Les Osages et les Français

 Selon la mythologie osage, Wa-kon-da, force de vie de l’univers, choisit leurs ancêtres, issus du monde des étoiles, pour aller sur terre. Se confondant alors avec le peuple fruste qui déjà occupait la terre, ils constituèrent un nouveau peuple raffiné et se nommèrent eux-mêmes Children of the Middle Waters.

D’origine linguistique Sioux-Deghiha, les Osages, à l’aube de leur histoire, ont vraisemblablement résidé dans la vallée de l’Ohio mais, au XVème  siècle, les attaques de tribus iroquoises qui vivaient plus à l’est les obligèrent à aller se réfugier à l’emplacement de l’actuel Etat du Missouri. Sur leur nouveau territoire ils vivaient de cueillette, un peu de la culture du maïs, de courges et de haricots, mais aussi de la chasse au gibier des bois et les plaines, le bison étant bien sûr le plus noble.

 

Louisiane

 

osage2Les Osages résidaient dans des villages permanents et menaient aussi une vie semi-nomade. Pour transporter leur affaires dans les déplacements il utilisaient le chien et plus tard le cheval attelé à des travois. D’après l’écrivain Washington Irving ils étaient « les plus beaux Indiens de tout l’Ouest ».

Un chef de paix et un chef de guerre, tous deux choisis dans l’une des deux grandes divisions de la tribu et un conseil des anciens conduisaient les destinées du peuple osage. La base sociale de la tribu était la famille élargie : tous ceux qui vivaient autour du même foyer. Les familles étaient groupées en clans. Comme les autres peuples autochtones, les Osages étaient très religieux, recherchant une connaissance personnelle de Wa-Kon-Da par leurs prières du matin, du midi et du soir.

 

 

 

Marquette

 

C’est en juin 1673 qu’eut lieu leur première rencontre avec les Européens. Une expédition conduite par deux Français : le père jésuite Jacques Marquette et son compagnon Louis Joliet, descendaient le Mississippi à la recherche d’un passage vers la mer de l’ouest. Au confluent de la rivière Arkansas leurs guides indiens leur annoncèrent que l’expédition arrivaient sur le territoire des Wah-Sha-She, un nom que Marquette écrivit Ouashigi dans ses notes et qui fut plus tard transcrit en Osage. Dans le sillage de cette expédition, d’autres Français venus des rives du Saint-Laurent allèrent rencontrer les Osages afin de commercer et notamment dans le but d’échanger des fusils et d’autres produits manufacturés contre des fourrures et des esclaves indiens

 

Oage_and_traders

Mais plus encore que d’intéressants partenaires commerciaux, les Osages furent pour les Français des alliés très appréciés. Située stratégiquement sur les rives du Missouri, la tribu contrôlait non seulement l’accès de cette voie navigable d’un intérêt vital mais en outre elle interdisait aux autres tribus les relations commerciales avec les colonies espagnoles du Nouveau-Mexique.

 

Fort_Osage

Coureur_de_bois

Afin de gagner les osages à leurs visées diplomatiques, les Français envoyèrent plusieurs de leurs agents négocier avec la tribu. Le plus efficace fut certainement Etienne Venyard de Bourgmont. Cet ancien coureur des bois avait pris le commandement, en 1712, de Fort Detroit (embryon de l’actuelle ville de Detroit, Michigan), succédant au sieur de Lamothe-Cadillac. Ce dernier, un Gascon né à Saint-Nicolas-de-la-Grave sur la rive gauche de la Garonne, entre Castelsarrasin et Moissac, avait fondé en 1701 ce poste avancé de la colonisation française en Amérique. Assiégé et harcelé par les tribus alliées des Anglais, Bourgmont avait bénéficié du soutien d’un groupe de guerriers osages, venus de leur lointain territoire pour aider la garnison française. Il avait été tellemen,t impressionné par ces grands et redoutables guerriers qu’une fois la victoire acquise et Fort Detroit sauvé, Bourgmont se rendit au pays des Osages. Pendant trois ans il vécut parmi les tribus Osage et Missouri et épousa même une Indienne missouri qui lui donna un fils.

Princesse_Missouri

Très respecté et aimé des Osages, il obtint en 1723, l’autorisation de construire Fort Orléans sur une rive du Missouri.

