il en est de même pour tous les objets que Catherine avait touchés et tout ce qui lui a servi opère également des guérisons. Ainsi, les guérisons miraculeuses de malades se multiplient. La plupart d'entre eux se rendent sur son tombeau par la remercier et la vénérer, d'autres pour bénéficier de son intercession. Ils emportent souvent avec eux un peu de poussière de la tombe, qui se révèle avoir des vertus curatives. Parmi eux, des personnalités de haut rang comme le capitaine du Luth, commandant du fort Frontenac, atteste de sa guérison par écrit afin de la consigner juridiquement [Daniel Greysolon, sieur du Luth, soldat et explorateur français qui donnera plus tard son nom à la ville américaine Duluth, située au bout du lac Supérieur]. Les guérisons miraculeuses deviennent si nombreuses qu'on cesse de les répertorier. On rapporte également des guérisons d'animaux (une vache, un bœuf).

 22 - Kateri Tekakwitha Peinture à l'huile par le père Claude Chauchetière (1690)

Portrait de Kateri Tekakwitha,

Peinture à l'huile du père Claude Chauchetière (1690)

 La guerre reprend

Colbert, l'un des principaux ministres de Louis XIV, souhaite passer de la fraternisation et des alliances politiques à une véritable fusion des races et des civilisations, idée qui se heurte à des réticences : les Canadiens craignent de perdre leurs privilèges, la toute-puissante Église trouve que ses fidèles ont déjà suffisamment adopté de mœurs indiennes et le Roi lui-même ne voit pas d'un bon œil que les « sauvages » deviennent des sujets à part entière. C'est pourquoi la guerre éclate en 1687, sur l'ordre des autorités françaises de mettre fin à « la paix honteuse avec les Iroquois » [sic] ! Aussitôt, les tribus iroquoises commencent à rallier leurs troupes et ils invitent leurs compatriotes de la mission à les rejoindre, leur promettant toute liberté de pratiquer leur nouvelle religion. Ils réfutent leurs sollicitations et les Iroquois chrétiens sont aussitôt déclarés ennemis de la patrie. Le 5 août 1689, environ 1500 guerriers iroquois, poussés dans leurs actions par les Anglais à nouveau en guerre contre les Français, s’abattent sur Lachine, le village des colons situé près des rapides du même nom, pas très loin de Kahnawake qui se trouve sur la rive opposée. Quelques Iroquois chrétiens, saisis et emmenés captifs, sont brûlés vifs, à petit feu. C'est la désolation dans la région et sur toute l'île de Montréal mais, malgré la perte d'une centaine d'hommes et les récoltes qui sont ravagées, la mission échappe à la ruine. Les Iroquois ennemis veulent en finir avec elle, mais "une main mystérieuse" rompt toujours leurs projets et cela se produit à plusieurs reprises lors de leurs incursions.

23 - Guerrier iroquois

 

 
   

"Guerrier Iroquois"

Représentation d'Iroquois (XVIIIe siècle)

Notons le manque de réalisme du décor, avec les palmiers en arrière-plan

et la méthode de scalp totalement fantaisiste

 Notoriété croissante de Kateri

 Cette même année 1689, la mission est déplacée un peu plus haut, à Khanawakon (signifie "dans les rapides") et la raison en est, comme dans la migration précédente, l'épuisement du sol. Les restes de Catherine Tekakwitha sont exhumés et transférés au nouveau village, mais placés cette fois dans la chapelle. L'ancien poste appelé jusque là Kahnawake, prend le nom de Kateri tsi tkaiatat (là où Catherine fut inhumée). C'est aussi en son honneur que la région est nommée Côte Sainte-Catherine. [Ce n'est qu'en 1937 que l'édification de la municipalité de la paroisse de Sainte-Catherine de Laprairie marque vraiment le fondement d'une organisation territoriale. En 1973, suite a une explosion démographique, la paroisse obtient finalement le statut de ville et devient ainsi la ville de Sainte-Catherine].

 En 1695, la notoriété de Catherine est devenue très importante dans la Nouvelle-France. À Québec, la femme du chef civil de la colonie, l'intendant Jean Bochart de Champigny, fait graver un grand nombre d'images pour propager la dévotion à la sainte iroquoise. Elle en envoie même en France où des guérisons sont obtenues par l'entremise de la sainte, comme au Canada [à cette époque, le mot « Canada » désigne seulement la colonie et il ne sera adopté pour désigner le pays qu'en 1867]. On appelle Kateri Tekakwitha "Le Lis des Agniers ou des Mohawks" ou "La Geneviève de la Nouvelle-France" [Sainte-Geneviève, patronne de la ville de Paris, née à Nanterre vers 420, morte à Paris vers 500].

 La Grande Paix de Montréal

 En 1696, un troisième déplacement de la mission a lieu, toujours en remontant un peu le fleuve St-Laurent, et le village prend le nom de Kanatakwenke (signifie "d'où le village a été ôté") [une autre source nomme le village Kanatakwente "le village tel que laissé" et indique qu'il serait revenu à un emplacement proche de celui de 1676]. Les Iroquois, quant à eux, s'allient aux Outaouais (Ottawa) et, même si leurs effectifs ont été affaiblis au fil des conflits et par les épidémies, il n'en demeurent pas moins une menace sérieuse pour l'empire commercial des Français. Cependant, suite à la paix signée entre la France et l'Angleterre en 1697 (traité de Ryswick), des négociations sont entreprises entre Français et Iroquois et elles aboutissent en 1701 à la Grande Paix de Montréal. Trente neufs nations amérindiennes signent le traité de paix, le 4 août 1701.

