Oklahoma-Occitania

30 août 2014

Péages sur les pistes

 

Les vaches Longhorns

Longhorn1

voir l'album Vaches Longhorns en Oklahoma

 A la fin de la guerre de Sécession, de nombreux ranches du Texas étaient restés intacts. Toutefois leur cheptel, estimé avant la guerre à quelques 4 millions de têtes de bétail, était devenu sauvage et avait tellement proliféré qu’il atteignait, à la fin des hostilités, un effectif de plus de 15 millions de bêtes. Alors des convois de bétail furent organisés pour emmener des milliers de vaches Longhorns jusqu’aux principales gares ferroviaires d’où elles partaient pour les grands abattoirs du Nord.

Oh la vache !

Cette race Longhorn, caractérisée comme son nom l’indique par d’immenses cornes dont l’envergure dépassait les 2 mètres, avait un caractère ombrageux et particulièrement fougueux qui la rendait extrêmement dangereuse. Elle avait été importée d’Espagne au temps des conquistadores mais n’avait jamais pu être complètement domestiquée, surtout après des années passées dans la plus complète liberté des plaines du Sud-Texas. On imagine donc le danger de tels convois pour les cow-boys qui risquaient leur vie à chaque instant. Mais il y avait de l’argent à gagner. Une vache qui ne valait que 5 dollars au Texas pouvait atteindre, rendue aux abattoirs de Chicago, un prix de 40 dollars.

la piste Chisholm : Texas>Oklahoma>Kansas

Du sud du Texas à la gare de Kansas City la piste était longue et pleine d’imprévus car elle traversait le Territoire Indien (ancien nom de l’Oklahoma). Il y avait, en fait, plusieurs pistes, toutefois la plus importante était la piste Chisholm. Jesse Chisholm – un métis Ecossais-Cherokee qui était à la fois guide, saunier et colporteur et parlait quatorze langues indiennes – avait reconnu puis parcouru maintes fois avec son chariot bâché cette piste, longue de plus de 1600 kilomètres qui traversait le Territoire Indien du sud au nord.

chisolm_jesse

De bonne heure, les peuples du Territoire Indien comprirent que s’ils ne pouvaient empêcher les convois de bétail de traverser leur pays, ils pourraient toutefois exiger un droit de péage en nature, autrement dit payé avec des bêtes.

Halte, péage !

Les Indiens, affamés par la disparition du gibier de leur territoire, approuvaient unanimement ce moyen d’obtenir leur subsistance. D’autant plus que durant cette longue marche vers le nord les cow-boys faisaient paître le bétail et ainsi engraissaient les bêtes à bon compte. Les éleveurs blancs durent donc se résoudre à signer des baux de location de pâturages. Cela ne fut guère possible avec les cinq tribus civilisées qui, installées dans l’est du Territoire Indien, avaient déjà leurs propres élevages et aucun pâturage à louer. Dans l’Ouest, en revanche de vastes étendues demeuraient disponibles aussi, en 1890, les tribus Kiowa, Comanche, Cheyenne, Arapaho avaient loué la moindre parcelle de leurs pâturages aux éleveurs blancs.

Entre 1867 et 1889 on estime à dix millions le nombre de bêtes qui traversèrent le Territoire Indien le long de la seule piste Chisholm, pour finir leur voyage aux abattoirs de Chicago, aujourd’hui la ville des célèbres « Chicago Bulls », les taureaux de Chicago.

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23 août 2014

Une amitié kiowa-occitane

La Société des Guerriers

aux Jambières Noires

de la Nation Kiowa

 

vanessaNos abonnés de longue date connaissent le peuple Kiowa dont nous avons déjà parlé dans ce blog. Nous invitons nos autres visiteurs, curieux d'en savoir un peu plus sur ce peuple, à se reporter à l'article que nous avions consacré aux Kiowa

 

Aujourd'hui nous parlerons plus en détail de la Société Guerrière des Kiowa qui est toujours active et fidèle à ses traditions ancestrales. Ceci pour la simple raison que cette société nous fit l'honneur en juillet 1992 de nous envoyer l'une de ses représentantes en la personne de Vanessa Paukeigope Morgan-Jennings. Une parcelle de terre de la commune de Labastide sur Tarn fut dédiée, en cette occasion, à la tribu Kiowa en la personne de Vanessa. Le commandeur de la Société des Guerriers Kiowa aux Jambières Noires, Mr Gus Palmer Sr, nous adressa par l'intermédiaire de Vanessa la lettre reproduite ci-dessous suivie de sa traduction partielle.

Black_Leggings

 

Gus_PalmerSalutations!
Cette lettre est une reconnaissance du don de terre [que vous faites] à la Société des Guerriers aux Jambières Noires de la nation Kiowa. Notre espoir est que ce geste fasse naître un sentiment d'amitié et de bonne volonté entre les bonnes gens de
Montauban, Occitanie, France, et le peuple Kiowa de l'Oklahoma.
Les Guerriers aux Jambières Noires de la nation Kiowa forment une société d'élite très respectée. [...]
Vanessa Paukeigope Morgan est membre auxiliaire de la Black Leggings Warrior Society. Nous considérons que c'est un honneur pour elle de recevoir une invitation et d'être présente parmi votre peuple. Nous savons qu'elle essaie de vivre comme il convient, dans le respect de nos traditions et de la culture Kiowa. Elle fera un excellent représentant pour notre peuple Kiowa.
En conclusion, je vous en prie, n'oubliez pas que vous serez toujours les bienvenus dans notre camp pendant notre cérémonie des Black Leggings. Dieu vous bénisse ainsi que votre peuple. Aho!
Gus Palmer, Sr

 

GusPalmer et Melanie Campos, Miss Indian Oklahoma

 

Une société guerrière de la nation Kiowa

 

Kiowa Black Leggings Warriors Society

 

La Kiowa Black Leggings Warrior Society est une société guerrière dont l'origine se perd dans la nuit des temps. D'autres tribus des Plaines ont des organisations similaires qu'ils nomment les « Soldats Chiens » (Dog Soldiers)

Dog Soldier de la tribu Cheyenne

Les membres de la société guerrière kiowa étaient choisis parmi les guerriers les plus valeureux. Chacun d'eux prenait à tour de rôle la direction ou le commandement du maintien de l'ordre pendant un déplacement, une chasse, l'installation d'un camp ou une action guerrière. L'origine exacte du nom de cette société des guerriers aux jambières noires (Black Leggings) a été perdue. Certains anciens disent que lorsque les guerriers rentraient d'un raid (avant que les Kiowas ne possèdent des chevaux) ils avaient les jambières noircies par la poussière de la piste, tandis que d'autres assurent qu'elles avaient été noircies par l'herbe brûlée de la prairie après l'incendie destiné à repousser l'ennemi. Quoiqu'il en soit la société guerrière conserva ce nom même après l'utilisation des chevaux alors que les Kiowas étaient réputés pour être parmi les meilleurs cavaliers.

