Les amis de Ponca City


Ponca2La raffinerie. On la sent dès qu'on arrive à Ponca City à l'ouest de la réserve osage en Oklahoma. Ici règne la Phillips Petroleum 66 au cœur de son palais de citernes, de boules argentées et de tuyaux.

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Une autre déesse, ici, est la "femme du pionnier". Planté au beau milieu de la ville un bronze monumental la représente, son jeune garçon dans ses jupes, marchant hardiment vers un avenir incertain mais prometteur. Evocation de la conquête de l'Ouest, hommage rendu au "courage indomptable de la femme américaine"... Et les Indiens dans tout cela ?

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Ponca City, comme son nom l'indique, est la capitale de la Nation Ponca. C'est ici que la tribu a son quartier général et que vivent la plupart de ses membres. Une minorité (à peine 7,5% de la population). En plein "territoire indien", les Indiens passent aujourd'hui quasiment inaperçus, aussi discrets que des immigrés sans papiers. Un comble !

En fait les Poncas ne sont ici, dans le nord de l'Oklahoma, à quelques dizaines de miles du Kansas, que depuis 1876. Jadis ils vivaient dans les Black Hills, au Sud-Dakota et dans le Minnesota. Cousins éloignés des Sioux Oglalas, leurs voisins de jadis, ils en étaient aussi les ennemis irréductibles. Cousins germains des Osages, leurs voisins d'aujourd'hui, ils en sont toujours les amis.

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Horse Chief Eagle :

le dernier chef héréditaire de la tribu Ponca. Il succéda à son père, White Eagle en 1914

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La tribu Ponca est l'une des cinq tribus : Ponca, Omaha, Osage, Kaw (Kansas), Quapaw (Arkansas) qui constituent la branche des Sioux Deghiha. Les langues de ces tribus sont aussi proches les unes des autres que le sont entre elles les variétés dialectales de la langue occitane, telles le languedocien, le gascon, le limousin, le béarnais, le provençal. Quant au lakota, la langue des "Sioux", il a avec le groupe linguistique deghiha à peu près le même degré de parenté que le catalan et l'occitan. Cela suffit pour en déduire une lointaine origine commune entre ces peuples qui, probablement à cause de conflits avec les Iroquois, émigrèrent voici plusieurs siècles à l'ouest du Mississippi. Inutile de chercher ce genre d'information dans les manuels scolaires, les Indiens n'y occupent qu'une place dérisoire : quelques lignes tout au plus. C'est exactement la même situation pour ce qui concerne la culture occitane dans l'histoire de France ; bien malin sera l'adolescent qui saura tout seul la déceler. Logique lorsqu'on considère qu'en Amérique, avant les Européens, il n'y avait rien - tout au plus quelques "sauvages" - et que chez nous, en Occitanie, avant la France, ce n'était guère évolué. C'est bien cette logique-là qui nous énerve, ici comme là-bas, à Ponca City. Nous étions faits pour nous entendre.

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Quand John Williams est venu, l'été 92 à Montauban, représenter la tribu Ponca, il a commencé à comprendre que nous étions les héritiers d'une culture millénaire, menacée mais bien vivante. Lorsque nous l'avons rencontré à Anadarko le mois suivant, il a vu que nous n'étions pas des touristes curieux de folklore ou en quête d'exotisme. La sobriété caractérise le langage du cœur et, plus que les mots, les regards sont éloquents. John nous recommanda de rendre visite à sa famille à Ponca City le dimanche suivant. Nous y serions attendus aux grandes fêtes annuelles de la tribu. Nous connaissions les réticences des Poncas à inviter des étrangers à la tribu et nous étions d'autant plus sensibles à ce témoignage d'amitié.

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A quelques kilomètres au sud de Ponca City on arrive sur un terrain ombragé dont l'accès est encombré de voitures, de pick-ups et de camping-cars. Nous sommes ici au parc White Eagle où se tient chaque année depuis cent vingt ans le rassemblement des Poncas. Ils sont venus du comté de Kay dans lequel nous sommes, mais aussi d'Oklahoma City, de Tulsa et du Nebraska où vit une partie de la tribu. Nous pénétrons sur le terrain sans difficulté, à vrai dire il n'y a ni entrée ni contrôle. Partout des toiles, tipis ou modernes tentes de camping, des abris bâchés sous lesquels les gens sont attablés. On mange, on parle, les enfants jouent ou se promènent autour de l'installation familiale. Des feux ici et là cuisent le repas du soir. Au centre du terrain un espace dégagé est occupé par un grand tambour autour duquel sont assis les chanteurs que nous entendons depuis notre arrivée. Nous croisons quelques Blancs, assez rares pour qu'on les remarque. Retrouver notre famille amie dans cette foule n'est pas trop difficile ; tout le monde se connaît.

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Ils nous ont reconnus sans peine, avant même que nous soyons arrivés jusqu'à leur camp. Aucune excitation cependant. On nous accueille dans le calme et nous nous présentons, Norbert Sabatié (No-Bear) et moi-même ainsi que la douzaine de collégiens montalbanais qui ne mesurent peut-être pas la chance qui leur est offerte.. C'est Ceasar, le fils aîné de John Williams qui nous introduit sous l'abri de toile et nous présente la famille : sa femme, des belles-sœurs et leur mari, les grands parents et les enfants. Tous nous attendaient.

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Nous nous mettons à table. Le repas indien cuisiné par l'équipe des belles-sœurs est excellent. Après le repas nous parlons un peu de nous, de l'association de nos activités occitanes et des raisons de notre visite. Nous sommes écoutés avec beaucoup d'attention et d'intérêt. Nous procédons ensuite à échange des cadeaux. Brêve séance photo devant le tipi familial, échange d'adresses, puis nous nous dirigeons vers l'aire des danses.

Déjà le tambour résonne, les voix aigües appellent les danseurs. Les étoffes ont des reflets chatoyants sous la lumière du couchant. De nombreux danseurs ont pris place, d'autres arrivent dans un tintement de grelots. Les éventails de plumes sont doucement agités et les franges des châles dessinent de belles ondes. Nous avons pris place sue les gradins au milieu de la foule. Le maître de cérémonie annonce la grande entrée mais auparavant fait les présentations. A l'appel de notre groupe nous nous levons en déployant le drapeau à la croix occitane. Applaudissements. Merci les amis.

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Les danses ont commencé après la grande entrée. Les hommes sont sur le cercle intérieur, près des chanteurs, les femmes sur le cercle extérieur. Les pas marquent gravement le rythme du chant. Les femmes, par de légères flexions des genoux, impriment aux franges de leurs châles de jolis balancements cadencés. C'est beau.

pioneer_womanAu loin, sur l'horizon, montent les fumées de la raffinerie.

La femme du pionnier doit se hâter vers son destin.

Jean-Claude Drouilhet