Oklahoma-Occitania

17 mai 2018

Devoir de mémoire

Montauban

Une émouvante cérémonie

Sur la terre indienne du Jardin des Plantes

Montauban
A moving ceremony
On the Indian land of the Botanical Garden

 National Day of Remembrance of the Trafficking in Human Beings, Slavery and their AbolitionDepuis 2006, le 10 mai est la « journée nationale des mémoires de la traite des êtres humains, de l'esclavage et de leur abolition ».

La terre indienne du Jardin des Plantes de Montauban, dédiée aux nations Osage et Cherokee fait référence à l’Oklahoma qui fut une terre de déportation des tribus indiennes des États-Unis. C’est la raison pour laquelle elle avait été choisie, ce 10 mai 2018 pour dénoncer ces crimes contre l’humanité.

Trois associations avaient collaboré à la préparation de cette commémoration : *Esclavages, Mémoires présentes  *Oklahoma-Occitania  *Asso Kalou

Since 2006, May 10 is the « National Day of Remembrance of the Trafficking in Human Beings, Slavery and their Abolition ».
The Indian land of the Botanical Garden  of  Montauban, dedicated to the Osage and Cherokee nations, refers to Oklahoma, which was a land of deportation of the Indian tribes of the United States. That is why it was chosen on May 10, 2018, by three associations to denounce these crimes against humanity.
Three associations had collaborated in the preparation of this commemoration : *Slavery Present Memories *Oklahoma-Occitania  *Asso Kalou

 P1150602La cérémonie était présidée par le Préfet du Tarn-et-Garonne. Plusieurs élus du Conseil régional et  du Conseil départemental ainsi que des officiers supérieurs de la gendarmerie, de la police nationale et des pompiers l’honoraient de leur présence. The ceremony was chaired by the Prefect of Tarn-et-Garonne. Several elected officials of the Regional Council and the County Council as well as senior officers of the gendarmerie, the national police and firefighters honored him with their presence.

 

Norbert Sabatié ( MC NoBear )Le Maître de Cérémonie, Norbert Sabatié (MC No Bear) annonçait les interventions qui allaient se succéder. The Master of Ceremonies, Norbert Sabatié (MC No Bear) announced the interventions that would follow one another.

Les associations

Associations

Gérard Massip et Jean-Claude Drouilhet (Oklahoma-Occitania)Oklahoma-Occitania : Gérard Massip et Jean-Claude Drouilhet justifiaient le choix de cette terre indienne par l’hommage rendu aux Indiens du continent américain victimes de l’esclavage et de la déportation de plus de quarante tribus en Oklahoma en évoquant la tragique « Piste des Larmes ». Oklahoma-Occitania: Gérard Massip and Jean-Claude Drouilhet justified the choice of this Indian land by paying tribute to the Indians of the American continent who were victims of slavery and the deportation of more than forty tribes in Oklahoma by evoking the tragic «Trail tears ».

Marie-Paule Redon ( Esclavages Mémoires présentes )Esclavages, Mémoires présentes : Marie-Paule Redon lisait le texte de la loi Taubira établissant cette journée nationale des mémoires Slavery Present memories: Marie-Paule Redon read the text of the Taubira law establishing this national day of memories

 

Pascal Loferne ( Kalou )Kalou : Pascal Loferne présentait son association Kalou pour la promotion des cultures antillaises et ultramarines. Kalou: Pascal Loferne presented his Kalou association for the promotion of Antillean and Overseas cultures.

Prises de parole

Speeches

Il y eut ensuite des poèmes dits par Valérie Rinaldo et Madeleine Carrenco Then there were poems by Valérie Rinaldo and Madeleine Carrenco

 

Valérie Rinaldo

Valérie RinaldoValérie Rinaldo interpréta avec talent et une grande émotion deux de ses poèmes Valérie Rinaldo interpreted with talent and great emotion two of her poems

Madeleine CarrencoMadeleine Carrenco, de l’Académie de Montauban rendit un vibrant hommage à  Léopold Senghor par la lecture de plusieurs de ses poèmes. Madeleine Carrenco of the Montauban Academy paid homage to Leopold Senghor by reading several of his poems.

 

Ginette Adamson

Ginette AdamsonGinette Adamson, citoyenne des Etats-Unis, professeur à l'université de Wichita (Kansas) et artiste peintre, décrivit son parcours atypique avec l’attention toute particulière qu’elle a toujours porté aux autochtones des Amériques depuis ses origines en Haïti jusqu’en Oklahoma où elle réside. Ginette Adamson, a US citizen, professor at the University of Wichita, Kansas and painter, described her atypical career with the special attention she has always paid to the natives of the Americas from her origins in Haiti to Oklahoma where she resides.

 

Patrice Garrigues

Patrice GarriguesPatrice Garrigues témoigna de l’attention que porte le Conseil régional d’Occitanie aux devoir de mémoire. Son discours improvisé toucha le cœur du public. Patrice Garrigues testified to the attention given by the Regional Council of Occitanie to the duties of memory. His improvised speech touched the hearts of the public.

Pierre BesnardEnfin, Pierre Besnard, Préfet du Tarn-et-Garonne prononça un discours très émouvant rappelant les crimes contre l’humanité que furent les déportations d’êtres humains, la traite avilissante dont ils furent les marchandises et leur mise en esclavage. Pierre Besnard, Prefect of Tarn-et-Garonne delivered a very moving speech recalling the crimes against humanity that were the deportations of human beings, the degrading trade of which they were the goods and their enslavement.

