Histoire de la tribu Osage

(troisième et dernière partie)


EN TERRITOIRE INDIEN

1872-1907

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Au début, le déplacement vers le Territoire indien n’avait pas modifié les modes de vie sociale et économique des Osages. Les chasses au bison du printemps et d’automne se succédaient au rythme des saisons. Cependant des chasses couronnées de succès devenaient de plus en plus souvent l’exception plutôt que la règle parce que les troupeaux de bisons avaient été systématiquement détruits par les chasseurs blancs.

Leur source de vie étant menacée, les tribus des Plaines lançaient attaque après attaque sur les citoyens américains qui violaient leur domaine. Les déprédations apportèrent de rapides représailles du gouvernement des Etats-Unis qui, au milieu des années 1870 déclara la guerre aux tribus hostiles. Bien que les Osages ne se soient pas engagés dans ce que l’on a appelé la guerre de la Rivière Rouge, ils en subirent les conséquences. En été 1874, une bande de 29 Osages établirent un camp de chasse sur la petite rivière de Medecine Lodge, à l’intérieur des limites de leur ancienne réserve du Kansas. Au moment où ils se préparaient à rentrer en Territoire indien, un groupe de blancs tua quatre d’entre eux et vola le reste de leur viande, les peaux de bisons, les chaudrons et les chevaux.

L’attaque injustifiée amena les Osages au bord de la guerre avec les Etats-Unis. Le fait que les Osages ne se joignirent pas aux Indiens hostiles des Plaines est dû à l’action décisive prise par Isaac Gibson, l’agent osage. En apprenant les meurtres de Medecine Lodge Creek, il dépêcha à la fois des provisions et des chariots au malheureux groupe de chasseurs et demanda que les autorités du Kansas persécutent les blancs coupables. Il envoya aussi des coureurs à d’autres groupes de chasse dans les Plaines pour leur demander de rester calmes et de rentrer immédiatement dans leur réserve.

De retour à l’agence les Osages apprirent que le gouverneur du Kansas refusait de punir les coupables du récent massacre. En effet, il enrôla les meurtriers dans la milice en falsifiant la date afin de faire croire à une intervention officielle. Gibson avaient tellement peur que la riposte du gouverneur n’amène les Osages à rejoindre les tribus de Plaines qu’il demanda en automne 1874 que des troupes soient envoyées à l’Agence. L’arrivée du 5ème de cavalerie venu de Fort Sill qui escortait un voyage de chefs de tribus vers un conseil avec des responsables politiques fédéraux qui devait se tenir à Lawrence au Kansas, troubla encore davantage les esprits. De toute façon le mode de vie traditionnel des Osages ne serait plus jamais le même. Les bisons avaient disparu et le résultat des campagnes de chasse était devenu aléatoire.

Avec l’arrêt des chasses traditionnelles, le moindre aspect de la vie dans la réserve osage prit une importance considérable. Ils se souciaient surtout de ce qui se passait à l’Agence établie à Pawhuska en 1872. Les installations de l’Agence consistaient en bâtiments en rondins de bois qui furent par la suite remplacés par des constructions permanentes en grès.

Cet espace de quelques acres se caractérisait par son effervescence et son activité, particulièrement chaque trimestre au moment du paiement des termes et durant la distribution des rations. De tous les responsables d’Agence qui officièrent à Pawhuska, le major Laban J. Miles, de l’Iowa fut de loin le plus compétent et le plus hautement respecté. Sensible, sympathique et dévoué, il pouvait aussi se montrer sévère et inflexible, en particulier lorsqu’il faisait appel à la police tribale.

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Un autre aspect important de la vie dans la réserve était le commerce pratiqué avec des négociants de passage ou avec les boutiques locales. Des maisons telles que «Dunlap et Florer» ou comme «Hiatt et compagnie» pratiquaient le troc depuis le début en échangeant contre les peaux de bisons ramenées des campagnes de chasse bisannuelles. En 1874, les seuls négociants emportèrent 10 800 peaux pour un montant de 60 000 dollars. Après la fin des chasses, en 1876, les marchands se contentèrent de stocker les objets manufacturés dont les Osages avaient besoin. Achetant les marchandises à crédit, les Indiens accumulèrent les dettes qui étaient enregistrées sous la forme d’encoches faites sur un bâton. Au moment du versement des sommes trimestrielles payées à chaque personne, les Osages remboursaient les commerçants. Les affaires étaient si profitables que dans les années 1890 pas moins de 21 marchands avaient obtenu une licence leur donnant le droit de commercer avec les Osages.

