Oklahoma-Occitania

15 août 2015

" Confluence "

 

Développement ou protection

de l’environnement

et des lieux sacrés ?

 

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C’est dans la réserve navajo que le Colorado et le Petit Colorado se rejoignent, en un lieu appelé « Confluence ». Le seul moyen d’y accéder est de suivre une piste pendant deux heures jusqu’à une région reculée et désertique, le Chapitre de Bodaway Gap, à moins de descendre le Colorado en radeau.

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Or, la région n’est pas aussi déserte qu’il y parait. Le paysage est parsemé de hogans, d’enclos à moutons, et de quelques fermes d’élevage : des vaches, des moutons, des chevaux et des élans y paissent. Une faune variée y habite. La Confluence abrite aussi une variété menacée de cactus, le cactus Pedio. Les hommes médecine viennent y récolter des plantes médicinales et du tabac sauvage pour leurs cérémonies.

Center

Le calme n’est rompu que par le bruit des hélicoptères et des avions chargés de touristes, qui viennent survoler la Confluence, L’entreprise Confluence Partners LLC compte sur cet engouement pour assurer le succès d’un énorme projet de développement de 500 millions de dollars, qui couvrirait 221 hectares sur la rive nord du Grand Canyon. Des télécabines amèneraient les touristes au fond du Canyon en dix minutes, une passerelle surélevée permettrait de se promener le long du fleuve et un pavillon regroupant divers restaurants permettrait de se restaurer. À cet ensemble viendraient s’ajouter un centre de découverte décrivant les relations des tribus avec le Canyon, un complexe multimedia et 4 400 mètres carrés de commerces et restaurants. Ultérieurement, Confluence Partners prévoit de construire des hôtels, des motels, un camp de caravaning et une épicerie. Ce projet commercial est, pour l’instant, peu connu du grand public.

 

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Le Conseil tribal navajo n’a pour l’instant pas approuvé le projet. Les avis sont partagés : les opposants au projet affirment qu’une route goudronnée le long du sentier existant aurait des conséquences néfastes, sans que les Navajo en tirent un quelconque bénéfice. Pour ses partisans, il permettrait de développer la Bennett Freeze area et de créer des emplois.

Selon les termes du projet, la Nation navajo financerait la construction de la route, les lignes électriques, le creusement des puits et les routes d’accès aux maisons (promises par les promoteurs). Ce serait également à la Nation navajo de construire des logements pour les ouvriers. Au final, ce sont les promoteurs, et non les Navajo, qui auront le contrôle de toute la zone couverte par le projet, dans un rayon de 20 kilomètres autour de la Confluence. Si le projet se réalise, les promoteurs auront le pouvoir de décision sur les projets de développement économique de toute la région, et le contrôle des routes, des lignes électriques, etc.

 

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Jason Nez travaille pour le département d’archéologie navajo depuis sept ans ; il a travaillé auparavant pour le National Park Service et pour le Musée d’Arizona du nord. Il estime que son rôle a toujours été de protéger les ressources culturelles de la Nation navajo. Or, la Confluence est une ressource naturelle, certes, mais aussi un bien culturel. Pour lui, il est scandaleux que les Navajo financent un projet et n’aient pas leur mot à dire sur sa mise en place et sa gestion.

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Renae Yellowhorse a créé un groupe appelé « Sauvez la Confluence ». Elle explique que des familles y élèvent leurs moutons. Une route goudronnée changera les schémas d’écoulement des eaux, alors qu’actuellement leur zone de pâturages n’est traversée que par une piste qui mène au bord du canyon. De plus, ces familles ne bénéficieront pas du développement en raison d’une clause de non-concurrence : il leur sera même impossible de vendre les produits de leur artisanat le long de la route, ce qui serait considéré comme une concurrence aux boutiques du projet.

Dave_Uberuaga

 

Dave Uberuaga, superintendant du Parc du Grand Canyon, est persuadé que, pour la plupart des Américains, le Grand Canyon devrait être le site le mieux protégé des États-Unis. Or, les membres de Confluence Partners estiment que le National Park Service laisse déjà les touristes profaner le lieu en permettant aux bateaux de s’arrêter afin que les touristes puissent se baigner ; c’est un argument fallacieux : les Navajo eux-mêmes trouvent normal de se baigner, une expression de leur relation avec la nature qui les entoure. Pour les tribus de la région, les lieux sont habités par les Êtres Sacrés qui vivent en bonne intelligence avec les hommes. Ils sont liés à leur histoire des origines, comme le sipapu des Hopi. Ce serait la fin de ce monde si le calme du Grand Canyon était perturbé par le cliquetis des télécabines, le bruit des touristes et les odeurs de hot dogs. Les promoteurs disent aussi que l’opposition du National Park Service à Confluence Partners est hypocrite, si l’on pense au développement de la rive sud du Grand Canyon et au Phantom Ranch. Mais Roger Clark, chef de projet au Grand Canyon Trust, rappelle que, lors du développement de la rive sud, le Park Service n’existait pas. Même lorsque le National Park Service a été créé en 1916, le Grand Canyon n’était pas encore un parc. Il ne l’est devenu qu’en1919.

Selon le site de l’association « Sauvez la Confluence », la région est sacrée pour 18 tribus.  La sacralité des lieux est contestée par Confluence Partners. Ils n’ont découvert aucune preuve de l’existence de lieux sacrés. Ils prétendent que, de toute façon, le développement ne sera pas proche des nids d’aigles des Hopi, ni de la piste du sel des Hopi (Hopi Salt Trail), ou des diverses sources. Mais une carte de la région montre bien que la route est parallèle à la Salt Trail et la traverse même en certains endroits.