Dépôts de gerbes

Laying of wreaths

DSC_0715_2Les gerbes furent déposées devant la stèle de la terre indienne sur laquelle on peut lire :

« En novembre 1829, trois Indiens d’Amérique de la nation Osage, abandonnés en Europe, furent accueillis et réconfortés à Montauban. Ils retournèrent dans leur pays grâce à la générosité des Montalbanais. En souvenir de cette émouvante histoire et en reconnaissance de l’hospitalité chaleureuse que les Indiens d’Amérique ont toujours réservée à leurs visiteurs français, le 21 juillet 1992 la ville de Montauban, représentée par son maire M. Hubert Gouze, a donné solennellement cette parcelle de terre aux tribus Osage et Cherokee représentées par leurs délégués. Ami visiteur, vous êtes ici devant une terre indienne. Respectez-la comme, de tous temps, les Indiens ont respecté la terre-mère.  La Terre n’appartient pas à l’homme ; l’Homme appartient à la Terre --- Chef Seattle. 1854 »
The wreaths were placed in front of the stela of the Indian land on which one can read:
« In November 1829, three American Indians of the Osage nation, abandoned in Europe, were welcomed and comforted at Montauban. They returned to their country thanks to the generosity of the citizens of Montauban. In memory of this moving story and in recognition of the warm hospitality that the American Indians have always reserved for their French visitors, on July 21, 1992 the city of Montauban, represented by its mayor Mr. Hubert Gouze, solemnly gave this piece of land to Osage and Cherokee tribes represented by their delegates. Friend visitor, you are here in front of an Indian land. Respect it as, at all times, the Indians respected Mother Earth. “Earth does not belong to man; Man belongs to the Earth” --- Chief Seattle. 1854 »

 

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P1150632La gerbe de la Préfecture du Tarn-et-Garonne The wreath of the Prefecture of Tarn-et-Garonne

 

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P1150634La gerbe du Conseil régional d’Occitanie et du Conseil départemental du Tarn-et-Garonne The wreath of the Regional Council of Occitanie and the County Council of Tarn-et-Garonne

 

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DSC_0759_2La gerbe des trois associations The wreath of the three associations

 

Kalou

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P1150649Un vin d’honneur était ensuite servi à la Préfecture en présence de M. le Préfet Then  a cocktail was served at the Prefecture in the presence of the Prefect

crédits photos :

Michel Monesma --- OK-OC

Danièle Petit --- Les Nouvelles 82

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12 mai 2018

L'univers habité par les esprits

Spiritualité osage

par Marie-Claude Strigler

 

John Red EagleEn juillet 2013, les Osages ont accueilli une délégation d’OK-OC, dans une atmosphère amicale et chaleureuse. Les événements en leur honneur se sont succédés de façon ininterrompue, dont une conférence de John Red Eagle, organisée spécialement à leur intention.

John Red Eagle a été élu chef principal de la nation osage en 2010. Lors de la conférence, il nous a parlé de sa vie et de la Native American Church, l’Église des premiers Américains, ou Église du peyotl, dont il a déjà été question dans le blog.

Au fil du temps, les Osages ont été très métissés, si bien que peu de membres sont de pure souche. Or, les deux parents de John Red Eagle sont des Osages de pure souche. Sa mère, née en 1912, était originaire de Hominy et appartenait au clan de Wa Tian Ka. Un Ancien de sa famille fit un rêve au cours duquel il vit une substance noire sortir de la terre du Territoire indien, devenu depuis l’Oklahoma. Il prédit que cette substance serait un jour bénéfique pour son peuple, mais qu’il ne savait pas comment. Aussi conseilla-t-il à la tribu d’y acheter de la terre. On ne peut nier que son rêve a été prémonitoire.

Son père, originaire de Pawhuska, était né en 1918 et appartenait au clan de l’Aigle. Éleveur et agriculteur, il avait une ferme à Barnsdall, la parcelle originelle attribuée au grand-père lors de la loi de lotissement général de 1887, et appliquée aux Osages en 1906.

Le père de John Red Eagle fut également chef principal en 1970, le premier chef principal de pure souche depuis son oncle Paul Pitts, qui fut chef principal de 1954 à 1970, jusqu’à sa mort.

On parlait couramment la langue osage dans la famille, qui avait adhéré à la religion  du peyotl, et qui assistait régulièrement à des réunions de l’Église des premiers Américains (Native American Church, ou NAC). Il raconte qu’il a grandi dans cette atmosphère. Il a reçu un premier nom lors d’une cérémonie de la NAC quand il n’avait que quelques jours puis, à 18 ans, quand il devient adulte, il reçoit son nom adulte pendant les danses de In’lonshka. Personne d’autre n’aurait été plus à même que lui de nous parler de la spiritualité osage et de l’Église des premiers Américains.

Peyote meeting Une religion panthéiste

Autrefois, la religion osage était panthéiste. Toutes les formes de vie et tous les changements qui se produisaient dans l’univers résultaient d’une seule force vitale mystérieuse qui s’appelait Wa-kon-tah. Les hommes n’étaient qu’une manifestation de Wa-kon-tah. Les clans étaient totémiques, c’est-à-dire que les membres d’un clan étaient liés à une manifestation de Wa-kon-tah plus étroitement qu’à n’importe quelle autre. Les Osages n’ont jamais prétendu comprendre cette force vitale. L’univers était habité par des esprits, avec qui les Osages communiquaient grâce à des visions. Ils pouvaient leur demander de l’aide en cas de besoin. Le pouvoir qui provenait d’un savoir surnaturel ne relevait ni du « bien », ni du « mal », deux notions qui leur étaient étrangères.