 

Emblême de la nation Kiowa

 

Aujourd'hui la société des guerriers kiowas existe encore et est toujours active. Chaqe année au mois d'octobre, la tribu se réunit dans une clairière des environs de Carnegie (Oklahoma) où se tient la cérémonie traditionnelle des Kiowa Black Leggings Warriors. Bien sûr, il n'y est plus question de guerre au sens physique du terme, mais des valeurs de la guerre telles qu'elles étaient appliquées jadis : courage, solidarité, bravoure, honnêteté, respect. Et,si les Kiowas, comme les autres Amérindiens, mènent une guerre actuellement, c'est plutôt d'une guerre culturelle qu'il s'agit.

 

cérémonie des Kiowa Black Leggings Warriors en 1982

 

 

 

 

Kiowa_Black_Leggings_02

16 août 2014

Vanessa nous écrit

Chacun d'entre vous

est vivant dans mon cœur

Vanessa (robe verte, 2e à droite) en Occitanie

 

 

 

VanessaVanessa Pokeigope Jennings est l'une des plus chères amies d'OK-OC qui l'a invitée plusieurs fois à Montauban avec des membres de sa famille dont certains sont présents sur la photo ci-dessus. Elle appartient à la nation Kiowa et réside à Red Stone, Oklahoma. Elle était une amie de Edmond Young-Man-Afraid-Of-His-Horse dont nous venons d'apprendre le décès avec une grande tristesse. C'est en lisant l'un des récents articles de notre blog consacré à cet ami lakota qu'elle nous a fait part du message que nous reproduisons ici. Merci Vanessa, vos paroles nous vont droit au cœur.

 

 

Edmond Young-Man-Afraid-Of-His-Horse« Merci OK-OC d’avoir présenté Ed [Young-Man-Afraid-Of-His-Horse] lors de ma dernière visite [de votre blog]. Puisse OK-OC continuer à prospérer et organiser des visites pour les pauvres Indiens d'Amérique comme moi qui ont pu venir en Occitanie et rencontrer nos frères et sœurs de l’autre côté des eaux. Le plus beau cadeau que j'aie reçu a été [un peu de] terre bénite qui m'a été donnée par le curé d’une paroisse. Il m’a dit : " n’oubliez jamais que les Occitans et les gens de France honorent et respectent le sang versé par vos soldats amérindiens, comme votre oncle Lyndreth Palmer. Cette terre a été bénite par le sang. Leurs morts ne sont pas tombés en vain !"

Oh, juste la mémoire puissante de ces mots et Jean-Claude Droulilet de m'appeler et m'encourager à venir en France. . . . Vous n'avez aucune idée de la force de ces souvenirs qui me reviennent à l’esprit. A-ho! Si c'est la volonté de notre Père céleste, je serai en mesure de visiter Montauban et Lourdes à l'avenir. Jusque-là, chacun d'entre vous est vivant dans mon cœur et ma mémoire. Vous êtes toujours dans mes prières. votre grand admiratrice, » Vanessa Paukeigope Jennings, Redstone, États-Unis

Vanessa à Pawhuska en 2005

Vanessa (d) et Summer sa fille.

Vanessa (1er plan de dos) à la cérémonie des Black Leggings Kiowa Warriorss

Vanessa jeune fille

Les frères Palmer (Lindreth en médaillon)

Lindreth Palmer (en médaillon) est l'un des quatre frères Palmer qui fut tué au combat en Lorraine.

Il est inhumé au cimetière américain de Saint Avold. Vanessa est la nièce des frères Palmer

09 août 2014

Pourquoi la capitale des Osages s'appelle Pawhuska ?

Pawhuska

Cheveux Blancs

 

La ville de Pawhuska, capitale des Osages en Oklahoma, a hérité son nom d’un chef de la tribu qui l’avait lui-même acquis dans les curieuses circonstances que voici.

 Général Arthur StClairLe major général Arthur Saint Clair n’était pas un piètre tacticien. Il avait même une grande expérience de la guerre contre les Indiens qu’il avait acquise durant le conflit franco-indien de 1754 à 1763. Cependant à la fin de l’été 1791 il conduisit son armée à la pire des défaites qui ait jamais été infligée à une force militaire américaine par des guerriers indiens : plus de 1000 soldats furent tués par moins de 2000 indiens

La bataille eut lieu le 4 novembre 1791, près de la rivière Wabash, dans l’état d’Indiana. Parmi les Indiens opposés à Saint Clair, il y avait un groupe de guerriers osages que commandait le jeune chef Collier de Fer. Il existait en effet un solide lien d’amitié entre les Osages et les Illinois. Cette alliance s’étendait aux Miamis, eux-mêmes apparentés aux Illinois.

Petite Tortue

Le chef de guerre des Miamis était le redoutable Petite Tortue, bien connu de l’armée américaine pour lui avoir infligé de sévères revers. L’armée de Saint Clair comprenait 1400 combattants dont 600 soldats réguliers et 800 miliciens (volontaires civils). Côté indien il y avait, avec les Illinois et les Miamis , des Mohawks (Iroquois), des Shawnees, avec le jeune Tecumseh, des Delawares, des Chippeways, des Kickapoos, des Wyandottes (Hurons), des Cherokees, des Creeks et des Osages. En tout 1133 guerriers sous le commandement suprême de Petite Tortue. Jean Pictet [1] raconte :

 

 

 

« Les soldats ont dormi l’arme au poing et, dans le camp, on a sonné le réveil avant l’aube. Après la parade, alors que les troupiers regagnent leurs cantonnements, une salve éclate soudain de l’autre côté du fleuve : les Indiens attaquent la milice ! Les tambours battent le rappel aux armes…
Après la première volée, les Indiens peints s’élancent de partout, le tomahawk levé, dans un élan sauvage. Leur assaut est si impétueux que la milice, enfoncée, bousculée, fragmentée reflue bientôt dans un complet tumulte, passe la rivière et pénètre dans le camp des soldats y semant la confusion et empêchant les réguliers de se développer en ordre de bataille. Et des braves, mêlés, en un effrayant corps à corps, aux miliciens vêtus de vert, surgissent à leur tour dans le cantonnement militaire. »

Iron Necklace (Collier de fer)

 Collier de Fer, au plus fort de la mêlée, se trouva confronté à une situation inattendue qui devait lui valoir un nouveau nom.

 Après avoir tué ─ du moins le croyait-il ─ un officier américain, il entreprit de prendre son scalp. Alors que, penché sur sa victime, il commençait à tirer sur la longue chevelure blanche, celle-ci se détacha sans effort et lui resta dans la main tandis que l’officier se relevait promptement et s’enfuyait à toutes jambes. Collier de Fer accrocha la perruque poudrée à sa ceinture et la conserva précieusement, convaincu de son pouvoir magique. Et c’est ainsi que plus tard il fut appelé Cheveux Blancs, Paw-Hiu-Skah en osage, par la suite orthographié en Pawhuska lorsque ce nom fut donné au principal village de la réserve osage en Territoire Indien, l’actuel Oklahoma.