24 - Signatures des Autochtones à la grande paix de Montréal en 1701

Extrait du traité de la Grande Paix de Montréal 1701

 Signatures des chefs autochtones (pictogrammes)

[Archives nationales d'outre-mer, Aix-en-Provence]

 Au niveau diplomatique, la paix de Montréal apparaît comme un fait unique dans toute l’histoire de l'Amérique. Détail étonnant, celui-ci est toujours valide et reconnu comme tel par les communautés amérindiennes. À l’inverse de la politique espagnole marquée par l’asservissement des indigènes, les Français choisirent au Canada la voie de la raison. Certes, les conflits avec les nations amérindiennes furent nombreux et sanglants et ils ne cessèrent pas après 1701, mais jamais ils ne s’inscrivirent dans les dérives de la politique espagnole. Au contraire, la culture amérindienne impressionna beaucoup les colons, comme en atteste la tradition des « coureurs des bois », intermédiaires dans le commerce des fourrures. De fait, de tous les colonisateurs d'Amérique, seuls les Français n'ont ni exterminé les autochtones, ni tenté de les réduire en esclavage ou de les repousser dans des réserves. On pourrait même arguer que la fonction « officielle » d'évangélisation des autochtones conférée à la Nouvelle-France constitue de la part des Français une admission tacite d'égalité entre les « blancs » et les autochtones, en les considérant « dignes » d'être évangélisés. Il ne faut toutefois pas oublier que l'économie de la colonie reposait presque uniquement sur la traite des fourrures et que les nations amérindiennes alliées à la France étaient un rouage essentiel de cette traite. Il était donc dans l'intérêt commercial bien senti des autorités françaises d'avoir de bonnes relations avec les autochtones, puisque c'étaient eux seuls qui étaient en mesure de fournir aux commerçants de Montréal les pelleteries.

 25 - Timbre commémoratif de la Grande Paix de Montréal (Postes Canada, 2001)

Le 3 août 2001, Postes Canada souligne le 300e anniversaire de la Grande Paix de Montréal

 par l'émission d'un timbre commémoratif imprimé au tarif du régime intérieur.

[Collection R. Ponce]

Dernière migration du village

 En 1716, une quatrième migration a lieu et le village se trouve ainsi placé au dessus des rapides en face de Lachine. C'est le site actuel, nommé Caughnawaga jusque dans les années 1970, puis qui a retrouvé son nom ancestral Kahnawake, à la suite d'une requête effectuée par le centre culturel mohawk auprès du gouvernement canadien. À l'époque, les Français l’appellent encore Sault St-Louis, tandis que pour les missionnaires c'est toujours la Mission Saint-François-Xavier. Une église plus permanente est construite en 1720, mais la mission fondée en 1668 est abandonnée en 1783 par manque de sujets, conséquences de la suppression de leur ordre (la Compagnie de Jésus a été dissoute en 1773). Des prêtres séculiers prennent le relais, rénovent l'église et l'agrandissent au fil des années.

26 - Gravure 1849 - Indiens des environs de Québec"Indiens des Environs de Québec" 

d'après les dessins de A.Vattermare

Gravure publiée en 1849 par Augustin François Lemaître

 [Collection R. Ponce]

 Le territoire de Caughnawaga cesse d'être la propriété des missions en 1830. En 1855, la mission est prise en charge par les Oblats pour une poignée d'années. Une première supplique pour demander la béatification de Catherine est envoyée au Saint-Siège en 1884. Un prêtre reprend la mission en 1892, qui revient finalement à la Compagnie de Jésus en 1903 (la Compagnie avait été rétablie en 1883). On n'a plus trace écrites de guérisons miraculeuses dans les années 1700, ni 1800, et ce n'est qu'en 1905 qu'une guérison subite est à nouveau répertoriée. Elle survient sur une Amérindienne de l'île Manitouline que les médecins et leurs remèdes n'avaient pas pu guérir.

 

27 - Caughnawaga, children in the street, 1910 Caughnawaga en 1910, carte postale éditée vers1915

par The Valentine & Sons Publishing Co., Ltd. Montreal and Toronto

[Collection R. Ponce]

 Tombeau de Kateri

 Les restes de Catherine, déposés dans un coffret, ont suivi le village dans ses diverses pérégrinations. Tous n'y sont pas: plusieurs parties des ossements ont été donnés à diverses époques et constituent les reliques de quelques églises encore aujourd'hui. Une partie fut enchâssée dans la grande croix en bois de son tombeau lors de sa restauration en 1843 (abattue par le vent, elle fut remplacée par une autre en 1884). En 1890, on a fait exécuter un beau monument en granit, plus approprié pour résister au temps. Le tombeau a été entouré d'une élégante clôture en fer, surmonté d'une toiture et d'une grande croix.

28 - Tombeau de Kateri en 1890Tombeau de Kateri en 1890

Plus tard, le tombeau a été déplacé à nouveau, cette fois dans l’église de Kahnawake, là où il se trouve encore aujourd'hui, sur le côté droit de l’autel. La tombe de Kateri, en marbre de Carrare, a été solennellement bénie par l’évêque G. M. Coderre le 17 décembre 1972 et on peut y lire l'inscription "La plus belle fleur épanouie au bord du Saint-Laurent" gravée en iroquois. La statue de Kateri derrière le tombeau a été créée en 1981 par le sculpteur québécois Léo Arbour.