Fort_Orleans_Carte

Fort Orléans sur la rive gauche du Missouri

L’existence de ce fort ainsi qu’une mutuelle satisfaction dans les échanges commerciaux cimentèrent l’alliance franco-osage. Désireux d’affermir ces amicales relations entre son pays et les Indiens de Louisiane, Bourgmont invita plusieurs chefs de différentes tribus à l’accompagner en France. Le groupe arriva à Paris en septembre 1725 et y séjourna pendant plusieurs mois. Invités fréquemment aux cours seigneuriales de tout le pays, ils s’y rendaient vêtus de leurs tenues traditionnelles afin d’y présenter les danses et y démontrer leur habileté à la chasse. Rentrés au pays les chefs décrivirent avec enthousiasme les merveilles qu’ils avaient pu voir pendant leur séjour. Hélas, l’intérêt des Français pour le bassin du Mississippi alla en décroissant de 1724 à 1733 et Fort Orléans fut abandonné laissant les Français de cette région dépourvus de la protection d’une garnison fortifiée.

La défaite de la France devant les Anglais, sanctionnée par le traité de Paris en 1763, allait venir bouleverser radicalement cette bonne entente. : la France cédait à l’Espagne ses territoires situés à l’ouest du Mississippi et les Osages passaient ainsi sous la tutelle espagnole. Ils n’en continuèrent pas moins leurs raids contre les tribus vivant à l’ouest et au sud de leur territoire, empêchant tout commerce. Agacés, les Espagnols entreprirent de faire la guerre aux Osages, ce qui ne fit que les irriter davantage et donna lieu à de vigoureuses actions de représailles.

Changeant de tactique, les Espagnols envisagèrent alors de les amener à coopérer enAuguste Chouteau reprenant les échanges commerciaux par l’intermédiaire d’un Français, Auguste Chouteau, à qui était octroyé le monopole du commerce avec les Osages à la condition qu’il les pacifie et obtienne d’eux la liberté de navigation et de commerce avec les autres tribus. Etablissant son comptoir commercial sur la rivière Osage, Chouteau remplit son contrat et gagna si bien l’estime des Osages que lorsqu’il perdit son monopole en 1802, le célèbre chef Clermont et la plus grande partie des Osages le suivirent pour s’installer avec lui sur le nouveau comptoir qu’il venait de fonder à l’emplacement de la ville actuelle de Muskogee. Cette région, appelée à l’époque « les trois fourches » car elle est le confluent de l’Arkansas, de la Verdigris (Vert-de-Gris) et de la Neosho, devint ainsi le foyer principal de l’activité osage.

Clermont, chef des OsagesMais la Louisiane était devenue un fardeau tellement lourd pour le trésor de l’empire espagnol qu’il s’empressa en 1802 d’en abandonner la souveraineté au profit de la France. Deux ans plus tard, le Premier Consul Napoléon Bonaparte, incapable d’y établir une colonie, préféra vendre la Louisiane pour la somme de 15 millions de dollars au jeune gouvernement américain qui, d’un seul coup, voyait quasiment doubler la superficie des Etats-Unis.

Ainsi prenait fin la complicité franco-osage qui avait si bien fonctionné pendant un siècle et demi, à tel point que de nombreux Osages étaient devenus capables de parler ou tout au moins de comprendre le Français.

C’est sans doute la nostalgie d’une si longue amitié qui explique le voyage en France qu’entreprirent en 1827 six Osages dont trois arrivèrent épuisés à Montauban en 1829. Le souvenir diffus de cette aventure qui somnolait dans la mémoire collective osage fut réveillé en septembre 1990 lorsqu’une quarantaine d’Osages nous rendirent visite, répondant à l’invitation d’OK-OC qui fêtait ainsi à la fois son premier anniversaire et le cent soixantième de l’événement dont l’association tire son origine.

Jean-Claude Drouilhet

Ouvrages consultés :

The Osage Terry P. Wilson (Chelsea House Publishers, New York, NY 1988)

A dictionary of the Osage language Francis La Flesche, preface de W. David Baird (Indian Tribal Series, Phœnix, AZ, 1975.)

A guide to the Indian Tribes Muriel H. Wright (University of Oklahoma Press, Norman, OK , 1977)

A History of the Osage People Louis F. Burns (Ciga Press, Fallbrook CA, 1989

Le destin extraordinaire du Gascon Lamothe-Cadillac René Toujas (Ateliers du moustier, Montauban , 1974)