 

Osage dreams2

 

 

 

Les « Vieux-petits-hommes » (the Little-Old-Men) étaient autrefois des prêtres initiés. Chaque cérémonie était constituée de prières et de pratiques au cours desquelles étaient utilisés des objets particuliers. Les cérémonies comprenaient 24 parties, une pour chaque clan et seul, le « Vieux-petit-homme » d’un clan était habilité à accomplir la partie du rituel qui relevait son clan. Le dernier des Vieux-petits-hommes décéda au début de 1970.

Ce que nous savons des rites concerne des cérémonies ponctuelles ; l’attribution d’un nom à un enfant, un deuil, une guerre, la paix, l’initiation d’un nouveau praticien… Au printemps, un rituel avait lieu pour purifier le village et préparer les plantations et, à la fin de l’été, on célébrait le maïs vert. Ils entretenaient aussi des feux sacrés.

La mort était quelque chose de naturel, car tout doit mourir. En revanche, la mort prématurée d’un enfant ou d’un jeune adulte est redoutable. La religion osage traditionnelle se préoccupait de la vie, non de la mort, associée à la nuit. Il n’existait pas de concept précis de ce qui pouvait arriver après la mort. En revanche, la religion du peyotl expliquait ce qui arrivait après la mort, ce qui était peut-être une partie de son attrait.

 La religion du peyotl

La religion du peyotl parvint chez les Osages dès les années 1890. Autant les tribus indiennes avaient résisté à la christianisation, autant elles accueillirent relativement facilement cette nouvelle religion, syncrétisme entre valeurs traditionnelles et christianisme qui rejetait les rites anciens, si bien qu’ils avaient totalement disparu dès 1910. Les tribus réorganisent le passé pour l’adapter au présent, selon un raisonnement logique :

1)     les rites anciens se sont avérés inefficaces et doivent être abandonnés ;

2)     un nouveau mode de vie est nécessaire pour éviter les maladies ;

3)     Dieu veut que les Indiens demeurent distincts des conquérants physiquement et spirituellement ;

4)     certaines caractéristiques des conquérants peuvent s’harmoniser avec le nouveau mode de vie des Indiens.

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 Les Églises du peyotl se créaient sur la base de la famille étendue, et le chef de famille était en général le roadman de l’Église. Seuls quelques hommes avaient l’autorité nécessaire pour créer de nouvelles Églises et d’initier des roadmen, les praticiens. Chaque Église était affiliée à l’Église des premiers Américains par une charte. En 1936, on comptait 24 tribus liées par une charte, dont les Osages. Elle sont désormais toutes affiliées à la NAC. Ce rattachement stimula les contacts intertribaux et un sens de fraternité dans les tribus des Plaines et du Grand Bassin, ainsi que dans le Sud-ouest, surtout chez les Navajos. Des hommes sont allés de tribu en tribu prêcher la nouvelle religion.

La NAC fut fondée officiellement en Oklahoma en 1918. Religion monothéiste révérant le Grand Esprit, elle fut adoptée par diverses tribus, mais selon des rites différents. Ils ont en commun comme sacrement la consommation de boutons de peyotl, une variété de cactus légèrement hallucinogène. Les cérémonies, contrairement aux services religieux chrétiens, ne sont pas régulières, elles ont lieu lors d’occasions spéciales, en tant que rites guérisseurs. Les rites se déroulent en général dans des tipis, autour d’un feu,  durent toute la nuit, pendant le week-end. Le peyotl étant stimulant, les participants restent bien éveillés et peuvent ainsi profiter du petit déjeuner qui clôt la cérémonie.

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Pour accomplir la cérémonie, le roadman  utilise des bâtons de prière, une calebasse ornée de perles et de plumes, du cèdre, une plume d’aigle et un petit tambour. Il est secondé par un chef du tambour, un chef du feu qui s’assure que le feu brûle toute la nuit, et une femme de l’eau qui humidifie en permanence le sable qui entoure le feu. Théoriquement, le roadman n’est qu’un catalyseur. Quand on a besoin de lui, il montre le chemin, comme le peyotl mène au Créateur.

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Le peyotl étant hallucinogène, il est considéré comme une drogue par le gouvernement fédéral ; les adeptes de la NAC durent avoir recours à la loi sur la liberté de religion des Indiens de 1978 (AIRFA) pour pouvoir consommer le bouton de peyotl comme sacrement, à condition d’avoir une carte attestant de leur appartenance à cette Église. À noter que certains roadmen dans le passé, ont essayé sans succès d’obtenir l’autorisation d’utiliser le LSD et la marijuana.

Il semblerait que la religion du peyotl soit en perte de vitesse. La majorité des Osages aujourd’hui appartiennent à l’une des principales religions chrétiennes : catholique, baptiste, quaker.

 

 

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05 mai 2018

Le temps des grands changements

 Richesse et traditions

chez

Les Osages

 Dans les années 1890, la tribu des Osages tira des revenus substantiels de la vente des droits de forage sur le pétrole découvert sur ses terres. "Avec une clairvoyance extraordinaire, la tribu avait réservé des droits miniers souterrains même si la terre avait été répartie entre les 2 229 Osages inscrits." ( Damming the Osage -- Leland & Crystal Payton --- Page 280).

