LA CAPTIVE AUX YEUX BLEUS


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Cynthia Ann Parker (peinte par Helen Garrison)

Le 19 mai 1836, une bande de Comanches et de leurs alliés Kiowas attaquèrent Parker’s Fort, un ranch du Texas établi par John Parker. Après avoir massacré presque tous les occupants, les Comanches emmenèrent en captivité, parmi d’autres, une petite fille âgée de neuf ans aux cheveux blonds et yeux bleus, Cynthia Ann Parker et son jeune frère John. Si certains des prisonniers furent plus tard libérés contre rançons, les deux enfants Parker devinrent propriété d’une sous tribu Comanche, les Quahadas-Comanches, vivant sur les Staked plains (plaines désertiques) de l’ouest du Texas. En 1840, un groupe de blancs visita un camp de ces Indiens établi sur la Canadian river ; l’un des visiteurs crut reconnaître Cynthia dans la petite fille de treize ans qu’il aperçut. L’ayant interrogée, elle ne répondit pas. Peu après, elle épousa, selon le rituel de la tribu, l’un des jeunes guerriers, certainement le plus réputé, Petra Nokoni, futur chef des Quahadas.

Texas_rangerEn 1860, une troupe de Texas rangers (corps de policiers montés du Texas) commandée par les capitaines Laurence Sullivan Ross et Jack Curington surprit un camp de chasse Comanche occupé seulement par des femmes et des esclaves mexicains. Les hommes parmi lesquels Nokoni, mari de Cynthia et maintenant chef de tribu, étaient à la chasse. Les squaws travaillaient à préparer les robes des bisons tués la veille et la nourriture. Les Texas rangers chargent sans raison et tuent tout être humain à leur portée. Aidée par un esclave mexicain, Cynthia s’enfuit à cheval, sa petite fille Topsonnah (fleur de la prairie) dans les bras. Rejointe et capturée par les "vaillants vainqueurs", Cynthia fut ramenée parmi les Blancs, au Texas, ou son oncle, Isaac Parker la reconnut et devint son tuteur. La législature de l’Etat vota à l’intention de la jeune femme (alors âgée de trente quatre ans ; elle avait vécu parmi les Indiens vingt cinq ans) une pension de cent dollars par ans et cela pendant cinq ans à partir du 1er Janvier 1861. Tous les témoignages s’accordent pour reconnaître la totale assimilation de Cynthia aux modes de vie et des pensées des Comanches devenu son peuple. Elle aimait profondément son mari dont elle était l’unique épouse ; de leur heureuse union naquirent plusieurs enfants dont le plus illustre fut Quanah Parker, l’un des plus grand chef des Comanches.

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Cynthia ne s’habitua jamais à la vie des Blancs dont elle était maintenant la captive, soupirant après son tipi et sa tribu dont la nostalgie la rongeait. A trois reprise elle tenta de s’évader, mais sans succès.

Cynthia2En 1864, Topsonnah tomba malade et mourut. Sa mère refusa de se nourrir. Elle décéda en 1870 et fut enterrée dans le cimetière de Fosterville, Henderson County, Texas.

En décembre 1910, son fils, Quanah Parker, depuis longtemps citoyen américain, ramena leurs restes en Oklahoma où ils furent inhumés. A leurs côtés, il alla reposer le 21 février 1911. le Congrès ordonna d’ériger une stèle sur sa tombe. Dans le granit des Wichita Mountains se lit l’inscription suivante : "Quanah Parker, dernier chef des Comanches, repose ici jusqu'à ce que se lève le jour et que s’écartent les ténèbres. Mort le 21 février 1911, à l’âge de soixante-quatre ans. "

Lorsque sa tribu fut menacée, Quanah Parker mena le combat contre les Blancs. Longtemps il refusa, pour lui et ses frères, d’aller vivre sur une réserve. On le vit à l’aube du 27 juin 1874, entouré de sept cent guerriers Comanches, Kiowas et Cheyennes, attaquer Adobe Walls, le camp des massacreurs blancs de bisons. Puis lassé, comprenant l’inutilité d’une lutte désespérée contre les Américains, il accepta finalement le sort commun a ceux de sa race.


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Car, pour les Indiens les plus braves, il fut un temps où le courage indomptable ne trouva d’autre issue que dans la résignation ou la mort. Quanah Parker brava cette dernière à maintes reprises, en ennemi loyal des blancs, avec un rare sentiment de sa dignité et de celle de son peuple. Sa mort clôtura noblement l’histoire ardente des Comanches, des Indiens comme les autres.

Francine Monesma

(source : histoire du Far-West. J.L. Rieupeyrout) et l’amicale collaboration de Carl Jennings (adopté Comanche)