L’éducation était une autre dimension importante de la vie dans la réserve. En 1872, Issac Gibson ouvrit un pensionnat fédéral à l’Agence qui, à la fin de l’année avait inscrit 90 élèves. L’école dispensait les cours habituels mais disposait en plus d’une ferme école d’une centaine d’acres. Au début exclus de la réserve par Gibson, les catholiques ouvrirent aussi deux instituts éducatifs, à la demande d’une décision spéciale prise par le Conseil national osage en 1887. Le personnel éducatif était constitué à partir de plusieurs ordres de religieuses-enseignantes, à Pawhuska c’était l’école Saint-Louis pour les filles et à Grey Horse, l’école Saint-Jean pour les garçons. A elles deux ces écoles accueillaient plus de 100 élèves. Les plus éveillés des jeunes Osages pouvaient être envoyés dans des écoles d’autres Etats, particulièrement l’Ecole Osage du Travail Manuel à Saint Paul (Kansas) et l’Institut Haskell à Lawrence (Kansas), mais aussi à l’Ecole indienne de Carlisle en Pennsylvanie et l’Institut Hampton en Virginie.

Bien que les concepts spirituels traditionnels aient changé, la vie religieuse dans la réserve conservait toute son importance. Dans les années 1870, Wa-Kon-Da semblait avoir perdu son pouvoir aux yeux des Osages. Ce qu’il avait conçu comme base de subsistance pour les Osages, le bison, avait disparu ; son peuple avait été déplacé d’une région à l’autre. Comme la mort des bisons et la perte de leurs terres étaient dues aux hommes blancs, les Osages en tirèrent la conclusion que le dieu chrétien devait être le plus puissant.

Cette conclusion importante devait entraîner diverses conséquences. Certains Osages cherchèrent à trouver un compromis entre l’ancien et le nouveau.

Combinant des éléments de la spiritualité indienne avec le concept du Christ, le fils de dieu supplicié, ils imaginèrent une théologie dite de l’Eglise des Premiers Américains. Utilisant le Peyotl comme un sacrement le rite était une synthèse différente mais non totalement éloignée des anciennes pratiques religieuses.

D’autres Osages rejetèrent un compromis spirituel et adoptèrent les religions chrétiennes ordinaires. Pendant un temps, les Quakers eurent un monopole religieux parmi les Osages car la politique de pacification du président Grant n’autorisait qu’une seule confession dans chaque réserve. Sous l’administration de l’Agent Gibson, la Société des Amis (Quakers) dirigeait les Ecoles du dimanche, les efforts missionnaires et les services du culte. Cependant, les «Amis» n’obtinrent jamais autant de succès que les catholiques. L’instruction religieuse continuelle et les occasions d’éducation firent des Osages une «Tribu catholique»

La vie de la réserve apportait aussi des changements dans l’organisation tribale. En 1880 les Osages reconnaissaient le Grand Chef de Paix et le Grand Chef de Guerre comme seuls dirigeants de leurs deux grandes divisions. En effet, après le traité dit de Sturges en 1868, Big Hill Joe fut investi de la fonction de Gouverneur de tous les Osages et reconnu comme leur unique porte-parole. Comme la direction de Joe ne fut jamais considérée comme pleinement satisfaisante, l’Agent Laban Miles pressa la tribu d’instituer une forme démocratique de gouvernement.

Le 31 décembre 1881, James Bigheart proposa aux Osages d’adopter une constitution calquée sur le modèle de celle des Cherokees. Ce document instituait un Conseil national, un chef principal, un chef adjoint et un système juridique comprenant une Cour suprême, une Cour de district et une Cour de première instance. Chacun des cinq districts devait élire un shérif et trois délégués au Conseil national. Les deux chefs étaient élus au suffrage universel, tandis que le Conseil choisissait les juges des diverses Cours. Tous les élus avaient un mandat de deux ans. Bien que la constitution ne fut jamais approuvée par les autorités fédérales, elle établit un gouvernement semi-officiel qui institutionnalisa un service aussi essentiel que l’enseignement obligatoire pour tous les jeunes de la tribu.

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Ce système de gouvernement offrait aussi un forum aux différents groupes à l’intérieur de la tribu. Des partis politiques furent organisés : les métis fondèrent le «Parti progressiste» et les Osages de pure souche constituèrent un parti conservateur. Les débats tels que celui sur les droits d’exploitation minéraliers, celui du partage des terres ou encore de l’inscription sur la liste des membres de la tribu, comme de l’influence de l’Agent, étaient houleux et cause de division. C’est pour cette raison qu’après les élections de 1898 et de 1900 l’Agent de la tribu abolit le Conseil national. La fonction de chef fut toutefois maintenue.

En plus des perturbations dues à son système politique, la réserve amena des dégradations de la vie économique des Osages.

Les collines du domaine tribal, avec sa couverture de chênes blackjack et d’herbes bleues, n’encourageaient pas les pratiques agricoles. Alors que les Osages étaient autrefois dépendants des chasses au bison : après 1876, ils devaient se débrouiller avec les rations distribuées par l’Agence à Pawhuska. Chaque Osage recevait en outre un paiement individuel d’environ 200 dollars par an, une somme produite par les intérêts issus du placement des fonds sur le compte épargne