L'argent généré par la vente des droits de forage avait fait décrire les Osages comme étant  "probablement les gens les plus riches de la terre" (New York Times 18 novembre 1898). Grâce à leur fortune et aux avantages de la richesse, de nombreux Osages  voyagèrent dans le monde. Ils faisaient des études supérieures, habitaient des maisons modernes, suivaient la mode, possédaient des automobiles. D'autres cependant avaient maintenu leur style de vie Osage, leur langue et leurs traditions. Paul Red Eagle était l'un d'entre eux.

Paul Red Eagle 3

Paul Red Eagle 2

Paul Red Eagle_1908

Paul Red Eagle devint chef des Osages de 1923-24, en succédant au chef Ne-Kah-Wah-She-Tun-Kah qui était mort pendant son mandat.

 Six ans plus tard Paul Red Eagle mourait aussi. Voici ce qu'écrivit  l'auteur John J. Matthews lors de ses funérailles :

" Pendant quatre-vingt-dix ans, Red Eagle a vécu parmi son peuple. Durant ces nombreuses années de changements incessants il resta un Indien ; il continua à penser et rêver comme un Indien. Dans ses dernières années, il semblait attendre quelque chose. Il vivait tranquillement dans son ranch préférant son cheval à une voiture jusqu'à sa quatre-vingtième année. Il percevait des redevances pétrolières mais désirait vivre dans la simplicité. Il avait vu beaucoup de choses et avait pris part aux guerres dans la partie sud de l'État ; il avait parlé de ces guerres avec les membres de la tribu.  Il regardait avec passivité, des derricks de pétrole surgir comme des champignons fantastiques dans la prairie. Jusqu'à la fin, il était resté un Indien. La recherche frénétique de la richesse et du progrès matériel n'avaient pas dérangé l'âme de Red Eagle. "

En 1924 le chef Paul Red Eagle se rendit au ministère de l'Intérieur à Washington pour discuter de questions financières. Il était accompagné de sa femme et de sa fille qui se firent photographier.

Osage-mother-daughterLa photo montre à l'évidence l'écart culturel qui déchirait la tradition : La fille, Mary, préfèrait la mode américaine tandis que sa mère s'accrochait fidèlement aux traditions vestimentaires des Osages.

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28 avril 2018

Pour les nouveaux venus sur le blog d'OK-OC

Le « Pont des Osages »

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 Les anciens visiteurs et les abonnés du blog voudront bien nous pardonner. De nouveaux visiteurs frappent chaque jour à la fenêtre et il faut bien leur expliquer l'origine de nos aventures occitano-oklahomanesques. Ceci n'est donc rien d'autre qu'une piqûre de rappel pour les anciens et, pour les nouveaux venus, une première vaccination contre la xénophobie. Voici comment à Montauban, en 1829, on savait accueillir des SDF issus de l'immigration clandestine (ils n'avaient pas de papiers !). 

Novembre 1829. Trois vagabonds exténués traversent le Tarn sur le Pont-Vieux – le seul pont de Montauban en ce temps-là. Ce sont des Indiens de la tribu Osage venus du Missouri en Amérique. Ils sont arrivés au Havre en juillet 1827. Ils ont parcouru le nord de la France et une partie de l’Europe (jusqu’à Berlin) et ils ne savent comment revenir dans leur tribu. Il y a deux braves et une femme : Hawk Woman (Femme Faucon), Little Chief (Petit Chef) et Big Soldier (Grand Soldat). Ils viennent à Montauban pour demander du secours à l’évêque Louis Guillaume Dubourg, l’ancien évêque de la Louisiane française qui avait envoyé des missions évangéliques chez les Osages. Comme ils arrivent d’Italie par Toulouse (on le sait par les journaux de l’époque), ils doivent traverser le Tarn de la rive gauche à la rive droite par le Pont-Vieux. La résidence de l’évêque en 1829 est à l’hôtel d’Aliès, l’actuelle mairie de Montauban. L’évêque organise la collecte et ainsi, grâce à la générosité des Montalbanais, les trois Osages purent revenir dans leur tribu qui avait été déplacée au Kansas avant d’être encore obligée de déménager en Oklahoma où elle a encore sa réserve (capitale Pawhuska).

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Le tableau présenté ici a été peint par Rosendo Li en 2013 et a été offert à la tribu Osage par la délégation montalbanaise qui lui rendait visite.

 

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Musée de la nation Osage, Pawhuska, Oklahoma, Juillet 2013.

Le tableau de Rosendo Li a été remis par la délégation OK-OC à Erica Pretty Eagle Moore qui l'a accepté au nom de sa nation Osage. Erica est une princesse osage. Son visage a servi de modèle à l'artiste pour représenter Hawk Woman sur le Pont-Vieux de Montauban

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Portrait de Hawk Woman tel que l'avait vue le peintre Boilly en 1827 à Paris

 

Depuis la reprise de nos relations et les échanges culturels avec les Osages en 1989 toute délégation osage qui arrive à Montauban doit traverser symboliquement le Pont-Vieux pour « marcher sur les traces de mocassins des ancêtres qui ouvrirent la piste »

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parfois il n'y a qu'un Osage

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 d'autres fois deux

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ou trois

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cette fois ils étaient vingt-deux, sous la pluie, accompagnés de Montalbanais

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chanteurs traditionnels en tête du cortège

 

Montauban 1827 par Prosper Debia (1791-1876)Voici le pont vieux de montauban tel qu'il était en 1829 lorsque Petit Chef, Grand Soldat et Femme Faucon l'empruntèrent pour traverser le Tarn. Bien sûr, c'était l'hiver et les (rares) passants devaient avoir d'autres vêtements que ceux que l'on voit sur ce tableau peint en 1824 par Prosper Debia. On voit sur le pont deux édifices aujourd'hui disparus : à droite de l'image l'arc de triomphe et sur la pile médiane, la chapelle des bateliers.