 Osagemen_Catlin

 Dans sa jeunesse, Collier de Fer-Cheveux Blancs avait connu d’autres aventures. Dans les années 1780, il avait dirigé un groupe de guerriers dans un grand voyage vers l’ouest, jusqu’aux grandes eaux de l’océan Pacifique, ce qui représente la traversée ─ à pieds ! ─, de la moitié des Etats-Unis, en passant par Santa Fe, au Nouveau-Mexique, dont la célèbre piste était déjà familière aux Osages. Bien que Collier de Fer connût parfaitement la piste qu’il devait suivre, il semble qu’il n’ait pas été pas tout à fait conscient des dangers auxquels il exposait son petit groupe.

 

gila

Alors qu’ils traversaient le désert de l’Arizona, les guerriers cherchèrent à calmer leur faim. Un membre de la bande s’avisa de tuer pour le manger un «monstre de Gila». Il s’agit de la seule espèce de lézard venimeux qui soit au monde et qu’aujourd’hui les scientifiques nomment «héloderme». La flèche fila droit au but et cloua au sol le reptile à la morsure mortelle. Hélas, le «monstre» n’était pas tout à fait mort lorsque le chasseur affamé saisit sa proie.. La terrible morsure venimeuse foudroya le brave en quelques minutes sans qu’il fut possible de lui porter secours. Ce fut le seul guerrier tué au cours de cette expédition qui s’acheva aux environs de la ville actuelle de Long Beach, près de Los Angeles en Californie.

Ces deux aventures vécues par Collier de Fer-Cheveux Blancs ont un point commun : elles dénotent chez certains Osages une certaine tendance à sous-estimer l’instinct de conservation de ceux auxquels ils s’attaquent. Pourtant Cheveux Blancs fut, tout au long de sa vie, un chef perspicace et respecté. Une dernière anecdote montre à quel point il avait l’esprit inventif.

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 Trois ans après l’achat, en 1803, de la Louisiane française à Bonaparte, le Président des Etats-Unis, Thomas Jefferson, invita à Washington les chefs des tribus les plus importantes de l’ancienne colonie française. Il y avait parmi eux une délégation osage conduite par le chef Pawhuska-Cheveux Blancs. A cette époque de nombreux Osages, comme les autres Indiens de la Louisiane, comprenaient et parlaient le français. En revanche ils répugnaient à apprendre une autre langue européenne, en particulier l’anglais. Aussi le Président Jefferson, lorsqu’il voulut les inviter, s’adressa-t-il à eux dans notre langue sur un ton paternaliste qui prête à sourire dont voici un extrait[2].

« Mes amis et Enfants, chefs des Osages, des Missouris, des Kansas, des Otos, des Pawnees, des Iowas et des Sioux, » Je vous prends par la main de l’amitié et du fond du cœur je vous assure que vous êtes très bienvenus au siège du Gouvernement des Etats-Unis. Le voyage que vous avez entrepris pour visiter vos pères sur ce côté de notre île est long et, en l’entreprenant, vous avez donné une preuve que vous désirez faire connaissance avec nous. »

 

A l’issue de la visite, les chefs indiens reçurent des cadeaux. Le chef Pawhuska, pour sa part, se vit remettre une médaille et une superbe tunique d’officier de l’armée américaine, bleue à brandebourgs et parements jaunes, avec boutons et épaulettes dorées.

 

chef_Pawhuska

 

Mais qu’allait-il faire de cette parure ? Certainement pas une tenue de guerrier, elle aurait été trop encombrante. La perplexité du chef fut de courte durée. La tunique donna à Pawhuska l’occasion d’exprimer toute la mesure de sa créativité. A son retour dans la tribu il avait trouvé une utilisation on ne peut plus pacifique. Il en fit un élément de l’habit de mariage de la jeune épouse. Le costume ainsi créé comprenait outre la tunique militaire une couverture osage enveloppant la taille comme une jupe, des jambières et des mocassins décorés de perles et enfin un chapeau, mais pas n’importe lequel. Le prestige du chapeau haut de forme dans la société blanche n’avait pas échappé aux Indiens et ils en avaient naturellement déduit que cette coiffure conférait honneur et dignité à celui ou celle qui la porterait. Le haut-de-forme fut donc enrichi de rubans et entouré de hautes plumes colorées.

La cérémonie du mariage suivait un rituel complexe. Le futur époux devait faire étalage de sa richesse et de son empressement. S’il avait les moyens d’offrir de nombreux présents à sa future épouse cela signifiait que sa femme n’aurait jamais faim. Les négociations prenaient habituellement plusieurs jours. Quand un accord sur le prix avait été convenu, la famille recevait les cadeaux et se les partageait. En échange la promise apportait son costume en dot et sa famille honorait celle du marié en offrant les repas du mariage. La préparation de la mariée était aussi une cérémonie à laquelle officiaient les habilleuses. Elles habillaient en même temps, dans une tenue semblable, une demoiselle d’honneur. Cette coutume de la « fausse mariée » est commune à de nombreuses cérémonies de mariage dans le monde entier.

 Lors du dernier mariage traditionnel célébré à Pawhuska en 1970 (l’avant-dernier l’avait été en 1937), le costume de la mariée avait presque deux cents ans. La nourriture et les cadeaux furent chargés dans un pick up et deux drapeaux américains furent déployés. L’un d’eux, fixé à une branche d’arbre, signifiait l’approbation de cette union par la tribu. En d’autres temps elle se serait exprimée au moyen de son étendard à plumes d’aigle. Le héraut du village marchait en tête du cortège, annonçant l’événement à la ronde, sur le parcours qui conduisait à la maison du jeune marié. Ensuite les futurs époux partirent à cheval, suivis par le pick up chargé des cadeaux, tandis que les familles et les invités suivaient derrière les drapeaux flottant au vent. Après l’échange des cadeaux, la jeune mariée, sa demoiselle d’honneur et le jeune marié furent rejoints par le héraut qui informait tout le monde en langue osage que « le couple était mari et femme selon la tradition osage. »

 Osage_wedding01

Lors de la cérémonie du mariage de 1937, soixante chevaux, parmi d’autres présents, avaient été offerts à la mariée. A l’occasion de la cérémonie de 1970, les chevaux faisaient encore partie des cadeaux, à ceci près que cette fois ils étaient sous le capot d’une rutilante voiture de sport.

 

Aujourd’hui on peut encore admirer un costume traditionnel de mariage au musée tribal osage de Pawhuska et avoir ainsi une pensée émue pour Paw-Hiu-Skah, glorieux chef de guerre, auteur d’un historique détournement de veste, ce qui, pour l’homme politique qu’il était, est plus digne qu’un retournement.

 Pawhuska est donc passé à l’histoire. Plus de deux siècles après sa mort une ville d’Oklahoma, chef-lieu du comté Osage, porte son nom. Bien des Présidents des Etats-Unis d’Amérique n’en ont pas eu autant !