La location de terres agricoles fournissait une autre source de revenus. Il arrivait fréquemment qu’un membre de la tribu choisisse pour se l’approprier une parcelle du domaine tribal qu’il louait à des fermiers blancs immigrés. Au changement de siècle, l’Osage moyen avait ainsi de une à six fermes louées de cette manière. De la même façon, le Conseil national accordait de semblables locations, mais sur une plus large échelle aux éleveurs blancs. Tom Wagoner, un célèbre éleveur du Texas, propriétaire du célèbre ranch 3-d, faisait paître à la fois 15 000 bêtes sur la terre des Osages. En 1893, plus de la moitié de la réserve, soit 831 000 acres avaient été louées comme pâturages, une pratique qui en 1906 porta le revenu de la tribu à un montant de 98 376 dollars. Les locations de pâturages, bien qu’elles soient de toute évidence importantes, avaient aussi une valeur stratégique. Situées dans la partie nord de la réserve, les terres mises en location jouaient un rôle tampon, la protégeant contre l’avidité des colons qui auraient encore voulu déplacer les Osages. Les fermiers réfléchissaient toujours à deux fois avant d’aller labourer les pâturages loués par les éleveurs.

Avant 1907 les royalties du pétrole et du gaz apportaient aussi aux Osages de modestes revenus. L’existence de ces quantités de pétrole et de gaz naturel gisant sous la surface de la réserve était connue depuis longtemps. Pour la mise en exploitation de ces ressources, le chef James Bigheart signa, en mars 1896, une location à bail de dix ans de la nappe osage concernant le totalité de la réserve, avec la Phœnix Oil Company fondée par Edwin B. Foster. La compagnie exploita ses premiers puits en octobre 1896 mais des revers financiers causèrent sa réorganisation en décembre 190, quand elle prit le nom de Indian Territory Illuminating Oil Company. La nouvelle compagnie accorda de nombreuses sous-locations afin de stimuler l’exploration. Le résultat de cette action fut le forage de 361 puits à la fin 1904. Ce qui ne représentait qu’une partie du total de puits qui allaient compléter ces premiers forages.

cap024Pendant quelque temps, après leur arrivée en Territoire Indien, les Osages réussirent à se tenir à l’écart des hommes blancs avides de terres qui les avaient forcés à partir de leur réserve du Kansas. Cependant, le mouvement de la nation américaine vers l’ouest, toujours plus lointain, rendait impossible un isolement définitif, en particulier après l’ouverture du Territoire d’Oklahoma en 1889 et celui du Cherokee Strip en 1893. D’un aussi mauvais présage pour les Osages était la politique adoptée par les Etats-Unis en 1887 selon laquelle les Indiens seraient rendus propriétaires d’une parcelle de 160 acres tandis que la partie restante de leurs réserves serait ouverte à la colonisation par les blancs.

Quand le Congrès exempta les Osages des deux lois Dawes et Curtis, des mesures furent prises afin de protéger l’approbation tribale du programme de la répartition des terres. En 1893, le gouvernement envoya la Commission de Répartition cherokee et, l’année suivante, une commission spéciale osage instruire les Osages sur les avantages de la propriété privée. Aucune des deux, cependant, n’obtint le consentement en faveur d’un dépeçage de la réserve.

Plusieurs raisons expliquaient cet échec. James Bigheart et Black Dog, par exemple, observaient que les Osages pouvaient très bien perdre leur propriété après la dissolution de leur réserve. Sans terre, les Osages seraient complètement à la merci du gouvernement. Comme les procédures traditionnelles de lotissement comprenaient aussi bien la surface que le sous-sol, les deux chefs affirmaient que le dépeçage de la réserve ferait la fortune de certains au détriment de la majorité. Les revenus produits par les dépôts financiers issus de l’exploitation du pétrole et du gaz naturel iraient seulement à ceux qui posséderaient les sites les plus favorables, au lieu d’aller à l’ensemble de la tribu. De plus, Bigheart fit observer que la liste tribale devant servir de base pour l’attribution des parcelles, incluait des familles qui n’étaient pas Osages et qui n’avaient aucun titre à prétendre partager la richesse tribale. Quand le Bureau des Affaires indiennes conserva sur la liste les noms des familles contestées par Bigheart, l’opposition des Osages de pure souche au lotissement de la réserve se trouva confirmée.

Toutefois, il existait parmi les Osages, un noyau non négligeable en faveur de la dissolution de la réserve. Les métis voyaient le lotissement comme une occasion de s’occuper eux-mêmes de leurs propres affaires et d’atteindre un statut égal à celui de l’homme blanc. Ce point de vue devint celui de la majorité lorsque leur nombre dépassa celui des Osages de pure souche. En outre, les métis en étaient arrivés à la conclusion que le démantèlement de la tribu était inévitable, tout spécialement lorsque le Congrès eut donné l’autorisation de construire des voies ferrées à travers la réserve, choisissant l’emplacement de cinq villes et indiquant que la réserve devait devenir un comté quand l’Oklahoma deviendrait un Etat. Il ne pouvait être question de remettre en cause le lotissement après mars 1894, lorsque Bird S. McGuire, le délégué du Territoire, présenta la loi nécessaire.

Le soutien tribal à la loi de lotissement devint à ce point effectif qu’en juin 1904, les Osages élurent comme chef le candidat qui soutenait ce projet. Une loi de répartition en lots fut rédigée et approuvée par la tribu à l’occasion de l’élection générale qui suivit. En février 1906, le projet de loi fut emmené à Washington pour y être présenté par une délégation osage représentant toutes les tendances de la tribu. En juin, elle fut votée par le Congrès.