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Leigh Kuwanwisiwma est directeur du Bureau de protection du patrimoine hopi et responsable de l’accord intergouvernemental signé et approuvé par les Conseils tribaux navajo et hopi. Kuwanwisiwma dit que les Hopi ont établi une liste des lieux sacrés navajo situés dans la réserve hopi, et s’entendent avec les Navajo pour leur en laisser le libre accès en permanence. Inversement, les Navajo ont une liste des lieux sacrés hopi situés dans leur réserve. Or, si le Conseil tribal navajo donne son approbation au projet de développement de la Confluence, il violerait l’accord entre les deux tribus. L’un des lieux qui figure sur la liste des Hopi est la Confluence. La piste du sel est au cœur des croyances hopi. Elle descend des villages hopi jusqu’au fond du Grand Canyon. La Confluence est importante, car c’est là que la piste du sel rejoint le canyon principal. C’est un lieu de pèlerinage et un lieu de sépultures.

Des questions sans réponse

Selon les promoteurs, le projet de développement se trouvera dans une zone disposant d’une importante nappe phréatique et, si actuellement l’eau est rare, c’est parce que les fonds ont manqué pour creuser des puits et construire des canalisations. Cependant Sinjin Eberle, de l’organisation American Rivers,  affirme que les promoteurs n’ont répondu à aucune question pratique : comment amèneront-ils l’eau pour les restaurants et les hôtels ? Pour construire les piles de béton qui soutiendront la passerelle surélevée tout le long du canyon ? Que feront-ils des eaux usées dans le fond du canyon ? Les adversaires du projet ont d’autres questions : comment les ouvriers descendront-ils au fond d’un canyon auquel on ne peut accéder que par une piste ou par radeau ? Comment descendront les bulldozers et les grues ? Comment protéger l’environnement des matériaux de construction toxiques ? Nez et Yellowhorse affirment que le canyon est un gage de sécurité pour les tribus et pour leur terre. Ils le comparent à un bouclier.

Développement ou pas, usage ou protection, ces questions sont permanentes pour le parc, mais aussi pour les tribus concernées. Nez rappelle que, contrairement à ce que croient les promoteurs, tout le monde ne souhaite pas avoir l’électricité et une route goudronnée. Les Navajo et les Hopi veulent pouvoir conserver leur mode de vie et leurs lieux sacrés dans un endroit préservé, qu’ils pourront transmettre à leurs enfants. Les négociations entre les Navajos et Confluence Partners avaient commencé sous la présidence de Joe Shirley. Or les Navajos ont un nouveau président depuis début mai, Russel Begaye, qui a immédiatement déclaré qu’il n’était pas en faveur de ce projet, qu’il était prêt  y opposer son veto. Affaire à suivre.

Marie-Claude Strigler

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01 août 2015

Ga-ni-tha ou le chaos vu par une artiste de la Nation Osage

 

Osage_News

Une artiste apporte le chaos

à la Biennale de Venise

 

Biennale

Marie-Claude Strigler a traduit pour nous l'article ci-dessous publié dans le numéro du 18 juin 2015 du journal Osage News, sous la signature de Tara Madden.

http://osagenews.org/en/article/2015/06/18/osage-artist-brings-chaos-venice-biennale/

This story originally was published by the Osage News (osagenews.org) and is used with permission.

 

Keli Mashburn

 

ga_ni_tha (le chaos, en langue OsagePour la photographe Keli Mashburn, le chaos est un élément spirituel et complexe de notre vie quotidienne. Ses photos et son film vont au plus profond du chaos, invitant le spectateur à en tirer ce qu’il souhaite. Son dernier projet, Ga-ni-tha, un projet photographique et cinématographique en collaboration avec son amie Marcella Ernst, a fait ses débuts internationaux au mois de mai à la Biennale de Venise, en Italie. Créée en 1895, la Biennale est le plus grand festival d’art contemporain au monde, et est devenue l’une des plus prestigieuses institutions culturelles.

« Nous ne nous attendions pas à ce que la première ait lieu à Venise ; nous croyons rêver », confie K. Mashburn.

Keli Mashuburn présente Ga-ni-tha comme une explication des cycles de désordre et de changement inhérents à l’univers. L’observation et la compréhension du chaos et de ses règles permettent aux hommes d’atteindre l’équilibre.

Ga-ni-tha est un projet de film de cinq minutes, fait d’un mélange de photos, de chant, prières, de paroles et de paysages. Durant l’événement en Italie, des photos du film furent exposées en plein air, dans la cour, si bien que les gens pouvaient les revoir, et se forger leur propre opinion.

 

Elle dit qu’elle n’avait jamais réellement été exposée, mais qu’elle avait été heureuse et enthousiaste d’avoir été invitée.

Depuis 20 ans, Keli Mashburn développe ses photos en noir et blanc dans sa chambre noire. Elle aime expérimenter diverses techniques pour explorer la sphère qu’il y a entre l’espace physique et le mythe personnel.

Elle aime l’art et la photo, mais n’a  jamais réellement songé à vendre ses œuvres. Elle le fait pour son plaisir et par amour de l’art, pas pour l’argent.

Bien qu’elle ait fait des milliers de photos, elle n’en montrerait pas plus d’un quart, car ses photos traduisent ses pensées et sa passion.