 29 - Timbre avec statue JPrès de 12 millions d'exemplaires de ce timbre ont été mis en circulation le 24 avril 1981.  

On y voit une photographie d'une statue réalisée par Jean-Émile Brunet qui se trouve dans la chapelle de Kahnawake,

ainsi qu'un dessin de la tortue, symbole du clan de Kateri Tekakwitha

[Collection R. Ponce]

Le sanctuaire de Kateri Tekakwhita est ouvert au public et il faut donc se rendre dans la réserve des Mohawks à Kahnawake, au 1 River Road, pour le visiter. Il comprend un musée où sont exposés d’anciennes pièces historiques et religieuses, des statues, des peintures et des artefacts autochtones canadiens et européens datant du 17e au 20e siècle. Parmi les nombreuses représentations de Sainte Kateri Tekakwitha présentées, se trouve la peinture à l’huile réalisée par le Père Claude Chauchetière en 1690.

30 - Sanctuaire KSanctuaire Kateri Tekakwitha

Quelques pièces du musée

Sainte Kateri

La béatification de Kateri Tekakwitha a lieu le 22 juin 1980 sous le pontificat de Jean-Paul II. Sa fête figure au calendrier liturgique de l'Église catholique le 17 avril (jour de ses funérailles). Jean-Paul II a nommé Kateri Tekakwitha patronne de l’environnement et de l’écologie, après François d’Assise, à cause de son grand amour de la création. C'est surtout parce qu'elle a vécu dans un rapport étroit à la nature, comme tous les peuples premiers du continent avant la colonisation par les Européens, qu'elle établissait ainsi naturellement son lien avec le spirituel, sa communion avec le Créateur. Beaucoup d'écologistes américains reconnaissent en Kateri Tekakwitha leur patronne et ce point renforce fortement son actualité aujourd'hui, en raison des problèmes graves relatifs à l'environnement qui affectent la planète.

En 2006, Jake Fink-Bonner, un jeune garçon d'origine amérindienne et résidant à Sandy Point, une petite ville située près de Seattle (Washington), guérit miraculeusement de la fasciite nécrosante par l'intercession de Kateri, alors qu'il avait été déclaré incurable par les médecins spécialistes. Sa maladie rappelle celle de Kateri car, comme pour elle, elle défigurait son visage. Un décret portant sur ce nouveau miracle est signé en décembre 2011 et permet à Kateri d'être déclarée sainte par l'Église catholique. Elle devient ainsi la première autochtone d'Amérique du Nord à être canonisée lors d'une cérémonie qui s'est déroulée le 21 octobre 2012, présidée à Rome par le pape Benoît XVI, en présence de plusieurs délégations du Canada et des États-Unis et de nombreux représentants des Premières Nations. Kateri y a également reçu le titre de «protectrice du Canada».

 

31 - Jake FinkbonnerJake Finkbonner après sa guérison,

ici avec sa maman

 Pour les Amérindiens catholiques, cette reconnaissance au plus haut niveau fait figure de récompense, mais pour les autochtones plus traditionalistes qui ont depuis longtemps tourné le dos à la religion catholique, « l'événement » cache un visage beaucoup plus sombre : il rappelle la relation tourmentée qui dure depuis des siècles entre l'Église et les autochtones, qui va des conversions forcées au drame des écoles résidentielles survenus par la suite (150 000 enfants autochtones ont été placés par le gouvernement jusque dans les années 1970. Une entente accordant des compensations aux victimes du programme d'endoctrinement a été signée en 2006). Malgré tout, pour beaucoup d'entre eux, Kateri reste une source de fierté, peu importe l'allégeance spirituelle. Chez les Mohawks, plusieurs traditionalistes ont d'ailleurs fait le voyage à Rome pour assister à la canonisation. 

On pourrait penser que la canonisation de Kateri a une valeur stratégique, car l'Église catholique a encore bien des choses à se faire pardonner. Suivant l'initiative du gouvernement canadien, qui a offert ses excuses aux anciens élèves des pensionnats amérindiens en 2008, Benoît XVI avait exprimé des "regrets" en 2009, sans toutefois offrir d'excuses officielles. Quoi qu'il en soit, il vaut mieux en premier lieu considérer la portée de réconciliation que peut générer ce geste de la part de l'Église, sachant que le processus de canonisation avait déjà été enclenché par les jésuites dans les années 1880 et que, depuis cette époque, les conditions pour être admissible à la sainteté se sont grandement resserrées. D'autre part, la sainteté de Kateri est un symbole important pour notre époque où la planète est de plus en plus affectée par toutes sortes d'activités humaines irresponsables.

" La sainteté de Kateri, fille de la nature, élèvera les cœurs de ceux qui travaillent à l'écologie."

Mgr Stanislaus Brzana, évêque d'Ogdensburg (État de New York), 2015.

32 - StIcône de Sainte Kateri, par Elizabeth Stefanick Zelasko

St. Paul Mission Church, Hays, Montana, U.S.A.

