Printemps Indien 2008 : LES FILS DE LA TERRE

Compte-rendu de la journée du

dimanche 18 mai

Les Amérindiens à Lavaur


LAVAUR, Tarn


Lavaur1
La Dépêche du Midi

Le rendez-vous nous avait été fixé au Dimanche 18 mai à 15 heures au Plô de Lavaur. Nous devions participer à la commémoration du sacrifice, en 1211, de Dame Guiraude et de 400 cathares coupables d'avoir voulu défendre leurs libertés. L'armée de Simon de Montfort avait été impitoyable. Elle menait une guerre de conquête sous prétexte de combattre une hérésie. La croisade dite "des Albigeois" signait le triomphe de la barbarie sur la civilisation occitane...

Nous sommes accueillis très gentiment par la vice-présidente de la société d'archéologie de Lavaur qui organise chaque année cette émouvante commémoration

Rappel historique :


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Site primitif de l’histoire urbaine de Lavaur, la terrasse du Plô forme un éperon dominant l’Agout. Le lieu est choisi par les premiers seigneurs de Lavaur pour édifier un château (cité dès 1035) autour duquel va s’agréger un bourg castral. Il fut peut être le dernier refuge des cathares de Lavaur lors de la prise sanglante de la ville par les troupes de Simon de Montfort le 3 mai 1211 : dame Guiraude de Laurac, co-seigneuresse de Lavaur est jetée vivante dans un puits de la ville et 400 cathares sont brûlés sur le plus grand bûcher de la croisade. Après cet épisode tragique, la cité seigneuriale passe à la couronne de France et le château du Plô, en partie démantelé, servira de salle de justice et de prisons royales.

Quel rapport avec les Amérindiens ?

Les deux Kevin ont dû rentrer à Paris pour des raisons professionnelles. Nous arrivons donc avec Claude Boivin (délégué innu du Québec), Danette Daniels (déléguée osage d'Oklahoma) et Ti'iwan Couchili (déléguée teko de Guyane). La terrasse du Plô, où se déroule la célébration, est occupée par une centaine de personnes, peut-être davantage, assises sur des chaises de jardin. Quelqu'un évoque au micro le souvenir de Dame Guiraude, de ses chevaliers faidits et de ses protégés cathares. Très peu de jeunes gens. Dommage.

Après les présentations la parole est aux Amérindiens. Claude Boivin commence par une cérémonie de purification. Il a étalé ses objets sacrés devant lui sur un petit tapis rouge. A genoux, il fait brûler la sauge dont la fumée odorante s'enroule autour de la stèle à la colombe. Ensuite il évoque les malheurs de son peuple qui n'a jamais baissé la tête et continue à vivre selon ses coutumes dans le monde moderne. Ti'iwan dit aussi le génocide suivi de l'ethnocide subi par les siens qui encore aujourd'hui sont lentement empoisonnés par le mercure des orpailleurs. Danette enfin parle de la survivance de la langue osage dont la reconquête a été entreprise voici quatre ans par la tribu. Cet ensemble de témoignages porte un nom : civilisation !

Comme l'était la civilisation occitane étranglée puis écrasée par la force brutale. Mais toujours vivante et fière, après plus de sept siècles.


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Ti'iwan Couchili (Teko), Claude Boivin (Innu), Danette Daniels (Osage)

"We are still alive" disent les Osages, Nous sommes encore là disent tous les Indiens d'Amérique ; nous n'avons pas disparu ; on ne nous a pas effacés des peuples de l'humanité.

Cinq siècles de résistance pour les uns, sept siècles pour les autres. La rencontre devait avoir lieu.

C'était à Lavaur, le dimanche 18 mai 2008.