Ga-ni-tha est un film en deux parties. Son second film, Wah-shka, sera présenté à la Biennale de Venise de 2017 et, comme cette année, sera sur le thème du festival. Ga-ni-tha a pu être réalisé grâce au soutien de la Fondation des Arts et des Cultures autochtones, la Fondation de la Nation osage, le Musée Ajutry et le Collège occidental.

Keli Mashburn est originaire de Fairfax, en Oklahoma, du district de Grayhorse. Lorsqu’elle ne travaille pas, son plaisir est d’assister aux danses annuelles de In-Lon-Schka.

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Keli Mashburn est bien connue à Montauban où elle fit un voyage d'une dizaine de jours en mars 1994 avec un groupe de collégiens de Fairfax en Oklahoma, la ville voisine du village osage de Gray Horse d'où elle est originaire. Elle était accompagnée de sa sœur Manon. Nous sommes heureux à OK-OC, d'apprendre que Keli et Manon Mashburn ont bien tracé leur piste dans la vie. Manon est devenue docteur en médecine et Keli, artiste photographe avec le succès que l'on connaît.

Avec tous les compliments d'OK-OC et un amical bonjour de Montauban

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25 juillet 2015

appel aux femmes

LES GUERRIERES

DES TEMPS MODERNES

 

Sans_Souci

Reprise du compte Twiter d'une amie Omaha : Rene Sans Souci, voici une toile d'un peintre amérindien du Canada, Aaron Paquette qui lance un vibrant appel à la moitié féminime de l'humanité. Vos commentaires sont les bienvenus.

Nous sommes engagés dans une bataille pour l'âme de la planète

Et vous êtes cette âme

Vous êtes les guerrier(e)s

Et votre heure est venue

Les Femmes sont les Guerriers que notre époque appelle

Vous êtes les Guerriers dont nous avons besoin

Aaron Paquette : aaronpaquette.net

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18 juillet 2015

Monnaie de singe

WAMPUM

...Il était une fois...

la dévaluation

 

Avant l'arrivée des Européens, les Algonquins qui vivaient sur la côte atlantique avaient développé un remarquable artisanat : la fabrication des wampums.

Ces wampums étaient faits de coquillages cylindriques enfilés comme les perles d'un collier sur des ficelles, elles-mêmes assemblées sous forme d'écharpes ou de ceintures.

Pour faire un wampum, les Indiens découpaient des bandes dans d'épaisses coquilles de praires et les usaient sur du sable jusqu'à obtenir des cylindres. Ils perforaient ensuite ces cylindres dans le sens de la longueur. Pour effectuer cette opération délicate sans faire éclater la perle, ils utilisaient soit une mèche très fine en pierre ou bien une mèche de bois trempé dans du sable mouillé. Deus sortes de perles étaient ainsi fabriquées : des perles rouges et des blanches. Quand on sait qu'une petite partie seulement de la coquille de praire est de couleur pourpre - juste assez pour obtenir une unique perle - tandis que la plus grande partie de la coquille est de couleur blanche, on comprend pourquoi les perles pourpres avaient davantage de valeur que les blanches. Le résultat était remarquable et le wampum avait de ce fait une grande valeur.

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Vint alors l'homme blanc avec ses outils de métal qui rendirent plus aisée la favrication des wampums, bien que ce fût encore loin d'être devenu un jeu d'enfant. La quantité produite augmenta considérablement. Les tribus de l'intérieur, principalement les Iroquois, utilisèrent les wampums pour célébrer un événement, enregistrer un message, consigner les clauses d'un traité ou marquer toute occasion solennelle. On leur accordait même une vertu apaisante lors des rituels de deuil et de condoléances. Tout cela porta la valeur des wampums à un très haut niveau, faisant d'eux les biens les plus précieux qui puissent être offerts.

 

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Un peu plus tard,une pénurie de devises se produisit simultanément dans les premières colonies anglaises et dans les établissements hollandais. Les colons commencèrent alors à utiliser les wampums comme une monnaie dont la valeur fut fixée par la loi. Certains colons avisés se mirent à leur tour à en fabriquer. Puis des individus encore moins scrupuleux emportèrent comme modèles des wampums en Europe afin de les copier en utilisant des perles de porcelaine. Au retour les copies furent mises en circulation. Cette fausse monnaie détruisit la valeur des devises authentiques. Les usages des Indiens en furent considérablement perturbés car les faux wampums, aussi beaux que les originaux, convenaient parfaitement à des usages décoratifs tout en étant bien moins coûteux. Ainsi, peu à peu, disparurent les wampums qui cédèrent la place au commerce des perles entre les indiens et les Européens.

Alors, le mot wampum acquit le sens de monnaie de singe, dévaluée. C'est ce même sens de monnaie pour rire ou pour jeux de société que l'on retrouvait encore il n'y a pas si longtemps.

monopoly

Témoin cet exemplaire (ci-dessous) distribué en 1937 aux Indiens qui entraient à l'université de Hill à Oklahoma City (une sorte d'école de commerce et de gestion). Il a vaguement l'aspect du billet vert dont il porte la valeur nominale ($1). Chaque "bénéficiaire" n'en recevait qu'un seul qu'il pouvait utiliser pour payer une partie des frais d'inscription d'un semestre universitaire.

 

retoEnfin, un dernier exemple de cette dérision monétaire appliquée aux seuls Indiens (ci-dessous), ce billet de "100 Bucks" utilisable, lors d'une convention à Oklahoma City, par les "authentiques Sooners" (autrement dit les Oklahomans).