Conclusion

La propagation du christianisme dans les peuples du Nouveau Monde servit avant tout à légitimer l'appropriation des terres, de même que les programmes d'assimilation mis en place par les missionnaires servirent directement ou indirectement les intérêts coloniaux. Mais porter un jugement général sur les missions chrétiennes serait une erreur. De nombreux facteurs doivent être pris en compte : les méandres de l'histoire, les efforts entrepris pour permettre à ces peuples "païens" d'obtenir la miséricorde divine et d'accéder à la civilisation. Tout cela répondait à un idéal humanitaire, comme aujourd'hui, le droit à la liberté religieuse et à la culture. Si les missionnaires ont participé malgré eux à la "mort culturelles des peuples", c'est essentiellement en raison du lien qui unissait leurs convictions religieuses et leur propre culture. La chrétienté et la "civilisation" formait alors une entité indivisible. Les missionnaires tentèrent d'imposer généralement leur idéal chrétien sans les inconvénients liés à cette civilisation, dans des colonies délimitées géographiquement qui avaient déjà été bien souvent largement submergées par l'expansion coloniale.

Aujourd'hui, on peut se rendre compte que, depuis les débuts de la colonisation, la plupart des groupes amérindiens ont su absorber des influences variées autant d'ordre religieux que des nouvelles connaissances et des technologies occidentales. Ces influences ne répondent pas tant à l'idée d'un syncrétisme subi, mais obéissent plutôt à une logique inclusive, chose qui est propre au chamanisme. Les influences étrangères ne sont pas incorporées de manière passive ou aléatoire, mais bien parce qu'elles ont une résonance dans leur propre cosmologie. En parallèle, la plupart des Amérindiens, qui se considèrent comme faisant partie intégrante d'un vaste écosystème englobant toute forme de vie, ont su préserver le lien qui les unit avec l'environnement. C'est pour eux la vraie source de sagesse et c'est ce qui fait défaut aux populations des pays industrialisés, car on peut se rendre compte aujourd'hui combien notre Terre Mère est affectée par cette inconscience, par l'irrespect et les abus et de tout ce qui constitue l'environnement. Cela résulte de beaucoup de choses, mais principalement d'une mauvaise mentalité. La culture occidentale a tendance à compartimenter la vie, à séparer, à instaurer des frontières dans un système économique basée sur la possession personnelle qui conduit trop souvent à l'égoïsme et à la cupidité. Pour les Indiens d'Amérique, au contraire, les hommes et leur milieu sont interconnectés à l'intérieur d'un cercle sacré où chaque chose participe à l'équilibre et à l'harmonie du tout (Mitakuye Oyasin - "Nous sommes tous liés ensemble"). L'esprit communautaire et solidaire découle naturellement de cette conception des choses et entraîne également cette fraternité loyale qui caractérisent les Amérindiens. En ce sens, beaucoup d'autochtones des Amériques sont à présent plus proches de l'idéal utopique chrétien que la plupart des autres populations. Ils portent les valeurs qui deviennent de plus en plus urgentes et nécessaires au monde d'aujourd'hui. L'idée du salut était la clef de voûte du christianisme apporté par les missionnaires et c'est autour de cette notion que s'est ordonnée l'intrusion spirituelle dans la vie des autochtones du monde entier. Ils ont affirmé la supériorité de l'homme sur la terre afin de l'exploiter, de la "mettre en valeur" mais, à présent, on peut se rendre compte des résultats catastrophiques qui découlent de cette mentalité. Aujourd'hui, les Amérindiens sont les défenseurs de l'environnement; ils sont les missionnaires de la survie, du maintien de l'équilibre entre l'homme et le reste de l'univers, notion fondamentale de leur spiritualité. C'est à présent au tour des populations et des dirigeants des pays industrialisés d'écouter leur parole, et il n'est plus seulement question du salut des âmes, mais du salut de la terre entière.

 33 - Sioux beaded bible or briviaryBible ou bréviaire sioux, 1931

[Collection F. Roelandt, Belgique]

 “Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible.”

Cette citation de Jomo Kenyatta (homme politique kényan, 1894-1978) avait été reprise par l'écrivain sioux Vine Deloria en 1969 pour dénoncer plus de quatre siècles d'endoctrinement en Amérique du Nord. Aujourd'hui, elle prend une autre dimension quand on réalise que, en fin de compte, ce sont ceux dont les terres ont été spoliées qui se révèlent être le plus en accord avec les textes religieux, principalement avec l'enseignement fondamental du Christ, quand il est dénué de toute liturgie et tradition. C'est une force non négligeable qui pourrait bien s'affirmer dans l'avenir. La canonisation de Kateri Tekakwitha, patronne de l’environnement et de l’écologie, est comme un signe pour toutes les institutions religieuses et pour tout le monde, afin que soient davantage considérées les valeurs essentielles du respect de tout ce qui est vivant sur notre Terre Mère en redonnant un sens plus juste au mot "catholique" qui, étymologiquement, signifie "universel".

 VIDEO

 Retrouvez l'histoire de Kateri Tekakwitha dans le récit très vivant de Jacques Gauthier, poète, essayiste et romancier canadien, lors d'une conférence qu'il a donnée à l'église Notre-Dame-de Lorette dans le village des Hurons de Wendake, juste avant la canonisation de le jeune amérindienne : https://youtu.be/Z0rdNGv0eZ4

Au travers de Kateri Tekakitha et ses célébrations, cette vidéo rend brièvement compte du catholicisme amérindien aux États-Unis : https://youtu.be/_YLHN7ebLz0  (vidéo en anglais, sous-titrage en français disponible après son activation dans les paramètres de visionnage de YouTube).