A Pawhuska, le Pont-Vieux de Montauban est devenu le « Pont des Osages »

21 avril 2018

Osages en campagne

ELECTIONS

CHEZ LES OSAGES

 

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Les 4 et 5 juin auront lieu les élections dans la nation Osage. Il s'agit d'élire le nouveau Conseil exécutif avec les deux chefs principaux et les conseillers au nombre de huit, ainsi que la moitié du Congrès (assemblée législative) avec six membres renouvelables sur douze.

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Ces élections ont lieu tous les quatre ans. Le chef principal actuel est Geoffey Standing Bear. Il est candidat pour un deuxième mandat.

Les candidats au titre de chef principal sont : Geoffrey Standing Bear et Maria White Horn

Les candidats au titre de chef principal adjoint sont : Raymond Red Corn et Otto Hamilton

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de gauche à droite : Geoffrey Standing Bear, Maria White Horn, Raymond Red Corn, Otto Hamilton

 

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14 avril 2018

échanges culturels

L'Occitanie en Amérique

 

au pow-wow intertribal de Tulsa en 1995

lolgo OC_PMLes anciennes régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon forment désormais ensemble la grande région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée. Le logo de la nouvelle grande région associe les emblèmes des deux identités culturelles qui la composent : la croix d'Occitanie et les quatre bandes verticales des Catalans. Le tout aux couleurs "sang et or" pour mieux témoigner de l'étroite parenté entre ces deux identités. La présidente actuelle de la grande région est Carole Delga.

oklahoma

En 1907 l'Oklahoma devint le 46ème état de l'Union. Sa superficie correspond à un tiers de la France. Situé entre le Texas (sud), le Kansas (nord), le Missouri (est) et le Nouveau Mexique (ouest), il fait partie du Middle West. Son emblème porte sur fond bleu un bouclier osage sur lequel sont croisés un calumet et un rameau d'olivier

 

De l’Oklahoma

à...l’Occitánia

 

OKOC03

OKOC06« Oklahoma » : la terre de l’homme rouge en langue choctaw. Près d’une quarantaine de tribus indiennes ont été forcées de s’installer en territoire indien (« Indian Territory » est l’ancien nom de l’Oklahoma) pour laisser la place aux colons européens. Certaines y survivent, d’autres ont trouvé du pétrole sous leurs mocassins. C’est le cas des Osages, souvent désignés comme étant les Sioux du sud, grands amis des « coureurs des bois » qui, improbables sujets du royaume de France, chassaient et piégeaient en liberté au temps de la Louisiane française. Il s’agit ici de la grande Louisiane, une colonie qui occupait près du tiers central des États-Unis actuels et que le premier consul Bonaparte vendit au président Jefferson en 1803, au grand regret des Osages.

Louisiane

Incroyable ! Au cours du terrible hiver 1829, trois Indiens de la tribu Osage, venus du Missouri, arrivèrent épuisés à Montauban, en Tarn et Garonne, terminant une errance qui leur avait fait parcourir pendant deux ans et demi la France et une partie de l'Europe.

 Ils étaient venus « visiter les Français dans leur tribu ». Accueillis triomphalement au Havre en juillet 1827, leur fête n’avait duré qu’un seul été. Ensuite ce fut l’abandon et le vagabondage jusqu’à Montauban où ils arrivèrent en novembre 1829. L'évêque de Montauban organisa la collecte et réunit en quelques jours la somme nécessaire au voyage de retour. Ainsi, grâce à la générosité des Montalbanais, les Osages rentrèrent au pays et racontèrent leur odyssée dont le récit est parvenu jusqu'aux Osages actuels.

 En 1989 l'association Oklahoma-Occitania (OK-OC) retrouva le contact avec la tribu qui adhéra au projet d'échanges culturels. Depuis cette date, on rencontre régulièrement des Osages en Occitanie et des Occitans en Oklahoma. Au Jardin des Plantes de Montauban, une stèle commémore cette amitié retrouvée.

 Archie Mason, Osage à la terre indienne du jardin des Plantes de Montauban

Promouvoir la culture occitane en Amérique est l’un des objectifs d’OK-OC depuis sa naissance. Ainsi, en août 1991, un groupe de trente-huit français séjournait pendant plus de deux semaines au pays des Osages en Oklahoma. Il était équipé de bannières occitanes qu’il distribuait à la ronde, accompagné d’un musicien traditionnel, de danseuses en costumes et de nombreux chanteurs du Se canta. La langue occitane et son statut intéressaient les Osages qui les comparaient à la situation de leur langue et de leur culture ancestrale menacées de disparaître.

 Alors, à chaque visite des Osages à Montauban, ils étaient emmenés dans les écoles bilingues, occitan/français et invités à participer aux fêtes et manifestations culturelles occitanes. A l’inverse, chaque visite en pays osage était riche en événements culturels, danses et chants traditionnels, cérémonies, reconquête de la langue osage, évocation d’événements historiques.