 


 1. Jean Pictet – L’épopée des Peaux-Rouges (Favre)

 2. Thomas Jefferson. 4 janvier 1806

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02 août 2014

Young-Man-Afraid-Of-His-Horse

 Qui

avait peur

de son cheval

?

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En 2003, l'association Oklahoma-Occitania eut le privilège d'accueillir parmi ses invités du Printemps Indien un Sioux-Lakota, Ed Young-Man-Afraid-Of-His-Horse dont le trisaïeul avait combattu aux côtés de Red Cloud.

 

Thašúŋke Khokíphĥapi/Young-Man-Afraid-Of-His-HorseLe trisaïeul Young-Man-Afraid-Of-His-Horse (1836-1900) était Sioux. Il se nommait en réalité Thašúŋke Khokíphĥapi, ce que l'administration s'empressa de traduire en anglais par l'équivalent de Jeune-Homme-Qui-Craint-Son-Cheval. Un nom peu flatteur et complètement ridicule quand on connaît la maîtrise équestre des Sioux. Mais, depuis le texte que nous avons publié au sujet du chef Osage Bacon-Rind (Couenne-de-Lard) nos lecteurs connaissent bien la tendance de certains scribouillards de l'état-civil américain à ridiculiser les indigènes.

Young-Man-Afraid-Of-His-Horse donc était un chef des Sioux Oglala. Son nom mal interprété signifiait en réalité que ce jeune guerrier effrayait ses ennemis à tel point que la seule vue de son cheval les paralysait.

On aurait donc dû traduire par quelque chose comme Jeune-Homme-Redouté-Autant-Que-Son-Cheval.

 

INDIAN_WAR_HORSE_the_GOLDEN_SUN

 

Au côté du célèbre chef Red Cloud, il dirigea de nombreuses batailles contre les chercheurs d'or, les trafiquants et les colons. Après le massacre de Wounded Knee en 1890 il participa à la négociation de reddition en face du général Miles. Il mourut en 1900 dans la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud). Il est enterré au cimetière presbytérien Makansan près d'Oklala (Sud Dakota)

Edmond Young-Man-Afraid-Of-His-Horse

à Montauban en 2005

 

ed_03Un képi du 7e régiment de cavalerie à la visière frangée comme une épaulette d'officier, le tout surmonté d'un cimier en poils de porc-épic et de deux plumes d'aigle, telle était l'étonnante coifure d'Edmond Young-Man-Afraid-Of-His-Horse en tenue de parade. Un autre trophée ramené par son ancêtre debuglela bataille de la Little Big Horn était ce bugle de cavalerie conquis à l'ennemi que Ed tenait fièrement dans sa main droite pendant les danses. Ed est un descendant de la septième génération des héroïques guerriers de 1876. Il était la figure de proue de nos manifestations organisées du 17 au 25 mai 2005 « Au nom de la septième génération ». Tout au long de ces dix journées de rencontres, les débats avaient tourné autour de la question de savoir quel monde nous laisserions à nos descendants jusqu'à « la septième génération »

 

Ed tenant le bugle dans sa main droite

Ed est revenu en France quelques années après, invité par l'association "Un lien et des ponts pour le monde". Celle-ci pratique, comme OK-OC, des échanges culturels et des rencontres improbables entre des peuples éloignés par la distance mais proches par le cœur. C'est ainsi qu'ont pu se rencontrer des Sioux, des Masaaï, des Gitans et des autochtones bien sûr

 

Ed et notre ami Robert Hervé

échange de cadeaux entre Ed et un guerrier Masaaï

 

 Enfin, pour en savoir plus sur l'association "Un lien et des ponts pour le monde", nous ne saurions trop vous recommander de visiter son site

 On reconnaîtra sur la bannière, à gauche Ed Young-Man-Afraid-Of-His-Horse et vers le milieu Robert Hervé, grand violoneux devant l'Eternel

 

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http://www.unlienetdespontspourlemonde.com/pages/historique.html

 

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26 juillet 2014

Tulsa

L'histoire oubliée de Tulsa

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Tulsa est la deuxième ville de l'Oklahoma après Oklahoma City, aux Etats-Unis, avec une population de 391 906 habitants et 937 478 habitants pour l'agglomération en 2010.

Elle a la particularité d'être incluse, au moins en partie, dans la réserve Osage. C'est ce qui a permis aux Osages d'ouvrir un casino qui est très fréquenté et dont les revenus sont utilisés collectivement dans la tribu.

 

Tulsa est dans l'angle sud-est de la réserve osage (en vert)

 

Pendant des années, l'histoire de Tulsa a été oubliée de la plupart de ses habitants. Comment cette bourgade dont la principale activité était au 19e siècle le commerce du bétail a-t-elle muté brusquement en " capitale mondiale du pétrole "?

 

Tulsa en 1893 au carrefour de la grand'rue et de la deuxième rue

 

 L'expansion de Tulsa date du début duXXe siècle. Elle est intimement liée au pétrole. En 1901 est ouvert le premier puits, mais c'est surtout la découverte d'un très riche champ à Glenpool en 1905 qui attire les entrepreneurs. En 1907, Tulsa comptait 7 300 habitants, en 1921 elle en avait 72 000.

 

Tulsa aujourd'hui. Rivière Arkansas

Tulsa, centre-ville

Osage_Tribal_Museum

 

Hidden_History_TulsaUn auteur de Tulsa, Steve Gerkin, vient de publier un livre qui raconte ces histoires oubliées de sa ville. Il est venu le présenter hier, vendredi 25 juillet au musée tribal osage de Pawhuska.


 

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19 juillet 2014

protection des objets sacrés

Objets sacrés ou pièces de collection ?

 

par Marie-Claude Strigler

NAGPRA1Aux Etats-Unis, une loi de 1990 protège les sépultures, objets funéraires, restes humains et objets faisant partie du patrimoine culturel. C’est le Native American Graves Protection and Repatriation Act (NAGPRA), la loi sur la protection des sépultures et sur le rapatriement des objets sacrés (1). En vertu de cette loi, les musées, agences fédérales et universités qui reçoivent des fonds fédéraux sont tenus de recenser les objets amérindiens qu’ils détiennent et d’en informer les tribus concernées, qui peuvent en demander la restitution. L’origine de cette loi est la recherche qu’a faite un Cheyenne dans les années 1980 pour une pipe sacrée dont il avait besoin pour une cérémonie. Il avait entendu qu’elle se trouvait probablement à la Smithsonian à Washington. Il prit un rendez-vous et eut accès aux réserves. Là, il fut effaré de voir l’énorme quantité de « restes humains » au musée ; informées, les tribus s’en sont émues. Elles veulent pouvoir donner une sépulture à leurs ancêtres.

