THOMAS JEFFERSON

ET LA LANGUE D’OC

 

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Thomas JEFFERSON fut le troisième président des Etats-Unis de 1801 à 1809.Il fut le principal auteur de la déclaration d’indépendance (4 juillet 1776) ; il occupa le poste d’ambassadeur des Etats-Unis en France, à Paris et pendant sa présidence, il acheta la Louisiane à la France.

En 1787, alors qu’il est ambassadeur en France, il adresse le 29 mars, d’Aix-en-Provence, une lettre à son secrétaire et confident William SCHORT qui contient un bien curieux passage, susceptible de captiver tous ceux qu’intéresse l’histoire de la langue occitane.

Voici la traduction faite par le professeur P. WOLFF tirée de la publication Linha Imaginot du 4 e trimestre 2003.

« Une autre circonstance à laquelle je ne m'attendais pas, est le changement de langage. J'avais pensé que le provençal n'était qu'un dialecte du Français; c'est au contraire plutôt le Français qui peut être considéré comme un dialecte du Provençal. C'est-à-dire que le latin est la langue originelle. Le Toscan et l'espagnol en sont des dégénérescences au premier degré. Le Piemontais (à ce que je suppose) au 2ème. Le Provençal au Berne, et le Français de Paris au 4ème. Mais le Provençal reste plus proche du Toscan qu'il ne l'est du Français, et c'est mon Italien plus que mon Français qui me permet de comprendre les gens d'ici. Ce langage, sous diverses formes, occupe tout le pays au sud de la Loire. Jadis il a précédé le Français sous le nom de langue romane. Les ballades de ses troubadours ont fait les délices des nombreuses cours d'Europe, et c'est de là que vient le nom de "romances" donné aux récits des Anglais. Chaque lettre y est prononcée, l'articulation y est distincte, aucun son nasal ne le défigure, et dans l'ensemble il approche en beauté l'italien et l'espagnol. Tout compte fait, c'est à mon avis un malheur que les circonstances historiques aient finalement assuré la prédominance du Français au lieu du Provençal. Son usage recule peu à peu, et il finira par disparaître, parce que peu de livres sont écrits en cette langue, et parce que l'on considère comme plus poli de parler le langage de la capitale. Cependant ceux qui apprennent ce langage ici le prononcent comme les Italiens. »

Gérard Massip

Jefferson dollarJefferson et les Osages

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Jefferson était polyglotte (latin, grec ancien, français, espagnol, italien, vieil anglais) et tout particulièrement francophile. Il était ami de La Fayette et devint ambassadeur des Etats-Unis en France de mai 1785 à août 1789.

Il s'était beaucoup intéressé aux langues amérindiennes dont il élabora la première classification. En 1803, après l'achat de la Louisane à la France (gouvernée alors par le Premier Consul Bonaparte) il prit l'initiative d'envoyer une mission d'exploration du nouveau territoire des Etats-Unis jusqu'au Pacifique. Ce fut l'expédition de Lewis et Clark, partie de Saint Louis en 1804 et de retour en 1806. Elle avait entre autres missions, celle de prendre contact avec les nouvelles tribus rencontrées et de leur délivrer un message de paix, d'amitié et de collaboration avec " le Grand-père de Washington".

C'est dans cet esprit que Jefferson prit l'initiative d'inviter à Washington les chefs de sept tribus : Osage, Missouri, Kansas, Otoe, Pawnee, Iowa, Sioux. Pour s'adresser à eux, il utilisa la langue française qu'il maîtrisait ; ce qui donne à penser que les Indiens comprenaient notre langue.

Nous avons une copie des six pages de ce discours écrites de la main de Thomas Jesserson que notre ami, l'historien osage Louis Burns, a eu l'amabilité de nous faire parvenir. Voici, ci-dessous, une copie de la première des six pages manuscrites suivie de la totalité du discours.

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« Mes amis et enfants,

 Chefs des Osages, des Missouris, des Kansas, des Pawnees, des Iowas et des Sioux

 

Je vous prends par la main de l’amitié et du fond de mon cœur, je vous assure que vous êtes très bienvenus au siège du Gouvernement des États-Unis. Le voyage que vous avez entrepris pour visiter vos pères sur ce côté de notre île, est long, et en l’entreprenant vous nous avez donné une preuve que vous désirez faire connaissance avec nous. Je remercie le Grand Esprit de vous avoir protégés pendant le voyage et de vous avoir amenés en sûreté à la résidence de vos amis, et j’espère qu’il vous aura constamment sous sa protection et vous restaurera en bonne santé à la résidence de vos amis et vos familles. etc. »

pour retrouver la totalité du texte de Jefferson, cliquez ici

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Jefferson et Montauban

 

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En 1787, Thomas Jefferson est ambassadeur des Etats-Unis en France. Vicime d'un accident au poignet droit, il entreprend un voyage d'étude dans le Midi de la France. C'est ainsi qu'en mai 1787, il arrive en Languedoc pour naviguer d'une façon originale sur le canal creusé plus de cent ans auparavant entre Sète et Toulouse par Pierre-Paul Riquet.

Voici un extrait des " Mémoires imaginaires " de Jefferson, écrites à partir de ses notes de voyage par Pierre Gérard, conservateur honoraire du Patrimoine *.

« [...] L'embarcation avance au rythe du halage : de trois à quatre kilomètres par heure. Le plus souvent je marche au bord du canal, stimulé par le chant des rossignols, à l'ombre d'une double rangée d'arbres. Le temps est d'ailleurs favorable. Il fait beau. Le voyage se poursuit sous un ciel sans nuage et sur des eaux limpides. Ô soleil du Midi que rien ne remplace !  [...] »

Depuis Toulouse, il poursuit son voyage par la route jusqu'à Bordeaux. C'est dans cette deuxième partie de son voyage qu'il va faire une bève visite à Montauban

« 23 mai... La voiture s'éloigne rapidement de Toulouse. Il n'y a plus de temps à perdre, je suis attendu à Bordeaux... Je m'arrête un instant à Montauban, dont le vieux pont enjambe le Tarn dominé par le palais des évêques. Cette ville de 20 000 âmes étale au soleil ses maisons de briques aux tons brûlés et farouches. Quarante-deux moulins y sont en activité, occupant près de deux mille ouvriers. C'est là qu'est faite la farine destinée aux Antilles. »

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* Pierre Gérard ; Le voyage de Thomas Jefferson sur le canal du Midi ;  éditions Loubatières, 1995