Quand enseignera-t-on l'histoire

en tenant compte

du point de vue des Amérindiens ?

Joyce Griffin Oberly

Joyce Griffin Oberly est membre de la Nation Comanche. Elle est également Osage et Chippewa Cris. Elle réside à Stillwater en Oklahoma. Elle est titulaire d'un baccalauréat et d'une maîtrise de l'université d'Oklahoma. Elle a publié récemment un article posant la question de la valeur d'un enseignement de l'histoire des Etats-Unis qui ignore les autochtones et leurs points de vues sur les événements. Elle prend l'exemple des fameuses courses à la terre...

Les courses à la terre en Oklahoma (rappel)

 

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L'histoire de l'Oklahoma ne commence pas en 1889 et, contrairement à une idée reçue, le Territoire Indien n'était pas avant cela un territoire vierge, inoccupé et abandonné. A l'est, les cinq tribus dites « civilisées » (Choctaw, Chickasaw, Cherokee, Creek, Seminole) ; au nord la tribu Osage ; au sud les tribus des grandes plaines ( Kiowa, Comanche, Cheyenne, Arapaho, etc.) contribuaient à rendre le territoire indien débordant d'activité. Plusieurs lignes ferroviaires et des routes le traversaient ; les villes et les ranchs prospéraient, il y avait des écoles, des journaux. Malgré ces efforts d'intégration, la décision fut prise d'ouvrir d'ouvrir plusieurs territoires dits  « non attribués » au peuplement des colons d'origine européenne. La méthode choisie pour procéder à leur attribution : celle du premier occupant (Indiens exclus s'entend), ne manque pas de surprendre par sa brutalité.

Les concurrents étaient invités à se rassembler au jour dit sur la ligne de départ, c'est à dire à la limite du territoire à conquérir, en utilisant le moyen de locomotion de leur choix. Ils devaient ensuite, au signal, se rendre aussi vite que possible sur la parcelle convoitée qui devenait ainsi leur propriété marquée d'un pieu fiché dans le sol et portant la mention « cette terre est mienne ».

La première de ces courses à la terre eut lieu le 22 avril 1889 au départ de Guthrie, au nord d'Oklahoma City, en plein centre du Territoire Indien. Elle passe pour avoir été la plus grande course de chevaux de tous les temps.

 

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Quand le soleil se leva au matin du 22 avril, la ville de Guthrie consistait en deux pâtés de maisons, une citerne d'eau et des entrepôts. Dès 8 heures la plupart des 50 000 concurrents étaient arrivés et attendaient sur la ligne de départ : des cavaliers isolés mais aussi des familles entières dans des voitures tirées par des chevaux ou des chariots trainés par des bœufs, des cyclistes et même des piétons. 

 

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A midi le signal fut donné au canon par la cavalerie américaine chargée de l'arbitrage et ce fut la ruée, sauvage et impitoyable. Malgré les précautions prises, certains petits malins s'étaient infiltrés à l'intérieur de l'espace à investir et avaient, bien avant les autres concurrents réguliers, repéré les bonnes concessions. Il ne leur restait plus qu'à attendre, cachés, l'arrivée des premiers et surgir à point pour s'emparer des bonnes terres comme s'ils étaient arrivés avant eux. On les appela les Sooners, ceux qui étaient arrivés plus tôt que les autres. Autrement dit les débrouillards, pour ne pas dire les resquilleurs, qui donnèrent à l'Oklahoma son surnom : l'État des Premiers Arrivés ( The Sooner State).

Joyce Griffin Oberly,

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Joyce n'est pas une inconnue pour l'association Oklahoma-Occitania. Alors qu'elle était une toute jeune fille, elle avait été notre invitée avec sa maman Sara. Elle s'appelait alors Joyce Shield.

 

Joyce Shield et Sara - Montauban 1994

Joyce Shield à Lafrançaise - 1994

Voici à présent la traduction d'un extrait de l'article de Joyce qui vient d'être publié dans Osage News On Line. Pour lire le texte original : http://nativenewsonline.net/author/joyce-griffin-oberly/

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Joyce Oberly - 2014

 

« En Oklahoma, le 22 avril 1889 est une date historique. Ce jour-là, il y a 125 ans, des milliers de colons se répandaient dans notre Etat ​dans l'espoir de s'approprier une terre.
Cette large bande de terre avait été attribuée aux Cheyenne, Arapaho, Iowa, Sac & Fox, Pottawatomie et Shawnee.
De 1891 à 1906, les territoires des Tonkawa, Pawnee, Ponca, Otoe-Missouria, Osage et Kaw furent ouvertes à la propriété individuelle et mises à la disposition des colons.