 

volontaires de la tribu Wanpanoag procédant à un inventaire dans un musée

inventaire (suite)

 

Toutes les tribus ne demandent pas le rapatriement de leurs objets sacrés, considérés comme des entités vivantes ; il y a néanmoins une coopération entre les tribus et les musées et universités, quant aux modes de conservation et surtout, à l’interdiction d’exposition au public. Entités vivantes, les objets sacrés ne peuvent théoriquement être vendus. Or, cette loi n’est applicable qu’aux Etats-Unis. Depuis plus d’un an maintenant, Paris semble être devenu le lieu privilégié pour les ventes aux enchères de kachinas (2) et de masques cérémoniels (la prochaine aura lieu le 27 juin).

Kachinas

masque cérémoniel hopi

Les premières ventes ont soulevé un véritable tollé ; les Hopis, entre autres, ont tenté de s’y opposer, sans succès évidemment. Survival International a également protesté. Lors d’une vente précédente, une fondation américaine a racheté la presque totalité des masques afin de les restituer à la tribu. L’affaire a fait beaucoup de bruit dans les médias français, ce qui était contraire aux vœux des tribus, car cela risque de révéler des informations censées rester secrètes.

Diane_Humetewa_1

Diane_Humetewa_2Le gouvernement fédéral est conscient qu’il y a un problème, d’autant plus qu’en France, la notion d’objet sacré est étrangère. Or, Les Etats-Unis ont une nouvelle juge fédérale, la première femme amérindienne : Diane Humetewa, une Hopi, qui  vient de passer une semaine à Paris, afin de parler de NAGPRA et d’envisager avec les responsables français une possible coopération pour protéger les objets sacrés amérindiens et ce qui, dans leur patrimoine culturel, est indispensable à leur identité et ne peut donc pas être une propriété individuelle. On remarque en passant que les Amérindiens qui ont fait des études supérieures en droit ne sont pas rares…

Christiane Taubira recevait Diane Humetewa à la Chancellerie à Paris

_______________________________
1. NAGPRA fait suite à toute une série de lois, la première étant celle de 1906, la Loi sur les Antiquités, qui protégeait le patrimoine contre les fouilles clandestines, très nombreuses dans le Sud-Ouest. J’ai interviewé des Navajos qui se souviennent avoir vu des files de voitures le week-end, chargées de gens armés de pelles et de pioches. Il faut bien admettre que certains Amérindiens non traditionalistes faisaient la même chose et vendaient leurs trouvailles. Or, pour que la loi sur les Antiquités soit applicable, il fallait que les objets datent d’au moins 100 ans, ce qui excluait tous les objets sacrés postérieurs, pourtant indispensables pour les cérémonies.
Entre temps, il y eut l’adoption de la loi sur la liberté de religion des Amérindiens (AIRFA) de 1978, qui leur garantissait, entre autres, l’accès à leurs lieux sacrés, même s’ils sont situés hors de leur réserve actuelle. Des étapes successives ont donc été franchies les unes après les autres, si bien que les tribus sont aujourd’hui libres de leur choix dans ce domaine.
2. Les Kachinas, sont souvent appelés « poupées kachinas ». Il en existe toute une variété, car ils représentent tout le panthéon pueblo (surtout hopi). Leur nombre n’est pas fixe, car il peut en apparaître des nouveaux, suivant les circonstances. Il ne s’agit de toute façon pas de jouets, bien qu’ils soient sculptés (en général dans du peuplier de Virginie – cottonwood - ) à l’intention des enfants. Ils ont un but éducatif, pour leur apprendre à connaître toutes ces déités. Mais les objets les plus « sacrés », qui soulèvent le maximum de protestation pour les ventes aux enchères sont les masques car, lors des danses, les Êtres Sacrés viennent habiter le danseur, et le masque couvre véritablement le visage de l’Être sacré lui-même puisque nul n’est cessé le voir à visage découvert.
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Dimanche 20 juillet - 18 heures

Festival "Cultures du Monde"

Gannat (Allier) - Auvergne

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Festival "Cultures du Monde"

Gannat (Allier) - Auvergne

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12 juillet 2014

Les Osages ont un nouveau chef

Geoffrey Standing Bear

Chef principal de la Nation Osage

 

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Geoffrey_Standing_Bear_00Un nouveau chapitre de l'histoire de la nation Osage vient de s'ouvrir. Le nouveau gouvernement, élu ces jours derniers pour quatre ans, est présidé par Geoffrey Standing Bear, chef principal et Raymond Red Corn, chef assistant. Les autres membres de ce pouvoir exécutif sont Alice Buffalo Head, James Norris, Otto Hamilton, Angela Marie Pratt, Dr Ron Shaw, William "Kugee" Supernaw ainsi que les juges Meredith Drent et Marvin Stepson

Docteur en droit, Geoffrey Standing Bear exerce la profession d'avocat pénaliste, il a été membre de la Cour suprême de justice de la Nation Sac and Fox, puis procureur général de la Nation Navajo. Il a servi ensuite comme Conseiller général de la Nation Muskogee (Creek), puis à la Cour supême de justice de la Nation Cherokee.

En 1990 il était élu chef assistant de la nation Osage, le chef principal étant Charles Tillman. C'est l'année suivante, en août 1991, que nous l'avions rencontré : la première délégation d'OK-OC avait été reçue à Pawhuska puis à Gray Horse par les chefs de la nation Osage.

 

 

 

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Geoffrey Standing Bear prêt pour les danses traditionnelles

Geoffrey Standing Bear prépare une loge de sudation

Le chef assistant

Raymon Red Corn, chef assistant de la Nation Osage

Les autres membres du Conseil tribal

Alice Buffalohead

James Norris

Otto Hamilton

Angela Pratt

Dr. Ron Shaw

William

En 1992, OK-OC avait invité à Montauban Sean Standing Bear le frère cadet du chef actuel. Sean avait beaucoup impressionné par sa connaissance de l'histoire et traditions de son peuple, mais aussi par sa haute stature.

Sean Standing Bear et Roger Ladevèze à la mairie de Montauban

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05 juillet 2014

Alain Daumas témoigne

Mémoire tsigane

 

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Notre ami Alain Daumas (1), bien connu des adhérents d'OK-OC et des visiteurs habituels de ce blog, rentre d'un voyage en République tchèque où il participait, avec d'autres représentants tsiganes, à la préparation d'une prochaine " Roma Pride ". A l'occasion de son court séjour il a visité des lieux de mémoire qui l'ont bouleversé et dont il nous rend compte ici.

Depuis sa création en 1989, OK-OC a toujours tenu à manifester sa solidarité à l'égard des "gens vu voyage" (désignation officielle de l'administration française). On peut se demander quelle est la raison de cet intérêt car on voit mal, à priori, ce que les Manouches (3) viennent faire dans un projet d'échanges culturels avec des Indiens d'Amérique. Ces peuples ont pourtant des points communs : marginalisés, victimes du racisme, de la pauvreté, parfois du terrorisme et naguère de génocide. Les Indiens, comme les Tsiganes, ont la réputation d’être des asociaux et des incapables. Cependant les Tsiganes comme les Indiens ont de solides traditions qu’ils préservent et défendent envers et contre tous. Ils sont riches d’une culture héritée de leurs ancêtres tout en montrant d’étonnantes capacités d’adaptation au monde moderne. En associant et en faisant se rencontrer Indiens, Tsiganes et Occitans (de souche ou de cœur), nous ne faisons que suivre l'exemple de Folco de Baroncelli, le poète provençal, ami de Mistral, des Indiens et des Gitans.  J-C. D.