 Chant d'honneur par les Logan Alexis Singers de la nation sioux nakota d'Alexis (Stoney) : https://youtu.be/MP5qdavaVfc

 BIBLIOGRAPHIE 

 - Histoire des Indiens (Bernard Assiniwi).

 - Les Mohawks - Recherches amérindiennes au Québec, vol. XXI, N° 1-2.

 - L'étude de la religion au Québec. Bilan et prospective (Archives de sciences sociales des religions - Paul-André Turcotte, Jean-Marc Larouche, Guy            Ménard).

 - Indian Summer, les Premières Nations d'Amérique du Nord (Musées Royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles).

 - Sagesse indienne (Édition du Rocher.).

 - Les civilisations des Indiens d’Amérique du Nord (Christian F. Feest).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 décembre 2017

Nous sommes tous reliés

Mitakuye Oyasin

 

Mitakuye1

 

Lame DeerUne salutation des Sioux Lakota est « Mitakuye Oyasin », c'est à dire au nom de toute ma parenté, ce qui sous entend que tout est relié et que tout ce qui est dans la nature et nous mêmes sommes interdépendants...

Cette longue citation ci-dessous du leader spirituel lakota Archie Fire Lame Dear (1935 – 2001) mérite d'être méditée. Elle est empreinte de spiritualité religieuse mais elle peut aussi se lire avec un esprit de libre pensée dénué de toute référence créationiste. ------------------ J-C. D.

« Depuis des centaines d’années, la terre souffre d’une destruction rapide de son équilibre et de sa beauté. Sa souffrance provient des civilisations dominées par les hommes qui ont complètement perdu leur équilibre spirituel. L’homme continue de regarder du côté de la politique, de l’économie et de la guerre pour résoudre les problèmes causés par la politique, l’économie et la guerre. Notre Mère, la Terre continuera de souffrir de notre façon de vivre déséquilibrée seulement jusqu’au moment où elle devra frapper, éliminer la vie humaine si nécessaire, se guérir, revenir à un état d’équilibre et recommencer. Certaines personnes croient que nous détruisons la planète. Cette croyance est un symptôme de l’orgueil démesuré de l’homme, de son “complexe de Dieu”. Nous avons abusé de notre pouvoir en nous détruisant nous même. Même si nous choisissons d’abuser de notre pouvoir en nous détruisant nous même, ma Mère la Terre survivra. Elle se guérira même si cela lui prend plusieurs milliers d’années pour se débarrasser de la saleté et des ravages de l’histoire humaine, ce n’est finalement qu’un temps très court à l’échelle de la vie de la planète Terre. Depuis les temps anciens, les Lakotas se sont toujours vus comme les gardiens de la Terre. Nous ne croyons pas que la Terre nous appartient, nous savons que nous appartenons à la Terre. Nous savons, et cela a toujours été une part de nos enseignements, que toute chose et que tout être dans leur nature sont duels, positif et négatif, masculin et féminin. Cette dualité est présente dans chaque forme d’existence, du plus simple atome à la plus grosse masse de matière de l’univers. Cette dualité existe aussi dans le Créateur. Nous connaissons le Créateur comme masculin et féminin mais nous avons pris l’habitude d’oublier la partie féminine du “Grand-Mystère”. Nous avons été si profondément influencés par la société en place que nous avons permis à nos tendances négatives d’aller de plus en plus loin dans le déséquilibre. Dans toutes les histoires des civilisations qui se sont engagées dans ces tendances et croyances de la société dominante, il y a des mythes, légendes et écritures religieuses qui décrivent Dieu comme purement masculin. Ils disent que Dieu a fait l’homme à son image et qu’ensuite il a fait la femme pour la donner à l’homme. Beaucoup de gens croient que se sont les femmes qui ont apporté le mal, la douleur et la souffrance de ce monde. Ils utilisent ceci comme une excuse non seulement pour dominer et contrôler la femme, mais aussi pour rabaisser tout ce qui est féminin en incluant bien sûr ma mère la Terre. Ceci a conduit la vie à un monde dirigé par le cerveau gauche. La société vénère les fonctions les plus masculines : mathématique, science, stratégie militaire. Elle accorde beaucoup moins d’importance aux aspects féminins tels que l’intuition, une éducation plaçant les enfants au dessus de toutes les autres priorités ainsi qu’un comportement harmonieux.

Il y a quelque vérités spirituelles de base que tous les peuples doivent suivre pour pouvoir diriger leur vie dans leur propre religion, leur propre chemin spirituel.

Ce qui est créé par Dieu est sacré. Tout ce qui est créé par l’homme ne l’est pas. La Terre a été créée par Dieu aussi elle est sacrée. Les frontières et les gouvernements ont été créés pour servir les intérêts des hommes, aussi ne sont-ils pas sacrés. Le plus haut et le plus noble peut être corrompu.

Le plus puissant et le plus fort peut devenir faible et tomber. L’homme peut les changer, les corrompre, les détruire et les reconstruire. La Terre de Dieu continue avec ou sans eux.