100_Bucks

On remarquera l'utilisation du mot d'argot "Buck" pour désigner le dollar. Un peu comme si on vous accueillait quelque part avec un billet de "100 Balles" (cela ressemblerait au club Med) ;

et aussi les invariants stéréotypés : les quatre pointes de flèches aux angles du billet, la tête coiffée du grand bonnet de guerre et le camp de tipis, comme si tous les Indiens des quarante-trois tribus présentes en Oklahoma avaient eu dans le passé le même mode de vie.

Allez, bonnes vacances et ne dépensez pas toute votre "oseille" !

100_balle

 

 

 

 

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11 juillet 2015

La danse de l'herbe

GRASS DANCE

 

 

danseurs de l'herbe

 

La danse de l'Herbe, Grass Dance ou Omaha Dance est une danse amérindienne masculine pratiquée dans les pow-wows. Il s'agit d'un style de danse originaire des sociétés guerrières des Grandes Plaines du Nord. Contrairement à la plupart des autres danses de pow-wow, les tenues des danseurs de l'herbe sont dépourvues de plumes sinon les plumes du roach (la coiffure en forme de cimier). En revanche, cette tenue traditionnelle est caractérisée par des franges de couleurs vives et de rubans.

L'origine de la danse de l'herbe et sa signification sont très contestées. Certaines sources attribuent les origines aux tribus Omaha, Pawnee, Ponca, Dakota, ou Winnebago. Il est généralement admis que cette danse des plaines du Nord a été utilisé par les sociétés guerrières. 

Plusieurs histoires expliquent les origines de la danse de l'herbe. La première raconte qu'un homme de médecine avait recommandé à un garçon handicapé de chercher l'inspiration dans la prairie. Il avait observé le balancement de l'herbe et reçu une vision lui enjoignant de danser lui-même en adoptant le style de l'herbe. Au retour dans son village, l'usage de ses jambes lui avait été rendu.

D'autres origines attribuent la danse de l'herbe aux éclaireurs qui bénissent et aplatissent l'herbe pour une cérémonie, ou une danse préparant la bataille. Les danseurs attachaient autrefois des tresses d' herbe à leur ceinture. Aujourd'hui elles ont été remplacées par des tresses de laine et des rubans.

La danse de l'herbe est une danse rapide composée de mouvements de balayage et des figures symétriques. Comme avec la plupart des danses de pow wow, le danseur appuie son pied  sur le rythme du tambour. Quelle que soit l'herbe si le danseur fait une figure sur un côté de son corps, il doit aussi la faire de l'autre côté pour créer une symétrie et imiter l'herbe qui ondule. D'autres mouvements montrent un guerrier suivant la piste de l'ennemi à travers les hautes herbes. Un pas typique de cette danse consiste à avoir un pied solidement planté sur le sol tandis que le reste des corps se déplace autour de lui. Ceci évoque le cas d'un guerrier combattant tandis que l'une de ses jambes est fixée au sol par un pieu.

 

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Les signes distinctifs du danseur de l'herbe sont des franges de couleurs vives à partir de fils de laine ou de rubans. Le balancement des franges est typique de cette danse. Le danseur porte une coiffe en cimier ( le roach ) avec une à deux plumes ou deux antennes de peluches. Les danseurs de l'herbe tiennent soit un éventail de plumes, un panneau de miroir ou un bâton danse.

 

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03 juillet 2015

Okla-Homa

D’où vient le terme

« Peaux-Rouges » ?

L’explication standard de l’origine de l’appellation « Peaux-Rouges » est que les explorateurs européens ont ainsi nommé les Indiens d’Amérique du Nord après en avoir vu arborant des peintures rouges. Or, d’après Nancy Shoemaker, professeur d’histoire à l’université du Wisconsin, cette interprétation est inexacte. Ce sont les Indiens eux-mêmes qui se sont ainsi qualifiés les premiers.

Dans le cadre de cette hypothèse, il n’est pas simple de déterminer où et quand certaines tribus se sont appelées « rouges », mais il semble que cela soit lié à des mythes d’origine. Ainsi l’un des récits précise que « les premiers hommes et les premières femmes étaient formés de l’argile qui était aussi rouge que le sang le plus rouge ». ( extrait d’un article paru dans Sciences humaines N°77 - Nov.97)

Commentaire : Si l’on considère l’étymologie du mot «Oklahoma » on s’aperçoit qu’il est formé de deux mots de la langue choctaw : Okla = homme ; Homa = rouge. Donc, les Choctaws qui ont donné ce nom à l’Etat, se considéraient eux-mêmes comme des « Hommes rouges ». Ce qui semble étayer l’hypothèse Shoemaker.

Red_Man

redskinsCependant, il faut savoir que de nombreux Indiens des Etats-Unis désapprouvent ce terme de « Peaux-Rouges » qu’ils jugent insultant. Plusieurs campagnes ont été lancées pour obtenir le changement de nom de la célèbre équipe de foot américain : « The Red Skins » (les Peaux-Rouges), dans laquelle d’ailleurs ne joue aucun Indien. Il est donc, à mon avis, préférable d’éviter ce terme afin de ne froisser aucune susceptibilité.

Indian_Territory

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27 juin 2015

Le temps du gachis...

Qu’allons-nous faire

des cadeaux des Indiens ?