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quatre Manouches, deux Indiens et un Gadjo

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Alain Daumas, président national de l'UFAT

 Alain Daumas :

Un imprévu de dernière minute me fait modifier tout un programme planifié depuis quelques temps au «  ministère du logement ». Le DIHAL (2) ne pouvant envoyer un représentant de L’UFAT, me voilà contraint de représenter la France, ce qui fut fait ! Me voilà dans un avion de  dernière minute, avec mon épouse qui décide de m’accompagner. Le matin du 11 juin nous prenons la route en direction de Paris  avec mon véhicule personnel. Arrivés à Paris vers midi nous nous préparons à organiser notre voyage dans le but aussi de faire quelques visites et emplettes  à Prague.  Dès 4h30 du matin le lendemain on nous amène à l’aéroport de Paris CDG ou nous prenons l’avion de 6 heures avec une escale à Francfort…  Après une attente de deux heures nous reprenons la correspondance pour Prague ; il est dix heures trente. De là nous prenons un taxi qui nous amène à l’hôtel le Plazza en centre ville. A notre arrivée nous prenons notre chambre déjà retenue, et nous soufflons un peu, ho ! pas longtemps car il nous à fallu manger un petit sandwich  et aussitôt commencer la réunion.

 

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Cette réunion commence par les présentations comme il est d’usage. Plusieurs pays de L’Union Européenne sont représentés par des organisateurs et autres militants de la Roma-Pride, ambiance très sympathique est  décontractée. J’oublie de vous dire que tout était traduit en anglais, mais grâce à nos organisateurs, la traduction était parfaite. Après un heure et demie d’échanges et de présentations, de planification du déroulement de ce séjour nous nous sommes rendus à l’ambassade de France en centre ville.

 

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Monsieur l’Ambassadeur nous reçoit avec tous les honneurs, avec beaucoup de simplicité et d’écoute. Nous sommes vraiment très surpris par l’accueil qui nous a fait chaud au cœur avec mon épouse. De plus la réception comprend tout un échantillon de mise en bouche, vraiment très satisfaisant. Merci Monsieur l’Ambassadeur.

Son Excellence Jean-Pierre Asvazadourian, ambassadeur de France en République tchèque

Suite à cette réception nous sommes rentrés à l’hôtel où nous avons terminé cette journée en réunion avec une prise de pizza au passage et cela jusqu'à dix heures si ce n’est plus. La fatigue se faisant sentir il m’a été très difficile de tenir les yeux ouverts. A la fin de cette réunion,  très fatigués et épuisés, nous sommes montés dans notre chambre et là nous nous sommes endormis  très vite. Journée du 12 juin terminée.

Deuxième jour, vendredi 13 juin. Lever à 7h30, très fatigués, mais présents, nous descendons prendre le petit déjeuner. Après les bonjours avec tous les participants, nous nous apprêtons à prendre la route avec un car qui nous attend déjà. J’étais loin d’imaginer la douleur que j’allais subir et l’angoisse que cela allait nous causer, mon épouse, moi et tous les membres du groupe. Nous voilà embarqués  dans ce car avec un regard très curieux sur le paysage, les habitations et bien d’autres curiosités tout au long du parcours. Après avoir parcouru une soixantaine de kilomètres, nous voilà arrivés à destination : LETY (4). Notre guide local qui s’occupe du génocide tsigane et de biens d’autres actions en faveur des Roms, nous explique  l’itinéraire qui met en évidence  la raison de cette visite ainsi que la mauvaise volonté du gouvernement tchèque de ne pas accepter la reconnaissance du drame qui s’est déroulé ici pendant la seconde guerre mondiale. Effectivement dans ce parcours nous arrivons à un endroit ou plusieurs habitations (genre colonial) en plein milieu des bois, surgi de nulle part, fait apparaître une atmosphère pesante et lourde, inhabitée depuis plusieurs années. Chacun comprenait que quelque chose de grave s’était passé à cet endroit.

 

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Prague22Notre guide prend la parole ; il nous explique que  cet endroit  était occupé par des riches propriétaires et que dans tous les bâtiments attenants étaient logés les esclaves Roms. Ils étaient employés à refaire les routes, les parcs, entretiens des bois etc. Pendant la seconde guerre mondiale, un camp d’extermination à proximité des propriétés est monté. Dans ce camp, tous les Roms des alentours de Prague sont enfermés et continuent à servir d’esclaves à ces riches propriétaires.  Tout ça avec la complicité du gouvernement de l’époque.

 

Prague20Nous continuons notre route, oh ! pas bien loin, juste à côté. Nous arrivons sur une route en plein milieu des bois. Au passage, cette route à été construite par les esclaves Roms. Notre car s’arrête sur un petit parking  juste en face d’un petit chemin goudronné,  barré par un gros camion mis en travers  comme pour marquer la limite à ne pas dépasser. Nous descendons du car. Quelle fut ma surprise de voir des voitures de police qui nous « attendaient » avec des services de sécurité civile aussi. Notre guide en explique la raison : les services d’Etat ne veulent surtout plus remuer un événement  qui s’est produit dans ce camp, et qui les dérange. Ce camp fut transformé en usine à cochons de manière à ne  pas avoir de comptes à rendre et éviter tous un cérémonial de commémoration.

 

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Donc, après avoir contourné le gros camion qui barrait la route d’accès à l’usine nous passons au bord d’un lac. Notre guide marque une halte et nous explique la tragédie qui s’est produite  à cet endroit. Plusieurs enfants Roms furent noyés dans ce lac. Pour expliquer de tel actes commis par les autorités locale et gouvernementale, la faute en fut attribuée aux parents Roms en prétextant leur difficulté de les nourrir. C’est du moins la rumeur qu’évoquaient les responsables du camp à cette époque. A l’écoute du récit de notre guide sur ces faits, une atmosphère pesante et lourde se fait sentir. Une sorte d’injustice innommable nous fait grincer des dents et quelques larmes sur nos visage montrent notre compassion pour les victimes qui ont subi la  barbarie de la folie des hommes.