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La loi de lotissement osage différait de lois similaires par le fait qu’elle réservait tous les droits minéraux à la tribu, une disposition dont James Bigheart s’était fait le champion. La loi indiquait aussi que la réserve tout entière serait divisée entre les Osages inscrits sur la liste tribale, avec une parcelle de 160 acres désignée comme propriété inaliénable pour une durée de 25 ans.

Il n’y aurait pas de “surplus” de terre disponible pour les blancs, bien que, sous certaines conditions, un individu puisse vendre la portion non restreinte de sa parcelle. Spécifiant que le compte épargne tribal ne pourrait pas être divisé entre les membres de la liste tribale afin d’être crédité sur des comptes individuels privés, la loi de lotissement annonçait la création d’un nouveau conseil tribal.

Pour appliquer ces dispositions, les Etats-Unis nommèrent une commission de trois membres dont un Osage de pure souche. Au début, établissant une liste tribale qui comprenait 2229 Osages, la commission attribua un lot de 658 acres à chacun des membres inscrits, s’efforçant de situer le lot entier d’un seul tenant ou dans le même secteur. Il partagea également le fonds d’épargne commun de la tribu, attribuant à chaque membre un montant de 3819 dollars.

En même temps qu’il adoptait la loi de lotissement, le Congrès vota la Loi d’Habilitation. Elle était aussi importante pour les Osages, autorisant comme l’avait fait une Convention constitutionnelle d’Oklahoma composée de 55 délégués du Territoire indien, 55 délégués du Territoire d’Oklahoma et deux de la nation osage. Aux élections tenues le 5 novembre 1906, les Démocrates T.J. Leady et J.S. Quarles furent élus représentants des Osages. A la fin novembre tous les délégués assemblés à Guthrie, où ils rédigèrent une Constitution qui fut finalement adoptée par les résidents du Territoire. L’Oklahoma entra dans l’Union une année plus tard le 16 novembre 1907.

Avec leurs terres loties et leur réserve devenue un comté d’Oklahoma, les Osages ne devaient plus exister longtemps en tant que peuple indépendant.

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AU VINGTIEME SIECLE

De profondes altérations de la vie tribale des Osages survinrent au cours du 20ème siècle, mais rien ne fut plus dramatique que l’alternance de leur économie. De bénéficiaires du modeste revenu du compte épargne et des locations des terres, au temps du lotissement en 1920, les Osages étaient devenus le peuple le plus riche du monde. L’exploitation des ressources minérales de la réserve de la tribu expliquait ce développement.

En 1906 quand la location initiale Foster de la nappe arriva à son terme, un nouveau bail de 10 ans fut passé avec l’Indian Territory Illuminating Oil Company pour une location de 680 000 acres. Bien que cette compagnie pétrolière – qui continuait à être dominante dans la réserve jusqu’à sa fusion en 1941 avec la Cities Service Oil Company – acceptât une augmentation des royalties passant de un dixième à un huitième, elle ne paya pas de prime pour locations-baux spécifiques. Comme un tel paiement sur les réserves de pétrole prouvées était d’usage, certains en Oklahoma – tels le gouverneur Charles Haskell – en vinrent à soupçonner un favoritisme particulier, voire de la corruption. Le bail se fit comme prévu cependant et la I.T.I.O. Company et ses sous-traitants continuèrent à tirer du profit de l’exploitation de « l’Osage »

Les succès de la production pétrolière rendirent encore plus attractifs, aux yeux des sociétés concurrentes, les acres qui n’avaient pas encore été loués.cap029

Pendant un temps, elles soumirent leurs offres au Ministère de l’Intérieur, proposant des primes payées directement pour le droit d’exploiter des terrains loués. Comme ces offres étaient généralement modestes, le Conseil osage institua un système d’enchères publiques par lequel les parcelles étaient louées à ceux des candidats qui payaient la plus forte prime. La première enchère de ce genre eut lieu à Pawhuska le 11 novembre 1912. Dans le courant des 15 années qui suivirent, 28 autres enchères se tinrent.

Le colonel E.E. Walters présidait ces « Monte-Carlo osage » qui se tenaient sous un énorme orme près de l’Agence. A la première enchère il proposa à la location une étendue de 107 000 acres qui obtint une prime de 39 000 dollars – à peu près 35 cents l’acre – Dix ans plus tard, après le développement du Champ Burbank, il vendit une surface comparable qui généra une prime de 10 millions de dollars – 300 dollars par acre. La Gypsy Oil Company acheta une étendue de 160 acres pour 1 600 000 dollars, mais la prime record fut obtenue deux ans plus tard, en mai 1924 quand la Skelly-Phillips Combination paya 1 900 000 dollars pour une location similaire. A ce jour, le total cumulé des primes atteignait 14 millions de dollars.