 

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Depuis quelque temps, parmi d’autres végétaux cultivés, les journaux parlent beaucoup du maïs et de l’intérêt que lui portent les populations. A croire que cette fabuleuse graminée vient tout juste d’être introduite sous nos climats alors qu’elle le fut voici près de cinq siècles. Que lui vaut donc ce soudain regain d’intérêt ? L’adjectif transgénique, ordinairement associé à son nom, commence à faire frémir d’inquiétude les consommateurs que nous sommes, sous lesquels se réveillent les citoyens. Les tripatouillages génétiques visant à donner à une espèce vivante des propriétés dont la nature ne l’avait pas dotée, créent en fait de nouvelles variétés dont on ne sait trop quel avenir la sélection naturelle leur réserve.

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Ce sont ainsi des centaines de micro-Frankensteins qui sont lâchés dans le milieu naturel au risque de faire disparaître les organismes concurrents. La vie sur terre est donc menacée quand on connaît l’interdépendance des espèces que les Lakotas résument d’une sentence prononcée rituellement à l’issue de leurs cérémonies : « Mitakuye Oyasin » ( nous sommes tous apparentés. Tous, c’est à dire humains, animaux, et végétaux ).

 

Mitakuye

 

Une telle sagesse, énonçant tranquillement depuis la nuit des temps l’une des lois les plus fondamentales de la vie, devrait inciter les chercheurs-fous à plus de modestie. Ne rêvons pas, c’est parce qu’ils sont fous qu’ils vont continuer et surtout parce que le dieu Fric qui mène aujourd’hui le monde exige toujours plus de sacrifices.

 

fric

 

Longtemps avant l’arrivée des Européens, faisant acte de civilisation, les Indiens avaient découvert la culture de plantes alimentaires que le monde leur emprunta et dont nous ne saurions plus nous passer aujourd’hui : la pomme de terre, le maïs, la courge, la tomate, le haricot, le cacao. Qu’allons-nous en faire ?

Revenons-en au maïs. A l’état sauvage en Amérique, cette graminée n’était rien d’autre qu’une petite herbe aux épis minuscules ne portant que quelques grains maigrichons. Sans l’homme, c’est à dire sans l’Indien, c’est peut-être ce qu’elle serait encore aujourd’hui. Il aura fallu des centaines de générations et des milliers d’années d’un patient travail d’observation, d’hypothèses et d’expériences, de sélection, pour faire de ce maïs débile des origines la plante vigoureuse et généreuse que nous connaissons. C’est ce cadeau, patiemment préparé avec respect pendant des millénaires, que les Indiens ont offert au monde, et que nos modernes apprentis sorciers auront réussi à saccager en quelques années.

 

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EquateurSauf si les citoyens se réveillent dans tous les pays et s’unissent, lancent de vastes opérations de lutte contre la marchandisation du monde et pour le respect de la biodiversité, de toutes les cultures, langues et identités. Les guerriers de l’arc-en-ciel se dressent, convergent et marchent ensemble. C’est une reconquête non violente, pacifique, empreinte de spiritualité qui est ainsi engagée. Les courageux Indiens de l’Equateur l’ont entreprise, sous la bannière de l’arc-en-ciel justement. Un peuple déterminé donne l’exemple au monde.

Après lui avoir offert le maïs.

 

hymne au maïs chez les OsagesPetite

Carl Ponca à Montauban 1990Comme la plupart des peuples autochtones du sud des Etats-Unis,... Montauban 1990 les Osages avaient autrefois une économie basée autant sur la chasse et la cueillette que sur l’agriculture. Le maïs faisait l’objet de la même vénération que le bison. Le partage des tâches attribuait l’agriculture aux femmes et la chasse aux hommes

Quand les femmes osages allaient aux champs où les tiges de maïs maintenant se dressaient au-dessus de leurs têtes, elles chantaient une chanson de bonheur pour la venue de la moisson.

 

Ici je me pause et je me tiens, Ici je me pause et je me tiens,

Et je vois les épis qui se croisent entre eux avec profusion.

Ici je me pause et je me tiens,

Et je vois les épis qui bientôt seront la cause de la fumée s’élèvant de ma hutte.

Ici je me pause et je me tiens,

Et vois le Maïs qui remplira ma hutte de joie.

Ici je me pause et je me tiens, Ici je me pause et je me tiens,

Et vois le jour d’accomplissement

Le jour de la récolte et du bonheur.

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20 juin 2015

Hasta siempre Rebekah

 

 Rebekah HorseChief

et Keith Keetso

en France

Ils avaient été récemment annoncés dans un précédent article de ce blog. Comme d'usage, ils ne sont pas venus à la date prévue mais un peu en avance (Indian Time !) Qu'importe, l'essentiel était leur présence parmi nous. C'est donc du 10 au 15 juin que nous avons eu le plaisir d'accueillir Rebekah HorseChief (Osage/Pawnee) et Keith Keetso (Navajo) : du 10 au 13 chez nos amis Marie-Claude et Edgard Strigler à Paris, et du 13 au 15 à Montauban chez Monique et J-Claude Drouiilhet. Le 15 au matin ils repartaient pour Barcelone puis Madrid avant leur vol de retour aux Etats-Unis.

à Paris

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Les voici à l'heure de l'apéritif dans le petit espace "nature" chez nos amis Marie-Claude et Edgard dans le 20ème arrt

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Après cela on passe à table qui, comme chacun sait, est le média le plus important des Français (jusqu'à quand ?)