Les ressources et les richesses de cette Terre ont été créées par Dieu, elles sont sacrées. Les animaux, les plantes, les arbres, l’air, l’eau, sont tous créés par Dieu, ils sont sacrés. Les grands groupes, les systèmes économiques, la bourse, la complexité moderne et les structures politiques ont été faites par l’homme pour servir ses intérêts, ils ne sont pas sacrés. Une poignée de gens peut ainsi amasser des biens matériels pendant que beaucoup de gens souffrent. De grandes quantités de formes de vie disparaissent aussi à cause de ces mêmes personnes. Ils peuvent continuer sur les chemins de la destruction pour le pouvoir et le profit jusqu’à ce qu’eux-mêmes ne puissent plus survivre sur leur propre tas d’ordures laissant par la même occasion derrière eux une planète inhabitable pour les générations futures. La Terre de Dieu se purifiera et se guérira d’elle-même.

Ce n’est pas à nous de décider qu’une forme de vie est plus sacrée qu’une autre. Nous devons apprendre à vivre sans dépenser plus que ce dont nous avons besoin. Prendre la vie d’un animal n’est pas pire ou meilleur que de prendre la vie d’un arbre ou de n’importe qu’elle autre plante.

Chaque jour et chaque nuit, les gardiens de la tradition Lakota prient pour l’humanité, les animaux, les plantes, ceux qui sont dans le monde des esprits, la Terre, l’Eau, le Feu et l’Air. Nous prions pour les animaux quand nous les tuons pour la nourriture et pour manger leur viande. Nous prions pour les plantes quand nous les cueillons pour les cérémonies et les guérisons.

Nous, Lakotas, croyons que toute chose crée par Dieu est sacrée et en tant que partie de la Création nous sommes aussi “connectés". A chaque fois que nous prions, nous finissons nos prières par les mots “MITAKUYE OYASIN” (Nous sommes tous reliés). Avec cette petite phrase, nous prions pour toutes les choses. »

Archie Fire Lame Deer

 

Archie Fire Lame Deer

 

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09 décembre 2017

Fort Osage

Fort Osage2

Le 10 novembre 1808, un coup de canon annonça l’ouverture de Fort Osage. Le nouveau fort était perché sur une falaise dominant le Missouri à environ 400 kilomètres à l’ouest de Saint-Louis.

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La milice américaine et les chefs des Petits et Grands Osages célébrèrent l’événement. Ce jour-là, les Indiens et les hommes blancs signèrent un traité, rédigé par Meriwether Lewis, gouverneur du Territoire de Louisiane, et la pipe de paix passa de main en main en témoignage d’amitié.

calumet

A Washington, également, le baptême de Fort Osage donna lieu à une cérémonie. Le fort était le premier des vingt-huit forts-comptoirs commerciaux que le gouvernement des Etats-Unis projetait de construire dans le Territoire de Louisiane. Le Président Thomas Jefferson souhaitait que Fort Osage et le concept de fort-comptoir commercial soit non seulement l’ouverture de l’Ouest à la colonisation par les Blancs mais aussi le commencement d’une nouvelle ère de relations entre les Etats-Unis et les Indiens.

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Dès 1804, Lors de leur expédition historique d’exploration de la Louisiane, Meriwether Lewis et William Clark avaient choisi le site de Fort Osage. Il convenait parfaitement à Jefferson. Sa position stratégique sur la rivière Missouri rendait le fort imprenable ; son accessibilité aux tribus indiennes en faisait un excellent poste commercial. L’ouverture de ce fort marquait l’aboutissement des deux buts que s’était fixés Jefferson : la conquête de l’Ouest et le commerce équitable avec les Indiens.

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OsageCatlinDurant une assez brève période le fort devait permettre aux Osages qui étaient la tribu dominante de cette région, de faire le commerce de leurs fourrures et de s’équiper en marchandises européennes qu’ils recherchaient. Il leur offrait aussi une protection contre les autres tribus. Cependant les chefs osages découvrirent assez rapidement qu’ils avaient abandonné davantage que ce qu’ils avaient gagné en signant le traité de Fort Osage. En dépit des bonnes intentions de Jefferson et de ses ambassadeurs, l’expérience de Fort Osage venait trop tard pour aider à l’établissement de bonnes relations entre les colons blancs et les Indiens.

Au fort, les négociants et les soldats n’étaient pas les premiers hommes blancs que rencontraient les Indiens. Des trappeurs, des négociants et des missionnaires étaient venus avant la milice ; davantage de missionnaires et de colons étaient sur leurs talons. Le même processus de contacts entre les Européens et les Indiens que celui qui avait prévalu pendant plus de deux siècles en Amérique du Nord allait se répéter dans l’Ouest. Les nouveaux venus coloniseraient le territoire osage et la culture osage, déjà gravement altérée par les Européens et les Américains, ne serait plus jamais la même.

Fort Osage existe toujours et on peut le visiter. Il est situé sur la commune de Sibley à l'ouest de l'Etat du Missouri, à quelque kilomètres au nord-ouest de la ville d'Independence, près de Kansas City.

D’après The Osage in Missouri de Kristie C. Wolferman, University of Missouri Press, Colombia, Missouri

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Fort Osage5

Fort Osage 6

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02 décembre 2017

peine de mort

Les tribus disent

" non à la peine de mort "

Ashline

veillée aux chandelles pour Ashlynne

FLAGSTAFF, ARIZONA – Dans le cadre d’une odieuse affaire survenue au sein de la Nation Navajo, une fillette de 11 ans a été attirée dans une camionnette, avant de subir une agression sexuelle et d’être assassinée. La tribu a rejeté la condamnation à mort de l’homme qui vient d’avouer le meurtre.