 En 1901, les terres des Wichita, Caddo, Comanche, Kiowa et Apache furent ouvertes à la colonisation par un système de loterie. Je veux insister sur le fait que cet aspect de l'histoire de l'Oklahoma a eu des conséquences non seulement sur ​la propriété foncière de l'État, mais aussi des conséquences extrêmes pour les autochtones dans tout l'Oklahoma.

 

Mon arrière grand-mère, Nellie Tissoyo ( Comanche ) était aveugle quand elle ressentit comme un tremblement de terre avec un bruit de tonnerre tout autour d'elle . Je me demande si elle ou d'autres Indiens réalisaient à ce moment-là à quel point ces événements allaient considérablement bouleverser leur mode de vie. Ces personnes traditionnelles, comme ma grand-mère, parlaient leur langue maternelle et vivaient selon les anciennes coutumes. La notion de propriété individuelle de la terre était étrangère aux Indiens comme elle qui étaient habitués à vivre en harmonie avec la terre et en tant que membres d'une forte communauté, plutôt qu'à la manière d'individus isolés. Leur mode de vie nomade avait été remplacé par l'agriculture et ils furent déplacés de force sur des parcelles de terre de plus en plus petites.
Malgré le fait que nous ayons été les premiers habitants de l'Oklahoma, nous n'étions pas autorisés à participer aux courses à la terre. Cette mise à l'écart de la société de l'Oklahoma, est encore d'actualité. Par exemple, nous n'avons guère la parole sur l'organisation d'une éducation des élèves des écoles publiques, qui soit respectueuse de notre culture. Cela concerne aussi - mais pas seulement -  les courses à la terre.

J'ai grandi en Oklahoma, et lorsque j'étais enfant je me souviens d'avoir participé à une reconstitution de cet événement. J'étais élève dans une école à forte proportion d'enfants indiens. Mon professeur demanda aux enfants indiens de revêtir leurs costumes traditionnels pour cette occasion. Je vous laisse supposer ce que cela pouvait ajouter à l'effet dramatique de la reconstitution.
Je ne suis pas la seule à avoir ce point de vue. À partir de 2007 , la Société pour la préservation des droits des peuples autochtones et les traditions autochtones a demandé à l'Etat d'interdire ces reconstitutions dans les écoles publiques. De mon point de vue, reconstituer la course à la terre de 1889 ne sert qu'à montrer un seul côté de l'histoire .
De l'autre côté, notre histoire inclut l'élimination continue et la relocalisation des milliers d'Indiens d'Amérique en Oklahoma. avec l'obligation d'habiter dans les réserves .
Mais nous avons survécu, même après la tentative de contrôler un tout notre peuple. N
on seulement nous avons  survécu et prospéré mais nous l'avons fait parce que nous connaissions notre histoire et notre culture. Nos aînés sont précieux au sein de chaque tribu, car ils connaissent les traditions ; ils se souviennent de  notre histoire et la transmettent. Grâce à leurs enseignements nous apprenons l'humilité, la persévérance et l'importance de la communauté.

 

Ainsi, le point de vue des Indiens d'Amérique ne doit pas être ignoré. En outre, les conseils scolaires doivent inclure des représentants des Indiens d'Amérique pour enseigner des sujets tels que les courses à la terre ainsi que d'autres aspects de l'éducation à l'école publique donnant la parole aux Indiens d'Amérique.
En tant que parents indiens américains, nous devons prendre une part active dans l'éducation de nos enfants, ce qui entraîne des réunions parents-enseignants, des présentations aux étudiants de nos cultures et une aide bénévole aux éducateurs afin que tous les élèves aient une approche équilibrée de l'histoire.
Actuellement, l'histoire de l'Oklahoma est au programme du diplôme de fin d'études secondaires. Compte tenu de l'importante contribution des Indiens d'Amérique au développement de l'Oklahoma , Oklahoma l'histoire des Indiens devrait être également une exigence pédagogique.

J'envisage un programme qui inclurait la démographie des Indiens d'Amérique, les contributions à la médecine américaine, la vie des parsonnalités indiennes d'Oklahoma tels que Wilma Mankiller, la première femme chef des Cherokee et le major-général Clarence Tinker (Osage), le plus haut gradé de tous les Indiens à avoir servir dans l'armée américaine et  dont la base aérienne "Tinker" porte le nom en Oklahoma.

(g)Wlma Mankiller, chef des Cherokee, (c)Henry Van Loenen, d'OK-OC, (d) Jack Anquoe, Kiowa

Clarence Tinker

Il est temps que nous reconnaissions cette puissante contribution et que nous l'utilisions pour l'amélioration de la société de l'Oklahoma  ».