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Rebekah, "fascinée par les fromages de France" (Edgard dixit) les prend en photo

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Le lendemain il fallait être en forme. Marie-Claude présentait l'un de ses derniers ouvrages sur les casinos amérindiens et nos deux invités témoignaient.

Vincennes

Un peu de tourisme avant le départ pour Montauban. Devant le château de Vincennes, résidence royale du XIIème au XVIIIème siècle. Marie-Claude est bien encadrée. Ne cherchez pas Edgard, il est omniprésent mais caché derrière sa caméra.

Austerlitz

A la gare d'Austerlitz, avant de prendre le train pour Montauban

à Montauban

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Tout Osage qui passe à Montauban, ne serait-ce qu'un court séjour, se doit de sacrifier à un rituel obligé : celui de traverser le Tarn sur le pont vieux. La raison en est historique. Lorsque les trois Osages perdus arrivèrent à Montauban en novembre 1829, en venant de Toulouse, il n'y avait qu'un pont à Montauban pour entrer dans la ville. Ils sont donc forcément passés par là. Les Amérindiens de passage se doivent donc de marcher sur les traces des mocassins de leurs ancêtres. Nos deux invités posent avantageusement devant le vénérable pont (XIIème siècle) avant de franchir le Tarn.

DSC01097Les voici à présent sur le pont, reprenant leur souffle à mi-parcours. L'épreuve n'est pas terminée, avant d'arrivée à l'hôtel de ville, autrefois résidence de l'évêque Dubourg qui y avait accueilli les Osages en 1827

losangesRebekah ne manque pas de remarquer les losanges dessinés avec des galets noirs et blancs sur les trottoirs du pont. Le losange est un symbole fort pour les Osages : celui des quatre mondes superposés. On les retrouve sur les motifs des rubans appliqués qui décorent les costumes de cérémonie, comme ci-dessous.

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Les ancêtres osages de 1829 ont forcément vu ces mêmes motifs comme en atteste la date inscrite : 1771

DSC01098Samedi soir nous avions prévu de rencontrer des amis à Montauban autour d'un pique-assiette (chacun apporte son plat et gagne ainsi le droit de piquer dans l'assiette - et la bouteille - du voisin). Nous étions donc une quarantaine de copains-d'abord qui partageaient les plats, les chants, les histoires, les contes, les danses et la bonne humeur. Nos amis amérindiens y ont été les "guest stars" et ont participé activement à la fête. Notamment Rebekah qui nous a aidés à interpréter un chant qui relie nos cultures : le célèbre "Alouette, gentille alouette". Il s'agit en effet d'un chant de trappeurs français qui rythmait les mouvements des pagaies quand nos ancêtres trappeurs navigaient sur les cours d'eau des bassins du Mississippi et du Missouri lorsqu'ils allaient faire du commerce dans les tribus.

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Impossible de raconter tout ce qui s'est passé ce soir-là. Sinon un moment d'intense émotion lorsque Anne, accompagnée d'Alain à la guitare, nous a tous bouleversés avec le magnifique "Hasta siempre, commandante Che Guevara". Les yeux brillaient comme des étoiles sous la véranda. Ecoutez plutôt si vous avez cinq minutes

Che_Guevara

 

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13 juin 2015

des échanges commerciaux durables

Les Osages et les Français

 Selon la mythologie osage, Wa-kon-da, force de vie de l’univers, choisit leurs ancêtres, issus du monde des étoiles, pour aller sur terre. Se confondant alors avec le peuple fruste qui déjà occupait la terre, ils constituèrent un nouveau peuple raffiné et se nommèrent eux-mêmes Children of the Middle Waters.

D’origine linguistique Sioux-Deghiha, les Osages, à l’aube de leur histoire, ont vraisemblablement résidé dans la vallée de l’Ohio mais, au XVème  siècle, les attaques de tribus iroquoises qui vivaient plus à l’est les obligèrent à aller se réfugier à l’emplacement de l’actuel Etat du Missouri. Sur leur nouveau territoire ils vivaient de cueillette, un peu de la culture du maïs, de courges et de haricots, mais aussi de la chasse au gibier des bois et les plaines, le bison étant bien sûr le plus noble.

 

Louisiane

 

osage2Les Osages résidaient dans des villages permanents et menaient aussi une vie semi-nomade. Pour transporter leur affaires dans les déplacements il utilisaient le chien et plus tard le cheval attelé à des travois. D’après l’écrivain Washington Irving ils étaient « les plus beaux Indiens de tout l’Ouest ».

Un chef de paix et un chef de guerre, tous deux choisis dans l’une des deux grandes divisions de la tribu et un conseil des anciens conduisaient les destinées du peuple osage. La base sociale de la tribu était la famille élargie : tous ceux qui vivaient autour du même foyer. Les familles étaient groupées en clans. Comme les autres peuples autochtones, les Osages étaient très religieux, recherchant une connaissance personnelle de Wa-Kon-Da par leurs prières du matin, du midi et du soir.

 

 

 

Marquette

 

C’est en juin 1673 qu’eut lieu leur première rencontre avec les Européens. Une expédition conduite par deux Français : le père jésuite Jacques Marquette et son compagnon Louis Joliet, descendaient le Mississippi à la recherche d’un passage vers la mer de l’ouest. Au confluent de la rivière Arkansas leurs guides indiens leur annoncèrent que l’expédition arrivaient sur le territoire des Wah-Sha-She, un nom que Marquette écrivit Ouashigi dans ses notes et qui fut plus tard transcrit en Osage. Dans le sillage de cette expédition, d’autres Français venus des rives du Saint-Laurent allèrent rencontrer les Osages afin de commercer et notamment dans le but d’échanger des fusils et d’autres produits manufacturés contre des fourrures et des esclaves indiens

 

Oage_and_traders

Mais plus encore que d’intéressants partenaires commerciaux, les Osages furent pour les Français des alliés très appréciés. Située stratégiquement sur les rives du Missouri, la tribu contrôlait non seulement l’accès de cette voie navigable d’un intérêt vital mais en outre elle interdisait aux autres tribus les relations commerciales avec les colonies espagnoles du Nouveau-Mexique.