Bien que ces primes payées par les différentes firmes fussent fantastiques, elles ne représentaient qu’une fraction des royalties sur le pétrole que recevaient les Osages. Entre 1907 et 1929, la tribu reçut 233 millions de dollars en royalties et primes. En 1957, un supplément de 167 millions de dollars avait été enregistré et en 1971 au moins 100 millions de dollars de plus.

En tout, la « Nappe osage » avait généré plus de 511 481 402 dollars de revenus pour la tribu.

Les sommes reçues au titre de royalties et de primes étaient versées par tête sur les comptes individuels ou divisées entre les héritiers de chacun des 2229 propriétaires d’origine. Connus sous le nom de « Droit par tête », ces versements se montaient à 384 dollars en 1916, à 3762 dollars en 1978 et à 8090 dollars en 1920. Le plus gros versement survint en 1925 quand 13.200 dollars furent crédités sur chaque compte de « droit par tête ». En 1929, chaque Osage propriétaire d’origine avait ramassé plus de 102 534 dollars sous forme de royalties. La somme payée descendit en 1932 à 1120 dollars et remonta à 1905 dollars en 1952. En 1970, le « Droit par tête » était payé 2780 dollars.

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Extrêmement riches, les Osages se livraient souvent des dépenses extravagantes et sans aucune retenue. En 1927, en une seule après-midi, une dame osage acheta, avec une « attitude olympienne envers l’argent », un manteau de fourrure de 12 000 dollars, une bague de diamants de 3 000 dollars, une automobile de 5 000 dollars, 7 000 dollars de meubles qu’elle fit expédier en Californie pour 600 dollars supplémentaires, versa un acompte de 4 000 dollars sur une maison en Californie et fit un investissement de 12 800 dollars sur un immeuble en Floride. Un autre propriétaire d’origine, de pure souche osage, qui avait reçu 86 142 dollars de « droit par tête » entre 1916 et 1926, n’avait rien d’autre à montrer, de tout ce qu’il avait pu acquérir avec ce revenu, qu’une automobile évaluée à 350 dollars sur laquelle il devait encore 400 dollars.

En de multiples circonstances, des blancs dénués de scrupules furent pour beaucoup à l’origine de ces dépenses incontrôlées et de cette dissipation des fortunes. Des hommes de loi, coutumiers des procédés malhonnêtes, s’étaient eux-mêmes désignés comme tuteurs des Osages déclarés incompétents par la Cour du comté. Lorsqu’il avait ainsi obtenu le contrôle de son « protégé », l’avocat manipulait sa fortune à son propre avantage. Un tel « tuteur » acheta une automobile 250 dollars et la revendit à son pupille pour 1250 dollars. En tant qu’homme d’affaires d’un autre Indien, le même avocat géra si bien la fortune de son client que celui-ci se retrouva, en 1929, avec 20 000 dollars de dettes sous forme d’hypothèques tenues par ce même avocat. Cet endettement s’était produit en dépit du fait que, au cours de la même année, l’Osage avait hérité d’un immeuble évalué à plus de 90 000 dollars et que, à partir 1921, il avait perçu entre 7 000 et 12 000 dollars par an. Le record est battu avec des manigances de ce genre. De plus, les hommes de loi du conté osage demandaient et obtenaient fréquemment de fabuleux honoraires pour représenter les Indiens dans les affaires venant devant la Cour. Dans une affaire de divorce dont l’audience ne dura pas plus de vingt minutes, les avocats des deux parties reçurent chacun 1 000 dollars d’honoraires.

Certains médecins et des marchands étaient aussi peu scrupuleux. Plusieurs médecins surveillaient la santé des Osages. En 1952, l’un d’eux demanda à une vieille dame un montant d’honoraires de 6 115 dollars incluant une taxe quotidienne de 600 dollars pour appel de nuit, une taxe complémentaire pour appel à son cabinet ou chez lui et 3 dollars par jour pour les remèdes.

Au cours de cette année, il se fit payer un total de 14 372 dollars pour divers services rendus à des Osages. De la même manière, des commerçants locaux entraînaient les riches Indiens à acheter n’importe quoi, depuis les coûteuses voitures de luxe telles que les Pierce Arrow aux albums d’images et de photos. Toutes ces marchandises étaient fréquemment achetées à crédit en dépit des immenses revenus que percevaient régulièrement les Osages et contrairement aux instruction de l’Agent tribal. En juin 1922, le total de 194 de ces dettes se montait à 817 523 dollars, dont les intérêts étaient au taux de 10% par quart.

En plus des pratiques louches de ces quelques « amis », la richesse des Osages attirait des criminels sur la réserve osage, instaurant ce que les observateurs contemporains ont appelé « Le règne de la terreur chez les Osages ». Les hors-la-loi du célèbre gang de Al Spencer opéraient dans le comté, de même que Henry Grammer, le fameux « roi des bootleggers. » Mais ceux-là et d’autres de moindre réputation n’étaient que du menu fretin comparé à W.K. Hale.

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Entre 1921 et 1923 plusieurs membres d’une honorable famille moururent en de mystérieuses circonstances. En juillet 1922, Lizzie Q. Brown, une femme osage âgée mourût en laissant ses huit « droits par tête » à ses trois filles. Au printemps suivant, Anna, l’une de ses filles fut trouvée morte d’une balle dans la tête.

