CONFINÉ VOLONTAIRE

 

John Stink_06

 

Cet Indien Osage avait tout compris. Avant tout le monde. Il avait identifié un terrible virus dont il pressentait l'intensité du pouvoir pathogène qui se propageait dans sa tribu et dans toute la société ; il avait une couleur verte et ressemblait à ça :

$


Infecté, comme tous les autres Osages, il préféra se tenir à l'écart du virus vert, pour sa santé et celle d'autrui. Il s'imposa un confinement total. Son nom était Ho-Tah-Moie, ce qui signifie Tonnerre-qui-Gronde. L'état-civil l'avait affublé du nom de John Stink : Jean-qui-pue.
Il était né vers 1863, alors que les Osages vivaient encore au Kansas d’où ils furent quatre ans plus tard invités à déguerpir pour occuper une nouvelle réserve au nord de l’Oklahoma. D’une belle stature, puisqu’il mesurait plus de 1 mètre 80, Tonnerre-qui-Gronde excellait dans l’art de la chasse et aimait la vie libre qu’il menait au sein de sa tribu. On comprend qu’il eut bien du mal, comme beaucoup de ses semblables d’ailleurs, à s’adapter à la vie dans la réserve
Tonnerre-qui-Gronde était milliardaire en $. Comme des 2224 Osages de la loi de 1906 qui avait ordonné le lotissement de sa réserve, il était devenu le propriétaire d'une parcelle dont le sous-sol se révéla être une éponge à pétrole. La dislocation de la vie tribale qui s’ensuivit, l’abandon des traditions, la perte des repères et de l’identité exercèrent les ravages que l’on imagine. Cela explique le refus de Tonnerre-qui-Gronde. Refus d’une vie factice, dépourvue de sens et de spiritualité. A sa manière, Tonnerre-qui-Gronde entra en résistance.

John Stink_05


Il s’enfonça dans la prairie, au sud de Pawhuska et s’installa avec ses chiens dans un abri sommaire où il passa le restant de ses jours, fuyant la compagnie des humains hormis quelques rares amis de son peuple dont un sourd, Louis Pah-se-topah, avec lequel il communiquait dans la langue des signes des Indiens des Plaines.

John Stink_01

John Stink_02

John Stink_03


Les sollicitations ne lui manquèrent pas, comme on s’en doute. Les articles de presse faisaient leur effet et les propositions de mariage, émanant « d’admiratrices sincères » autant que désintéressées, affluèrent de toutes parts.
Tonnerre-qui-Gronde fit le sourd et consacra son existence à Wah-kon-Tah, à l’amour de la vie et de la terre-mère, à l’amitié et à ses chiens. Il mourut le 16 septembre 1938.

John Stink_04