Depuis plusieurs décennies, les tribus d’Indiens d’Amérique ont la possibilité d’indiquer aux procureurs fédéraux s’ils souhaitent que la peine de mort soit ou non envisagée pour certains crimes commis sur leurs terres. Presque toutes ont rejeté cette possibilité.

Les tribus comme les experts juridiques expliquent que cette décision renvoie à des questions de culture et de tradition, à la façon dont les Indiens d’Amérique ont été traités par le passé, et à la question de la justice rendue par le système judiciaire.

Robert Anderson" La plupart des tribus indiennes ont été maltraitées par les Etats-Unis dans le cadre des politiques fédérales passées, et un traumatisme trouvant ses racines dans l’histoire peut surgir d’affaires liées à l’exécution d’autochtones ", explique Robert Anderson, professeur de droit à l’Université de Washington et membre du sous-groupe « Bois Forte » de la Tribu Chippewa du Minnesota. " Cela permet aux tribus de décider dans ces quelques rares cas, au moins, quand la peine de mort issue du droit fédéral peut s’appliquer ou non. "

Dans l’affaire qui a touché la tribu des Navajo, le corps d’Ashlynne Mike n’a été retrouvé que le lendemain. Son décès, en mai 2016, a rouvert les discussions sur la peine capitale au sein de cette tribu.

ThedaCela fait des années que Theda New Breast constate les conséquences de la violence domestique, de la dépendance aux drogues et de la pauvreté sur sa Réserve Blackfeet du Montana. Cette guérisseuse soigne ceux qui souffrent des traumatismes liés à ces maux.  Cependant, quelle que soit la nature du crime, cette femme de 61 ans est farouchement opposée à la peine capitale.

" Selon nos croyances, telles qu’elles m’ont façonnée, nul n’a le droit de prendre une vie, sauf le Créateur. Point à la ligne, explique Theda New Breast. Fin de la discussion."

Le Congrès a allongé la liste des crimes passibles de la peine de mort au milieu des années quatre-vingt-dix et a autorisé les tribus à décider de soumettre ou non leurs concitoyens à la peine de mort. Les experts judiciaires précisent qu’ils ne connaissent qu’une tribu, la « Sac and Fox Nation » d’Oklahoma, qui ait dit oui à la peine de mort.

 

 

exécution

1862 - pendaison de trente-huit Indiens Dakota

Laura-harris (à gauche) ; La Donna Harris (droite)

Laura Harris, directrice générale de “Americans for Indian Opportunity” et membre de la Nation Comanche, indique que sa tribu perçoit l’exclusion comme une peine bien pire que la mort, la personne se voyant alors privée de toute possibilité de faire partie de la communauté.

Elle explique que les tribus se souviennent aussi de la façon dont on a pu avoir recours à la peine de mort contre eux. En décembre 1862, par exemple, trente-huit membres de la tribu Dakota en guerre contre les colons dans le Minnesota ont été pendus lors de la plus grande exécution de masse des Etats-Unis.

 Une parade à cheval se tient chaque année pour rendre hommage à ces hommes. Cette parade prend fin au site où ont eu lieu les pendaisons dans ce qui est aujourd’hui le « Reconciliation Park ».

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 Source: Miami Herald, Associated Press, Felicia Fonseca & Russell Contreras, 21 août 2017. Felicia Fonseca et Russell Contreras sont membres de l’équipe Questions raciales et ethnicité de “The Associated Press”. Russel Contreras a enquêté à Albuquerque, dans le Nouveau Mexique.

 

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25 novembre 2017

Dennis Banks

 

Disparition d’un militant

des droits des Amérindiens

 

Dennis Banks en 2013

 

 par Marie-Claude Strigler

Dennis Banks  (ou Nowa Cumig dans sa langue) est né le 2 avril 1937 dans la réserve de Leech Lake. Il ne connut pas son père et fut abandonné par sa mère, une situation qui était loin d’être exceptionnelle. Comme beaucoup d’autres enfants, il fut élevé par ses grands-parents dans la langue et les traditions anishinabe (chippewa). Il leur fut enlevé à l’âge de cinq ans pour être placé dans une de ces « écoles-pensionnats », censées permettre aux Indiens d’être assimilés dans la culture blanche.

 Dès l’adolescence, il connaît une vie d’alcoolisme, de violence et d’aliénation. Il fait quelque deux ans et demi de prison, condamné pour divers vols et agressions. Incapable de trouver du travail, il s’engage dans l’armée et est envoyé au Japon. Il épouse une jeune Japonaise avec qui il a une fille. Déserteur, il est renvoyé aux Etats-Unis, il ne les reverra jamais.

 Des années plus tard, en 1968, il crée avec Russel Means et Clyde Bellecourt  l’American Indian Movement ou AIM (Mouvement pour les droits des Amérindiens) et participe à des actions spectaculaires dans les années 1970, en pleine période de lutte pour les droits civiques aux États-Unis.

 

dirigeants de l'AIM - assis (g à d) Russel Means ; Dennis Banks

 

 En 1970, un premier coup d’éclat le fait connaître : il fait  déclarer le jour de Thanksgiving « jour de deuil national ».