 A l’occasion de ces nombreuses visites réciproques, en vingt-sept ans d’échanges, des jalons culturels ont été implantés de part et d’autre.

 David Walters, gouverneur de l'Oklahoma, découvre le drapeau occitan en août 1991

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le premier drapeau occitan chez les Osages en 1991

Ainsi, un jour d’août 1991, le drapeau occitan a flotté en haut du mât de la résidence du gouverneur de l’Etat de l’Oklahoma à Oklahoma City.

 

La croix d'Occitanie a remplacé le drapeau des Etats-Unis en haut du mât

 

Un monument dédié à la croix d’Occitanie – le premier en Amérique – a été implanté près du musée de la tribu Osage à Pawhuska, leur capitale.

 

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Plusieurs villes d’Oklahoma ainsi que le gouvernement de l’État d’Oklahoma ont décrété à plusieurs reprises une journée ou une semaine occitane.

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Oklahoma Historical Society

La télévision américaine est venue tourner un documentaire à Montauban qui a été diffusé sur le réseau CBS. De même France3 a tourné un documentaire chez les Osages lequel a été diffusé sur la région « Occitanie » actuelle.

Joe Hall, Osage à Gray Horse (Oklahoma). On remarquera la croix occitane au collier

avec les Indiens Kiowas

Eddy Red Eagle (Osage) porte fièrement le bérêtOn ne compte plus les croix occitanes qui complètent les costumes des danseurs traditionnels ni les bérets qui coiffent nombre de guerriers (culturels) osages. Depuis 1999, la ville de Pawhuska est jumelée avec Montauban. En Oklahoma les mots « Montauban », « Occitanie » sont compris et accueillis avec sympathie.

Pawhuska01

occitan cross

Mais la notoriété du pays des Troubadours déborde largement des frontières de l’État. Du Dakota du Sud à la Californie en passant par le Nebraska, le Missouri et le Kansas, des jalons ont été placés dans une quinzaine de tribus.

avec les Indiens Kansas

avec les Indiens Pawnee

avec le chef des Montagnais du Québec

Quatre chefs de tribus sont venus à Montauban ainsi que le consul des États-Unis. OK-OC a même rencontré l’ambassadeur des USA à Paris et trois fois les gouverneurs successifs de l’Oklahoma qui ont reçu chaleureusement la délégation à Oklahoma City.

Ainsi, en près de trois décades, l’Occitanie a trouvé sa place au cœur de l’Amérique profonde, celle des Indiens, des cow-boys, des ranchers comme des rednecks.

 L’Occitánia se sent bien, chez elle, en Oklahoma !

Jean-Claude Drouilhet

 

 
   

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07 avril 2018

La veuve noire des Osages

Le symbole de l'araignée

 

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Ce texte de Lililan B. Mattews a été publié dans le Pawhuska  Daily-Journal Capital  du 19 septembre 1972. Le symbole de l'araignée a été repris pour la couverture du roman Wazhazhe de benoît Séverac et Hervé Jubert --- JCD

Wazhazhe

 

 

par Lillian B. Matthews

L'histoire de l'araignée* est la suivante :

La société des Osages était organisée en gentes**. C'était bien sûr dans les débuts de l'histoire avant la rencontre des Européens. Chaque gens** avait choisi un symbole de vie. Chaque gens voulait un symbole beau, gracieux et courageux. Mais une gens avait tardé à choisir son symbole et à ce moment-là tous les symboles de beauté et de  grâce avaient été pris. Il ne restait plus que le coyote et le skunk*** et quelques autres animaux qui étaient impossibles à adopter comme symboles. Alors la gens s'engagea sur les pistes à la recherche d'un symbole.

Tandis que le chef marchait le long de la piste, il entra dans une toile d'araignée et il essaya de l'effacer de son visage. « Toi, petite chose noire, pourquoi construis-tu ta maison sur les pistes et nous fais-tu tomber dessus ? »

Et l'araignée répondit : « Pourquoi cherches-tu, alors que tu ne peux pas voir où tu vas ? »

Le chef lui expliqua : « Nous cherchons un symbole pour notre gens, alors sors de notre chemin, petite chose noire. »

 « Pourquoi ne pas me prendre comme symbole pour votre gens ? » lui proposa l'araignée.

Le chef mit sa main devant sa bouche afin que l'araignée ne puisse le voir rire ainsi que ses compagnons derrière lui qui pouffaient ...

Ensuite il demanda à l'araignée : « Penses-tu que tu ferais un bon symbole de vie pour une gens des grands Osages ? »

Et l'araignée répondit : « Là où je suis, j'ai construit ma maison et où j'ai construit ma maison, tout vient à elle. »

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* cette araignée est la "veuve noire"  ou black widow (trois images ci-dessous)) ; une araignée américaine qui a le sinistre réputation de dévorer son partenaire mâle après l'accouplement.

** gens, gentes. Il s'agit de l'organisation d'une société en groupes issus d'un ancêtre masculin commun. C'est donc une lignée patriarcale. Elle existait notamment dans l'Antiquité romaine. Gens est un mot féminin singulier qui fait son pluriel en gentes. On traduit parfois ces mots par clan(s), ce qui est différent car un clan correspond à une lignée matriarcale.