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Nous continuons à pied notre route et nous voilà devant l’usine qui en fait était le camp d’extermination des Roms. Bien sûr tout était fermé et pour cause, notre visite n’était pas la bienvenue. Nous arrivons devant les grilles de l’usine en silence, comme si on voulait éviter de réveiller ou déranger la mémoire de nos frères et sœurs victimes de cette tragédie, de cette page tragique de notre histoire. Notre mémoire nous ramène dans le passé et nous imaginons comment cela a pu se produire. Mille questions se bousculent dans nos têtes. Pourquoi ?  Qu’a donc fait mon peuple pour mériter cela ? Devant ces grilles nous avons brandi des photos d’actes commis dans des camps d’exterminations, un peu partout (Auschwitz, Birkenau, Dachau, Buchenwald…)

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Ensuite nous avons dû contourner l’usine par le bord du lac et là,  nous sommes face à un petit coin ombragé avec un petit banc et un espace de pelouse parsemé de quelques pierres striées  posées au sol ici et là. Au début on n’en comprenait pas la signification mais sur le parcours nous arrivons devant un grand panneau, écrit en langue tchèque et en anglais. Le texte nous rappelle qu’à cet endroit existait un camp d’internement pour Tsiganes et que les épidémies et l’insalubrité etc. ont fait des victimes. Point.  A aucun moment l’implication des autorités locale ou nationale ne fut en cause. Un peu plus loin, trois pierres, de taille modeste, rappellent un monument, très symbolique pas plus, dédié aux victimes tsiganes.

 

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Ma curiosité va me pousser à demander à notre guide la raison de ces pierres striées. Je suis surpris par la réponse et quelque peu gêné d’avoir piétiné un endroit  qui en fait était une fosse commune. Ma tristesse et mon émotion ne font que s’amplifier. Nous partons pour contourner cette usine ce qui nous amène pratiquement à l’entrée telle que fut le véritable accès du camp à l’époque.  Là aussi un petit panneau  tout rouillé en signifie les raisons, très peu lisibles, des  faits qui se sont produits à cet endroit.

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 Nous nous sommes arrêtés un long moment devant ce qui fut l’entrée de ce camp dont nous pouvons apercevoir encore les baraquements qui servaient d’abris, si je puis dire, aux Tsiganes. Bien sûr nous ne pouvons avoir accès au camp puisqu’il est entouré, comme à l’époque, de grillage avec pour traçabilité, encore, les grands poteaux en béton qui marquent les limites à ne pas franchir. Les responsables du groupes et organisateurs de la Roma-Pride improvisent un cercle avec les participants et devant ce grillage une commémoration symbolique a lieu, avec une intense émotion et une grande tristesse (beaucoup de larmes ont coulé). Après une prise de parole de divers organisateurs rappelant cette tragédie, on nous prévient nous aussi de devoir être très vigilants à l’avenir et que notre devoir est de faire tout notre possible pour ne pas effacer des mémoires cette tragédie. Après  l’hymne international Djelem-Djelem et une minute de silence, nous sommes appelés chacun notre tour par nos  nom et prénoms  en tant que  représentants des pays, afin de déposer une rose sur le grillage et ainsi marquer notre douleur  et notre tristesse devant ce camp .

 Prague13Ensuite nous reprenons le chemin en sens inverse et dès que nous arrivons au bord du lac nous improvisons là aussi une petite cérémonie en hommage aux enfants Tsiganes noyés dans ce lac  après que tout le monde sans exception ait lancé dans l’eau une fleur, rappelant ainsi que les années passées n’effacent en rien cette mémoire que nous devons protéger.

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Nous repartons, laissant derrière nous des sentiments d’impuissance. Que devons nous faire ? Après cela nous nous dirigeons vers la gare. Cette petite gare, en apparence tranquille, entourée d’un petit bois laisserait supposer qu’il est agréable de profiter de cette tranquillité, mais le passé nous rattrape et dévoile sa véritable  réalité. Nous comprenons très vite là aussi, bien avant que notre guide en explique la raison, le rôle de cette petite gare qui nous laisse deviner quelle était la véritable destination des tous ces Tsiganes arrivés ici.

 

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Nous allumons des petites bougies amenées pour l’occasion et nous marquons aussi un moment de recueillement pour la mémoire des toutes ces victimes dont aucune n’en  est revenue. Après quelques échanges avec le groupe nous partons vers le cimetière communal. Dès notre arrivée, mon attention se porte sur les pierres tombales des Tsiganes, toutes très modestes, mais surtout leurs emplacements qui  m’étonnent un peu. Ma conviction se confirme lorsque, un peu plus loin, une liste des victimes Tsiganes  se trouve contre ce mur d’enceinte et qui plus est dans un angle du cimetière comme si on voulait économiser de la place. Et pour bien comprendre que tout cela était décidé par avance, nous avançons un peu plus loin. Là aussi, contre le mur du cimetière, la liste de tous les enfants exécutés, assassinés dans ce camp, mais minimisé par l’Etat puisque ils étaient prétendument victimes d’épidémie (version d’Etat).

 Prague19Un petit monument représentants trois femmes attristées symbolise la douleur des mères pour la perte de leurs enfants. Vraiment, après en avoir vu tout cela, on comprend que malgré toute la souffrance que l’on nous inflige à travers les siècles, nous sommes toujours considérés comme des indésirables. Nous reprenons le car et repartons pour Prague. Le retour est très animé des conversation sur cette journée. Des questions sont posées. Enfin, après un voyage très fort en émotions nous arrivons à l’hôtel où chacun rejoint sa chambre et s’accorde une petite heure de repos. Aussitôt après il nous a fallu descendre pour reprendre la réunion jusqu’à dix heures  du soir, entrecoupée d’une prise de collation  Fin de cette journée du 13 juin.

 Après une nuit très agitée par les tourments de la veille, je pensais que cette journée qui commençait allait être un moment de récupération afin de pouvoir souffler un peu, mais il n’en était rien bien au contraire. Mes sentiments allaient être mis à rude épreuve. J’étais loin d’imaginer encore ce qui m’attendait.

Aussitôt levés, après un petit déjeuner rapide, nous voilà encore transportés dans un train de grande ligne dont la destination m’échappe mais à au moins cent cinquante ou deux cent kilomètres de Prague. Dès notre arrivée nous prenons un bus qui nous emmène à l’extérieur de la  ville. Le paysage change soudain et laisse apparaitre des bâtiments sinistres et délabrés. Les rues sont désertes. On a l’impression de faire un bond dans le passé et de nous trouver comme dans certains films en 1940, laissant apparaître ruines et désolation. Après un regard effaré nous apercevons un petit groupe de jeunes Roms qui nous attendaient à un croisement de rues avec une petite sono posée à même le sol.

 

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Prague15Une fois que notre groupe est réuni autour des jeunes ils se mettent à chanter et danser comme pour nous souhaiter la bienvenue. Je m’éloigne du groupe est je me dirige vers des adultes Roms qui nous regardent très curieusement, mais avec une certaine méfiance. D’ailleurs j’en comprend très vite la raison, puisque moi-même j’ai déjà vécu ce genre de situation plusieurs fois.  Mon regard se pose sur tous les enfants, qui nous dévisagent et se demandent sans doute ce que nous venons faire ici. Les adultes aux fenêtres ou devant leurs portes se posent sûrement la même question. A ce moment-là je commence à ressentir un poids énorme sur ma poitrine qui me serre de plus en plus. Les mots ont du mal à sortir et mes yeux qui se remplissent de larmes m’empêchent de voir clairement toute cette horreur autour de moi. Je tourne la tète pour éviter le regard de ces pauvres gens mais rien n’y fait, au contraire ils sont bien là, ils essayent de me sourire pour effacer leur tristesse et leur mélancolie. Comment résister à cela ? Leurs souffrance, c’est aussi la mienne. Me voilà projeté dans un délire d’incompréhension en cherchant tous les moyens pour  d’éviter cela. Que pourrait-on faire ? et que doit on faire ? J’essaye de comprendre, mais en vain, pourquoi ? Je repars.