Quelques semaines plus tard, les autorités découvrirent le corps de son ex beau-frère, Henry Roan. Et en mai 1923, Mrs. W.E. Smith, la sœur d’Anna et toute sa famille périrent dans un attentat à la dynamite qui souffla leur maison. En conséquence, toute la fortune Brown, de plus de 10 000 dollars annuels, passa entre les mains de Molly, la seule sœur ayant survécu qui était aussi l’épouse de Ernest Buckhart, neveu de W.K. Hale.

Au début, les autorités du comté ne montrèrent que peu d’intérêt pour ces meurtres. Après avoir dépensé 20 000 dollars sur ses finances propres le conseil tribal parvint à décider des enquêteurs fédéraux à s’occuper de ces affaires. Des preuves furent réunies et finalement des charges furent relevées contre Hale, Buckhart et leurs complices. Les procès établirent que Hale avait été le cerveau de l’entreprise criminelle, qu’il avait bénéficié d’une prime d’assurance vie de 25 000 dollars souscrite par Roan et que Buckhart avait engagé les assassins chargés d’exécuter les meurtres. Les condamnations tombèrent finalement au terme du second procès, après lequel le règne de la terreur chez les Osages fut terminé. Cependant, pour les Osages, cette ère ne fut pas encore oubliée. Certains étaient partis de la région, d’autres s’étaient armés et d’autres encore avaient suspendu des lumières autour de leur maison afin de dissuader d’éventuels meurtriers.

Les dépenses inconsidérées, la corruption et les activités criminelles liées à la richesse des Osages convainquirent le gouvernement fédéral qu’un contrôle précis était devenu nécessaire si l’on voulait que la tribu conserve quelque richesse.

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En mai 1921 le Congrès mit fin à la pratique consistant à dilapider les fonds perçus par les titulaires de « droits par tête » aussitôt que les royalties et les primes leur avaient été versées. Pour cela, le Congrès décida que ceux des Osages « propriétaires initiaux » qui n’avaient pas de certificat d’émancipation recevraient seulement une pension trimestrielle de 1000 dollars avec un supplément de 500 dollars par enfant mineur. Les sommes restantes (les fonds restants) seraient investies en bonds du trésor des Etats-Unis et en divers bonds du trésor des Etats ou bien encore placés en dépôts à terme dans les banques locales. Après février 1825, cet argent pourrait être dépensé par les personnes individuelles sous condition d’approbation du Secrétaire de l’Intérieur. Ces mesures tardives permirent une certaine conservation des fonds.

Ce contrôle tatillon des autorités fédérales ne fut cependant pas appliqué à tous les Osages. La loi de lotissement des Osages avait prévu que ceux des osages qui seraient jugés capables de gérer correctement leurs affaires se verraient décerner un certificat d’émancipation. Un tel certificat annulait toute restriction sur l’Indien excepté pour ce qui concernait sa propriété foncière sur les ressources minérales recelées par sa propriété de 160 acres. Selon les termes de la loi, ce sont quelques 1164 certificats qui furent émis, un nombre qui augmenta avec la loi votée en mars 1929. Cette dernière mesure appliqua l’émission de ces certificats à tous les « originaux » métis dont le quantum de sang indien était inférieur à un demi.

Finalement, en 1948 le Congrès décida d’accorder le certificat d’émancipation à ceux des Osages « originaux » de moins de un demi de sang indien lorsqu’ils atteindraient l’âge de 21 ans. Comme conséquence, en 1952, 2390 membres de la tribu, soit 79% des adultes avaient été émancipés.

A l’origine, un certificat d’émancipation ne permettait pas la vente de la propriété de 160 acres reçue lors du lotissement. Cependant les lois de 1921 et de 1948 modifièrent cette restriction pour ceux des Osages qui avaient moins de la moitié de sang indien. Le plus souvent, dès qu’ils avaient obtenu leur émancipation, ces Osages vendaient leur terre. Ainsi en 1957, sur les 1,5 million d’acres de la réserve, les droits de propriété du sol d’une superficie de 1,1 million d’acres avaient été vendus. Mais les restrictions sur les propriétés – aussi bien foncières que minières – détenues par les Osages de plus de un demi de sang indien avaient été maintenues, d’abord jusqu’en 1959, puis jusqu’en 1984 et, récemment jusqu’à ce que le Congrès juge opportun de l’annuler. Cette restriction s’appliquait aussi aux droits acquis de la tribu concernant la totalité de la propriété des ressources du sous-sol.

L’émission d’un nombre croissant de certificats d’émancipation indique qu’en majorité les Osages s’étaient affranchis de toute limitation du gouvernement fédéral. En 1952 par exemple seulement 14% du total de la population tribale avaient des comptes épargnes à l’Agence osage. Pour le meilleur comme pour le pire, la plupart des Osages étaient indépendants des lois fédérales comme ils l’avaient été durant le 18eme siècle.