*** le skunk ou moufette est un mammifère américain qui fait penser à un blaireau et dont le système de défense consiste à émettre un aérosol nauséabond.

veuve noire 1

veuve noire 2

veuve noire 3

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31 mars 2018

Solidarité des Guerriers de l'Arc-en-Ciel

Quand les Irlandais

remercient

les Indiens Choctaws

 

Choctaw Seal

En 1847, au milieu de la période de la Grande Famine en Irlande, un groupe de Choctaws organisa une collecte qui produisit 710 dollars. Cette somme fut envoyée en Irlande pour aider les hommes, les femmes et les enfants irlandais qui mouraient de faim.

Seulement 16 ans auparavant, en 1831, le peuple choctaw avait lui-même été éprouvé par la famine. Il avait subi « la Piste des larmes », un sinistre épisode d'exode forcé de 800 km depuis les terres ancestrales du Mississippi jusqu'au Territoire indien : l'actuel Oklahoma). Ce don était ainsi un geste extraordinaire. La somme pourrait représenter aujourd'hui un million de dollars selon Judy Allen, rédactrice au journal de la Nation Choctaw d'Oklahoma. Pour marquer le 150e anniversaire de ce geste de solidarité, huit Irlandais avaient refait le parcours de cet exode forcé.

 

Choctaw trail of tears
En 2015, une statue a été érigée à Midleton, dans le comté de Cork, en Irlande, pour honorer la générosité des Choctaws. Cette sculpture de neuf plumes d'aigle commémore l'année 1847 de la Grande Famine, lorsque les Indiens Choctaws ont fait un don à l'aide humanitaire irlandaise.

choctaw memorial 01

 

Choctaw memorial1

 

Choctaw memorial2

Les Choctaws vivent encore aujourd'hui en Oklahoma. Les Français les ont connus à travers les premiers écrits de Chateaubriand, notamment dans Atala où il les nomme Chactas

En 1994 nous avons eu l'honneur à Montauban d'accueillir un dignitaire de la nation Choctaw. Il s'agissait de Charley Jones qui devait recevoir le don d'une parcelle de terre communale au village de Saint Nicolas de la Grave.

Nous avons, dés 1992, initié une série de dons de terre en diverses communes de Midi-Pyrénées. Ces territoires symboliques ont été dédiés à une quinzaine de nations indiennes pour les remercier de la bienveillance et de l'aide qu'elles ont accordées à nos ancêtres trappeurs et négociants. Notre démarche avait donc quelques similitudes avec celle des Irlandais et nous pouvons nous en réjouir.

img881

Archie Mason (Osage) devant la stèle du Jardin des Plantes de la terre indienne de Montauban sur laquelle on peut lire :

" [...] en reconnaissance de l'hospitalité généreuse que les Indiens d'Amérique ont toujours réservée à leurs visiteurs français [...] "

Enfin, je ne résiste pas au plaisir de faire état du titre honorifique qui m'a été octroyé par le chef de la nation Choctaw, Hollis E. Roberts. Je suis donc devenu "Choctaw honoraire". Je n'en tire pas une grande fierté mais cela fait toujours plaisir d'être en quelque sorte un peu relié à ce peuple généreux.

 

img880

 

 

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24 mars 2018

Langue Osage

Vann Bighorse

nommé directeur

du département linguistique

de la Nation Osage

 

enseignosages

Vann Big Horse au centre.

Autour du tableau les caractères qui permettent aujourd'hui d'écrire la langue Osage

Vann Big Horse


En tant que directeur du département des langues, il supervise l'une des initiatives culturelles les plus importantes de la nation Osage : sauver la langue Osage de son extinction. A la suite de cette affectation, le chef principal Geoffrey Standing Bear a déclaré :

« Jusqu'ici, Vann était directeur de notre département culturel. En tant que chef du département des langues, je pense qu'il est la bonne personne au bon moment. »

Standing Bear a ensuite souligné le fait que la langue Osage est dans une période de préservation et de récupération. Il a raconté comment Vann Bighorse qui participait à une réunion à Cuba (Etat du Missouri) a dit une prière en langue Osage devant les autorités et les résidents de Cuba. Après la réunion Big Horse avait fait remarquer que la langue Osage n'avait pas été parlée dans le Missouri depuis près de 200 ans.
Vann Big Horse avait ajouté : « Vous savez, chef, cette langue est en grand danger, nous sommes dans le dernier train ».

« la façon dont il l'a dit me l'a dit m'a donné le sentiment d'urgence concernant la préservation et le rétablissement de la langue » , a déclaré Standing Bear.

En tant que directeur des langues, Big Horse supervisera le département des langues à Pawhuska et son personnel enseignant, le développement des programmes de langues, l'enseignement de la langue Osage dans les écoles publiques, les cours de langue Osage pour adultes dispensés dans sept endroits différents ainsi que le site en ligne de la langue Osage.

Vann Big Horse enseigne au département de la langue Osage depuis sa création en 2006. Il a également été le directeur du Centre culturel Wah-Zha-Zhi.

Vann

Il est bien connu dans toute la communauté Osage et dans la plus grande communauté amérindienne pour son chant. Il est connu pour sa maîtrise de la langue Osage, sa connaissance de la culture Osage. Il a été chanteur dans de nombreux Comités de danse In-Lon-Schka et est un ancien Drumkeeper du district de Pawhuska.

Rappelons que Vann Big Horse est déjà venu à Montauban et à Toulouse où il avait participé au forum des langues du monde, place du Capitole.