Après avoir marché dans les rues j’avais le sentiment que tous ces gens étaient l’objet de curiosité. J’étais très mal à l’aise. Plus loin je  rencontrai des gens et échangeai avec eux quelques mots. Ils nous invitèrent à manger du goulasch pour marquer leur sympathie et leur hospitalité. Nous  nous dirigeâmes ensuite vers l’entrée où les jeunes nous attendaient. Là, notre représentante passa quelques messages, pour soutenir tous ces pauvres gens et elle demanda aux représentants des pays représentés de dire quelques mots, ce qui fut fait. Quand ce fut mon tour, la gorge très serrée et les larmes aux yeux, je m’engageai à aider mon peuple de toutes mes forces, quelles que soient les difficultés rencontrées ou autres obstacles. Tout en disant cela, mon regard ne se détachait pas de tous ces gens devant moi et encore moins des enfants aux regard curieux qui avec un petit sourire après traduction applaudissaient.

 

Alain Daumas avec Paul Polansky, historien américainAprès des au-revoir chaleureux nous dûmes repartir, avec un gros nœud à l’estomac, culpabilisant notre impuissance. Moi, qui venait d’un beau pays qui s’appelle la France où j’ai vécu l’abondance, la protection par les droits de l’homme, tout en bénéficiant des avantages sociaux comme tous les citoyens Français et voir ce qui se passe à notre porte, où nos frères et sœurs Tsiganes, rejetés, mis à l’écart, dépourvus de tout, où la souffrance est leur quotidien, quels doivent être mes sentiments ? Ou mon opinion, après avoir vu cela ? A-t’on le droit de n’être que des spectateurs, sans réagir ? Eh bien non !

Je ne peux et je n’accepterai pas cela. Je m’efforcerai de rétablir la justice pour mon peuple, de redonner la dignité à des hommes et des femmes porteurs d’une immense richesse culturelle. Je m’efforcerai de faire partager toutes nos différences, accepter de tendre la main, pour qu’un jour on voit briller dans les yeux de nos enfants UN VENT DE LIBERTE.

 

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 En conclusion, après avoir vu tout cela, mes sentiments humains vont au delà de ce que j’avais appris. Bien que j’aie eu déjà connaissance de ce drame qui ce jouait dans les pays de l’Est et que j’aie été un des plus fervents défenseurs – ce qui parfois m’a valu quelques critiques au sein de ma communauté mais bref, passons –  aujourd’hui, j’éprouve une grande fierté d’appartenir à un peuple libre et fier et je remercie du fond du cœur mes ancêtres de m’avoir enrichi dans mon cœur de toutes ces valeurs humaines qui font de moi et de mes enfants des êtres uniques. Je terminerai par ces quatre  mots :

Connaître – Admettre – Respecter – Partager

 

UFAT_3______________________________________

Prague181. Alain Daumas est le président national de l'UFAT (Union Française des Associations Tsiganes) qui fédère près de quatre-vingts associations françaises de "Gens du Voyage " (comme si les Gadjé ne voyageaient pas !) Il est aussi Médiateur européen et interlocuteur privilégié du monde tsigane auprès des autorités françaises et européennes. Il réside à Montauban (quand il ne voyage pas), près de chez moi et il est mon ami. J-C. D.

2. DIHAL : Délégation interministérielle à l'hébergement et l'accès au logement3. Les Manouches sont l'une des branches de l'arbre tsigane, les autres branches étant les Gitans, les Sintis et les Roms. Tous sont issus du même peuple venu d'Inde au 15ème siècle

3. MANOUCHES : Les Manouches sont l'une des branches de l'arbre tsigane, les autres étant les GITANS, SINTIS et ROMS. Tous sont issus d'un même peuple originaire d'Inde et arricvé en Europe au XVème siècle

 

4. LETY : Le 2 mars 1939, deux semaines avant l'occupation allemande, le gouvernement tchécoslovaque ordonne qu'un camp de travail soit mis en place pour ceux qui refusent de travailler (le travail est alors obligatoire).

La construction d'un camp près du village de Lety commence le 17 juillet. L'emplacement est choisi parce que les forêts voisines, appartenant à la famille Schwarzenberg, ont été dévastées par une tempête. Le camp se compose initialement de 50 baraques et d'une grande maison en bois entourées d'une clôture. Des gendarmes tchèques sont chargés de garder les lieux (le service dans les camps est considérée comme une peine disciplinaire). Josef Janovský est nommé commandant. Les douze premiers prisonniers arrivent le 17 juillet 1940.

Les chiffres suivants peuvent être considérés comme des minima. La compilation des données existantes donne un total de :

  • 3 500 prisonniers internés dans le camp (dont 1 300 Roms),
  • 350 décès sur place (estimation), dont les 30 enfants nés dans le camp,
  • plus de 500 déportés à Auschwitz.

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28 juin 2014

Navajo code talker

 Le dernier des Navajo Code Talkers

 

Chester Nez

 

Chester Nez, le dernier survivant du groupe des Indiens Navajo Code Talkers est mort mercredi 4 juin à Albuquerque  (Nouveau Mexique ) d'une insuffisance rénale à l'âge de 93 ans. Les NCT eurent un rôle important dans l'armée américaine lors de la deuxième guerre mondiale dans le Pacifique.

Navajo_code_talkers

 

les Navajo Code talkers

 

Navajo Code Talkers

chester_nez_3Chester Nez faisait partie des vingt-neuf premiers Navajos recrutés par le corps des Marines des Etats-Unis pour utiliser un code secret basé sur leur propre langue navajo. Celle-ci devait servir à communiquer les messages militaires en cours d'opérations. Du fait que cette langue n'était pas écrite, parlée seulement dans le sud-ouest des Etats-unis et connue par seulement une trentaine de non-Navajos, l'armée américaine supposa que les Japonais ne parviendraient pas à décrypter un tel code. Et c'est bien ce qui se produisit.

« Quand nous développions notre code, nous faisions attention à employer des mots de tous les jours, pour qu’on puisse les mémoriser et les réutiliser facilement », avait confié en 2002 Chester Nez à CNN. « Je suis fier de dire, ajoutait-il, que les Japonais n'ont jamais réussi à casser notre code malgré tous les moyens dont ils disposaient »

Les Navajo Code Talkers ont servi dans six unités différentes des Marines. Six d'entre eux furent tués au combat.

Chester Nez

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« Je me suis engagé  parce qu'il n'y avait pas de travail dans la réserve  »

 

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