En même temps que la tribu subissait, avec le 20ème siècle, des changements économiques, sa démographie se transformait. Parmi les 2229 « Originaux », on dénombrait 680 Osages de pure souche et 1369 métis. En 1952, la population avait atteint l’effectif de 5 307 parmi lesquels 9% étaient de pure souche tandis que plus de 65% avaient moins d’un quart de sang indien. En 1970, le recensement dénombrait 8244 Osages dont 323 de pure souche. Plutôt que d’être concentrés sur une réserve, les membres de la tribu résident dans plus de 300 communes différentes et dans au moins 36 Etats. Le groupe le plus important de ceux qui vivent à l’extérieur de l’Oklahoma réside en Californie du sud. Cependant la plupart de ceux qui ont plus de la moitié de sang indien continuent à vivre en Oklahoma dont la majorité dans le comté osage. Comme l’a été son foyer de peuplement, la pyramide des âges de la tribu a-t-elle aussi été, elle aussi, profondément modifiée. En 1970 près de 50% des Osages avaient moins de 21 ans. Ainsi, non seulement il existe une tendance souhaitée vers l’assimilation biologique à l’homme blanc, mais la population tribale comprend une proportion croissante de jeunes.

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Le Conseil national osage a bien dirigé les Osages au cours des dernières décades. Organisé selon les dispositions de la loi de lotissement amendée, le Conseil est composé d’un chef principal, un chef adjoint et huit conseillers tribaux.

Ces élus sont choisis tous les quatre ans par un corps électoral composé des membres de la tribu âgés de 21 ans et plus, dont le nom figure dans la dernière liste trimestrielle des membres de la tribu. Etant donné que les Osages étaient particulièrement exemptés des dispositions de la loi Wheeler-Howard et de la loi d’assistance aux Indiens d’Oklahoma, le Conseil tribal siège sans constitution ni charte collective. Au contraire son fonctionnement fait penser à celui d’un Conseil d’administration d’entreprise, exerçant son autorité sur la location à bail des biens fonciers de la tribu, la fixation des primes requises à ces locations, l’emploi des fonds tribaux, et l’administration des résidus de la réserve situés à Greyhorse, Hominy et Pawhuska.

Le Conseil a fait un bon usage de son autorité. Entre 1935 et 1947, il a fondé une clinique qui fonctionne à l’Agence. De même en 1947, il a déposé un recours devant la Commission des réclamations indiennes à Washington et obtenu à l’issue des délibérations un montant de 864.107 dollars. La tribu avait basé sa plainte sur l’injustice subie lors de sa résidence au Kansas et à la suite du départ forcé de cette réserve.

Les chefs principaux des Osages ont compté des dirigeants remarquables et compétents dont le chef principal actuel, Sylvester J. Tinker. L’un des plus remarquables parmi les récents dirigeants a été Fred Lookout qui a servi continuellement de 1924 à 1949.

Au cours des dernières décades, un nombre croissant d’Osages ont bénéficié des occasions de s’éduquer.

Au tout début de ce siècle les enfants en âge d’aller à l’école primaire entraient soit au pensionnat du gouvernement, la Saint Louis Mission School, ou bien à Saint John’s Mission School. Pour les études secondaires ils choisissaient Bacone College, Haskell Institute et Carlisle Indian School. Après la fermeture des pensionnats gouvernementaux et paroissiaux (l’école du gouvernement en 1921, celle de Saint John en 1915 et celle de Saint Louis en 1948), les parent osages envoyèrent leurs jeunes soit dans les externats catholiques à Pawhuska et Fairfax, soit dans les écoles publiques. En 1925 le premier Osage de pure souche obtint son diplôme d’enseignement secondaire public ; 31 de plus obtenaient ce diplôme en 1935 et en 1952 encore 98 autres. En 1970 plusieurs centaines de jeunes Osages, garçons et filles, étaient inscrits dans différents lycées de la région. D’autres encore ont tiré parti des possibilités de suivre un enseignement supérieur, suivant les cours et obtenant les diplômes de divers instituts d’Oklahoma et d’ailleurs.

Cet intérêt croissant pour l’éducation scolaire révèle une tendance affirmée vers une intégration totale dans la vie communautaire. Les métis sont généralement bien intégrés, cependant les Osages de pure souche ont tendance à préserver leur identité indienne. Résidant dans les villes ou dans des ranchs, les Osages ont acquis de belles maisons meublées avec goût. Nombreux sont ceux qui ont beaucoup voyagé et certains ont acquis une notoriété locale, voire nationale ou internationale grâce à leurs succès dans les domaines artistiques et professionnels.

Parmi ces derniers on peut citer le chef Fred Lookout, un élève de Carlisle Indian School, et John Joseph Mathews, diplômé de l’université d’Oxford, auteur de Wah’Kon-Tah et du livre poétique Les Osages. Au nombre des autres célébrités on peut nommer Marjorie Tallchief qui fut chef de ballet à l’Opéra de Paris, sa sœur Marie Tallchief qui devint danseuse étoile à l’Opéra de New-York et Clarence L. Tinker (voir photo p.49), général de l’armée de l’air des Etats-Unis basée à Hawaï qui fut tué à la bataille de Midway en 1942.