BigHorse_Maker

Vann Big Horse et John Maker au bas du Pont-Vieux à Montauban

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17 mars 2018

Les années de terreur

Un chapitre sombre de

l’histoire des Osages

par Marie-Claude Strigler

Les lecteurs du blog d’OK-OC savent beaucoup de choses sur les Osages, leur histoire, leur culture, leurs liens historiques et affectifs avec la France. Les visites de Français en Oklahoma et d’Osages en France sont fréquentes et entretiennent notre amitié.

Originaires du Missouri, puis déplacés au Kansas et enfin installés en Oklahoma sur des terres apparemment ingrates qu’ils ont achetées aux Cherokees, Les Osages pensaient qu’on les laisserait tranquilles, puisque les blancs ne convoitaient pas ces terres.

Ils conservaient leur mode de vie traditionnel, en grande partie axé sur l’élevage, favorisé par les hautes herbes de la prairie. Ils avaient bien remarqué qu’un liquide visqueux et noir affleurait parfois, dont ils se servaient pour graisser leurs machines agricoles.

Osage murders2

Or avec l’avènement du moteur à explosion et la multiplication des voitures, les réserves d’un pétrole facile à exploiter apportèrent une richesse soudaine à la tribu. « L’or noir » fit des Osages « les gens les plus riches du monde », titraient les journaux du début des années 1920, suscitant jalousie, racisme et convoitise, non seulement en Oklahoma, mais dans tous les États-Unis. Ils n’étaient néanmoins pas libres de disposer à leur guise de cette manne inattendue. Censés ne pas être capables de gérer leur fortune, la majorité étaient placés sous la responsabilité de tuteurs plus ou moins honnêtes, dont certains avaient même des antécédents criminels.

Osage murders1

Les histoires les plus folles circulaient jusqu’à la côte Est sur les nouveaux riches qui laissaient des pianos à queue sous la pluie, (de toute façon ils ne savaient pas en jouer), ou qui abandonnaient leur voiture quand le réservoir était vide.

En 1923, le pétrole rapportait plus de 23 millions de dollars, à partager entre les 2 000 personnes inscrites sur les listes tribales. Cette somme représenterait aujourd’hui quelque 400 millions de dollars. Bien que les Osages soient loin d’être pauvres, ils ont néanmoins été dépouillés d’une grande partie de leur fortune.

Mais bientôt allait commencer « le règne de la terreur ». Une conversation en tête à tête avec un Osage va inévitablement amener ce sujet, tant il est présent à tous les esprits. Dans les années 1920, des morts mystérieuses se multiplièrent. Au moins soixante riches Osages de pure souche furent assassinés entre 1921 et 1925, par arme blanche ou arme à feu, empoisonnement ou noyade. Chaque fois qu’un cadavre était découvert, les Osages se demandaient qui serait le suivant.

Mollie Burkhart (d), sa sœur Anna (g), leur mère Lizzie (c)

Osage murders4

Les assassins, blancs, étaient souvent mariés à des Osages qui leur faisaient confiance. Les autorités se souciaient assez peu de rechercher les coupables, partant du principe que, les victimes étant indiennes, le jury blanc ne condamnerait pas l’assassin.

Dans une région qui était peut-être le dernier bastion de l’Ouest sauvage,  certains Osages finirent par faire appel au gouvernement fédéral, et le scandale devint national.

Ce chapitre dramatique de l’histoire des Osages est resté longtemps dans l’ombre, mais depuis quelques années, il a inspiré plusieurs ouvrages historiques ou de fiction, dont le plus récent est celui d’un écrivain et journaliste du New Yorker, David Grann, Killers of the Flower Moon. Le livre connaît un immense succès aux États-Unis (parmi les quatre meilleures ventes). La traduction française paraît le 7 mars, sous le même titre.

David Grann a fait une enquête minutieuse au cours de rencontres et d’interviews, de nombreux Osages directement concernés  lui ont confié des documents de famille; il a eu en outre accès aux archives du FBI, 3 500 pages réparties en 65 dossiers, couvrant la période de 1920 à 1935.

Au cours de son enquête, on rencontre des voleurs, des assassins, des aventuriers, des hommes d’affaires véreux. Quelques blancs amis (véritables) des Osages, riches propriétaires ou avocats, ont également été assassinés. Ce n’est pas de la fiction : nous avons tous les noms.

Edgar Hoover

Nous voyons le jeune E. Hoover, alors âgé de 29 ans, qui prend la tête de BOI (Bureau of investigation), l’ancêtre du FBI, qui s’emploie à moderniser les méthodes de recherche, et qui va effectivement faire arrêter un certain nombre de criminels. D’autres ont toujours échappé à la justice. Une conséquence est bien réelle : aujourd’hui, un non-Osage ne peut hériter d’un époux (ou d’une épouse) osage. La tentation est neutralisée !

Le fait que cet épisode de l’histoire des Osages soit désormais connu de tous, va peut-être contribuer à la cicatrisation de cette profonde blessure.

Le livre de David Grann* se lit comme un roman policier  dont tous les personnages seraient connus. Il a inspiré Martin Scorcese pour un film avec, entre autres, Robert de Niro, qui sortira en 2019. On n’a pas fini d’entendre parler des Osages…

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* Killers of the flower moon, David Gann, traduit de l'anglais par Cyril Gray, éd. Globe, 366 pages, 22€ (en librairie deuis le 7 mars)

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