Le retour de Petit Chef

 

L'histoire des six Osages perdus en France puis en Europe de 1827 à 1830 commence à être connue, en particulier à Montauban où trois d'entre eux arrivaient dans un état d'extrême dénuement par un terrible hiver en novembre 1829. Ki-He-Kah Schinkah, en français Petit-Chef, conduisait la petite troupe qui comprenait en outre Grand-Soldat et Femme-Faucon.

Leur histoire est connue grâce aux livres qui ont été publiés - Du Missouri à Montauban de Jean-Claude Drouilhet et Le Voyage chez les Yeux Clairs de Philippe Brassart, où celui qui sortira en librairie le 16 fécrier : Les Indiens Osages de Marie-Claude Feltès-Strigler. On commence aussi à parler d'un colloque sur le sujet dont la présidence serait assurée par notre amie Marie-Claude Strigler. Nous reviendrons bien entendu sur cette actualité dans les jours à venir.

En attendant, voici quelques compléments sur Petit-Chef qui, de retour parmi les siens, continua de servir sa tribu avec dévouement

Petit-Chef peint par George Catlin en 1834

George Catlin autoportrait

Les survivants de cette expédition furent honorés dans la tribu aussi longtemps qu'ils vécurent. Petit Chef participa à la conférence avec les Commissaires des États-Unis au traité de Fort Gibson en février 1833 ainsi qu'à une autre conférence tenue au même endroit le 5 janvier 1835 où il déclara : « J'ai voyagé dans le monde entier pour apprendre comment rendre mon peuple heureux, en vain. »Quelques années plus tard, un écrivain français nommé Cortambert qui se rendit dans un village des Osages sur la rive droite de la rivière Neosho raconta dans son Voyage au pays des Osages la rencontre qu'il fit : «...Je vis deux des Osages qui sont allés à Paris il y a une dizaine d'années, un homme et une femme. Ils ont gardé un agréable souvenir de la France bien qu'ils n'y aient pas toujours été bien traités. »Tixier, un autre voyageur français était de passage à Saint-Louis lorsque Édouard Chouteau, le neveu de l’un des fondateurs de la ville de Saint-Louis[1],  le présenta à Grand Soldat qu'il trouva « assis sur une tribune fumant tranquillement sa pipe » et il nous dit ensuite que « cet homme de quarante-cinq ans est l'un des Osages qui est allé en France voici plusieurs années. Il porte sur sa poitrine une médaille avec le portrait du général Lafayette. Monsieur Chouteau nous dit que ce distingué sauvage portait le nom de Grand Soldat. Il nous parla longtemps de notre pays et de nos compatriotes. Monsieur Chouteau qui traduisait pour nous ses paroles nous dit que Grand Soldat était très content de voir les Français. Tous les Osages qui sont allés en France sont morts à l'exception de Grand Soldat et de l'une des femmes. Il parlait avec une extraordinaire volubilité un langage doux et accentué... Il parla avec affection du général Lafayette. »Plus tard encore, le peintre indien Stanley rencontra Grand Soldat et peignit son portrait lors du grand conseil intertribal qui se tint à Tahlequah en juin 1843.  A son sujet il déclara : « ...Il a près de soixante-dix ans, il est vigoureux et actif... Il porte une médaille qui lui a été offerte par le général Lafayette et qu'il affectionne plus que toute autre chose au monde, il parle souvent de lui et de sa gentillesse... A Tahlequah il participa aux diverses danses et amusements avec encore plus d'entrain que n'importe lequel des jeunes guerriers. Il passa une semaine avec moi durant le mois de septembre qui suivit. Il mourut pendant l'été 1844. »

Petit-Chef par Charles Balthazar Julien Fevret de Saint Memin, 1830

Grand Soldat, par Charles Balthazar Julien Fevret de Saint Memin, 1830



[1] Saint Louis a été fondée en  1764  par Pierre Laclède et son beau-fils Auguste Chouteau