 

Fort_Osage

Coureur_de_bois

Afin de gagner les osages à leurs visées diplomatiques, les Français envoyèrent plusieurs de leurs agents négocier avec la tribu. Le plus efficace fut certainement Etienne Venyard de Bourgmont. Cet ancien coureur des bois avait pris le commandement, en 1712, de Fort Detroit (embryon de l’actuelle ville de Detroit, Michigan), succédant au sieur de Lamothe-Cadillac. Ce dernier, un Gascon né à Saint-Nicolas-de-la-Grave sur la rive gauche de la Garonne, entre Castelsarrasin et Moissac, avait fondé en 1701 ce poste avancé de la colonisation française en Amérique. Assiégé et harcelé par les tribus alliées des Anglais, Bourgmont avait bénéficié du soutien d’un groupe de guerriers osages, venus de leur lointain territoire pour aider la garnison française. Il avait été tellemen,t impressionné par ces grands et redoutables guerriers qu’une fois la victoire acquise et Fort Detroit sauvé, Bourgmont se rendit au pays des Osages. Pendant trois ans il vécut parmi les tribus Osage et Missouri et épousa même une Indienne missouri qui lui donna un fils.

Princesse_Missouri

Très respecté et aimé des Osages, il obtint en 1723, l’autorisation de construire Fort Orléans sur une rive du Missouri.

Fort_Orleans_Carte

Fort Orléans sur la rive gauche du Missouri

L’existence de ce fort ainsi qu’une mutuelle satisfaction dans les échanges commerciaux cimentèrent l’alliance franco-osage. Désireux d’affermir ces amicales relations entre son pays et les Indiens de Louisiane, Bourgmont invita plusieurs chefs de différentes tribus à l’accompagner en France. Le groupe arriva à Paris en septembre 1725 et y séjourna pendant plusieurs mois. Invités fréquemment aux cours seigneuriales de tout le pays, ils s’y rendaient vêtus de leurs tenues traditionnelles afin d’y présenter les danses et y démontrer leur habileté à la chasse. Rentrés au pays les chefs décrivirent avec enthousiasme les merveilles qu’ils avaient pu voir pendant leur séjour. Hélas, l’intérêt des Français pour le bassin du Mississippi alla en décroissant de 1724 à 1733 et Fort Orléans fut abandonné laissant les Français de cette région dépourvus de la protection d’une garnison fortifiée.

La défaite de la France devant les Anglais, sanctionnée par le traité de Paris en 1763, allait venir bouleverser radicalement cette bonne entente. : la France cédait à l’Espagne ses territoires situés à l’ouest du Mississippi et les Osages passaient ainsi sous la tutelle espagnole. Ils n’en continuèrent pas moins leurs raids contre les tribus vivant à l’ouest et au sud de leur territoire, empêchant tout commerce. Agacés, les Espagnols entreprirent de faire la guerre aux Osages, ce qui ne fit que les irriter davantage et donna lieu à de vigoureuses actions de représailles.

Changeant de tactique, les Espagnols envisagèrent alors de les amener à coopérer enAuguste Chouteau reprenant les échanges commerciaux par l’intermédiaire d’un Français, Auguste Chouteau, à qui était octroyé le monopole du commerce avec les Osages à la condition qu’il les pacifie et obtienne d’eux la liberté de navigation et de commerce avec les autres tribus. Etablissant son comptoir commercial sur la rivière Osage, Chouteau remplit son contrat et gagna si bien l’estime des Osages que lorsqu’il perdit son monopole en 1802, le célèbre chef Clermont et la plus grande partie des Osages le suivirent pour s’installer avec lui sur le nouveau comptoir qu’il venait de fonder à l’emplacement de la ville actuelle de Muskogee. Cette région, appelée à l’époque « les trois fourches » car elle est le confluent de l’Arkansas, de la Verdigris (Vert-de-Gris) et de la Neosho, devint ainsi le foyer principal de l’activité osage.

Clermont, chef des OsagesMais la Louisiane était devenue un fardeau tellement lourd pour le trésor de l’empire espagnol qu’il s’empressa en 1802 d’en abandonner la souveraineté au profit de la France. Deux ans plus tard, le Premier Consul Napoléon Bonaparte, incapable d’y établir une colonie, préféra vendre la Louisiane pour la somme de 15 millions de dollars au jeune gouvernement américain qui, d’un seul coup, voyait quasiment doubler la superficie des Etats-Unis.

Ainsi prenait fin la complicité franco-osage qui avait si bien fonctionné pendant un siècle et demi, à tel point que de nombreux Osages étaient devenus capables de parler ou tout au moins de comprendre le Français.

C’est sans doute la nostalgie d’une si longue amitié qui explique le voyage en France qu’entreprirent en 1827 six Osages dont trois arrivèrent épuisés à Montauban en 1829. Le souvenir diffus de cette aventure qui somnolait dans la mémoire collective osage fut réveillé en septembre 1990 lorsqu’une quarantaine d’Osages nous rendirent visite, répondant à l’invitation d’OK-OC qui fêtait ainsi à la fois son premier anniversaire et le cent soixantième de l’événement dont l’association tire son origine.