En effet, Thanksgiving est le jour où les colons ont fêté leur première récolte en terre américaine et où ils ont rendu grâce à Dieu pour ses bienfaits. On sait pourtant que si les premiers colons ont survécu dans ce pays inconnu, c’est grâce aux Indiens qui leur ont donné de la nourriture et leur ont montré comment exploiter les ressources locales.

 

Banks5

 

 Au mois de novembre 1972, il organise et participe à la Piste des Traités violés, pour protester contre, justement, la violation des centaines de traités signés avec le gouvernement fédéral, qui n’ont jamais été respectés. Les manifestants marchent jusqu’à Washington, occupent pendant quatre jours les bureaux du BIA (Bureau des Affaires indiennes) et détruisent une foule de documents. Ils attirent ainsi l’attention des médias internationaux.

 Encore plus spectaculaire fut, en 1973, l’occupation de Wounded Knee, qui a eu un retentissement mondial. Assiégés par les troupes fédérales, les manifestants ont résisté 71 jours. Wounded Knee, situé dans la réserve de Pine Ridge dans le Dakota du Sud, n’a pas été choisi au hasard. C’est là qu’a eu lieu ce que les Américains blancs appellent « la bataille de Wounded Knee » et que les Amérindiens appellent « le massacre de Wounded Knee. Le 29 décembre 1890, le 7ème régiment de cavalerie a  donné l’ordre à des Lakotas Minneconjous qui avaient installé leur camp pour la nuit, de se défaire de leurs armes. Black Coyote, un Lakota sourd, n’a pas rendu son fusil, et les Américains ont commencé à tirer, massacrant quelque 300 hommes, femmes et enfants. Les faits sont relatés en détail dans le livre de Dee Brown, Bury my Heart at Wounded Knee (Enterre mon cœur à Wounded Knee). Ce fut la fin des guerres indiennes.

 Accusé d’actes de violence pour son rôle en 1973, il fut déclaré coupable en 1975 et risquait 15 ans de prison. Aussi chercha-t-il refuge en Californie, où le gouverneur démocrate lui accorda l’asile. Lorsqu’il fut remplacé par un gouverneur républicain, c’est dans l’État de New-York qu’il trouve refuge. Après avoir été un fugitif pendant 9 ans, il finit par se  rendre, et fit 14 mois de prison.

 

Dennis Banks en 1974

 

 Il eut ensuite quelques rôles dans divers films, dont Le dernier des Mohicans avec Russel Means, Sioux (1937-2012) et quelques documentaires, dont le plus connu, « A Good Day to Die ».(Un bon jour pour mourir), visible sur Youtube.

 Tout récemment, il participa aux manifestations à Standing Rock, contre la construction du Dakota Access Pipeline.

 En dépit d’actions parfois violentes, Dennis Banks était très charismatique, avait réussi à attirer l’attention sur les problèmes auxquels les Amérindiens sont confrontés, avait acquis le soutien actif de personnalités comme Marlon Brando et Jane Fonda. Il acceptait de faire des interventions pour lutter contre l’alcoolisme, la drogue, la violence, toutes les épreuves qu’il avait connues lui-même.

 Il est mort à 80 ans, à la clinique Mayo, à Rochester (Minnesota). Ses 20 enfants et sa centaine de petits-enfants se sont conformés à ses demandes : enveloppé dans une peau de bison, il a eu des obsèques traditionnelles, où les assistants fumaient de la sauge au son des hochets-calebasses.

 

 

Dennis Banks à la commémoration du massacre de Wounded Knee en 2003

 

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18 novembre 2017

livres

 Les ancêtres

de Monica Moran

DSC02154

(g-d) Monica et Monique

Les visiteurs les plus anciens de ce blog - et forcément les anciens adhérents d'OK-OC - se souviennent de Monica Moran. Cette Américaine d'origine omaha, osage, blacfeet et... béanaise (donc occitane) est venue plusieurs fois nous rendre visite à Montauban et elle s'y est tellement plue qu'elle y a passé trois ans de sa vie.

la_fianc_e_du_trappeur

Pourquoi vous ai-je parlé de Monica ? C'est parce qu'elle nous avait envoyé un jour l'histoire de ses lointains ancêtres : Ta-Glah-Hae (Femme Bison qui rit) de la tribu Omaha et Michel Baradat, le jeune Béarnais parti à sa recherche dans les forêts profondes d'Amérique. Cette histoire romantique avait été racontée ici-même sous le titre de La Rose du Nevraska. J'invite vivement ceux qui ne la connaissent pas d'aller y faire un tour (gratuit).

Cette belle et surprenante histoire est tombée un jour sous les yeux de Colette Berthès. En Tarn-et-Garonne on ne la présente plus tant on connaît son œuvre romanesque, son talent et ses engagements. Sinon on pourra toujours lire ci-dessous sa biographie sur la dernière de couverture du roman qu'elle vient de publier chez Ransay (en librairie depuis le 15 novembre). C'est un roman passionnant que Colette a tiré de notre petite histoire et qu'elle a abondamment et admirablement documenté.

  colette 1

colette 2

Couv V4

Pour info, cet envoi reçu ce matin de Colette Berthès avec l'indication suivante :

"un vrai plaisir de vous annoncer la sortie de mon nouveau roman (à partir du 15 en librairie) bien loin des écrits précédents...quoique... un roman d'aventures et d'amour(S)...dans le Canada de la fin du XVIII° siècle ...et Louisiane française...pas de cow boys mais beaucoup "d'Indiens"... les forêts, les fleuves et les lacs..."

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