La carrière et la mort du général Tinker suggèrent un autre aspect de l’intégration osage dans la communauté blanche. La tribu a totalement soutenu les Etats-Unis au cours des deux guerres mondiales du 20ème siècle. A l’occasion de la première guerre mondiale le Conseil mit à la disposition de la marine le pétrole disponible sous une étendue de 5000 acres de la réserve, tandis que des particuliers achetaient pour une valeur de 2 500 000 dollars de bons pour la liberté et participaient à la Croix Rouge. Un tiers des hommes éligibles furent volontaires pour le service militaire. De même, pendant la deuxième guerre mondiale, 519 membres de la tribu osage servirent dans l’armée et 26 d’entre eux furent tués en action ou à l’entraînement. Neuf Osages furent décorés pour actions d’éclat, 50 servirent en tant qu’officiers et 47 comme sous-officiers.

Autrefois totalement et définitivement voués à Wa-Kon-Da, les Osages, au cours des dernières décades avaient fini par accepter le dieu de l’homme blanc.

Résultat des efforts missionnaires historiques des Robes Noires, les Osages demeurent fortement attachés à l’Eglise catholique romaine quoique certaines sectes protestantes aient obtenu quelques conversions – les Baptistes, les Méthodistes et les Amis (Quakers) ont un nombre croissant de membres parmi la tribu.

Mais ce serait une erreur de conclure que les Osages ont entièrement abandonné leur ancien héritage et qu’ils ont été complètement et définitivement intégrés à la communauté blanche. Certains appartiennent encore à la Native American Church, une communauté qui a décliné ces dernières années. En 1918 il y avait à peu près 25 assemblées de 20 à 30 membres chacune. Les Osages membres des paroisses catholiques de Pawhuska et de Fairfax ont montré leur réticence à oublier complètement le passé en formant leurs propres autels sociétés. D’autres encore ont souffert de crises d’identité qui surviennent avec l’adoption de comportements étrangers et d’inattendus problèmes de santé. Quoiqu’en nombre peu important, ils sont tombés dans l’alcoolisme et la dépendance de drogues. Finalement, depuis la découverte du pétrole dans la réserve, la majorité de la tribu compte sur le paiement des dividendes de leurs actions comme principale source de revenu au lieu de suivre le modèle économique américain.

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LE FUTUR

Le peuple osage a eu une histoire mouvementée, une riche culture et une tradition chargée de sens.

Il est difficile d’imaginer un futur auquel les Osages ne participeraient pas. Cependant il y aura quelques problèmes. Par exemple la tendance à l’assimilation biologique est porteuse du risque que les Osages oublient leur passé, leurs traditions et leur identité. Etant donné que les gens ne peuvent pas savoir où ils vont ni qui ils sont s’ils ne savent pas où ils ont été et qui ils étaient, la tribu aura à faire un effort pour préserver tout ce qui reste du passé. Cet effort devrait faire en sorte de ne pas couper les jeunes hommes et les jeunes filles de la société blanche dominante, mais plutôt d’y favoriser leur insertion. La connaissance de soi-même apporte la confiance et la confiance entraîne la réussite.

Un autre problème auquel les Osages seront confrontés est celui de leur économie. Leur base territoriale est déjà démantelée tandis que leurs réserves de pétrole et de gaz naturel sont en voie d’épuisement. C’est sûr que l’extraction du pétrole relayée par l’exploitation de la nappe d’eau phréatique apporteront une aisance mais ces ressources ont leurs limites. La «Nappe Osage» devrait encore être productive pendant vingt ans et produire des revenus de plus de 4 millions de dollars par an en moyenne. Cependant, comme toutes les ressources du sous-sol, le pétrole et le gaz naturel, seront un jour épuisé et la tribu devra rechercher d’autres bases économiques.

Il existe plusieurs alternatives aux dividendes du pétrole. Il y a d’importants gisements de calcaire, de sable, de grès et de charbon dans le sous-sol de la réserve. Tous ces minéraux, à l’exception du charbon pourraient être exploités de manière plus intensive. Cependant, si l’on tient compte des demandes du marché international, la qualité insuffisante du charbon retardera sa mise en exploitation immédiate. L’augmentation des activités d’agriculture et d’élevage sont aussi possibles mais le développement du marché touristique est hautement prometteur. L’excellent musée de Pawhuska, les cérémonies tribales colorées, les aménagements de loisir et de détente et l’hospitalité du peuple pourraient et devraient se transformer en entreprises rentables.

Le changement économique qui doit relayer l’épuisement des réserves de pétrole et de gaz naturel peur être facilité par une éducation systématique de la population. Des bourses et des subventions accordées par le Bureau des Affaires Indiennes et le Conseil Tribal encourageront les jeunes à acquérir des compétences et une conscience de ce qui assurera l’avenir des Osages.

En demeurant attentif aux traditions, au développement économique et à l’adulation, le peuple osage relèvera les défis de demain. Ce faisant il enrichira encore davantage l’héritage américain.

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