Jean-Claude Drouilhet

Ouvrages consultés :

The Osage Terry P. Wilson (Chelsea House Publishers, New York, NY 1988)

A dictionary of the Osage language Francis La Flesche, preface de W. David Baird (Indian Tribal Series, Phœnix, AZ, 1975.)

A guide to the Indian Tribes Muriel H. Wright (University of Oklahoma Press, Norman, OK , 1977)

A History of the Osage People Louis F. Burns (Ciga Press, Fallbrook CA, 1989

Le destin extraordinaire du Gascon Lamothe-Cadillac René Toujas (Ateliers du moustier, Montauban , 1974)

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06 juin 2015

Once upon a time...

La Danse de Guerre

des Osages

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 Pawhuska (Oklahoma), juin 2006

La guerre ?

Je suis en Oklahoma, précisément à Pawhuska, la capitale des Indiens Osages. J’ai été invité chez nos amis dont trois ancêtres séjournèrent quelques jours chez nous, à Montauban. C’était en novembre 1829. Les Osages, perdus et abandonnés de tous, furent accueillis, réconfortés et, grâce à la générosité des Montalbanais, retournèrent dans leur village au Kansas. Les Osages n’ont pas oublié. Ils n’oublient jamais rien...

 

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Chaque année, au mois de juin, la tribu se rassemble en Oklahoma pour les danses I’n-Lo’n-Schka : la danse de guerre.

 

Danse_01

Je demande : « à quoi pensez-vous quand vous dansez ? » Petit-Chef me répond : « pas à la guerre évidemment, mais à l’esprit de la guerre. Pour nous ce mot évoque à la fois le combat pour défendre notre peuple, ou pour le nourrir ; le mot guerre désigne aussi la chasse où le guerrier risque sa vie. Ce sont ces valeurs de courage, de solidarité, d’esprit de sacrifice, en un mot l’honneur de notre peuple que nous retrouvons ensemble chaque année. »

Les guerriers osages ont revêtu leur grande tenue de cérémonie. Ici la danse n’est pas un spectacle. Aucun touriste ; pas le moindre marchand d’artisanat indien ; interdiction de filmer, photographier ni enregistrer les sons. Nous sommes dans l’intimité de l’âme indienne.

Les danses ont lieu au centre du village indien, sous une halle au sol en terre battue. « C’est pour garder le contact avec la terre-mère, m’explique Couteau-Rouge. Nos mocassins ont de fines semelles et la terre vibre sous nos pieds. » Elle entre en résonance avec les battements du tambour placé au centre de l’aire de danse. Une vingtaine de chanteurs et chanteuses traditionnels l’entourent. « Le tambour, c’est le c­­oeur de la tribu, m’explique Oiseau-Noir. Lorsque nous dansons autour de lui, nous formons une unité vivante dont il rythme l’existence. C’est un grand honneur dans la tribu d’être le gardien du tambour. »

 

I_n_Lo_n_Schka

Danseurs osages

 

La danse en cercle de plus de deux cents guerriers osages est un moment à la fois impressionnant et émouvant. Elle tourne dans le sens de rotation de la terre. C’est le cercle sacré. « Le cercle de vie figure l’unité et l’harmonie de la Création. Nous ne sommes que l’un des ses éléments, ni plus ni moins important que le petit insecte ou le brin d’herbe de la prairie. Ici, nous apprenons l’humilité », me dit Nuage-Qui-Marche.

 

Ki_He_Kah_Steh : Grand_Chef en langue osage

 

Un temps fort de culture et d’éducation. Les enfants et les jeunes sont nombreux parmi les danseurs et danseuses. « Ils sont l’avenir et l’espoir de la tribu, affirme Celui-Qui-Parle-Au-Grand-Esprit. Avec eux nous pouvons voir loin… Jusqu’à la septième génération. » Ainsi les danses transmettent la culture et les valeurs philosophiques. La langue osage, hélas ! ne peut plus les véhiculer : le nombre de leurs locuteurs naturels se compte sur les doigts d’une seule main et les nouveaux locuteurs ont encore des progrès à faire.

Le kaléidoscope de la danse de guerre tourne inlassablement dans un bruit de grelots que les danseurs portent attachés au niveau des genoux. Ces grelots que les trappeurs français, au 18ème siècle offraient aux Osages en gage d’amitié. Les Osages ne les ont pas oubliés. Les patronymes français sont encore présents dans la tribu : Clavier, Boulanger, de Noya, Lombard, Revard, Chouteau, Sans-Souci. Les Osages parlèrent français avant de parler anglais.

 

Osage_110Les femmes. Lorsqu’on les voit, on comprend l’attirance qu’elles exercèrent sur nos ancêtres les trappeurs gascons. Leur teint cuivré, leurs longs cheveux noirs, leurs pommettes hautes et leurs yeux légèrement étirés leur donnent une beauté exotique que vient mettre en valeur la somptuosité de leurs costumes de cérémonie. Elles dansent en groupe serré, modestes dans leurs mouvements, balançant en cadence les franges de leurs châles ravissants. Leur attitude contraste avec celle des danseurs de guerre. Elle symbolise la paix.

Les Osages, aujourd’hui, marchent sur le sentier de la paix.

Jean-Claude Drouilhet

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